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Full text of "Histoire de la paroisse de Saint-Denis-sur-Richelieu"

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Saint''DeniS''Sur''Richelieu. 



1. 

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Mi[Nr»i-iii[ii[i 



(CANADA) 



PAR ^ /. 



curé â*(3dam8ville, 

au Siocdse Se Sctin{-K?<tcin{li^ (Canada), 

ancien vicaixst ^ Sainf-D^nis. 



• • 



OUVRAGE ILLUSTRE DE NOMBREUSES GRAVURES. 



SAINT-HYACINTHE (CANADA). 



«« 



IMPRIMERIE DU COURRIER DE SAINT^HYACINTHB 



1905. 



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INTRODUCTION 

Mémento dtemm antiquorum^ 
cogita generaiioues singulas ; inter^ 
roga patrem tuum, et annuntiabit 
iiài : ma/ores tuos et dùent tibû 

Souviens-toi des anciens jours^ 
pense à ckacune des générations ; 
interroge ton père^ et il te les racon- 
tera ; interroge tes ancêtres, et Us 
te les diront^ 

(DeuU, XXX fl, 7y. 

C'est avec loie que les vrais Canadiens accueille» 



En voici les raisons : 

Le modeste prêtre qui s'est dévoue à cette entre- 
prise y a travaillé consciencieusement pendant plu- 
sieurs années ; à force de labeurs, de recherches, de 
dépenses parfois lourdes, de démarches fatigantes, il 
a tiré de l'ombre et de l'oubli avec une sûreté digne 
du meilleur éloge l'histoire instructive et intéressante 
de cette antique paroisse. 

Il y a plus encore. 



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ixsd 'cpcui:^ np )a3ai9[iBj np apVil ^ )U9iu^aiJojuo3 '9J4S1S9JU3 




INTRODUCTION 

Mémento dierum aniiquorumy 
cogita generatioues singulas ; inter^ 
roga patrem tuum^ et annuntiabil 
«" Obi : ma/ores tuos et dicent tibi. 

Souviens-toi des anciens jonrsy 
pense à chacune des générations ; 
interroge ton père^ et il te les racon- 
tera ; interroge tes ancêtres^ et ils 
te les diront* 

(Veut, XXX fl, 7y. 

C'est avec joie que les vrais Canadiens accueille» 
ront les excellentes pages qui vont suivre. 

Nous venons de prendre connaissance du travail 
de M. l'abbé Allaire sur l'historique paroisse de St- 
Denis-sur-Richelieu. Il nous est difficile de l'ap- 
précier à sa valeur dans cette préface ; l'éloge que 
nous pourrions en faire serait au-dessous du mérite de 
l'ouvrage, et nous éprouvons du scrupule à prévenir 
les jugements des connaisseurs. C'est d'ailleurs plus 
qu'une page de commentaires qu'il faut pour 
embrasser l'ensemble de cette œuvre, pour formuler 
une critique convenable. 

£n voici les raisons : 

Le modeste prêtre qui s'est dévoué à cette entre- 
prise y a travaillé consciencieusement pendant plu- 
sieurs années ; à force de labeurs, de recherches, de 
dépenses parfois lourdes, de démarches fatigantes, il 
a tiré de l'ombre et de l'oubli avec une sûreté digne 
du meilleur éloge l'histoire instructive et intéressante 
de cette antique paroisse. 

Il y a plus encore. 



VI HISTOIRE DE 



M. l*abbé Allaîrea accompli une œuvre qui serait, 
en dépit des efforts les plus énergiques, impossible 
aujourd'hui 

Toute la période capitale do cette histoire, le» 
troubles de 1837-38, qui a été reconstruite d'après la 
version soigneusement contrôlée des témoins et des 
participants à l'action, ne saurait être refaite vu que les 
survivants sont à peu près tous descendus dans la 
tombe. A peine subeîste-t-il trois ou quatre témoins 
dont la mémoire n'a pu résister à l'injure du temps. 

On ne saurait donc venir au secours de la vérité 
plus à propos que ne l'a fait l'ancien vicaire de 
St-Denis. 

On a dît souvent de l'Histoire qu'elle est utie 
con^îration contre la vérité. 

Axiome mensonger ici, car l'auteur s'est appliqué 
à n'écrire que sur la foi de documents authentiques 
et dé rapports rigoureusement corroborés. Quelles 
études abondantes et variées l'auteur n'a-t-il pas entre- 
prises pour arriver à imprimer à son livre le cachet de 
l'exactitude absolue ! 

Aucun travail aussi sérieux n'a été encore accom- 
pli sur la rencontre des troupes et des patriotes à 
St-Denis, en 1837. De même, la chronique est restée 
muette sur plusieurs événements considérables anté- 
rieurs à cette passe-d'armes. Cet ouvrage mettra aii 
jour plus d'un fait nouveau. 

Pour donner une idée de l'intérêt du livre, indi- 
quons les principaux sujets traités. Ah ovo initiam : 
le point de départ est fixé à la date de la découverte de 
lariviëredeslroquoispar Champlain ; suivent l'époque 
de fondation de la paroisse en 1740, la guerre (}e 
Cession, les escarmouches durant l'invasion améri- 
caine, l'histoire des seigneurs, au cours de laquelle on 
admirera la noble figure de M. de Contrecœur, Tune 



SAfNT-DBNIS-SUR-RICHBLIEU VII 

des gloires du Canada-français, celle des curés, dont 
trois vicaires-généraux : MM. les abbés Cherrîer, 
Bédard et Demers. Le rôle de ces personnages était 
alors de premier ordre, et l'évêque du temps ne faisait 
rien sans consulter M- Cherrier. M. Bédard a joui 
également d'un prestige incontesté ; M. Demers a 
refusé la mitre placée plus tard sur la tête de 
Mgr I. Bourget, L'iiistoire des cent familles fonda- 
trices de cette paroisse et de celles du voisinage 
y est aussi écrite ; celle des établissements religieux, 
éducatîonnels et charitables occupe une place à part ; 
non moins captivante celle du mouvement commer- 
cial antérieur à 1837. Et les portraits des grands lut- 
teurs tels que les Bourdages, les Cherrier, les Nelson, 
les Papineau, etc., ne valent-ils pas à eux seuls tout 
un livre ? 

L'attrait du récit est rehaussé davantage par 
d'excellentes gravures dues au talent artistique du 
Docteur J.-B. Richard, descendant lui-même de ces 
familles de pionniers canadiens. Ce dernier a recons- 
titué plusieurs vues d'édifices et des plans de ce terri- 
toire. 

Ce sont tous ces nobles souvenirs qu'immortali- 
sera Tceuvrc de M. l'abbé Allaire. Elle méritera 
d'être claetée parmi les ouvrages les plus autorisés. 

Mieux que personne il connut son sujet et se 
trouva en mesure d'y travailler. Doué d'une rare 
mémoire, d'une énergie à toute épreuve, aidé par de 
précieux collaborateurs, fixé plusieurs? années sur les 
lieux mêmes, il a su tout mettre à contribution pour 
parfaire son travail. 

Lorsque La Bruyëre publia ses '* Caractères ", il 
commença la dédicace de son livre par ces lignes : 
'' Je rends au public ce qu'il m'a prêté ; j'ai emprunté 
" de lui la matière de cet ouvrage ; il est juste que, 



VIII HISTOIRE DB SAINT-DENIS 

" l'ayant achevé avec toute l'attention pour la vérité 
^^ dont je suis capable, et qu'il mérite de moi, je lui 
" en fasse la restitution ". 

A plus d'un titre ces mots trouvent ici leur appli- 
cation. M. l'abbé Allaire, par le soin donné à son 
^^ Histoire ", rend à St-Denis et aux témoins qui l'ont 
inspiré leurs déclarations sous une forme originale et 
piquante. 

Son zële de bon Canadien sera secondé, nous en 
avons le ferme espoir, par la gratitude efficacement 
manifestée de ses compatriotes. 

J.-B. BOUSQUET. 




HISTOIRE DE 



Saint- Denis - sur - Richelieu 



CHAPITRE PREMIER 

Découverte et conquête de la vallée du Richelieu. 

Concession de la Seigneurie de Saint-Denis. 

Sa description. 1603- 1694. 



Lorsque Champlain, en 1608, découvrit le Riche- 
lieu et une partie de sa vallée (1), Saint-Denis n'était 
qu'un point perdu de l'immense forêt. 

Dans la profondeur des bois, il y avait abondance 
de gibier gros et petit. Nombreux étaient les che» 
vreuils et leurs congénères les orignaux, les cerfs et 
les caribous. Les castors habitaient des bourgs floris- 
sants sur tous les ruisseaux, en particulier sur 
l'Amyot. Les ours y avaient leurs coudées frauches, 
et les loups une eau que ne troublait pas encore l'in- 
nocent agneau. Puis les perdrix, les tourtes (2) et les 
canards sauvages, ainsi que les lièvres et les loutres, 
comptaient d'autant plus d'individus de leurs espèces 
qu'ils occupent moins de place. 

Les Abéuaquis étaient les propriétaires de ce 
beau pays de chasse, tandis que les Iroquois étaient 
chez eux de l'autre côté de la rivière (3). 

(I). — Dionnc, Samuel Ckamplain^ 1, 64 ; Champlain ne remonta 
alors le Richelieu que jusque devant Saint-Charles environ. 

(2). — Les tourtes étaient si nombreuses à Saint-Denis vers 1830 
qu'elles couvraient même des demi-arpents de leurs nuées. On en était 
réduit à garder les champs contre elles pour les empêcher de tout 
détruire. 

(3), — Roy, Histoire de la seigneurie de Lauzou, I, 2. 



2 HISTOIRE LE 



Ces deux peuples avaient jnsque-là vécu en bons 
voisins. Leurs domaines étant bien délimités par la 
nature, ils se contentaient de les parcourir tranquille- 
ment, l'arc au bras, pour y trouver leur nourriture. 
Mais la paix ne tarda pas à être rompue après l'arri- 
vée des Européens. 

Depuis déjà longtemps la guerre existait en per- 
manence entre les Hurons et les Algonquins d'une 
part et les Iroquois de l'autre. Lorsque les Français 
firent leurs premières explorations dans le pays, ils 
lurent invités à s'y mêler. Les Algonquins surtout 
les en pressaient. Epouser leur cause, après tout, 
puisque l'on ne pouvait rester neutre, semblait com- 
porter plus d'avantages que d'inconvénients ; Ton se 
rangea de leur côté. 

En conséquence, dès 1609, Champlain et quelques 
compagnons se joignent à une soixantaine de ces 
aborigènes et remontent la rivière au chant cadencé 
des nouveaux alliés. 

Rendus au lac George, ils se battent ; la victoire 
couronne leurs efforts (1). Plût à Dieu que ce fût 
tout ! Mais les représentants du roi de France avaient 
été ce jour-là jeter une étincelle en ces lointains para- 
ges. Tombant au milieu d'une nation courageuse, 
assez forte en nombre pour être la terreur de tout le 
nord-est américain, elle produisit un terrible embrase- 
ment. L'ennemi avait reculé, en effet, mais ce n'était 
en quelque sorte que pour lui permettre de mieux 
s'élancer. De son indignation naquit en lui une haine 
implacable du nom français, et cette première rencon- 
tre marqua en réalité le commencement d'une seconde 
guerre de cent uns, presque sans trêve et, dans tous 
les cas, aussi désastreuse en proportion que celle de 



(I). — Dionne, Samuf/ Chaniplaiu^ I, 249 et 250. 



SAINT-DENIS SUR-RICHBLTEU 



l'ancien nionde. Les Hollandais et les Anglais firent 
bientôt cause commune avec les vaincus, et les Abéna- 
quis, pour rendre la conflagration plus générale, se 
réunirent au parti embrar^sé par les sujets de Louis 
XIV. 

Les bords de la riviëre Hîchelîeu n'ont pas été le 
théâtre do batailles, mais le cours d'eau est devenu 
des lors le chemiii naturel des vindicatifs indigènes, 
qui habitaient entre les lacs Ontario et Charaplain. 
Cette voie était h eux, ils la hantaient presque conti- 
nuellement et l'on n'en regardait mfime Tembouchure 
que de loin et avec tremblement. Ce n'est qu'en 1666 
qu'on la leur a enlevée en les ref«»ulant enfin avec 
vigueur jusque sur leurs montagnes de l'état de îTew- 
York (1). 

L'expédition du Marquis de Tracy, en faisant 
exécuter cette retraite, provoqua une ère nouvelle 
pour la région richeloise (2). Fermée aux Français, 
quoique leur appartenant, celle-ci leur fut alors 
ouverte. 

Cet agrandissement territorial offrait certaine- 
ment à la colonisation un de ses champs les plus 
enviables. Les exubérantes essences forestières, qui 
le protégeaient de leur épaisse crinière, disaient assez 
haut la fertilité de son sol. Aussi a-t-il produit au 
centuple, quand il a été défriché et rais en culture. 

' Le merisier côtoyait le chêne et le hêtre. Le 
frêne, le cerisier et le senellier croissaient à l'abri du 
panache de l'orme. Partout on trouvait en grand 
nombre les liards, les érables et les plaine:*. Les bois 



(I). — Gosse lin, Vi^ de Mgr df Laval ^ \. 496 à 510. 

(2). — Richelois, ou richeloise au féminin, siyniHe '* de Richelieu. 
du Richelieu ", il peut vouloir dire aussi •* habitant de la vallée, de la 
place de Richelieu ". Ce mot, quoique rare, a été parfois usité ailleurs 
avant de l'être ici. 



k 



moua, tele que le pin, le Bapiii, l'^pinette, le tilleul et 
la pruche, avaient ausei leurs réserves. Puis il j 
avait le cèdre, le bouleau, le eaule et te gothique peu- 
plier. 

C'est donc avec raiaon que le nom de Richelieu a 
primé sea concurrents pour désigner le cours d'eau 
principal d'une si splendide vallée (1). Rivière âes 
IroquoÎB, de Chambly ou de Sorel n'eût pas eu autant 
de sens. Le premier rappelait de sombres années ; 
et les deux autres ne conservaient que le souvenir 
d'officiers assez obscurs, tandis que le survivant nous 
remet en mémoire une des plus brillantes gloires fran- 
çaises, dont nous parlent nos origines. Fuis ce n'est 
pas si mal d'appeler Riche Lieu un coin de terre qui le 
mérite si bien. 

Saint- Denis a d'abord été enclavée dans lu vaste 
seigneurie de la Citifere, qui renfermait dans ses limi- 
tes tout le dioc&se de Saint-Hyacinthe et beaucoup 
plus encore. Elle avait été concédée par Cbamplain 
à M. de Lauzon, le 15 janvier 1635, On avait taillé 
grand dans nn pays qui s'y prêtait si bien, saus songer 
que l'on entravait le progrès en confiant trop à l'ini- 
tiative d'un seul. La couronne a corrigé l'erreur vers 
1670 en reprenant ses terres restées presque toutes 
incultes et en concédant à nouveau (2). 

(I). — Uani les divers actei noiariés et autres que nous avons pu 
consulter, on voit figurer de temps en temps les noms de rivière des 
Iroquois, de Sorel ou de Chambly, mats celui de Richelieu y apparaît 
le plus fré()uemmeni. 

(3). — Koy, lliituirt de la itigneurU de Lauten, I, 41 & 48 ; I34. 
Jodoiii Cl Vincent, Histoire de LengueuU, 630 el 631 ; la seigneurie de 
la Citiire camprenait même l'Ile de Montréal. Evidemment, comme 
dit .Suite : 

Monsieur de I^iuion. 

Un charmant garçon, 

Prenait du gallon 

Et le prenait long. 



SAINT-DENIS-SUB-RICHSLIEU 



Des ruines de ce domaine ont surgi plus de vVingt- 
einq seigneuries et plus tard des .cantons en nombre 
encore plus considérable. 

Saint-Denis en a été. tirée [iar Frontenac, le 20 
septembre 1694 U). 

^ Appuyée sur lé RicheîîenV cette éon cession fivait 
pour voisines, en face, ôelle de Contrecœur et, sur le 
flanc nord, celle de Saint-Ours. En arrière, il y aura 
plus tard Sain t-Hya<iinthe^t au sud Saîut-Charles* 

De deux lieues de front sur denx égalenrient de 
profondeur, elle présente la figure d'un losange peu 
prononcé! Cînq ratigée» de terres (appelées ordinai- 
rement concessions) la divisent. en cinq zones parallè- 
les à la rivière avec autant de chemins dans le même 
sens. Deux routes transversales (2) • achèvent de 
composer tout le réseau des voies de cfrcnlation dans 
ses limites. Quant au village, c'est au milieu de la 
borne marquée par le Bichelieu qu'il est placé. Ce 
site est aussi agréable que peu central. 

Au point de vue de la fertilité, la mieux partagée 
des cinq sections dyonisiennes (3) est sans contredit 
la deuxième, qui se trouve être la vallée de TAmyot ; 
puis viennent par ordre de richesse, la troisième, la 
quatrième, la première. et enfin la cinquième qui est 
l'ombre au tableau pour faire ressortir davantage la 
beauté du reste. 



(I). — Extrait des Registres d'Intendances, Pièces et docunuvts^ 
page 412. 

(2). — Celle du nord s'appelle Vamaska, parce que c'est le che- 
min ordinaire des gens de Saint-Denis à la rivière Yamaska ou Saint- 
Hyacinthe ; l'autre est nommée route Goddu, en «souvenir du major Goddu 
sur le terrain de qui elle a été prise à partir du Bord-de-l'eau. Ce M. 
Goddu est ensuite allé mourir à Saint-Césaire-de-Rouville. .^ 

(3). — ^ Dyonisien vieiit du mot latin '* Dyonisius "» Denis en fran- 
çais. Dyonisiei^ signifie donc. *' de' Saim-Denik ou habitant de. Suint- 
Denis ", selon les circonstances. 



HIETOIBS VK SACTT-DEfTS 



Le bas du Bord-de-t'ean et 1» partie eorrespon- 
dante dn âcaxiëme rang 8*appet»ent an eomioeiice- 
ment la côte de 'PlMBance (1) : c'était poétîqoe ; pins 
tard ce nom est resté exclosÎTeiuent ma preonier iwig* 
et l'autre est devenu Ia Chêoiëre. Anjoord'hni ces 
noma sont dispama. Qaaat k Vextrémité septentrio- 
nale da qnatriëme rang, elle est encore déôgoée par 
l'appeUation assez pen harmonieaae de CsBcarinette- 
Miûa cette appellation est ansû aaâenne qae dore à 
l'oreille. Elle rappelle qa'en cet endroit on a jadis 
dêitaabA de la seignearie an petit fief éphémfere (2), 
grand de 18 i>ar 50 arpenta poor non» ne aavona quel 
tiéntier. 

Relaûvemeut k Montréal, Sorel et SaintrHjacin- 
the, Saint-Dén\è est k pea pris au centre dn triangle 
que décrivent ces trois villes. 







CHAPITRE II 



Premiers seigneurs de Saint-Denis. M. de Cannes. 
M. de Noray. M, de Contrecœur. 1694-1775. 



L'heureux mortel pour qui a été taillée la sei- 
gneurie de SaiDt-Denis est Louis de Garnies, sieur de 
Falaize. C'était un gentilhomme français, beaucoup 
plus riche en titres de noblesse qu'en ressources pécu- 
niaires. Il était né à Buxeuil, en Poitou, l'an 1666 
(1), et était arrivé au Canada vers l'âge de vingt ans 
en qualité d'enseigne dans les troupes de sa Majcsié. 
Peu après être débarqué sur les rives du Saint-Lau- 
rent, il avait été promu au grade de lieutenant (2). 

Malgré son défaut de fortune qu'il compensait 
d'ailleurs par bien d'autres avantages, il put çatis 
peine avoir ses entrées libres chez Barbe Denis, veuve 
du premier seigneur de Contrecœur et retirée à Qué- 
bec avec ses deux enfants, un fils et une fille. Cette 
femme était de quatorze ans plus vieille que lui, mais 
une si grande différence d'âge ne les empêcha pas 
de s'éprendre comme deux jeunes amants et de se 
marier le 10 novembre 1691 (3). 

Le nouveau couple alla ensuite rouvrir les portes 
fermées de l'ancien manoir de Contrecœur. Malheu- 
reusement, trois ans plus tard, la seigneuresse y mou- 
rait déjà, après avoir donné naissance à une seconde 
fille. 

Un peu avant sa mort, elle avait vu son mari 



(1) — Tanguay, Dictionnaire Généalogique, I, 165. 

(2) — En 1687. --- Daniel, Nos gloires nationales, II, 282. 

(3) — Tanguay, Ibid.. 



^ 



procéder h <lea démarches pour s'assurer la coucee* 
sion de Saint-Denis. L'ayant obtenu sur ces entre- 
faiteu, il l'a appelée de ce nom en souvenir de sa com- 
pagne disparue. ' ' * " . , 

Ainsi le nom de Saînt-Déhis se rattache à la gloire 
d'une des^plus remarqoftbleâ femilles de noCre pays, 
en même temps qu'il indique pour patron delà loca- 
lité le premier apôtre dS'Ia m&re-patrie (1). Le père 
de Barbe n'était jadis venu de France qu'en vue de 
contribuer à la conversion des eaUvageaJ A cette 
ËD il s'est' prodigué sur lee champs de bataille de 
VAcadiè ét'dévoiiâ avec ardeur à la prospérité de là 
colonie deQuébéc (2).- Parmi ses fils, M. de Vitré a 
été membre dn conseil- souver&in de la Nouvelle- 
France ; M.M. de la 'Konde et de Bonaventuré ont, 
"comme leur père, conquis leur large part' de lauriers 
dans lË^' giiérrcd acadiennës (3). -Barbe elle-même 
avait le gouverneur de Lauzon pbUr parrain. 

, M. de €^annes n'a pas tardé à quitter Contrecœur 
.après le décès de son épouse. J} s'est remarié l'année 
suivante avec Louise Le Ga^-deur d^.Tjily et, comme 
il était militaire avant d'être colonisateur, il ue s'est 
plus occupé, de ses seigneuries que pour s'en délire. 
Il vend.aît.(ïelle de Saint-Denis le 21. mars 1713{4J, et 
sa Elle, sa co-propriétaireî abaudoiinait é^lement sa 
part,, juste.iiu. mois après (5). , , ■ 

(1,),— De 1713 *■ 1743, la seieneurw a.faiUi, perdre son nom de 
Sainl-Deniï pour prendre définitivemenl celui ije ses nouveaux passes. 
'seurS ; 'Noray',' Noré, 'Dumesnil ou Dumfcsny, ' C'est ce qoe l'on cons- 
tate pnr les divers actes de concessions aux censitaires. L'acte de tiomi- 
nntion du premier missionnaire, M. Gosselio, dit :-'t>n daminiopumini". 
i;) ~ &ix\\t, Ilùleirtilei CanadÙHi- Français, iil,$(>; IV, s6et68. 

(3) — Daniel, Nos gloirts nat., 1, 318 et 319. 

(4) — Pat.devant notaire Ilorbel, à Québec. 

(5) — Pat-devant nouire Adhémar, à Montréal. , 




citA>[i'i,Aix suii LI-: i{Ri[i:i.ii:u 0'«g<-- ^i- 



c 



SAUnVDBNIS-SUR-RICHELIEU 



C'est dans les guerres d'Acadie (1) que M. de 
Gannes, comme ses beaux-frëres, a passé le reste de sa 
vie (2). Sa fille, après avoir puisé son ioBtruction à 
Montréal, est entrée chez les Ursulines des Troîs- 
Riviëres, où elle a été connue sous le nom de Mëre 
Louise de Sainte-Marie (3). 

La seigneurie de Saint-Denis, restée dans le même 
état qu'au jour de sa concession, a été transférée des 
mains de ses premiers détenteurs à celles de Jacques 
Le Picart, sieur de Noray et de Dumesnîl, qui l'acheta 
pour un prix nominal. 

Le nouvel acquéreur était encore un militaire. 
Né à Noray, au diocëse de Bayeux, en Franco, l'an 
1663, il était venu au Canada dans les cadres de l'ar- 
mée vers 1685. Il a été ensuite successivement ensei- 
gne, major et lieutenant. Un mariage, dans l'inter- 
valle, acheva d'asseoir la fortune de cet autre noble. 

C'est le 16 février 1692 qu'il épousa Renée 
Chorel-Dorvilliers dans l'humble chapelle de Cham- 
plain. Ce jour-là il était admis dans une famille aussi 
chrétienne que riche. Trois filles en sortirent pour 
devenir religieuses à Québec. Quant à celle qui res- 

(1) — En 1702, il était li«ut«nanc en Acadie dans la compagnie de 
Chacornade. pendant que son frère François était capitaine dans la corn- 
().agnie de Falaize. Daniel, A'os gloires nationalts, 1 1, 346, 

(2) — Lis Ursulines des Trois- Rivières^ I, 240 à 244, rapportent, 
d'après des documents officiels, que M. de Gannes etnit ** un officier de 
mérite, très ardent et très attaché au service militaire ". Nous savons 
de plus qu'à la fin de ses jours on a proix)sé au roi de lui accorder la 
croix de Saint-Louis. 

(3) — Ursulines des Trois- Rvi'ières^ I, 240 et 241. — La jeune' 
Louise n'avait que de 7 à 8 ans lors de rétablissement des Franciscains 
dits Récollets à Montréal. Un dimanche, à la suite d'un sermon où Ton 
invitait les fidèles à venir déposer leur obole pour aider à la construction 
<lu nouveau monastère, elle montra son bon cœur en vendant sa poupée 
à Tune de ses compagnes pour aller ensuite fort sérieusement en offrir les 
5 ou 6 sous aux religieux. 



10 HISTOIRE DE 



tait dans le monde, elle avait également reçu une 
excellente éducation à la capitale. Le matin de ses 
noces, son përe la gratifia en plus de la jolie dot de 
près de sept cents piastres (1). 

Après quelques années écoulées à Champlain, M. 
de Noray alla s'établir définitivement à Montréal. 
C'est là qu'il mourut, le 26 octobre 1713, laissant 
quatre enfants : Louis, Hector, Renée et Philippe, 
respectivement âgés de dix-huit, seize, quinze et treize 
ans (2). N'ayant eu que le temps de former des pro- 
jets pour la seigneurie qu'il venait d'acquérir, il 
léguait à son épouse et aux orphelins le soin de les 
mettre à exécution. 

La famille, après le décès de son chef, est partie 
pour Québec. Les fils ont pu y terminer leurs études 
sous la direction des dévoués prêtres du séminaire, et 
la tille, après avoir bénéficié de l'enseignement des 
Ursulines, s'est faite religieuse dans la même commu- 
nauté que ses maîtresses. 

La mère est décédée à son tour moins de quatre 
ans après son mari, le premier mai 1717. 

Alors s'engageait réellement la lutte pour la vie 
chez ceux que la Providence se plaisait à tant éprou- 
ver. Par bonheur l'aîné avait déjà ses vingt-un ans ; 
il put bientôt agir tant en son propre nom qu'en celui 
de ses frères et de sa soeur. 

C'est le 17 juin 1720 qu'on commence à voir leur 
action dans le domaine dyonîsien. A cette date, ils 
y accordent leur première concession. Ensuite ils con- 
tinuent à s'occuper de leur patrimoine, mais en souf- 
frant de la lenteur dont sont frappés tous les progrès 
dans la colonie entière. 



(1) — Autrefois et aujourcT hui à Sainte- Anne de la Pérade^ 57 et 38, 

(2) — Tanguay, Dictionnaire gén.. 



SAINT-DBNIS-SUR- RICHELIEU 1 1 

Ils font arpenter du terrain et ouvrir des chemina 
au fur et à mesure que se présentent les censitaires. 
Ainsi agit-on durant les seize années subséquentes. 
Tout le travail a été limité cependant à une partie du 
Bord-de-Peau. En tout, il n'y eut que quinze familles 
d^installées (1). 

Malgré les obstacles qui se dressaient devant leur 
bonne volonté, le résultat était tout de même encou- 
rageant. I^éanmoins il ne le fut pas suffisamment 
pour les jeunes seigneurs, qui remirent le domaine 
en vente. 

C'est le petit-fils de Barbe Denis, Pierre-Claude 
Pécaudy de Contrecœur, qui l'acheta, le 12 septembre 
1736, pour le joindre à son héritage de Contrecœur, 
dont cette augmentation était en réalité la continua- 
tion par delà le Richelieu. 

Le nouvel acquéreur n'était alors que dans sa 
trentième année, étant né au manoir de Contrecœur, 
le 28 octobre 1705, de François-Antoine Pécaudy de 
Contrecœur et de Jeanne de Saint-Ours. C'est le 
gouverneur de Montréal, Claude de Ramezay, qui l'a 
porté sur les fonts baptismaux. 

Après avoir terminé ses études au séminaire de 
Québec, il a pris du service dans les troupes du roi en 
Canada. Son activité, autant que sa bravoure, le 
poussait irrésistiblement vers la carrière où s'était 
illustré son aïeul (2). Enseigne à vingt-quatre ans, 
il devenait lieutenant treize ans plus tard et capitaine 
à quarante ans. C'est en cette dernière qualité qu'il 
a été envoyé dans l'Ohîo en 1749 pour signifier aux 
Anglais d'avoir à évacuer le territoire françîiis sur 
lequel ils persistaient à empiéter. La mission ayant 

(1) — Le nombre des concessions fut de 25. 

(2) — Daniel, Nos gloires ftat,, II, 39 et 40. 



12 HISTOIBE DE 



bien réussi, on lui demanda de la répéter en 1754. 
Cette fois, il dut affronter une résistance mieux orga- 
nisée. S'étant emparé, dès sou arrivée, d'un fort 
que les ennemis avaient l'audace d'élever sur le terrain 
convoité, il l'acheva sous le nom de fort Duquesne et 
en forma le centre de ses opérations ; c'est aujourd'hui 
la ville dePittsburg (1). Le printemps suivant, après 
avoir vaincu successivement par ses généraux les 
deux armées de Washington (2) et do Braddock, il 
revenait avec la satisfaction d'avoir gardé encore 
intacte la contrée qu'il était chargé de défendre. 

En 1756, il passa l'été sur les bords du lac Cham- 
plain comme garde avancée (3). Enfin, lors de la 
bataille décisive des plaines d'Abraham, il était dans 
la mêlée sous les murs de Québec. Mais ce fut le 
dernier combat auquel il prit part (4). 

Pendant ses campagnes, rien dans ses terres 
n'avait souffert de son absence. Avant de partir il 
pourvoyait à tout. Rarement même il laissait s'écou- 
ler une année sans aller sur les lieux se rendre compte 
en personne. Après cela, il pouvait de loin donner 
des ordres avec autant de précision qu'on l'eût pu sou- 
haiter. 

Marié avec Madeleine Boucher de Laperrière, le 
10 janvier 1729 (5), il n'a jamais eu son domicile 
ailleurs que dans la paroisse natale de sa femme, à 
Bouchervîlle, ou à Montréal (6). C'est surtout de ces 



(i) — Casgrain, Montcalm et Lavis , I, 534 à 529. 

(2) — »*Après la défaice de Washington fut signée, dit l'abbé 
Daniel, la capitulation qui dut singulièrement humilier le futur chef de 
l'Indépendance américaine ". Nos gloires nat.^ 1, 241. 

(3) — Casgraln, Montcalm et Léuis^ I, 87 et 88 ; 144 et 145. 

(4) — Suite, Histoire des Canadiens- Français^ VII, 127. 

(5) — Tanguay, Dict, gén,^ VI, 272. 

(6) — A Montréal, M. de Contrecœur demeura tantôt rue Saint- 
Jacques et tantôt rue Saint- Paul. 



SAlNT-DENIS-SaR-RICHBLIEU 18 



endroits qn'il a dirigé les progrès de sa seigneurie 
de Saint-Denis. 

Aussi excellent catholique et sincère patriote 
qu'homme entendu dans les affaires, il a imprimé à la 
prospérité de la jeune colonie un élan que l'on pou- 
vait difficilement espérer. Rien ne semble avoir été 
négligé pour atteindre le but désiré. 

D'abord il s'est empressé de faire les démarches 
qui pouvaient assurer à ses censitaires une desserte 
religieuse. Coloniser sans cela, c'était exposer les 
braves pionniers à un refroidissement dans la foi et 
rendre en même temps moins efficaces ses efforts pour 
le peuplement qu'il poursuivait. Grâce à sa généro- 
sité, il est parvenu à ses fins peut-être plus tôt qu'il 
ne le pensait. 

En toutes occasions favorables (et pour lui elles 
étaient nombreuses), il parlait à qui voulait l'entendre 
des belles terres de Saint-Denis. H les connaissait et 
il ne croyait pas pouvoir trop les vanter. Puis, le 
branle donné, il aplanissait de son mieux les difficul- 
tés qui pouvaient empêcher d'y parvenir. 

Quand il a vu les Acadiens, bannis, venir cher- 
cher ^sile sur les rives du Saint-Laurent, il s'est 
empressé d'en attirer un certain nombre dans ses 
domaines. C'est ainsi que Saint-Antoine et Saint- 
Denis ont eu leurs petits contingents de ces victimes 
de la cruauté anglaise. 

De plus, comme les lois françaises enlevaient aux 
habitants la liberté de s'établir sur des propriétés 
n'ayant pas quarante-cinq arpents carrés, à moins que 
ce ne filt dans une ville ou un bourg légalement 



14 HISTOIRE DE 



constitué (1), il fit conférer ce dernier privilège aux 
environs de l'église en 1758. De la sorte il facilitait 
dans la localité l'installation de diverses industries, 
dont on n'aurait pas pu jouir autrement. 

Enfin il a fait arpenter la seigneurie jusqu'au 
quatrième rang inclusivement^ il a ouvert presque 
partout d'assez bons chemins et, pendant les trente- 
neuf ans de son règne, les quinze familles du com- 
mencement ont atteint le chififre de cent-soixante. 

On peut alors lui décerner en toute justice le 
titre de véritable fondateur de Saint-Denis. 

Ayant perdu son épouse peu après la conquête, il 
s'est remarié, en 1768, avec Marguerite Puigibaut, 
veuve d'Etienne Rocbert de la Morandière (2). C'est 
elle qui, le 13 décembre 1775, a fermé les yeux au 
regretté seigneur, alors chevalier de l'ordre de Saint- 
Louis depuis 1756, et conseiller législatif depuis quel- 
ques mois. 



(1) — Editi et ordonnances^ I, 586. Voici panie du texte des lois 
en question, elles sont du 28 avril 1745 : 

" Article I. — Fait sa Majesté défense à tous ses sujets de la 
NouTelle-France, qui ont des terres à cens, de bâtir dorénavant ou faire 
bâtir aucune maison et étable en pierre ou en bois sur les terres ou por- 
tions, à moins qu'elles ne soient d'un arpent et demi de front sur trente 
â quarante de profondeur, à peine" d'amende ; granges permises. 

** Art, II. — ...Permet sa Majesté aux habitants des environs 
des.. .TÎHes de faire tels établissements et dans telle étendue de terrain 
qu'ils jugeront à propos.. . ". 

** Art. III. — Les dispositions portées au précédent article auront 
lieu pour les bourgs et les villages déjà établis, ou qui le seront par la 
suite, et suivant qu'il sera estimé nécessaire par le gouverneur général 
et l'intendant de la colonie, à l'effet de quoi ils détermineront les limites 
des dits bourgs et villages, au-delà desquels il ne sera permis aux habi- 
tants de faire d'autres établissements sur leurs terres en censive, que 
conformément à ce qui a été réglé au premier article de la présente 
ordonnance ". 

(2) — Tanguay, DUt. gtn.^ VI, 272. 



SAINT-DBNIS-SUR-RICHELIfiU 15 

n fut inhumé à Montréal (1), où il est décédé ; 
mais à Saint-Denis on lui devait un service funëbre 
quand même et la reconnaissance le lui fit célébrer 
avec toute la pompe possible, au milieu d'an concours 
général de ses anciens censitaires dyonisiens. 

La fabrique de la paroisse a longtemps conservé 
sa croix de Saint-Louîs, qu'il avait portée avec tant de 
dignité et qu'il avait eu la délicate attention de lui 
léguer par son testament. 

De ses quatre enfants, ses deux fils l'ayant précédé 
dans la tombe, l'un à l'âge de vingt-cinq ans (2) et 
. l'autre à celui de vingt-neuf, (3) ce furent ses deux 
filles et leurs maris qui lui succédèrent. 




(1) — Il fut inhumé le surlendemain de sa mort dans la chapelle 
Saint-Âmable de l'ancienne église Notre-Dame de Montréal. Registres 
des baptêmes^ mariages et sépultures de N.-D, de Montréal, 

(2) — Lévis écrit à Bigot au sujet de M. de Contrecœur encore au 
lac Champlain : <* M. de Contrecœur est dans la plus grande affliction 
de la mort de son fîls atné, qui a eu le malheur de se tuer par un coup 
de fusil qui a parti, et sur lequel il était appuyé.... L'état du père est 
très touchant. Je l'ai été voir hier ; je lui ai proposé d'aller passer 
quelques jours à Montréal ; il m'a dit qu'il n'irait que quand il croirait 
qu'il n'y aurait plus rien à craindre dans cette partie ". — Casgrain, 
Montcalm et Lévis ^ I, 146. 

(3) — Il périt en 1761 dans le naufrage de 1' ** Auguste ". — 
Daniel, Nos gloires nat^^ I, i6o. 



CHAPITRE III 



Vue générale de Saint-Denis en 1740. Ses pion- 
niers : Saint-Germain, Dudevoir, Lame, 
Bousquet, Joabert, Maheux, 
Lacroix, Chaussé, Dragon, Messier, Poulin, 
Charpentier, Laporte, Jette, Ledoux, 
Laperle, Dubreuil. 1740. 



En 1740, année de Vérection de Saint-Denis en 
mÎBsion religieuse, vingt-deux familles étaient éche- 
lonnées en vingt maisons le long du Richelieu ; c'était 
toute la petite colonie. Sur l'emplacement actuel du 
village vivaient, avec leurs femmes et leurs enfants, 
Joubert, Saint-Germain, Dudevoir, Poulin et Jette. 
En remontant la rivière on trouvait Dubreuil, les 
quatre frères Bousquet, Lacroix, Charpentier, Ledoux 
et Laperle. Dans la partie inférieure de la seigneu- 
rie, c'étaient les deux Maheux ensemble, les deux 
Dragon ensemble également, Larue, Chaussé, Messier 
et Laporte. 

Dans chacune des maisonsi restées pour la plu- 
part des cabanes de chantier, régnait sans doute 
encore la gêne. 

La voie publique elle-même, qui les réunissait 
toutes, n'était en réalité qu'un sentier tortueux coq- 
rant sur le bord de la côte. A peine an petit désert 
avait-il ça et là reculé un peu la forêt autour des 
demeures. C'est là que le rare passant pouvait voir 
au travail des champs la famille entière de chacun des 



18 HISTOIRE DE 



colons. Aussi les moissons n'ont pas tardé à venir 
récompenser nn si courageux labeur. 

Quelquefois se faisait bien entendre à la lisière 
du bois le cri de la bête fauve, mais aussi l'on avait 
autour de soi tout l'orchestre des oiseaux les plus 
variés. Malgré ses craintes et ses privations, cette 
bonne vie champêtre des temps primitifs ne manquait 
pas de charmes. Ce n'est certainement pas quand le 
progrès a tout organisé que l'on peut trouver pareille 
poésie. 

Au milieu de cette population, pas encore de 
prêtre, de médecin, de notaire, ni de. marchand, et, en 
fait d'hommes de métier, seul le cordonnier Jette. 
Toutefois l'isolement était loin d'être aussi grand 
qu'on pourrait le supposer. Ne vivait-on pas à deux 
lieues seulement de Contrecœur et de Saint-Oars ? 
Et à Tune et à l'autre localité on trouvait ce qui man- 
quait à Saint-Denis. 

Moins le père Dragon, venu de France, tous les 
premiers colons dyonisiens étaient des Canadiens habi- 
tués aux privations. Us étaient originaires : un de 
Sainte- Anne-de-Beaupré, deux de Beauport, deux de 
Charlesbourg, un de Sainte-Anne-de-la-Pérade, quatre 
de Contrecœur, un de Repentigny, six de Varennes, 
un de la Rivière-des- Prairies, un de Boucherville et 
deux de Montréal. Outre que ce petit groupe ne 
formait en quelque sorte qu'un cercle d'amis, plusieurs 
d'entre eux étaient déjà consanguins oti alliés. Bien- 
tôt ils le seront presque tous. 

Quoique Joubert ait été le premier à obtenir sa 
concession sur ce coin béni des rives du Richelieu, il 
s'est laissé devancer pour s'y établir. Il avait eu son 
contrat comme propriétaire en 1720 des MM. de 
Noray ; mais, peu fortuné, il ne venait pour ainsi 
dire défricher que quand il. ne trouvait pas d'ouvrage 



SAINT-DBNIS-SUB-BICHELIEU 19 

6ur les fermes des autres. Saint-Germain, Dudevoir 
et Larue ont été plus expéditifs ; en 1730, ils étaient 
déjà prêts et, cette même année, ils arrivaient de 
Contrecœur, Montréal et La Pérade avec épouse et 
enfants. A eux l'honneur d'avoir été véritablement 
l'avant-garde de la future population de Saint-Denis. 

Apres eux sont venus : J.-B. Bousquet, en 1732 ; 
Joubert, P. Bousquet et Maheux, en 1733 ; Lacroix, 
en 1734 ; Chaussé, les deux Dragon et Messjer, en 
1735 ; Cl. Bousquet et Poulin, en 1736 ; Chs. Bous- 
quet, Charpentier et Laporte, eu 1737 ; Jette, Ledoux 
et Laperle, en 1738 ; Dubreuii, en 1739. En pluâ, au 
printemps de cette dernière année, se mariait Taîné 
des fils de Maheux, formant la vingt-deuxième famille 
de Saint-Denis. 

François Saint-Germain (1), ou plutôt François 
Gazaille-dit-Saint-Germain, l'un des trois premiers 
pionniers définitivement fixés dans la seigneurie, était 
marié avec Catherine Brunet et fils d'un Français 
établi à Contrecœur. C'est le 27 octobre 1724 que, 
probablement sur le conseil de son père, il s'était fait 
tailler sa concession de Saint-Denis. Située deux 
arpents plus bas que la route Yamaska, elle avait 5 
par 30 arpents. L'endroit où il fixa sa résidence est 
exactement celui choisi en 1837 pour la résistance 
armée des patriotes. 



(I) — Il ne compte plus de descendant lUins la paroisse en 1905, 
quoique sa famille ait été nombreuse autrefois ; elle y a eu deux mar- 
guilliers, un notaire et un patriote ardent tué au combat de 1837. 
Longtemps aussi elle a dirigé dans la localité une assex importante 
manufacture de chapeaux. Le dernier survivant, Henri, a été tué 
jeudi, le 17 août 1905, dans un accident de voiture. Il venait d'acheter 
un hôtel à Sorel. 



20 HISTOIRE DE 

Philippe Bntlevoir (1), venu de Montréal et uni 
à Marguerite Dubreail, avait eu sa concesûon du 
seigneur en 1725. De 3 par 32 arpenta, cette terre 
était & dix arpente plus haut que œlle de Saint- 
Germain. 

Etienne Larue (-2), petit-fils d'un notaire royal 
émigré de Saint-Maclou (France) à La Pérade, vers 
1661, avait de son côté donné ea préférence à une 
propriété de S par 80 arpents, située deux milles plus 
bas que le village actuel. C'était plus loin du centre, 
mais plus proche de Saint-Ours, où il prît sa femme 
Jeanne Deguire, le S février 1727. 

Jean-Baptiste Bousquet et ses trois frères, Pierre, 
Claude et Charles, avaient vu le jour et grandi près 
du petit cap de Yarennes, Leur aïeul, un ancien 
maître-armurier de France, s'y était fiùt colon quelque 
cinquante ans auparavant. C'est de là que Pierre 
Bousquet ou Bousquette — comme il arrivait d'écrire 
indifféremment alors — et Anne Lupcrle avaient vu 
partir leurs fils tour à tour pour Saint-Denis. Les 
courageux enfants étaient maintenant groupés avec 
avantage dans la partie supérieure du Bord-de-I'eau. 
L'aîné, Jean-Baptiste, possédait 6 par 30 arpents à 
l'endroit où se trouve aujourd'hui Victor Bousquet, 
son descendant de ta cinquième génération ; les autres 
vivaient dans les environs. Claude a quitté l'endroit 
plus tard pour retourner à Varennes et Pierre pour 



Va 



on épouse est décédfe le z6 avril 1769, à l'âge àe 61 ans. 
ï» \T}T, Min ft^E Claude était marguillier. C'est le pelit-lils de ce der- 
l>j<l«voir, qui fui tué avec Saint- Germain au comt>at de 
k .lujourd'hui disparue de Saint-Denis. 

.1 le-cendance comprend aujourd'hui cinq familles dans la 
l> - dt Jean- Baptiste, d'Adolphe, de Misaël, de Cléophas et 
De a fourni it l't^glise un piiUe et quelques religieuses, et 
: chant un maître -chantre. Trois de ses membres ont été 
: l'homas, Adolphe et Cléophas. 



SAINT-DENIS-SUR-RICHBLIEU 2 1 



s'enfoncer dans les terres jusqu'au troisième rang. 
C'est à ce dernier, ainsi qu'à Jean-Baptiste, que doivent 
remonter tous les Bousquet iictuels de Saint-Denis 
pour retracer leur origine (l). Le marchand, Wilfrid 
Bousquet (2), et le rédacteur du *' Courrier (Je Saint- 
Hyacinthe ", Jean-Baptiste Bousquet (3), appartien- 
nent à la postérité de Jean-Baptiste, à qui, dès 1740, 
on faisait l'insigne honneur d'être le premier marguil- 
lier de sa paroisse d'adoption. Charles eut également 
la confiance de ses co-paroissiens, si bien que, à sa 
mort, le curé a cru devoir inscrire dans l'acte de sépul- 
ture une mention spéciale du grand nombre des assis- 
tants à ses funérailles. 



(1) — I^s Bousquet fournissent aujourd'hui vingt-trois familles à 
Saint-Denis ; elles étaient quinze au recensement de i8oi. Leur nom- 
bre n'est dépassé que par les Ârchambault. Dix-huit d'entre eux ont 
été marguilliers ; pour cela ils sont les premiers. Ils ont fourni aussi 
quelques religieuses, dont l'une, la sœur du marchand Wilfrid, a été 
supérieure de l'hôpital de Saint-Denis. 

(2) — Voici la chaîne généalogique qui relie M. Wilfrid à son 
ancêtre Jean-Baptiste ; il faut remarquer que ce dernier s'est marié 
deux fois, i. — avec Marguerite Provost, 2. — avec Madeleine Guy on : 

I. — Jean- Baptiste lui-même, marié à Varennes avec Madeleine 
Guyon, en 1738 ; 

II. — Julien, marié à Saint- Antoine avec Josephte Archambault, 
en 1766 ; 

III. — François, marié à Saint-Denis avec Geneviève Dandenault, 
en 1792 ; 

IV. — Joseph, marié à Saint-Denis avec Madeleine Dauplaise, 
en 1825 ; 

V. — François, marié à Saint-Denis avec Hermine Richer, en 
1850; 

VI. — Wilfrid, marchand, marié à Saint-Denis avec Herculine 
Gaudette, en 1876. 

(3) — Voici sa lignée généalogique depuis l'ancêtre Jean- Baptiste, 
de Saint-Denis : 

I. — Jean-Baptiste lui-même, marié à Repentigny avec Marguerite 
Provost, en 1726 ; 

II. — Charles, marié à Varennes avec Marguerite Brodeur, en 
1756; 



22 HISTOIRE DE 



Pierre Joubert, que nous avons déjà, nomma 
comme ayant eu les prémices dans la seigneurie, était 
originaire de Charlesbourg et petit-fils de Français. 
On lui avait fait sa part magnifique. Peut-être 
l'avait-il fallu ainsi pour déterminer un commence- 
ment. Dans tous les cas, de 8 par 60 arpents sa terre 
couvrait entièrement Tangle sud, que forme la route 
Yamaska avec le Richelieu. Les édifices religieux et 
la majeure partie du village, qui s'y élèvent aujour- 
d'hui, disent assez son heureuse situation. Quant à 
Joubert, il s'y était installé à la place Lacombe. C'est 
là que grandit sa famille et qu'il est mort en 1762 à 
l'âge de soixante-un ans, laissant la réputation d'un 
fort brave paroissien ( 1 ). Il était marié avec Agathe 
Jarry, de Montréal. 

Pierre Maheux, avant d'élire domicile à Saint- 
Denis, avait été cultivateur à Beauport, où s'était 
jadis établi son aïeul en arrivant du Perche. Plus 
favorisé que la plupart de ses compagnons, il possé- 
dait une assez bonne instruction primaire. C'est ca 
qui lui a permis d'exercer le premier à Saint-Denis les 
importantes fonctions de capitaine de milice. En 
cette qualité, il était non seulement à la tête de l'orga- 
nisation militaire ; mais il avait aussi la charge de 
voir à la publication des ordonnances du gouverneur 



m. — Toussaint, marié à Saint-Denis avec Marie Phaueuf, le 4 
février 1788 ; 

IV. — Amable, marié à Saint-Denis avec Marguerite Saint-Onge, 
le 18 août 181 7 ; 

V. — Isidore, forgeron, établi à Saint-Aimé-sur- Yamaska, marié à 
Saint- Denis, le 13 février 1855, avec Rose Kemler-Laflamme, fille du 
bedeau de cette localité et sœur du curé de Famham ; 

VI. — Jean-Baptiste Bousquet, rédacteur du ** Courrier ", qui 
prend une ai large part dans la publication de la présente monographie. 

(I) — 11 n'a plus de descendant à Saint-Denis. 



SAINT-DENI8-SUR-RICHELIEU 23 

ainsi qu'à leur exécution ; il était le juge-né -de toutes 
les causes secondaires, voyer autant qu'il le fallait 
pour surveiller le bon entretien des chemins, et enfin 
policier avec obligation de conduire les délinquants à 
la prison de Montréal s'il y avait lieu à détention (l). 
De la sorte Pierre Maheux a certainement rendu à ses 
cocensitaires de précieux services, dojnt ils lui tinrent 
constamment compte. Marié avec Geneviève Martin, 
il avait encore auprès de lui, en 1740, son fils Pierre, 
qui venait d'épouser Antoinette Guëvremout à Sorel le 
20 avril 1739. C'est en 1777 que le vieux capitaine 
de milice est décédé, à l'âge de quatre-vingt-quatre 
ans. Juste et généreux autant envers Dieu qu'à 
l'égard des hommes, il laissa une mémoire bénie (2). 

Louis Lacroix-dit-Bourgault était la seconde 
recrue de Contrecœur. Il est mort en 1772, à l'âge 
de quatre-vingt-cinq ans (3). 

Nicolas Chaussé (4), originaire de Repentigny et 
marié avec Geneviève Laporte, résidait sur la pointe 
septentrionale de la seigneurie, à l'extrémité de la 
côte de Plaisance. Là, il cultivait un petit domaine 
de pas moins de 10 par 40 ^,rpents, qui lui avait été 
généreusement concédé en 1729. Cette terre renfer- 
mait dans ses limites toute l'île Courtemanche, qui 



(1) — TrudeHe, Paroisse de Charîesbourgy 177. -- Suite, Histoire 
des Canadiens-Français^ VI, 44. — Koy, Histoire de la seigneurie de 
Lauzon, I, 180. — Turcotte, Le Canada sous P Union ^ I, 215. — Suite, 
dans le Bulletin des recherches historiques, de Lévis, III, 122 et- 123. 

(2) — En 1767, il donnait généreusement $50 environ pour la con- 
fection d'une balustrade dans l'église neuve. Son fils Charles fut égale- 
ment capitaine de milice en 1743 et plus tard marguillier ainsi que son 
frère Pierre. La famille, encore assez nombreuse en 1801, est aujour- 
d'hui disparue de Saint-Denis. 

(3) — Sa descendance, qui comprenait quatre familles au recense- 
ment de 1801, a toute quitté Saint-Denis depuis cette époque. 

(4) — Sa famille ne lui a pas survécu à Saint-Denis. 



24 HISTOIRE DE 



toutefois ne mérite ce nom qu'aux hautes eaux du 
Richelieu". 

Louis Quay-dît-Dragon, Français et sergent vété- 
ran de la compagnie de Marigny, était en 1740 un 
vieillard de soixante-quinze ans, le doyen d'âge de la 
localité. II ne se livrait plus à la culture de la terre 
sur les rives du Richelieu ; il n'avait fait qu'y suivre son 
fils en qualité de rentier. Venu de France vers 1694, 
il avait longtemps guerroyé pour la défense de sa 
patrie adoptive, puis il avait pris une terre à Contre- 
cœur, d'où il est passé à Saint-Dcnîs. Il était marié 
avec Catherine Giard et est mort en 1750. Son dona- 
taire François (1) a été adjoint à Maheux comme 
capitaine de milice des 1737 et a été un de? premiers 
marguilliers de sa naissante paroisse. 

François Messier-dit-Saint-Françoîs (2), époux de 
Josephte Guyon et beau-frère de Pierre Bousquet, 
appartenait de sou côté à une famille de vieille 
noblesse. Son aïeul, venu de France à Montréal vers 
1657, était Michel Messier, sieur de Saint-Michel, 
seigneur d'une partie de Varennes et oncle de l'illustre 
d'Iberville. Deux fois, il a été pris par les Iroquois 
dans l'accomplissement de missions aussi dangereuses 
qu'honorables (3). Elevé sur le patrimoine de l'ancê- 
tre, le petit-fils n'en avait pas été moins obligé de 



(i) — Il avait trois fils dans la paroisse au recensement de i8oi, 
Louis, Hypolite et François ; Louis est Taîeul d'Isidore, le rebouteur 
qui comme tel a joui pendant longtemps d'une certaine célébrité dans 
tout son district. Après lui, sept de sa famille ont été marguilliers. 
Quelques filles sont devenues religieuses. Aujourd'hui sa descendance 
est représentée à Saint- Denis par Cléophas, Amédée, Philéas, 2 Joseph, 
Médéric, Raphaël, Isidore, Elie, Omer, Louis et François. 

(2) — Il ne lui reste plus dan;: la paroisse qu'un représentant du 
nom de Michel. 

(3) — R* P» Alexis, Histoire de la province eccîésùistique eT Ottawa ^ 
I. 55 à 58. 



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ENVIRONS. 



(Voir page W) 



SAINT-DfiNIS-SUR-RICHBLIEU 25 

venir à Saint-Denis âémander aux labeurs du colon 
son pain de chaque jour, comme le plus humble de 
ses compatriotes. 

Louis Poulin, sans titres de noblesse, mais d'autre 
part plus riche en espèces sonnantes, n'eut pas autant 
que Messier à compter avec les misères inhérentes aux 
débuts. Comme, avant son départ de Sainte-Anne- 
de-Beaupré, il avait pu toucher une partie de son 
héritage, il s'en était acheté les 2 par 60 arpents sud 
de la terre de Joubert. Une bonne maison avec 
dépendances et d'assez spacieux défrichements lui 
avaient été acquis du même coup sur cette propriété. 
En 1742, il en est parti néanmoins pour Saint- Antoine, 
où on lui offrait une terre encore meilleure en échange 
de la sienne (1). 

Toussaint Charpentier (2), marié avec Louise 
Jette et âgé de 33 ans, était venu de la Rivière-des- 
Prairies à Saint-Denis, à la suite de son frère Fran- 
çois. Celui-ci, après deux ans de séjour dans la loca* 
lité, en était parti pour s'établir de préférence à la 
Pointe-du-Lac. 

Jean-Baptiste Laporte (3), petit-fils du Français 
Jacques de la Perte-dit-Saint-Georges et non encore 
propriétaire, défrichait et faisait valoir la terre qui 
avait été concédée à son oncle Jacques Laporte-dit- 
Labonté, mais c'était avec l'espoir, qui n'a pas été 
trompé, qu'elle lui reviendrait un jour.* L'oncle, qui 
n'avait pas d'héritier direct, vint en effet dans la suite 
finir ses jours avec sa femme chez ce neveu, devenu 
son donataire. Jean-Baptiste Laporte venait de Con- 

(1) — Un de ses fils, Joseph, est revenu plus tard demeurer à 
Saint-Denis, mais n'y a pas laissé de descendance. 

(2) — Un seul descendant dans la paroisse actuellement. 

(3) — Il ne compte plus que deux descendants à Saint-Denis : 
Ambroise et Jean- Baptiste, père et iîls. 



26 HISTOIRE VE 



trecœur et est décédé, en 1766, à l'âge peu avancé de 
cinquante-deux ans. Ses deux vieux rentiers, morts 
plus de quinze ans auparavant, avaient eu en partage 
une assez longue vie pour pouvoir célébrer même leurs 
noces de diamant ; nul doute que ce furent les pre- 
mières do la localité. 

Paul Jette (1), cordonnier, cousin germain de 
T. Charpentier et époux de Marguerite Saint-Martin, 
était le seul dans la seigneurie à ne pas se livrer à la 
culture des champs. Il avait été élevé a Montréal, 
où s'était fixé son aïeul en arrivant des environs de 
La Flèche, vers 1657. 

Gabriel Ledoux, de son côté, avait grandi à Bou- 
cherville. Son père était un brave colon venu du 
Maine français. Aussi le fils n'a-t-il pas redouté, dans 
un âge où l'on aspire au repos, de se jeter dans le 
labeur d'un établissement nouveau. C'est ce qu'il a 
fait à Saint-Denis dans sa cinquante-sixième année. 
Il n'est mort (2) qu'après avoir vu ses quatre-vingt- 
cinq printemps, huit ans après son épouse. 

Jean-Baptiste Laperle (3), cousin germain des 
Bousquet, était arrivé dans la localité à l'âge de vingt- 
sept ans. L'année suivante, il avait épousé une des 
filles du pionnier Maheux et maintenant il conti- 
nuait courageusement à ouvrir sa terre. Il faisait 
œuvre de bon colon à Saint-Denis, comme son père 
lui en avait donné l'exemple à Yarennes et son aïeul 



(1) — Descendance éteinte à Saint-Denis. 

(2) — Il est décédé subitement en 1767. Trois de ses descen- 
daiTts : Etienne, François et Louis ont été marguilliers. Aujourd'hui 
deux familles seulement conservent à Saint-Denis le nom de cet ancêtre. 

(3) — Le baptême de son fils aîné Jean-Baptiste, le ii novembre 
1740, a été le premier enregistré à Saint-Denis. Sa descendance, qui a 
fourni trois marguilliers, compte maintenant dans la paroisse huit familles 
celles de Toussain'.. de 3 Joseph, d'Isaac, d'Elie. d'Olivier et 
d'Alphonse. 



SAINT-DENIS-SUR-RICHBLIEU 27 

au Graiid-Saint-Ours. Celui-ci était traversé de France 
au Canada vers 1680. 

Enfin Pierre Dubreuil (1), beau-frëre de Dude- 
voir et fils d'un Saiutongeois venu de France à Char- 
lesbourg vers 1688, était le dernier arrivé, mais non 
le moins avancé dans son établissement. Voisin de 
son parent, du côté sud, il possédait 6 par 30 arpents 
obtenus en deux concessions différentes. Ayant quel- 
ques économies, il n'avait pas hésité à les dépenser 
entièrement pour mettre sa terre en valeur. S'il se 
fût borné à ce soin, c'eût été magnifique pour son 
avenir. Mais en même temps il se construisait une 
<lemeure digne des plus vieilles paroisses. Cette mai- 
son, commencée en 1738, fut la première de l'endroit 
que l'on bâtit en pierre. Vaste d'ailleurs, elle avait 
un puits dans la cave, des meurtrières dans les deux 
pignons et un lit de gravier entre chaque plafond et 
plancher. C'était donc une résidence doublée d'un 
petit château-fort (2) pour l'éventualité de quelque 
résurrection d'Iroquois. Mais les Iroquois ce furent 
ses créanciers, et Dubreuil n'était pas fortifié contre 
eux. Il a été obligé de leur céder la place quelques 
années seulement après en avoir pris possession en 
1739 : en partant il s'en est allé à Montréal. 

(1) — Sa famillç n'a fait que passer avec lui à Saint-Denis. 

(2) — L'histoire du Canada fait souvent mention de bâtisses sem- 
blables. La Vénérable Marie de l'Incarnation écrit que les habitants, 
afin de donner la chasse et de la peur aux Iroquois, avaient des redoutes 
en leurs maisons pour se défendre avec de petites pièces (Roy, Histoire 
de la seigneurie de Lauzon^ I, 113). L'abbé Daniel {Nos gloires nal., 
I, 9) dit qu'en 1646 les demeures de Montréal, plus tard garnies de 
meurtrières, devinrent comme autant de redoutes. — La maison Dubreuil 
portait au-dessus de la principale porte d'entrée le millésime de sa cons- 
truction, 1738. Elle a perdu son apparence de château-fort dans une 
réparation en 1871 et a été complètement démolie^ il y a quelques 
années. C'est au même endroit que s'élève aujourd'hui la maison 
d'Ephrem Chaput, en haut du village. 

13) — Pour l'origine des colons de ce chapitre-ci, voir Tanguay, 
" Dict.gén,, " 



CHAPITRE IV 



La desserte religieuse de Contrecœur. Les 

abbés Miniac, Jorian, Chardon. Fondation 

de la mission de Saint-Denis. 1730-1740. 



Grâce aux privilèges, dont jouissaient les pre- 
miers territoires paroissiaux, de pouvoir s'agrandir 
pour ainsi parler au fur et à mesure que la colonisa- 
tion faisait des conquêtes dans le voisinage, le clocher 
de l'humble chapelle de Contrecœur a d'abord étendu 
son ombre protectrice jusque par delà le Richelieu, 
sur toute la seigneurie de Saint-Denis. Une route à 
demi tracée sous les arceaux des grands bois — 
aujourd'hui la route Lapierre — permettait tant bien 
que mal aux Dyonisiens de répondre à la voix qui les 
appelait de si loin. Inutile de dire combien étaient 
longue^ les deux lieues qu'ils avaient à parcourir. 
Aussi y allaient-ils de plus en plus à contre cœur 
accomplir leurs devoirs religieux. 

Trois prêtres les ont successivement desservis sur 
le bord du fleuve : les abbés Jean-Pierre de Miniac (1), 
André Jorian et Louis Chardon. 

Le premier était un Sulpicien français aussi 
savant et intelligent que plein d'activité et de zële. 
Parti de Contrecœur en 1731, il a été ensuite chanoine 



(I) — Il était traversé au Canada en 1722, sur le même bateau que 
son confrère sulpicien, M. Normant. Paillon, Vie de la sœur Bourgeoys^ 
II, 290. 



80 HISTOIRE DE 



et archidiacre à Québec pendant neuf ans, puis grand- 
vicaire en Acadîe. Il est mort en France, Tau 1752, 
ayant complètement perdu l'usage de la vue (1). M. 
Jorian a été cinq ans à Contrecœur ; il était né à 
Québec et avait été ordonné en 1715 ; il est décédé 
curé de Berthier-en-bas, le 24 décembre 1748, à Tâge 
de 57 ans (2). M. Chardon, qui lui a succédé, a eu 
l'honneur avec le fardeau de l'organisation paroissiale 
de Saint-Denis. Encore relativement jeune, il mit 
dans cette œuvre tout l'entrain que pouvaient souhai- 
ter les intéressés. 

Malheureusement ceux-ci ne surent pas d'abord 
en tirer parti. S'étant concertés uniquement avec M. 
de Contrecœur sans en parler à leur curé, ils avaient 
obtenu de sa libéralité la gratification d'une terre en 
haut de la seigneurie pour y élever la chapelle, puis 
l'avaient décidé d'aller lui-même se constituer leur 
avocat auprès du grand-vicaire de Montréal. L'inten- 
tion de ces gens était évidemment d'englober dans la 
nouvelle division le territoire des paroisses actuelles 
de Saint-Denis, Saint- Antoine, Saint-Charles et Saint- 
Marc. 

Le grand- vicaire, M. Normant, se laissa assez 
facilement persuader. Si bien que, sans recourir à 
d'autres informations pour le moment, il accepta le 
don de la terre fait expressément dans le but d'y pla- 
cer le centre du démembrement projeté de Contre- 
cœur. L'acte en fut passé par devant notaire, le 18 
février 1739 (3). 

Aux yeux des riverains richelois, c'était l'appro- 
bation générale de leurs plans. Aussitôt ils convo- 



(1) — Casgrain, Les Sulpiciens et les prêtres des missions étrangères 
en Acadie^ 386 et 387. 

(2) — Semaine religieuse^ de Québec, IX, 695. 

(3) — Notaire Dauré de Ulanzy, à Montréal. 



s Al NT-DBNIS-SUR-RICH ELIBU 81 

quent une assemblée de toas les francs-tenanciers de 
l'endroit, décrètent la construction immédiate de la 
chapelle par souscriptions volontaires et par corvées, 
et avant de se séparer, nomment deux marguilliers 
ou syndics avec pouvoir de continuer au nom de tous. 

Déjà les services du menuisier -entrepreneur 
avaient été retenus et les premiers matériaux trans- 
portés sur place, lorsque, le 22 «vril, le grand-vicaire, 
en visite officielle à Contrecœur, apprend avec étonne- 
ment tout le chemin fait sans la participation du mis- 
sionnaire. M. Chardon lui explique que si Von se 
presse tant d'agir en dehors do son contrôle, c'est que 
l'on a peur d'être dérangé par rapport au site du 
futur temple. En effet, il y avait divergence d'opi- 
nions entre les paroissiens et le curé sur ce point. 
Après explications, M. Normant pensa comme ce 
dernier. Sur des rivages aussi étendus, c'étaient deux 
églises qu'il fallait et non pas une seulement. Par con- 
séquent il était nécessaire de déplacer le centre choisi, 
de manière à en avoir deux au lieu d'un. Dès lors 
les fondations de Saint-Denis et de Saint-Charles 
étaient résolues en principe. 

Le représentant de l'évêque écrit (1) donc sans 
retard aux paroissiens en faute, leur reprochant leur 
conduite peu digne de catholiques soumis, ordonne 
d'arrêter les travaux, de lui envoyer une copie de 
l'acte de la prétendue assemblée et de ne plus faire 
quoi que ce soit sans l'autorisation de M. Chardon. Le 
curé de son côté avait instruction de présider une nou- 
velle réunion des gens. Après quoi serait déterminé 
par Vautorité ce qui devrait être accompli. 

C'est le 26 mai que le pasteur alla remplir sa 
mission sur les rives du Richelieu. D'un commun 



(1) — Archives de Tévêché de Saint- tïyacinthe. 



32 HISTOIRS DE 



accord, on décida alors que, pour Saint-Denis et la 
côte de Saint-Antoine, la chapelle serait construite sur 
la terre de Joubert ; on en détermina les dimensions, 
on renonça à la contribution volontaire en faveur 
d'une répartition légale, et les délibérations furent 
closes par l'élection de deux bons marguilliers cette 
fois. Toutes ces conclusions ayant été ratifiées par le 
grand-vicaire le 5 juin suivant (1), chacun put ensuite 
donner libre cours à son zële. 

La terre reçue le 18 février ne pouvant plus être 
utilisée pour les fins qui en avaient provoqué la dona- 
tion, on commença par la remettre au seigneur. Mais 
au lieu de la reprendre, le généreux bienfaiteur la 
déchargea de son obligation principale d'y construire 
la chapelle (2) et la laissa à la fabrique, qui la vendit 
à Florentin Vigeant en 1764. Cette propriété, de 2 
par 30 arpents, longe aujourd'hui le côté nord de la 
route Goddu en partant de la rivière. Puis, le 23 
juin, l'on acceptait de Joubert le don de deux arpents 
carrés offerts pour y placer les édifices religieux. La 
terre du curé, complément des 2 par 30 arpents dont 
le présent de Joubert avait été détaché, n'y a été 
réunie que le 8 mai 1745 par la libéralité du 
seigneur lui-même, qui l'avait achetée de Joubert 
pour la somme de quarante piastres environ (3). Le 
pionnier donateur ne demandait en retour de sa géné- 
rosité qu'un souvenir dans les prières des fidèles (4), 



(i) — Archives de Tévêché de Saint- Hyacinthe. 

(2) — II Va, déchargée également de l'obligation de trois messes 
basses annuelles dues par le curé à perpétuité. 

(3) — Le 22 mars 1743. Notaire Monmerqué. 

(4) — Résumé de la donation de Joubert : ** Pardevant Cyr de 
Monmerqué, notaire, ... résidant à Contrecœur. .. Furent présents 
Pierre Joubert, habitant de la seigneurie de Saint-Denis, et Agathe 
Jarry, sa femme, .... ont volontairement reconnu et confessé avoir donné, 
cédé...., par donation pure et simple et irrévocable. ... un arpent de 



SAINT-DBNIS-SUR-RICHBLIBn 3 3 

* tandÎB que M. de Contrecœur exigeait un banc double 
et gratuit à perpétuité, un service funèbre à sa mort, 
ainsi que trois messes basses dues par le curé les 6 et 
30 juin et le 5 juillet de chaque année (1). 

Jusqu'à l'automne de 1739, on ne s'occupa plus 
que lentement des procédures civiles, comprenant 

terre de front sur deux arpents de profondeur.... prenant sur le devant 
au bord de la rivière de Richelieu . . . Cette donation ainsi faite . . . comme 
aumône . . , et avoir part dans les prières .... Fait et passé au dit Contre- 
cœur, maison presbytérale, après-midi, Tan 1739» le vingt -troisième 
jum ". 

(Signé) ** Chardon pre., Joseph Circé, Gabriel Giard, Monmerqné 
Nre. Royal ". 

(i) — Voici des extraits de l'acte de donation de M. de Contre- 
cœur. Pour le bien comprendre, il faut savoir qu'en vertu de ses droits 
de seigneur, il pouvait faire sien tout don de terre fait à un autre dans 
ses domaines. Après avoir acheté de Joubert une partie de sa propriété, 
il y joint donc les deux arpents déjà donnés à Téglise pour n'en faire 
qu'un seul et même don ; en ce faisant, il modîBa la forme du premier 
terrain. ** Par-devant les notaires royaux.... de Montréal.... fut pré- 
sent P.-C. Pécaudy . . . . , lequel pour satisfaire à la demande que lui a faite 
Messire L. Normant. ... a reconnu et confessé avoir baillé et concédé. . 
.. 2 arpents de terre de front sur 30 de profondeur.... pris, d'un bout 
par-devant, au bout de la rivière de Richelieu et joignant un arpent e 
un quart de front jusque à trois arpents de profondeur que le dit Sieur 
seigneur s'est réservé ■••• Se réserve seulement le dit seigneur la place 
d'un banc en la dite église à l'endroit où doit être placé le banc seigueu- 
rial, qui sera de la longueur fixée par les arrêts, c'est-à-dire double en 
longueur sur la même largeur des autres bancs .... Pour la dite terre 
jouir, faire et disposer tant par le dit Sièur curé* ses successeurs ou prê- 
tres faisant les fonctions curiales que pour les trois- quarts d'arpent de 
front sur 3 de profondeur servir de place à l'église, cimetière et autres 
choses pour l'utilité et commodité de la dite église à toujours en toute 
propriété .... Cette donation et concession ainsi faite aux réserves sus- 
dites et autre à la charge que le dit Sieur curé promet et s'oblige .... et 
les successeurs à perpétuité de dire ou faire dire par chacun an 3 messes 
basses de requiem...., savoir une le sixième jour de juin, l'autre le 5 
de juillet, la troisième le 30 du dit mois de juin.... pour le repos de 
l'âme du dit seigneur bailleur, de la dame son épouse et de ses plus 
proches . . . Fait et passé au dit Montréal es Etudes, le huitième mai 
après-midi 1745.... " (Signé) *« Adhémar ", *« Dauré de Blanzy ". 



34 HISTOIRE DK 



danïj tous ses détails la répartition de ce que chacun 
aurait à apporter en argent, matériaux et travail. 

La chapelle devant être petite et tous les hommes 
devant être appelés à contribuer de leurs mains à sa 
con6truction,il semble qu'elle aurait pu se terminer à la 
fin du premier été. Mais en pensant de la sorte on 
compte avec les moulins à scie, et alors cet avantage 
n'était pas à la portée départies aussi reculées du pays. 
Il fallait faire les planches au godevdard (1), équarrir 
les solles h la hache et tailler les bardeaux de la même 
manière. Ce système primitif était nécessairement 
long, sans calculer que dans ces commencements sur- 
tout il n'était pas permis de déranger le colon au 
temps de la moisson. C'est donc durant l'hiver que 
l'on charroya et prépara le bois. Ces préliminaires 
achevés, le maître-menuisier engagé réussit avec quel- 
ques aides à finir la bâtisse pour l'automne de 1740. 

Ce n'était pas un monument. Toute en bois, 
privée de clocher (2) et de sacristie, elle ne contenait 
même que vingt-trois bancs (3). On devait s'y trou- 
ver à l'étroit, puisque Saint-Denis seul fournissait 
vingt-deux familles et qu'il pouvait y en avoir une 
quinzaine à Saint-Antoine. Tout de même ce 
temple, dans lequel on était de plus en plus gêné, 
a duré jusqu'en 1768, l'espace de vingt-huit 
ans. Il était alors doublement temps de le rem- 



(1) — Nous appelons ainsi au Canada la scie passe- partout ou la 
scie à tronçonner. 

(2) — Elle n'a eu son clocheton qu'en 1756, lors du don de la pre- 
mière cloche. 

(j) — Ces 23 bancs ont été adjugés à $3 chacun pour la première 
année, puis les années subséquentes le propriétaire ne payait plus que 60 
sous annuellement, A chaque mutation, il fallait d'abord commencer 
par payer $3. Ce règlement a subsisté tout le temps de la première 
chapelle, jusqu'en 1768. En 1755. la rente entière se montait à $25 et, 
en 1761, elle a atteint son plus haut chiffre, celui de $38. 



SAINT-DBNIS-Saa-RICHELIEU 85 



placer, car en 1762 il était déjà en mauvais état (1), 
et, malgré une importante restauration subie trois ans 
plus tard, il tombait encore en ruine des 17ô8. En 
cette dernière année, il possédait sa cloche depuis 
deux ans. Cette pièce, de trente à quarante livres 
pesante seulement et payée cent piastres, était un 
cadeau de M. de Contrecœur. Elle a sonné sur 
l'église quinze ans, sur le couvent de 1783 à 1809, sur 
l'école modèle des garçons ensuite, et aujourd'hui, 
depuis le remplacement de cette école par le collège, 
elle est employée sur une boutique du village. 

C'est probablement à la fôte même de saint 
Denis, le 9 octobre 1740, que la primitive chapelle de 
ce nom a été bénite solennellement par M. Chardon. 
Ce jour-là, saint Denis (2) avec ses deux compagnons 



(1) — L'évéque, Mgr Pontbriand, écrit aux Dyonisiens, à la date 
du 2 mars 1752 : ** Voulant user de condescendance, nous permettons, 
quoique la chapelle soit en très mauvais état, de dire la messe à Saint- 
Denis une fois le mois .. , on pourra continuer d'enterrer à Saint-Denis, 
si le cimetière est en bon état ". Archives de réviché de S, -Hyacinthe, 

(2) — Saint Denis, premier apôtre de la France, était Grec de la 
ville d'Athènes ; il vivait au temps de Notre -Seigneur. C'était un 
savant et un des hommes les plus importants de sa patrie. A la vue de 
l'éclipsé qui marqua la mort de Jésus-Christ, il s'écria : ** Ou le Dieu 
de la nature souffre, ou la machine du monde se détraque et va retourner 
dans son ancien chaos ". Lorsque saint Paul vint plus tard dans sa 
ville natale annoncer la doctrine de Celui dont il avait pressenti la mort 
sur la croix, il se convertit aussitôt. Saint Paul le fit son aide pendant 
3 ans, après quoi il le consacra évêque d'Athènes même. C'est pendant son 
séjour là qu'il eut l'insigne bonheur d'aller assister à la mort de la 
Sainte Vierge. A l'âge de 78 ans, il quittait son diocèse de la Grèce 
pour s'en aller évangéliser la France. Après y avoir converti beaucoup 
d'infidèles, il devint premier évêque de Paris, où il a été martyrisé avec 
ses deux principaux compagnons, Rustique et Eleuthère. Dès que sa 
tête eut roulé sous le glaive des bourreaux, on rapporte qu'il fît le mira- 
cle de la relever de ses mains et de la porter à une assez longue dis- 
tance. — Au temps de Mgr de I^val, l'abbesse de Montmartre, à 
Paris, Françoise- Renée de Lorraine, donna à M. de Maizerets une reli- 
que notable de saint Denis pour le Canada (Gosselin, Vie de Mgr de 



36 HISTOIRE DE SAINT-DENIS 

martyrs, saints Rustique et Eleuthëre, était confirmé 
comme titulaire de la nouvelle paroisse. 

La cérémonie du 9 octobre fut un des derniers 
actes du curé de Contrecœur sur les rives du Riche- 
lieu. Bientôt il y était en effet remplacé par un autre. 
Il se replia alors sur ce qui lui restait de son ancien 
territoire de juridiction, et y demeura encore quatre 
ans. B s'en alla ensuite mourir curé de Beauport (1), 
le 13 mars 1759. Français de naissance, il avait 
exercé le saint ministère en Canada pendant trente- 
quatre ans. 




Laval, I, 491). — Un peu auparavant, en 1657, M. d'Ailleboust avait 
aussi apporté de Nantes une relique de saint Denis pour l'église Notre- 
Dame de Montréal (Daniel, Nos gloires nat,,, I, ii). 

(I) — Ignotus, dans La Presse de Montréal, 25 juin 1898. 



CHAPITHE V 



Les missionnaires de Saint-Denis. Travaux et 

ennuis dé leurs dessertes. Les abbés 

Gosselin, Gervaise, Youville. 

1740-1754. 



A peu près au temps où la chapelle de Saint- 
Denis était ouverte au culte, s'achevait également celle 
de Saint-Charles, sept milles plus haut sur le parcours 
de la même rivière. Ces deux jumelles devaient se 
partager d'abord plusieurs années les soins du même 
pasteur. Le centre du nouveau district religieux, qui 
s'étendait sur les deux rives du Richelieu depuis la 
seigneurie de Saint-Ours jusqu'à la montagne de 
Saint-Hilaire, étant plutôt Saint-Charles, le prêtre y 
fixa sa résidence. H avait à en desservir Saint-Denis 
par voie de mission. C'est ainsi que marchèrent les 
choses pendant dix ans. 

L'abbé Jean-Baptiste Gosselin, homme de talent 
et de mérite, a été le premier préposé au fonctionne- 
ment de ce régime plus ou moiirs agréable. Il était 
Français, natif d'Amiens en Picardie, et alors âgé de 
Vingtrhuit ans. A seize ans, il avait déjà terminé ses 
études classiques et revêtait l'habit ecclésiastique. 
C'est un an plus tard que Mgr Dosquet le décida à 
venir avec lui en Amérique. Il acheva sa cléricature 
au séminaire de Québec tout en se livrant à l'ensei- 
gnement et fut promu au sacerdoce dans la chapelle 
des XJrsulines de la capitale, le 18 septembre 1734. 
Malgré la crainte de la mer qu'avait dû lui inspirer sa 



38 HISTOIRE DE 



première traversée, — car il y avait fait naufrage h 
une douzaine de lieues avant d'atterrir et perdu à 
peu près tous ses colis (1), — il se rembarquait 
pour l'Europe à l'automne de 1735 afin d'aller régler 
certaines afiaires de famille ; il accompagnait en 
même temf>8 sou évèque (2). De retour l'année sui- 
vante, il fut un an curé de Lanoraie. En 1740, 
il se dévoua avec beaucoup de vertu au milieu 
d'une épidémie qui sévissait dans les rangs des soldats 
à Québec (8). C'est à la suite de la manifestation de 
ce zële qu'il arriva à Saint-Charles, à la fin d'octobre 
1740. 

Son séjour de Lanoraie l'avait un peu initié aux 
privations et aux travaux du pionnier ; mais, comme 
il devait s'y attendre, il avait encore à apprendre à la 
lisière des bois du Richelieu. Aussi en ce dernier 
endroit s'improvisa-t-il constructeur, défricheur et 
jardinier, exerçant assidûment tous ces métiers en 
les mêlant à ses labeurs de curé et de missionnaire. 
Le travail' de son ministère en semaine n'était géné- 
ralement pas considérable, mais, chaque dimanche, il 
alternait avec force dépenses d'activité à Saint- 
Charles et à Saint-Denis. 

Ses voyages à sa desserte du nord s'effectuaient le 
plus souvent en chaloupe durant la belle saison ; en 
hiver c'était sur la glace de la rivière, le chemin du 
Bord-de-l'eau n'étant alors qu'à peine tracé. Aux 
jours de service religieux dans sa mission, c'est chez le 
bon pionnier Joubert, devenu le premier bedeau, qu'il 
se retirait. Il arrivait ordinairement le samedi après- 
midi et retournait à Saint-Charles le lendemain pour 
l'heure du souper. 

(1) — Télu, /vj iviquei de Québec y 174. 

(2) —Têtu, Ibid., 193. 

(3j — Gosselin, Le Père Bonnécamps, 32. 



SAINT-DBNI8-8UR-RIGHBLIEU 39 

Les geuB profitaient le mieux possible de son 
court passage pour s'approcher des sacrements, faire 
baptiser leurs enfants, procurer sa visite à leurs mala- 
des et lui exposer toutes les difficulté?^ dans lesquelles 
ils désiraient les conseils de leur pasteur. C'était pour 
lui une rude journée. 

M. OoFSclin est resté un an à ce ministère. A la 
fin, il était fatigué et il se vit, avec plaisir, appelé à 
prendre place dans les stalles du chapitre de Québec 
comme chanoine titulaire. C'est le 81 août 1741 qu'il 
reçut sa nomination, main ce n'est qu'au commence- 
ment de novembre suivant qu'il put se rendre k sa 
nouvelle destination, étant obligé d'attendre son rem- 
plaçant. Il a été ensuite pendant neuf ans à son 
devoir tout de prière, de conseil pour l'évêque et en 
même temps <le rehaussement des cérémonies du culte 
à la cathédrale. Il n'a été absent que pour une 
excursion de quelques mois en 1742 sur les côtes du 
Labrador (1), oii il aida de sa science en botanique 
F.-E. Cngnet, chargé de faire un choix de plantes 
indigènes pour les jardins du roi. En 1750, le jeune 
chanoine donnait sa démission et s'en allait déjà mou- 
rir au pays natal. C'est en 1759 qu'il a rendu son 
âme à Dieu, à l'âge de quarante-sept ans seulement. 

Le sùecesseur de M. Gosselin à Saint-Charles et à 
Saint-Denis a été M. Michel Gervaise, né k Montréal, 
le 8 mars 1717, du mariage de Charles Gervaise et de 
Marie Boyer. Il n'avait été ordonné que le 23 sep- 
tembre 1741 (2), après avoir fait ses études à Québec. 
C'est donc juste à la suite de ses cinq ou six premiè- 
res semaines d'initiation au saint ministère auprès 



(0 ~~ Ignotus, dans La Presse, de Montréal, i8 juin 1898. — A la 
demande de M. de la Gallisonnière ; Gosselin, Le Père Bonnécamf^s, 32. 

(a) — Tanguay, Répertoire général du clergé canadien^ (2e édition), 
116. 



40 HISTOIRE DE 



d'nn confrère plus âgé qu'il était envoyé sur les rives 
du Richelieu pour y poursuivre dans les mêmes condi- 
tions que son prédécesseur les œuvres si heureusement 
commencées. 

M. Gervaise fut d'abord très bien vu dans la mis- 
sion de Saint-Denis. Dans toute la vigueur de sa 
jeunesse, il était d'ailleurs le vrai type du curé coloni- 
sateur. Il s'intéressait à tout. N'attendant pas qu'on 
le consultât, il allait souvent au-devant de ses gens 
pour les aviser. En un mot, il devint effectivement 
en peu de temps l'âme de tout le mouvement qui 
s'opérait dans le district pour hâter la conquête de 
l'aisance. 

Quoiqu'il ne pût donner à Saint-Denis que deux 
dimanches par mois, il apparaissait toutefois plus sou- 
vent dans la localité. 

Le 17 novembre 1741, il y inhumait un enfant. 
C'était la première sépulture faite dans le cimetière de 
la paroisse dyonisienne. Deux ans plus tard seule- 
ment, le 27 décembre 1743, y prenait place la première 
adulte ; elle n'était âgée que de trente-cinq ans et 
l'acte mortuaire ajoute qu'elle avait été ^' surprise par 
la mort ". Beaucoup d'autres ne se sont pas laissé 
transporter si tôt à leur dernière demeure. Alexis 
Chenette et François Mailloux, les plus tenaces jus- 
qu'alors, ne sont décédés tous deux qu'à l'âge décent 
ans, eflt 1742 et 1748. Saint-Denis dans la suite vit 
cependant plus belle longévité, puisque Louis Guertin 
s'éteignait à cent-deux ans en 1880 et Antoine 
Darcy à cent-douze ans, en 1818. Avec Monique 
Benoit, veuve de Joseph Laflamme, encore vivante 
à l'âge de cent-un ans, ce sont là jusqu'ici les 
seuls centenaires de Saint-Denis. Leur nombre 
est suffisant toutefois sur ce point du Canada pour 
témoigner de la salubrité de son climat. Aujour- 




^^^.■,l■^»6°■''■ 



1^ 



s AINT-DENIS-SUR-RICHBLIBU 4 1 

d'biii il. y a au cimetière de la paroisse .trois fois la 
population vivante de l'endroit, près de cinq mille 
sept cents corps inhumés. 

A la rai-juillet 1742, avaient lieu k Saint-Denis 
les plus grandes cérémonies qu'eût encore vues la cha- 
pelle depuis sa bénédiction, la première visite pasto- 
rale de l'évêque du diocèse, telle. que savait la faire 
l'intrépide Mgr Pontl^riand (1). Comme la laborieuse 
petite colonie fut heureuse de le posséder deux jours 
au milieu d'elle, d'entendre plusieurs fois ses avis pater- 
nels (2) et de le voir mêler ses prières aux siennes ! Il 
est revenu encore en 1749 et. en 1755. Après lui il y a 
eu dans la paroisse vingt-huit visites pastorales tou- 
jours solennelles faites par treize évêques différents. 
Ces derniers sont : Mgr Briand, en 1768 et 1772 ; Mgr 
Hubert, en 1788 (3) et 1792 ; Mgr Denaut, en 1800 et 
1805 ; Mgr Plessis, en 1809 ; Mgr Panet, en 1818 ; 
Mgr Lartigue, en 1823, 1828 et 1834 ; Mgr Bourget, 
en 1840 ; Mgr Prince, en 1847, 1853 et 1857 ; Mgr 



(1) — L'évêque, dans un mandement adressé à M. Gérvaise pour lui 
annoncer cette visite, l'avertit qu'il " confirmera même les enfants qui 
n'ont pas encore atteint l'âge de raison ". — En annonçant sa visite de 
1749, il dit aussi '* qu'il confirmera le soir de son arrivée les petits 
enfants au-dessous de 7 ans ". Archives de Pévêcki de S,- Hyacinthe, 

(2) — *' On le voyait, dit l'oraison funèbre prononcée par l'abbé 
Jolivet, le premier à la lête de ses ouvriers apostoliques, travailler lui 
seul plus qu'aucun autre, lasser les plus forts et les plus robustes, prêcher 
régulièrement 4 ou 5 fois le jour, et toujours avec force et onction ". 
Têtu, Les évéques de Québec^ i.yi et 233. 

(3) — Mgr Hubert venait de quitter Saint- Denis, lorsqu'il apprit la 
mort de Mgr D'Esglis, dont il était le coadjuteur avec droit de future 
succession. Il va aussitôt prendre possession du siège épiscopal de Qué- 
bec devenu vacant et en informe le pape. Entre autres choses, il lui dit 
que *' le diocèse de Québec est d'une si vaste étendue ... que quatre 
étés ne suffisent qu'à peine pour le visiter. Depuis deux ans, ajoute:t-il, 
que j'ai reçu la consécration épiscopale, j'en ai commencé la visite, qui 
n'avait pas été faite depuis 14 ans, à raison de la guerre et des infirmités 
de mes prédécesseurs ". Têtu, Les éviqtus de Québec^ 389 et 390. 



42 HIBTOIRB DE 

J. Larocque, en 1868 ; Mgr C. Larocqne, en 1868 et 
1872 ; Mgr Moreau, en 1876, 1879, 1882, 1886, 1888 
et 1891 ; Mgr Decelles, en 1894, 1897 et 1900 ; et 
Mgr Bninault, en 1904. 

Mgr Pontbriand, au cours de sa seconde visite 
dans le district religieux de M. Gervaise, en 1749, 
avait pu j constater les progrès de la colonisation 
surtout par l'augmentation du peuple, qui remplissait 
les églises. La supplique des paroissiens de la cdte de 
Saint-Antoine, demandant à se séparer de Saint- Denis, 
avait particullëremeut attiré son attention sur ce point. 
Aprëa avoir pesiî leurs raisons, examiné la disposi- 
tion des lieux, s'être rendu compte du chiffre de la 
population et des espérances de l'avenir, il accordait, à 
leur grande joie, l'objet de la requâte. 

En mâme temps, l'évèque avertissait M. Gervaise 
que son territoire serait partagé en deux, une partie 
comprendrait Saint-Charles, l'autre Saint-Denis et 
Saint-Âiitoine. Un confrère serait envoyé pour le 
remplacer dans te premier poste et lui-même serait 
préposé à l'administration du second. Ce change- 
ment devait a'effectuer à la Saint-Michel de l'année 
suivante ; en attendant, le pasteur actuel avait instruc- 
tion de diriger les travaux d'établissement de la nou- 
velle division. 

Autant les Antoniens jubilaient de cee déci- 
sions, autant les Dyonisiens étaient mécontents. 
Le chagrin de ceux-ci était de voir s'éloigner plus 
vite qu'ils ne pensaient une si grande partie de 
leurs [rùres. Dans leur opinion, c'était le moyen de 
s'uliaililir des deux côtés aans avantages capables de 
coutrebaluncer ce mal. La vague du malaise gagna 
bientôt Loue les rangs des opposante et c'est dans cet 
ôtal ijuc les trouva l'offre de M. Gervaise leur disant 



SAINT-DENIS-SUR-RICHBLIEU 48 

que, s'ils voulaient se bâtir un presbytère, c'est chez 
eux qu'il demeurerait, que la cure serait de leur côté 
et la mission de l'autre. 

Mais l'irritation avait aveuglé les intéressés et ils 
répondirent : " Puisqu'on divise la paroisse, nous lie 
pouvons pas construire ". 

Les Antoniens, pourtant encore plus faibles, se 
mirent alors à l'œuvre et, à l'automne de 1750, ils 
avaient fini un bon presbyte re-cbapelle eu pierre. 
M. Gervaise s'y installa aussitôt en qualité de pre- 
mier curé en gardant Saint-Denis comme mission. 

Ceci n'était pas de nature à ramener le calme sur 
l'autre rive. L'indignation y augmenta même et on 
en vint bientôt jusqu'à refuser le paiement de la dîme. 
L'évêque, informé du fait, écrivit (1) une lettre sévère 
aux rebelles et leur annonça que dorénavant, à partir 
de mars 1752, ils n'auraient plus qu'une messe basse 
par mois. D'un autre côté, toujours bon en face du 
repentir, il s'engageait à leur donner un curé résident 
dès qu'ils lui auraient élevé une maison près de leur 
chapelle. 

Sur ce, on se ravisa, l'obstination ne pouvant 
plus d'ailleurs rien gagner, et l'on décida enfin 
de faire ce que l'on aurait dû commencer par exécuter 
au lieu de se fâcher. Une répartition légale fut homo- 
loguée le 27 juin suivant (2) et l'on entama sans 
retard les travaux préliminaires de la construction. 



(1) — Le 2 mars 1752. — Archives de réviché de Saint- Hyacinthe, 
— Au sajet de la dtme, Tévéque enjoint aux mécontents *' de ne pas se 
laisser conduire par un esprit d'entêtement et de révolte, mais de se sou- 
venir que c'est un crime de la frauder, qui retombe sur Dieu même ". 

(2) — Pierre Allaire, Jacques Gaulin, Pierre Véronneau et Charles 
Bousquet furent les syndics élus pour la construction du premier presby- 
tère ; assemblée du 18 juin 1752. Archives de Pévéchéde S,- Hyacinthe, 



44 HISTOIRB DE 



Ce n'est pas à dire cependant que tout se soit passé à 
l'unanimité. Un certain nombre de récalcitrants 
allèrent même jusqu'à molester les ouvriers et il ne 
fallut rien moins que le recours à la police coloniale 
pour mettre fin au désordre (1). Tout de même la 
maison était terminée en septembre 1753. 

C'était un édifice de jolie apparence, de 45 par 
36 pieds à l'intérieur, tout en cailloux. Il avait une 
excellente cave avec entrée extérieure et trois robustes 
cheminées. Son site était entre le presbytère actuel 
et le chemin royal, auquel il présentait le flanc ; les 
habitants y ont eu leur salle au pignon sud. Aussi 
solide que belle, cette résidence a duré quatre-vingt-un 
ans et vu les règnes de plus de quatre curés. 
Elle n'avait coûté que cent piastres en argent. 
Michel Chefdeville, maître-maçon de Montréal, l'avait 
entreptise et achevée pour ce prix, en utilisant les 
matériaux et la main-d'œuvre fournis par les contri- 
buables (2). 

« 

L'autorité religieuse, tout heureuse des résultats 
obtenus, ne put toutefois faire aussitôt houneur à sa 
parole d'envoyer un prêtre résident aux Dyonisiens. 
Des besoins plus urgents s'étaient déclarés ailleurs et 
elle leur demandait de bien vouloir attendre une 
année. 

Cependant M. Gervaise, fatigué de toutes les 
tracasseries qu'on lui avait prodiguées à Saint-Denis, 
et persuadé qu'il n'y pouvait accomplir tout le bien 
désiré, insistait pour être immédiatement déchargé de 
son ingrate mission. L'évêque céda à sa prière et M. 



(11) — Mémoire du commissaire J.-V. Varin, en date du 13 juillet 
1752. Archives paroissiales, 

(12) — Marché conclu entre les syndics et Chefdeville, 29 juin 1752. 
Archives paroissiales. 



SAINT-DBNI8-SUR-RIGHBLIEU 45 

Joseph-François Youville, curé de Saint-Oars, lui fut 
donné comme successeur, à la Saint-Michel 1758. 

Ce nouveau missionnaire, né à Montréal le 22 
septembre 1724, était fils d'un brillant officier de 
l'armée du roi et de la fondatrice des Sœurs Grises. 
Deux des frères de sa mère ont été prêtres et son 
propre frère cadet a également gravi les dégrés du 
sanctuaire. Ayant fait ses études à Québec, il avait 
été lui-même ordonné par Mgr Pontbriand, le 23 
septembre 1747. II a ensuite travaillé au ministère 
paroissial pendant un an comme vicaire, a été après 
cela curé et missionnaire de Lavaltrie et de Lanoraie 
pendant deux ans et, depuis 1750, il était à Saint-Ours. 

Il a gardé Saint-Denis un an. Durant tout 
ce temps il allait y officier régulièrement tous les 
deux dimanches. Dans les intervalles, M. Gervaise 
le suppléait le plus souvent. Les deux lieues qui 
séparaient Saint-Ours de sa mission jouissaient à cette 
époque d'un assez bon chemin longeant la rivière, et 
le desservant les franchissait ordinairement à cheval. 

C'est à la fin d'août 1754 qu'il fit son dernier 
voyage de missionnaire ; il était alors déchargé sur le 
curé résident qu'y envoyait l'évêque. Il a ensuite 
continué à diriger la paroisse de Saint-Ours jusqu'à 
sa mort, quoiqu'il soit décédé à Montréal, sous les 
soins dévoués des filles spirituelles de sa mère, le 10 
avril 1778, à l'âge de cinquante-trois ans (1). 



(I) — Tançuay. Réptrtoire général du eUrgi canadien (2e édition), 
123. — Il fut inhumé à l' Hôpital-Général de Montréal, aux pieds de sa 
mère. Lalande, Une vieille seigfieurie : Boucken'ilie^ 115. — C'est au 
mois de janvier précédent qu'il avait quitté sa cure pour aller se faire 
traiter chez les Soeurs. — On lui doit des Mémoires pour servir à la 
vie de sa mère. Quoique bien abrégés, ils ont été longtemps le seul 
recueil sur Mme d* Youville, à l'usage des Sœurs de la Charité. 
Faillon, Vie de Mtne d' YouvUU, page XIII. 



CHAPITRE VI 



Arrivée du premier curé, M. Frichet. La guerre 
de Cession. Ses tristesses à Saint-Denis. 

1754-1760. 



Le premier caré résident de Saint-Denis fut l'abbé 
Jean-Baptiste Frichet, qui arriva pour le dimanche 
10 septembre 1754. 

Ce prêtre n'en était plus à ses débuts. Né à Québec 
d'une ancienne famille à l'aise de Saint-Nicolas (1), 
le 21 juin 1716, il avait étudié sous les habiles direc- 
teurs du séminaire de la capitale et été élevé au sacer- 
doce par Mgr Pontbriand, en même temps que dix 
autres lévites, le 22 septembre 1742. Etant le plus 
£gé de ses confrères d'ordination, il a eu la surprise 
de se voir aussitôt désigné pour une cure, tandis que 
la plupart des autres étaient envoyés dans des vica- 
riats. C'est le poste des Ecureuils qui lui fut ainsi 
confié au sortir de la cérémonie. Pendant huit ans, 
il y a donné ses prémices dans le ministère des 
âmes (2). Il en a desservi le Cap-Santé pendant les 
trois premiers mois (3) et s'est ensuite construit un 
bon presbytère, qui n'a été démoli qu'en 1885 (4). 
C'est peu après l'achèvement de cette maison qu'il a 



(i) — Roy, Histoire de la seigneurie de Lauzon^ II, 115. — II était 
fils d'Etienne Frichet et d'Anne Lavergne. 

(2) — Archives des Ecureuils, 

(3) — Catien, Histoire du CapSanté, dans la Semaine /Religieuses 
dé Québec, 10 juillet 1897, V^&^ 734* 

(4) — C'était le premier presbytère de la paroisse. Archri'es des 
Ecureuils, 



48 HIBTOIRB DE 



été transféré à Saint-Charles-sar-RicIielieu comme 
BuccesBear de M. Gervaise. 

Lorsque, quatre ans plus tard, il vint à Suint- 
Denis, il n'y était donc pas inconnu. On avait été 
plusieurs fois à même de juger de ses talents et de son 
zële. Seulement on avait, dans les mêmes occasions, 
constaté avec peine que la faiblesse de sa santé était 
loin de lui permettre de tirer de se^s précieuses dispo- 
sitions tout le parti qu'il aurait souhaité. 

Presque continuellement souffrant lui-même, il 
savait consoler dans les afflictions. Et ce fht son prin- 
cipal rôle dans la localité. Heureuses les gens qui le 
reçurent à cette heure de sinistres bruits avant-cou- 
reurs d'une guerre telle que le fut celle de la Cession ! 
La tempête grondait déjà terrible à l'horizon ; et que 
de ravages ne causa-t-elle pas durant les six ans qu'elle 
dura ! Elle s'ouvrit l'année suivante par le plus horri- 
ble des exploits : la déportation des Acadiens. 

Tout l'été de 1755, les exercices de la milice 
eurent lieu fréquemment à Saint-Denis. L'on se 
tenait prêt en cas de besoin ; mais les campagnes de 
cette saison se terminèrent sans que l'on fît appel de 
ce côté. 

Il y avait alors dans la seigneurie trois compa- 
gnies comprenant environ quatre-vingts miliciens en 
tout. Elles avaient été formées, l'une vers 1736, la 
deuxième vers 1739 et la dernière vers 1745. Leurs 
premiers capitaines, Pierre Maheux, François Dragon 
et Jean-Baptiste Royer les dirigeaient encore. 

Sous la surveillance de François Neveu, citoyen 
du village de Saint-Denis depuis 1742 et ^'commandant 
des milices de toute la côte du sud du gouvernement 
de Montréal " (1), il y avait eu une attention spéciale 



( I ) — Registres paroissiaux des baptêmes^ mariages et sépultures. 



8AINT-DENIS-SUR-RICHELIBU 49 

donnée à la discipline des trois corps militaires de la 
localité. Cet officier, né à Montréal en 1705 et marié 
avec Charlotte-Ursule Bouclier de Niverville, avait 
pour përe Jean Neveu de la Bretonniëre, colonel de 
milice et seigneur de Lanoraie. Dès le début de la 
guerre en 1755, le fils a reçu ordre de se rendre en sa 
ville natale et sa famille l'y a suivi. Durant sou 
séjour au bourg dyonision, que son amour de la vie 
simple lui avait apparemment fait préférer, il demeu- 
rait dans une humble maison, au sud du cimetière. 

C'est an printemps de 1756 que M. Frichet bénit 
lé départ du premier contingent de sa paroisse pour 
les frontières attaquées. Les plus robustes et les plus 
libres avaient été seuls mandés. Chaque dimanche 
subséquent Von pria en public pour leur heureux 
retour tout en sollicitant la fin prochaine des hosti- 
lités. C'étaient les angoisses qui commençaient. 

A l'automne, arrivèrent avec les miliciens un cer- 
tain nombre de soldats du Royal-Roussillon (1). 
Presque chaque famille était obligée, pour l'hiver, 
d'en loger et nourrir un ou plusieurs selon ses moyens 
présumés. H est vrai que le roi était censé payer 
pour eux une pension de dix sous par jour, mais le 
papier-monnaie qu'il leur donna en compensation ne 
valut jamais que peu de chose (2). Surtout durant la 
disette, il n'apporta pas le pain à la maison. 

Tout de même l'on passa tant bien que mal cette 
première année. La récolte avait été assez bonne, il 
n'y avait pas eu de victime parmi les miliciens et il 
restait encore suffisamment de ressources pour permet- 
tre d'espérer. Il n'en fut malheureusement pas ainsi 
des années suivantes. Les services requis de la milice 



(1) — Casgrain, Montcalm et Lévù, I, 159 et 160. 

(2) — Ibid., I, 168 et 169. 



50 HISTOIRE DE 



furent plus nombreux en 1757 et les moissons souffri- 
rent grandement de tant d'absences de bras (1). Ce 
n'était pas déjà la famine, mais on pouvait en appré- 
hender l'apparition dans un assez court délai. Quel- 
ques-uns tombèrent aussi sous les balles des ennemis. 

On triomphait bien jusque-là sur les champs de 
bataille, mais hélas ! les victoires, qui coûtaient cher, 
ne semblaient pas devoir désarmer de si tôt les terri- 
bles adversaires se relevant toujours plus nom- 
breux après chaque défaite. D'ailleurs la fortune de 
la prise d'armes en Amérique paraissait suivre celle 
d'ôutre-raer et, là-bas, tout ne parlait que de combats 
pour longtemps. 

Durant la saison dure do 1757-1758, ce fut une 
partie du régiment de Guyenne que Saint-Denis eut à 
héberger (2). 

L'imminence du danger augmentant, la conscrip- 
tion de 1758 fut plus sévère que les précédentes parmi 
les habitants et l'on quitta également son foyer plus 
tôt. Femmes, enfants et vieillards se mirent courageu- 
sement au travail de la ferme à la place des cultiva- 
teurs partis. On ensemença le plus possible, mais on 
fut loin de faire autant que si le mari eût été pré- 
sent (3). Par surcroît de malheur, la sécheresse et 
les sauterelles détruisirent presque tout espoir de 
moisson. Après cela, c'était la misère. Combien fut 
triste la rentrée des miliciens dans leurs familles 
découragées ! Ils avaient bien remporté le si glorieux 
triomphe de Carillon, mais maintenant un adversaire 
plus redoutable allait les terrasser à leur tour. Le 
léger surplus,qu'avaient pu obtenir ou garder jusque-là 



( 1 ) — Casgrain, Montcalm tt Uvis, I, 292 et 295. 

(2) — Ibid., I, 302. 

(3) — Ibid.. II, 32. 



SAINT-DBNIS-SUR-RICHELIEU 51 

certains particaliers moins éprouvés, flit rigoureuse- 
ment exigé et emporté au nom du roi pour le soutien 
de l'armée durant la campagne suivante. , On prit 
dans les étables comme dans les greniers, ne laissant 
que le strict nécessaire (1). Ces dépouillements 
ne s'opéraient pas sans attrister aussi les voisins à qui 
presque tout allait manquer et qui ne sauraient plus 
ensuite où avoir recours durant l'hiver suivant. 

Au milieu de cet hiver de privations et de cha- 
grins, la petite vérole, qui exerçait des ravages dans 
les villes, vint encore ajouter aux tribulations des 
Dyonisiens. Heureusement que les beaux soleils du 
printemps eurent bientôt fait de dissiper les miasmes 
destructeurs (2). 

A ce moment tous les hommes valides de seize à 
soixante ans étaient appelés à la défense de la patrie 
plus en péril que jamais. Le corps était épuisé, mais 
le cœur était resté fort (3). On redoutait tellement 
de tomber entre les mains des bourreaux de ses frères 
les Acadiens qu'il n'y avait pas de sacrifices devant 
lesquels on crut pouvoir reculer. Des enfants de qua- 
torze et de quinze ans se joignirent à leurs pëi'es ; ou 
vit des vieillards hors d'âge ne pas vouloir demeurer 
en arrière. Il est difficile de dire ce que ce départ 
eut d'émouvant. 

Et, durant les expéditions, il ne faut pas croire 
que le beau rôle était dévolu aux miliciens. Les sol- 
dats venus de France les considéraient comme fort 
inférieurs. Ils se ménageaient donc à leurs dépens. 
S'il y avait une reconnaissance dangereuse à faire, un 
poste exposé à conserver, un travail surérogatoire à 
accomplir, c'est aux Canadiens que l'on s'adressait. 



(1) — Casgrain, MonUalm et Lavis, I, 429. 

(2) — Registres paroissiaux des baptêmes^ mariages et sépultures, 

(3) — Casgrain, Montcalm et Livis, II, 23. 



52 HISTOIRE DB 



Le soldat possédait ses tentes, les miliciens s'abritaient 
comme ils le pouvaient. S'apercevait-on que les vivres 
allaient manquer, c'est par eux que Ton en com- 
mençait le retranchement (1). Le pauvre colon, le 
plus intéressé des combattants, se soumettait à tout. 
Aussi était-il exténué quand il recevait son congé 
chaque automne. 

La saison de 1759 ne lui permit d^a]>porter à sa 
famille, outre sa fatigue, que de mauvaises nouvelles. 
Tous avaient accompli des prodiges de valeur, mais 
une défaite écrasante aux portes mêmes de Québec 
n'en avait pas moins été le pénible résultat. Les 
Anglais étaient entrés dans la capitale et bientôt ils 
seraient maîtres du pays entier. 

L'automne précédent, il était encore venu des 
soldats du régiment de Guyenne (2) ; cet automne, 
ce fut le tour d'une partie du régiment de la Reine (3). 
On mangea avec elle sa dernière bouchée de pain. 

Enfin, soldats et miliciens, comptant toujours sur 
un renfort prochain de la mëre-patrie, se réunissaient 
de nouveau sous les armes au printemps de 1760 et 
remportaient une dernière victoire sur les Anglais à 
Saint e-Foye ; mais victoire inutile ! La France ne se 
montra pas, et, peu après, force était de se rendre irré- 
médiablement à ceux dont on craignait tant la domi- 
nation. Tout était bien perdu et chacun rentrait chez 
soi complètement ruiné. 

II est facile de deviner la ligne de conduite que 
tint M. Frichet au milieu de ses paroissiens pendant 
ces années de détresse générale. Non seulement il 
partageait la pauvreté de tous avec une résignation 

(1) — Casgrain, Afontcalm et Lévis, I, i68 et 169. 

(2) — Ibid., II, 21. 

(3) — Ibid., II, 311. 



6AINT-DENIS-SUR-RICHBLIEU 58 

édifiante, à lexemple il joignait aussi les paroles. 
Dans les familles comme en chaire il tâchait de démon- 
trer l'action de la Providence se manifestant en tous 
ces malheurs qui s'abattaient sans merci sur le pau- 
vre peuple. 8i on est chfttié ici-bas, c'est pour l'avan- 
cement de nos intérêts éternels, faisait-il comprendre, 
tout en exhortant à la priëre, à la pénitence et à une 
vie meilleure. Combien de larmes le pasteur ne 
sécha-t-il pas encore plus avec son cœur qu'avec ses 
discours ; que de mérites ne fit-il pas surtout acquérir 
dans ces temps où Dieu lui donnait tant de prise sur 
les Smes ! 

Quand la paix fut conclue, il y avait bien des 
ruines à relever. Se mettre à la besogne exigeait un 
courage à toute épreuve. Le curé fut là encore pour 
le soutenir. Le travail fut pénible, mais relativement 
court, puisque peu d'années plus tard on pouvait 
déjà se jeter hardiment dans les dépenses d'une coû- 
teuse reconstruction d'église. 

Des cinq cents soldats français, qui sont restés au 
pays après la guerre, sept ont pris femme à Saint- 
Denis. Louis Leguay dit Saint-Denis, originaire de 
Berne, en Suisse, et soldat du régiment de Guyenne, 
s'y est marié le 26 février .1759 ; Pierre Lalanne dit 
Champagne, originaire de la Gascogne et soldat de la 
compagnie de Deneau, le 27 octobre 1760 ; Jean- 
Baptiste Français dit Gévry, originaire de la Cham- 
pagne et soldat du régiment de Guyenne, le 3 novem- 
bre 1760 ; Jean- Jacques-Philippe Barbier, originaire 
de Rouen, en Normandie, et soldat de la compagnie 
de Deneau, le 10 novembre 1760 ; Martin Balthazard 
dit Saint-Martin, originaire de Saint-Maurice en Lor- 
raine et soldat du régiment de Languedoc, le 30 juin 
1761 ; Nicolas Pronou Prompt dit Jolibois, originaire 
de la Champagne et soldat de la compagnie de Deneau, 



54 HISTOIRE DB SAINT-DBNIS 

le 2 août 1762 ; et Joseph Boret, originaire du 
Languedoc et soldat du régiment de Guyenne, le 19 
juin 1765. Tous sont ensuite allés s'établir dans des 
paroisses plus nouvelles, moins Barbier, qui est demeuré 
le reste de ses jours à Saint-Denis comme marchand. 
Celle à qui il avait uni sa vie était Thérèse Pitallier, 
française, veuve du soldat Pierre-Joseph Duley, qui 
avait été tué à Carillon en 1758, quarante-huit heures 
avant le mémorable combat de ce nom (1). Jolibois 
s'est fixé à Saint-Hyacinthe et Balthazard finalement 
à Saint-Mathias. C'est une des filles du pionnier 
Joubert que ce dernier avait épousée. A sa descen- 
dance, devenue nombreuse, appartiennent les quatre 
prêtres Balthazard, que le diocèse de Saint-Hyacinthe 
a fournis à l'Eglise du Canada. 




( ] ) — Registres parohsiaux des bapUmes^ mariages et sépttUmres, 



CHAPITRE VII 



Etat général de la paroisse religieuse en 1754. Les 

bedeaux : Joubert, Jette, Bienville, Maillet, 

Pommier, Aveline, Quertier, 2 Lussier, 

Gadbois, Laflamme, Besse. 

1740- 1905. 



M. Frichet, en arrivant à Saint-Denis, avait 
trouvé une population d'environ soixante-quinze 
familles, un excellent presbytère, mais une pauvre 
petite chapelle bien délabrée. De plus, les dépen- 
dances et les clôtures manquaient à la résidence 
qui lui était destinée et le plus triste dénuement 
apparaissait dans les objets du culte. La tâche du curé 
était toute indiquée en présence de ces lacunes. Il 
commença donc aussitôt à s'y dévouer sans rien négli- 
ger pour donner aux paroissiens la desserte saivie et 
soignée à laquelle ils s'attendaient après avoir tant 
souffert sous ce rapport. 

Dans cette besogne de détails, ses sacristains lui 
ont été d'un précieux secours. Il les employait à 
toute sorte de menus travaux, quoiqu'ils fussent médio- 
crement rétribués. Que faire autre chose, lorsqu'il y 
a beaucoup à exécuter et que les revenus manquent ? 

C'est de cette époque que date le bosquet des 
beaux ormes, qui font le charme de la place de 
l'église. 

Quoique les bedeaux n'aient pas été requis jusqu'au- 
jourd'hui de rendre les mêmes services, néan- 
moins ils ont été toujours très utiles au pasteur eu 



56 HISTOIRE DE 



dehors des occupations strictes de leur charge. On les 
retrouve un peu partout pour le seconder. 

Le premier d'entre eux a été le bon et religieux 
pionnier Pierre Joubert, l'hôte du prêtre et le fidèle 
gardien du lieu saint au temps des missions. Pendant 
qu'il remplissait ses fonctions, ses enfants étaient dans 
la paroisse les premiers servants à l'autel. Aussi long- 
temps qu'il n'avait eu à exercer son emploi que le 
dimanche, il n'en avait pas été incommodé dans ses 
travaux de ferme, mais ce n'était plus ainsi depuis 
l'arrivée du curé. Et voilà qu'à l'installation de la 
première cloche, l'ouvrage allait encore augmenter. 
Il céda alors sa place à un autre, en 1756 ; il avait été 
seize ans en charge. 

Son successeur était tout désigné d'avance dans 
la. personne du cordonnier .Paul Jette. Celui-ci demeu- 
rait également à l'ombre, du, nouveau clocher, avec 
la différence cependant qu'il était plus libre que son 
voisin. Même son métier le retenait ^constam- 
ment à proximité de l'église. Il pouvait s'y rendre, 
souvent et s'y attarder tout le temps qu'il le fallait. 
Sa piété, d'un autre côté, achevait de faire de ce 
paroissien l'homme propre à remplir la vacance. Il ^ 
occupé le poste durant huit ans^ 

Louis Bien ville, Amable Maillet et Jean-Baptiste 
Pommier-Laliberté s'y sont ensuite successivement 
remplacés à de plus courts intervalles. 

Le premier l'a tenu quatre ans seulement, de 
1764 à 1768. C'est néanmoins sous son règne que 
s'est effectué le déménagement de la primitive cha- 
pelle à la belle première église en pierre. Bienville 
était un célibataire assez âgé, étranger à la paroisse. 
En abandonnant la charge, il a missi quitté la localité. 

Maillet, fils d'une famille du village, a été bedeau 




rremièro Ogiis.- ilo S.-Denis (rage 34). 




rrcmier l.iosl.vli-ic Jo S.-l)eiiis (l'ay 4J). 



SAINT-DBNIS-SUR-RICHELIEU 57 

de Saînt-Denis, de 1768 à 1770. Jusqu'alors cet 
employé n'avait pas eu d'autre rémunération que le 
quart de blé annuel de chaque franc-tenancier et un 
léger casuel. Vu la plus grande assiduité maintenant 
exigée par la position, c'était devenu insuflSsant. 
Aussi la fabrique décida-t-elle d'ajouter désormais un 
salaire (1) aux anciens revenus. Malgré cet encoura- 
gement. Maillet n'a pas longtemps persisté dans sa 
charge après l'arrivée du second curé. 

Quant à Pommier, vieillard célibataire comme 
Bien ville, il n'a été en fonction que trois ans. Toujours 
malade, il a été même obligé de garder la chambre 
tout un hiver pendant ce temps-là. Force lui a donc 
été de quitter une place à laquelle il semblait s'être 
attaché. C'est de son temps, en 1771, qu'a été 
bénite la plus petite des deux cloches actuelles. Fondue 
en Angleterre au poids de sept-cent-quarante livres et 
payée trois-cent-trente-cinq piastres, elle a reçu, à la 
cérémonie d'installation, le nom de Charlotte. Les 
futurs seigneurs, Laperrière et Charlotte de Contre- 
cœur, son épouse, en ont été les parrains. 

Vers cette époque, se fixait à Saînt-Denis Jacques 
Aveline dit Saint-Jude. Français originaire des envi- 
rons de Troyes, en Champagne, il avait pris part à la 
guerre de Cession dans le régiment de Berry et était 
maintenant cordonnier, marié avec Madeleine Asselin 
depuis 1760. C'est lui qui fut appelé à recueillir la suc- 
cession de Pommier, à l'âge de trente-six ans; il a joint 
ensuite ses nouvelles occupations à celles de son mé- 
tier, pendant onze ans. Vers 1780, il a vu la libéralité 
du curé ajouter une autre cloche à l'ancienne.En 1782, 
plus heureux que ses prédécesseurs, il prenait posses- 
sion de la maison, qije la fabrique mettait dorénavant 

(I) — Rentres des délibérations de la fabrique de Saint- Denis» 



vS HISTOIRE DH 



^ )h disposition du bedeau et, Tannée suivante, il se 
voyait dtJchargé, par l'arrivée des Sœurs de la Congré- 
u^ation, du soin que demandent les parures de l'autel 
et l'entretien des linges destinés au culte. En ceci 
on diminua plutôt son ouvrage que ses hono- 
raires. 

Après lui est venu Hélier Quertier, de 1784 à 
1816. C'était un autre Français, mais natif de l'île 
anglaise de Guernesey, sur les côtes de Normandie. 
Il avait vingt-deux ans, lorsqu'il arriva à Saint-Denis 
en 1779. Trois ans plus tard, il y épousa Anne 
Arial (1), fille d'un aubergiste de Québec. Propre et 
régulier autant que fervent chrétien, il a été pour le 
lieu saint un employé modèle. Son fils Edouard, 
devenu prêtre, aimait à rappeler tout le dévouement 
qu'avait déployé son përe dans l'exercice de sa charge 
à l'église. C'est du temps de Quertier que s'est bâti 
le temple d'aujourd'hui et que M. Cherrier a travaillé 
avec tant d'ardeur à augmenter encore la splendeur 
du culte. Le zélé serviteur a toujours été là pour 
l'aider au besoin. Il l'a vu avec plaisir com- 
pléter un carillon de trois cloches par l'achat do 
la grosse cloche actuelle. Celle-ci, du poids de qua- 
torze cents livres et payée seulement six-ceut-soixante 
piastres dans une rencontre exceptionnellement favo- 
rable (2), a été l'objet de grandioses cérémonies, le 
mercredi, premier octobre 1806. Elle était alors bénite 
et nommée Marguerite-Michel. La cloche de 1780 ne 
survécut cependant que trois ans à cet événement. 
Pesante de cent-soixante-cinq livres seulement, elle 
faisait piteuse figure au milieu de sœurs à voix 

(1) — /Registres paroissiaux des baptêmes, mariages et sépultures, à 
la date du 26 novembre 1782. 

(2) — Reddition de comptes par l'abbé Cherrier, le 19 mai 1807. 
A rckvves paroissiales. 



SAINT-DBNI8-SUR-RICHELIBU 59 

beaucoup plus puissantes. Le curé, dont elle était 
demeurée la propriété personnelle, la légua alors au 
couvent. Elle est ensuite restée à cette institution 
jusqu'en 1867. Aujourd'hui elle est utilisée à Thôpi- 
tal, depuis l'établissement de cette mission. Les deux 
cloches, qui continuent seules à sonner au beffroi de 
l'église, rendent les notes agréables de sol do (1). 
Quant au sacristain, qui voyait le progrès marcher à 
pas de géant autour de lui, il aurait bien voulu s'en 
ressentir dans son humble demeure de la fabrique. 
Cette petite maison, située en face de l'église, avait pu 
suffire à son prédécesseur non surchargé de famille, 
mais pour lui, avec ses sept enfants, il ne pouvait pas 
en être ainsi. £n vain demandait-ii un agrandisse- 
ment. A la fin« fatigué de se voir rebuter, il ne solli- 
cita plus qu'une autorisation et fit lui-même l'amélio- 
ration à ses frais, en 1800 (2). Dix ans plus tard, on 
reconstruisit tout avec un peu moins de parcimonie. 
Néanmoins le locataire satisfait ne put pas l'habiter 
ensuite plus que six ans. En 1816, la maladie pro- 
voquait sa démission et il mourait, le 18 mars de Tan- 
née suivante, assisté du vicaire, M. Hyacinthe Iludon. 

Joseph-Toussaint Lussier, Edouard Lussier, 
François Gadbois, Jean-Baptiste Laflamme et Alexan- 
dre Besse, tous enfants de la paroisse, se sont ensuite 
succédés dans les mêmes fonctions jusqu'à présent. 

Le premier, ancien cultivateur et marié avec 
Françoise Lacroix depuis dix-neuf ans, a été bedeau 
depuis 1816 (3) jusqu'à sa mort arrivée en mar& 1832. 



( I ) — Note DO en bas. 

(2) — Registres des délibérations dt la fabrique de Saint- Denis. 

(3) — Registres des délibérations de la fabrique de Saint Denis, — 
Dans l'acte d'engagement, le 3 mars, il est stipulé que ce qui sera donné 
à l'occasion des baptêmes restera à la fabrique. 



60 HISTOIRE DE 



Il a rempli son office à peu près toat le temps que M. 
Bédard a <Sté curé de Saint-Denis. 

Edouard Lussier, son fils, a été engagé quelques 
jours après le décès de son père, le onze mars (1), et a 
gardé la charge jusqu'en avril 1838. Patriote à tous 
crins et serviteur peu obéissant, il n'a pas eu peur 
d'enfreindre la défense de son curé durant les malheu- 
reux troubles de 1837 en sonnant le tocsin pour appe- 
ler au combat (2). Aussi s'est-il attiré une destitution 
au printemps suivant. Il était marié avec Sophie 
Dudevoir depuis le 7 mai 1832. 

Son remplaçant, encore jeune homme, fils de 
Louis Gadbois et de Théotiste Morisseau, a signé son 
engagement, le 22 avril 1838. Il a été quatre ans en 
charge comme son prédécesseur ; après quoi il est 
parti pour les Etats-Unis. 

C'est à la veille de la grande retraite du 
printemps de 1842 que Gadbois a quitté. Les 
Oblats arrivaient ces jours-là pour prêcher durant 
trois longues semaines ; il aurait alors fallu comme 
bedeau un homme brisé au métier, mais où le trouver? 
Après bien des hésitations, le choix s'arrêta sur un culti- 
vateur du quatrième rang, Jean-Baptiste Laflamme,qui, 
de son propre aveu, n'avait jamais mis les pieds à la 
sacristie que pour se confesser. L'épreuve de l'initia- 
tion fut rude pour lui, mais aussi elle eut probable- 
ment l'avantage de lui faire trouver ensuite plus facile 
Tacconiplissement de ses nouveaux devoirs. Toujours 
est-il qu'après ce pénible apprentissage, il en a gardé 
le fardeau rien moins que trente-deux ans. C'est le 

(1) — Registres des délibcrations de la fabrique de Saint- Denis, — 
Il est dit dans Tacte de son engagement que l'argent de la sonnerie des 
baptêmes lui appartiendra. 

(2) — Lusignan, V affaire de Saint-Denis^ dans le Canada-français^ 
revue autrefois publiée à Québec ; 1890, page 216. 



SAINT-BBNIS-SUR-RICHBLIBU 61 

17 février 1874 seulement qu'il l'a déposé, ayant alors 
assez de celui des années à porter. C'est chez sou 
fils Toussaint, où il avait pris sa retraite, qu'il est 
décédé le 28 juillet 1881, à l'âge de soixante-seize 
ans, deux jours après avoir vu le cinquantenaire de 
son mariage avec Marie-Anne Vigeant. Ses enfants 
sont : Tabbé Magloire, curé de Farnbam ; Jean-Bap- 
tiste, décédé ; Grégoire, de Pawtucket, dans le Rbode- 
Island, Ë.-U. ; Marie, dite Sœur Sainte-Eléonore, dans 
la Congrégation Notre-Dame, décédée à Montréal, le 
11 février 1879 ; Julie, dite Sœur Saint-Zéphirin, dans 
la communauté du Bon-Pasteur de Montréal ; Tous- 
saint, sellier à Saint-Denis ; Célina, établie à Saint- 
llyacinthe, mëre du médecin Jean-Baptiste Richard, 
de Saint-Denis ; et Rose, de Saint- Aimé-su r-Yamaska, 
mëre de Jean - Baptiste Bousquet, rédacteur du 
" Courrier de Saint- Hyacinthe ". 

Alexandre Besse, le douzième bedeau, actuelle- 
ment en fonction, avait vingt-quatre ans, lorsqu'il 
fut appelé en 1874 à recueillir la succession du véné- 
rable démissionnaire. En 1878, il épousait Anne 
Laflamme et, en 1892, la fabrique lui remplaçait sa 
résidence par une autre plus moderne. Celle ci, la 
troisième, est plus élégante et plus commode que ne 
l'ont jamais été les précédentes. Les revenus annuels 
de la charge s'étant aussi graduellement augmentés 
depuis les années de privations du commencement, 
M. Besse occupe maintenant une position enviable. 




^ 



CHAPITRE VIII 



Les chantres de l'église de Saint-Denis. Leur 
dévouement. Leur âge d'or. X740-X905. 



Quant aux maîtres-chantres de l'église, ils ont 
vu, comme les bedeaux, leur sort s'améliorer douce- 
ment d'années en années jusqu'à la prospérité 
actuelle ; longtemps ils ont donné leurs services gratui- 
tement. Les premiers dans cette voie oot été : le 
pionnier Pierre Maheux, de 1740 à 1752, le chirurgien 
Jean Lafond, de 1752 à 1767, et Charles Gariépy, de 
1767 4 1804. Ce dernier était originaire de La Pérade 
et marié avec Marie-Louise Laganiëre ; il a chanté 
jusqu'à l'âge de quatre-vingt-un ans. Alors il décé- 
dait à sa résidence de l'Amyot (1), près de la route 
Yamaska, et la fabrique, en reconnaissance de son 
long dévouement, lui accordait généreusement une 
sépulture solennelle sans qu'il en coûtât rien à sa suc- 
cession. De plus, le curé insérait dans l'acte mor^ 
tuaire que le défunt avait constamment rempli son 
devoir " avec zële et édification " (2). L'éloge est 
court, mais éloquent. 

Ensuite jusqu'à nos jours se sont succédés 
Etienne Mignault, de 1804 à 1813 ; le Dr Séraphin 
Cherrier, de 1813 à 1829 ; François-Xavier Laforce, de 

(1) — L'origine du mot Amyot pour la petite rivière de ce nom à 
Saint-Denis et pour le rang qui la longe vient d'une famille Amyot, qui, 
dans les premiers temps de la colonisation, habitait dans Saint-Charles, à 
l'embouchure du cours d'eau en question. 

(2) — Registres des baptêmes^ mariages et sépultures de Saint- Denis ^ 
à la date du 4 juillet 1804. 



64 HISTOIRE DF 



182& à 1840 ; Fierre Paradis, de 1840 à 1843 ; le notaire 
Joseph Mignault, de 1848 à 1851 ; Jean-Baptîsie 
Maillet, de 1851 à 1870 ; Mîsaël Larue, del870àl888 ; 
et enfin Jean-Baptiste Desrosiers depuis cette dernière 
année. 

Etienne Mignault, marié avec Rosalie Maheax^ 
était le frëre' de l'ancien curé de Cbambly et le père 
de Mère Saint-Bernard, longtemps supérieure géné- 
rale des Sœurs de la Congrégation. 

Son remplaçant, le frëre du second curé de la 
paroisse, a tu Vâge d'or de Tharmonie à Saint-Denis. 
Il y avait alors toute une pléiade dé belles voix dans 
la localité et M. Bédard s'y est heureusement trouvé, 
juste à temps, pour les grouper et en tirer le plus 
brillant parti. Le chœur était toujours puissant ; il y 
a en en ces années-là jusqu'à sept chantres salariés (1). 
Mais surtout il se donnait souvent des leçons et des 
exercices (2), afin de joindre la variété et la précision 
à la force. Fréquemment les voix étaient soutenues 
par un orchestre (3). 

François-Xavier Laforce, durant son passage à la 
tête du chœur, était aussi marchand et bailli ; il est 
ensuite allé mourir à Saint-IIyacinthe, après y avoir 
été gardien de la prison. 

Selon le cérémonial primitif, les chantres avaient 
tous leurs places au sanctuaire ; les deux principaux 
d'entre eux siégeaient devant des lutrins posés près 
de la balustrade, les autres dans les stalles. A Saint- 



(1) — Journal des recettes et dépenses delà fabrique de Saint-Denis, 

(2) — Ces exercices se donnaient ordinairement au presbytère sous 
la présidence du curé, M. Bédard, lui-même chantre et musicien. 

(3) — L'orchestre se composait surtout de huit ou neuf violonistes. 
Augustin Cadieux et Germain Bousquet en étaient. Ne pouvant se 
placer dans le sanctuaire avec les chantres, ne voulant pas non plus 
donner à l'église l'apparence d'un théâtre en se mettant en avant de la 
nef, les musiciens se groupaient alors tous derrière l'auteU 



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SAINT-DENIS-SUR-RICHBLIBU 65 

Denis, les lutrins faisaient excellente figure ; soigneu- 
sement finis et décorés, ils avaient un aigle bien ciselé 
pour supporter le livre, qui était un graduel ou vespé- 
ral énorme, fortement relié et ferré, plus gros que les 
missels ordinaires ; ses caractères et ses notés défiaient 
les yeux les plus faibles. Aux grandes solennités, 
deux ou quatre des chantres, installés en face de ces 
livres, revêtaient la chape et se coiffaient de la haute 
barrette de l'époque, et ainsi remplissaient dignement 
l'ofilce de chapiers ; Tabolition de cette coutume a 
coïncidé avec l'avënement de Paradis. 

Celui-ci, fils de Paul Paradis et de Marie Noiin, 
était depuis longtemps émigré de l'île d'Orléans à 
Saint-Denis avec ses parents, et à cette date, en même 
temps que chantre, il exerçait son métier d'orfëvre et 
surtout de confectionneur de ces monumentales horlo- 
ges d'autrefois, faites entièrement en bois. Il s'était 
marié avec Marie Bérard en 1820, et avait pris part 
aux troubles de 1837. Les- anciens maires Pierre et 
François-Xavier Paradis sont ses fils et petit-fils. 

Le notaire Mignault, qui a été engagé ensuite, 
possédait une belle voix d'alto, que M. Bédard avait 
jadis exploitée ; son chant était donc comme nn der- 
nier écho de ces jours trop vite écoulés, qui avaient 
laissé dans les esprits de si charmants souvenirs. 

Maillet, longtemps exilé à la suite des troubles 
de 1837 et marié avec Théodore Girouard, a fait un 
bon service, quoiqu'il ne fiit pas aussi bien doué que 
son prédécesseur. C'est de son temps que les lutrins 
ont disparu pour ne plus revenir. 

Mais arrivait le jour où allait être regagné d'un 
seul coup ce qui avait été perdu le long des années. 
Plusieurs s'en étaient attristés, surtout les anciens. 
Tous furent amplement consolés le jeudi, 13 novembre 
1873, alors qu'on entendit pour la première fois les 



66 HISTOIRE DE SAINT-DENIS 

accords puissants d'an orgue soutenant la voix des 
chantres. Ce matin-là, il y avait grande fête d'inau- 
guration de rinstrument nouveau. L'évêque ponti- 
fiait, entouré de vingt-un prêtres ; le R. P. Bourgeois, 
Dominicain, prêchait, et Labelle, l'auteur du ^' Réper- 
toire de l'organiste ", venu exprès de Montréal, était 
au clavier faisant valoir son talent (1). Le facteur, de 
Saint-Hyacinthe, M. Eusëbe Brodeur, avait fourni la 
pièce, objet dès réjouissances, pour le prix de $2,100 (2). 

C'est le maître-chantre Larue, frère de l'abbé 
Raphaël Larue, qui vit s'opérer cette révolution dans 
le chœur de chant. De ce moment, une partie de 
ceux qui le composaient montèrent à la tribune de 
l'orgue pour alterner avec leurs collègues restés aux 
stalles du sanctuaire ; plus tard ces derniers ont été 
renforcés par les élèves du collège, qui continuent 
chaque dimanche et fête à prêter leur cpn cours. 
Depuis une dizaine d'années ceux-ci sont sous l'ha- 
bile direction du Frère Tessier. 

Jean-Baptiste Desrosiers, le titulaire actuel, frère 
de l'abbé François Desrosiers, a aujourd'hui pour 
assistants attitrés son fils Jean-Baptiste, George 
Rolland et Herménégilde Pétrin. 




(1) — Le Courrier de Saint- Hyacinthe^ à la date du l8 nov. 1873. 

(2) — Registres des délibérations de la fabrique de Saint- Denis ^ 17 
mars et 26 nov. 1872. 



CHAPITRE IX 



Les médecins de Saint-Denis : Lafond, Delorme, 

Dormicour» Cherrier» Nelson, Mount, Chamard, 

Morin» Hébert, Steiger, OXeary, Saint -Jean, 

Delisle, 2 Mignault, Duvert, Portier, 

Marchessault, Guertin, Desrosiers, 

Richard, Auclair, Picard, Dési- 

lets. Marcotte, Tétreau. 

X75a-X905. 



Vingt-six médecins ont jusqu'ici exercé leur art 
à Saint-Denis : Jean Lafond, de 1752 à 1776 ; Jean- 
Baptiste Dubé-Delorme, de 1774 à 1789 ; Antoine- 
Exupëre Dormicour, de 1778 à 1809 ; Séraphin Cher- 
rier, de 1792 à 1843 ; Wolfred Nelson, de 1812 à 
1837 ; Joseph-Hugues Mount, à peu près de 1829 à 
1850 ; Olivier Chamard, à peu près de 1830 à 1845 ; 
Prisque Morin, de 1837 à 1854 environ ; Hébert, à 
peu près de 1850 à 1851 ; Steiger, à peu prës de 1854 
à 1859 : Annibal O'Leary, à peu près de 1854 à 1855 ; 
Pierre Saint-Jean, à peu prës de 1854 à 1859 ; Benja- 
min-David Delisle, de 1856 à 1863 ; Henri-Adolphe 
Mignault, de 1859 à 1889 ; Hector Duvert, à peu prës 
de 1859 à 1862 ; Fortier, à peu prës de 1859 à 1861 ; 
Tancrède Marchessault, de 1871 à 1875 ; Frédéric 
Guertin, de 1873 à 1904 ; Jean-Baptiste Desrosiers, 
de 1883 à 1893 ; Adolphe Mignault, de 1887 à 1889 : 
Jean-Baptiste Richard, depuis 1889 ; Zotique Auclair, 
en 1893 ; Horraisdas Picard, de 1896 à 1904 ; 
Philîppe-A. Désilets, en 1903 ; George Marcotte, en 
1904 ; et Wilfrid Tétreau, depuis 1904. 



68 HISTOIRB DE 



Lafond, mort célibataire, n'avait que vingt-quatre 
ans, lorsqu'il mit pied dans la paroisse. Il était natif 
de Luscazène, au diocëse de Tarbes, en France, et fils 
de médecin. Il est décédé le 12 avril 1776 (1). 

Delorme est demeuré à Saint-Denis sur l'empla- 
cement qui fait face à l'hôpital. Originaire de Saint- 
Hygouiy an diocëse de Dax, dans la haute Guyenne, 
en France (2), il est débarqué au pays en 1758 comme 
militaire, à l'âge de vingt-huit ans. Plus tard il a été 
marchand à Saint-Denis, puis médecin à partir de 
1774 ; il est décédé le 28 mars 1789. Marié avec 
Marie-Anne Martin, il a élevé une petite famille qui 
est ensuite allée s'établir à Saint- Jude. 

Dorraicour était Québécois, fils du Français Marc- 
Antoine Huard d'Ormicour et de Luce de la Verge 
arrivés au Canada vers 1725. De 1764 à 1772, il a 
été pratiquer la médecine dans les Antilles, sur l'île 
Marie-Galante. A son retour, il est resté six ans prës 
de Québec, à Saint-Nicolas, où il a épousé Louise 
Rousseau (3) et d'où il est venu à Saint-Denis. Jl est 
mort au milieu d'une épidémie de fiëvres malignes, le 
12 septembre 1809, à l'âge de soixante-dix-huit ans (4). 
Ce sont deux de ses filles que l'on verra plus tard 
remplir l'oflicc d'infirmiëres auprës des blessés de la 
bataille de 1837. 

Quant à Cherrîer, il était encore enfant lorsqu'il 
suivit son përe à Saint-Denis, étant né à Lon- 
gueuil le 8 novembre 1762. Quoiqu'il ait été d'abord 



(1) — Retires des baptimes^ mariages et sépuUures de SaUit- Denis ^ 
à cette date. 

(2) — Registres des baptêmes^ mariages et sépultures de Saint- Denis ^ 
à la date de son mariage, le 13 janvier 1766. Il était fils de Pierre 
Dubé-dit-Delorme et de Marie Bourgatte. 

(3) — Tanguay, Dict, ge'n,, 

(4) — Registres des baptêmes^ mariages et sépultures de Saint- Denis^ 
à la date du 12 septembre 1809. 



SAINT-DENIS-SUR-RICHELIEU 69 

marchand, il n'en a pas moins consacré ensuite cin- 
quante-un ans de sa vie à la profession de médecin. 
Homme de talent comme son frère le curé, il s'est 
aussi constamment intéressé aux graves ques- 
tions de son pays. En 1806, il fut l'un des pre- 
miers abonnés du journal " Le Canadien " ; il a été 
surtout membre du parlement pour le comté de Riche- 
lieu durant cinq ans, depuis 1816 jusqu'en 1820 (1). 
Enfin il était non moins bon chantre qu'excellent dis- 
ciple d'Esculape. Il est décédé le 13 juin 1843. Son 
épouse Louise Loubet, déjà âgée de soixante-dix-sept 
ans, n'a terminé sa carrière que neuf ans après son 
mari. 

Nelson, qui a détourné à son profit pendant un 
quart de siècle une partie de la clientèle du Dr Cher- 
rier, n'a pas été toutefois aussi heureux que lui en se 
mêlant aux afiTaires publiques du Canada. Par là il a 
en efiet ouvert plus de plaies qu'il n'en a jamais gué- 
ri. Quel douloureux souvenir n'a-t-il pas laissé dans 
sa paroisse adoptive, qu'il disait pourtant aimer ! Le 
nom de Nelson et " 1837 " s'y trouvent désormais 
inséparables. 

Mount, contrairement à ce qu'ont fait les autres 
médecins de la paroisse, s'est fixé en dehors du village, 
sur le bord de la rivière, tout près de la route Goddu. 
C'est là qu'il a pratiqué tout le temps qu'il a été dans 
la localité dyonisîenne. Enfin, de vieil anglican qu'il 
était, il a eu le bonheur de mourir dans le sein de 
l'Eglise catholique. A ce moment, il demeurait au 
village de Saint-Charles. 

Chamard arrivait de Québec à Saint-Denis en 
1818 pour y ouvrir un grand entrepôt de grains. Son 



(i) — Barthe, Drames de la vie réelle^ 82 et 83. Il a subi deux 
élections, en 1815 ^^ «n 1817. 



70 HISTOIRE DE 



honnêteté autant que sa culture intellectuelle lui 
attira bientôt la confiance de tous, et les plus heu- 
reux succès couronnèrent ses efforts. Il fut pendant 
ce temps-là syndic d'écoles, syndic pour la construc- 
tion du second presbytère et exécuteur testamentaire 
du notaire et tribun Louis Bourdages. C'est vers 
1830 qu'il quitta son comptoir pour le chevet des 
malades. Epoux de Claire Chiniquy, il en a eu plusieurs 
enfants, dont Jean entrait au collège de Saint- 
Hyacinthe en 1831 et Séraphin en 1834 (1). Il est 
parti de la paroisse vers 1845. 

Après avoir fait sa clérîcature sous Nelson, Morin 
s'était établi à Saint- Antoine. C'est de là qu'il vint 
remplacer son ancien patron à Saint-Denis. Il est 
mort célibataire, vers 1854. 

La santé d'Hébert était mauvaise. Sur le conseil 
d'un de ses frères, il est néanmoins venu tenter fortune 
à Saint- Denis, mais sans succès ; il retourna ensuite à 
Montréal pour y finir sa carrière, encore à la fleur de 
l'âge. 

Steiger était fils d'un Allemand (2), venu au 
Canada avec les recrues militaires de son pays, vers 
1783. Il avait été élevé à Saint-Denis, où son père a 
longtemps tenu maison de commerce. 

O'Leary n'a pour ainsi dire que passé dans la 
paroisse en route pour Saint-Césaire-de-Rouville. 

Durant sa cléricature, Saint-Jean avait suivi le 
bureau de Morin à Saint-Denis. Ce sont sans /doute 
les souvenirs de ce séjour qui le ramenèrent au milieu 
des Dyonisiens, après le décès de son ancien patron. 
Il y a épousé Adélaïde Larue, le 8 janvier 1856. 



(1) Catalogue des élèves du séminaire de Saint- Hyacinthe^ publié en 

ï87S» page 21. 

(2) — Registres des baptêmes^ mariages et sépultures de Saint-Antoine- 
sur-RickelieUf à la date du 28 septembre 1789. 



SAINT-DBNIS-SUR-RICHELIBU 71 

Puis, malgré tous les liens qui pouvaient le retenir 
dans la localité, il préféra quelques années plus tard 
retourner à Ottawa, son pays natal, oà il a continué à 
demeurer jusqu'à sa mort, arrivée le 6 mai 1900. 
Dans la capitale, il a eu sa bonne part de popularité, 
que lui méritèrent son caractère aimable, sa nature 
généreuse, sa religion et son habileté en médecine. Il 
y a été maire de 1882 à 1884 et plusieurs années 
député aux Communes (1). Il était fils de Sylvain 
Saint-Jean et de Louise Didier. 

Arriëre-petit-tils d'un noble venu de Nantes à 
Montréal, petit-fils d'un savant distingué, que le 
peuple canadien a jadis choisi pour porter ses 
plaintes jusqu'au pied du trône d'Angleterre (2), et 
fils d'un grand connétable de Montréal, ofiicier de 
Salaberry à Châteauguay, Delisle était l'évocation de 
tout un passé de gloire (3), sans compter qu'il était 
un excellent médecin. Lorsqu'il est venu à Saintr 
Denis, il arrivait de la Crimée, où. il avait rempli l'of- 
fice de chirurgien de l'armée durant la guerre (4). 
Il était marié avec Amanda Hogle et est ensuite allé 
finir sa carrière à Longueuil. 

M. H.-A. Mignault vit maintenant à Saint-Hya- 
cinthe, tout en ayant son bureau à Montréal depuis 
1897. Né à Saint-Denis, fils du notaire Mignault, le 
15 juillet 1838, il appartient à l'une des plus belles 
familles de la localité. Après avoir fait ses études à 



(1) — Notice nécrologique, parue dans La Presse de Montréal, à 
l'occasion de son décès. 

(2) — Daniel, Nos gloires nationales, II, 249 à 257, 

(3) — Daniel, Nos gloires naL^ II, 28 et 29. 

(4) — Prirent part à cette guerre un assez grand nombre de Cana- 
diens pour que notre législature, après le rétablissement de la paix, fût 
justifiable de voter ** $8o,ocx) aux veuves et aux orphelins des soldats *' 
tombés sur le lointain champ de bataille. Turcotte, Le Canada sous 
r Union, II, 229 et 230. 



72 HISTOIRB DE 



f 



Ottawa, à Saint-Hyaciuthe et à Montréal, il obtenait son 
brevet de médecin à l'âge de vingt ans. Trop jeune 
pour avoir aussitôt sa licence dans la province, il est 
allé exercer son art un an à Saiut-Faul-Minncsota en 
attendant. C'est à la suite de ce stage dans Touest 
qu'il est revenu aux siens à Saint-Denis. Président 
de la commission scolaire, maire et seigneur, il a été 
tout cela pendant les trente ans qu'il est ensuite 
demeuré à l'ombre du clocher de sa paroisse. En s'en 
éloignant, il est allé passer un an à Paris dans l'inté- 
rêt de sa profession. Actuellement il est major dans 
le quatre-vingt-quatrième bataillon de la milice de 
réserve depuis 1863, médecin consultant de l'Hôtel- 
Dîeu de Montréal et, de 1880 à 1895, il a été membre 
du bureau médical de la province de Québec. Marié 
avec Marie- Valérîe-Emélie Brodeur (1), fille de l'an- 
cien député de Bagot, M. Timothée Brodeur, il compte 
parmi ses enfants Adolphe et Arthur, tous deux aussi 
médecins, Timothée, dentiste dans le Connecticut, 
Anne, dite Sœur Saint-Maurice, dans la communauté 
de la Présentation de Marie, et Henriette, dite Sœur 
de rimmaculée-Conception dans la communauté des 
Sœurs Grises de Saint-Hyacinthe (2). 

Duvert, allié à la famille Daigle, de Belœil, était 
déjà un ancien de la profession, lorsqu'il vint de 
Saint-Charles ofifrir ses services à Saint-Denis. Il est 
ensuite allé terminer ses jours à Saint-Hyacinthe. 

De son côté, c'est à ses débuts que Fortier s'est 
présenté dans la localité. Malgré sa jeunesse, il n'y 
est pas pour cela resté plus longtemps. La famille 
Préfontaine, dans laquelle il entra par mariage à cette 



(1) — Elle est décétiée à Saînt-Hjacinthe api es une courte mala- 
die, le 24 juin 1905. CcunUr Je Siiint-//}jcitithf^ 28 juin 1905. 

(2) — Ses autres enfants sont : Maria, Bernadette et Hélène, 
encore à la maison paternelle. 



^"»V-"'«f:> I 




(Voir page 88). 



s AINT-DBNIS-SUR-RICH ELIEU 73 



époque, Tentraîna peu après dand le florisëant village 
de Longiieuil, où il s'est fixé défiintivement. 

Marchessault, natif de Saint-Antoine et élève 
du collège de Saint-Hyacinthe, était marié avec 
Octavie Préfontaiue. Il est plus tard allé résider à 
Coaticooke, où, coïncidence pénible, il décéda le même 
jour que son épouse, emporté par la consomption. 

Guertîn n'est arrivé dans la paroisse qu'après 
douze ans d'expérience. Né à Belœil le 27 décembre 
1836, il avait étudié à Saint-IIyacinthe et à Mont- 
réal et suivi entre autres le bureau de Saint-Jean 
pendant deux ans ; puis il s'était fixé à Saint-Césaire. 
C'est de là qu'il vint s'installer sur les rivés du Riche- 
lieu, où il avait épousé Euphémie Bousquet, le 3 mars 
1862. Il était aveugle depuis déjà assez longtemps^ 
lorsqu'il est décédé le 21 septembre 1904. 

Desrosiers, qui a laissé la réputation d'un saint 
homme autant que celle d'un médecin capable, était 
originaire de Saint-Antoine et oncle du maître-chantre 
de la paroisse, son homonyme. Né le 14 février 1813, 
il n'avait pu faire son cours classique à Saint-Hyacin- 
the que grâce à la protection de sou charitable curé, 
M. Alinotte. Avant de venir à Saint-Denis, il s'était 
ensuite livré à la pratique de son art à Saint-Hugues, à 
Saint-Marcel et à Saint-Barnabe, ainsi que dans sa 
paroisse natale. Ses soins auprès des mourants ne se 
bornaient pas aux corps, les âmes en recevaient aussi 
leur large part et, moins pour l'administration des 
sacrements, il valait souvent un prêtre. Il est allé 
finir ses jours à Saint-Antoine en 1895. Joseph, 
avocat de Montréal, et Hugues, médecin, tous deux 
décédés, sont ses fils. Il était marié avec Emérende 
Cartier, sœur de Sir George-Etienne Cartier. 

M. A. Mignault, fils du Dr H.-A. Mignault, n'a 
fait que ses premières armes dans la paroisse. Il y 



74 HISTOIBB DB 



est u& en 1863, est entré au collège de Saint-Hyacinthe 
en 1876 et a été admis à la pratique de la médecine 
en 1887. II exerce aujourd'hui sa profession à North- 
Adams dans le Massachusetts depuis 1898, aprës avoir 
fait un séjour de neuf ans à Saint-Simon-de-Bagot. 

Né à Saint-Denis le 30 mai 1862, le Dr Richard a 
passé une partie de son en&nce à Sainte-Rosalie et à 
Saint-Barnabé-sur-Yamaska ; mais il est revenu à 
temps dans sa paroisse natale pour jouir des bienfaits 
de l'école modelé, alors sous la direction de Lacroix. 
C'est de cette école qu'il est parti pour le collège des 
Snipiciens de Montréal, à l'âge de quatorze ans. Bien 
préparé et bien doué, dès sa première année il a été le 
troisième d'une classe de quarante-sept élèves et le 
reste de son cours d'études a répondu à ce commen- 
cement. A l'université Laval de la même ville, qui 
lui a ensuite procuré son initiation à la science médi- 
cale, il n'a pas eu de moindres succès. Aussi, l'en- 
semble de ses examens à cette institution lui conféra, 
en même temps que son brevet, le titre significatif de 
docteur en médecine, le 25 mars 1887. Le 16 du mois 
suivant, il s'établissait à Saint- Antoine ; le 7 juin, il 
retournait à Montréal s'adjoindre une compagne dans 
la personne de Marie-Louise Soly, et un peu plus de 
deux ans après, le 11 novembre 1889, il arrivait à 
Saint-Denis pour s'y fixer définitivement. C'est à ce 
médecin, artiste à ses heures, que le lecteur doit les 
illustrations de ce livre. 

M. Auclair, né à Saint-Pîe-de-Bagot en 1849, n'a 
fait qu'une étape de quelques mois à Saint-Denis. Il 
avait pratiqué son art auparavant à Saint-Damase 
pendant quinze ans, puis il s'en est allé à Sainte- 
Angèle-de-Monnoir, où il réside encore. H a épousé 
Arzélie Richer dans la localité dyonisienne le 30 mai 
1870, huit ans avant d'obtenir sa licence en médecine. 



SAINT-BENIS-SUB-RIGHELIEU 75 



Apres avoir reçu son instruction à l'université 

Laval de Montréal, ainsi qu'à Saint-Hyacinthe, sa 

place natale, Picard s'est d'abord dévoué aux 

Canadiens de Danielson, dans le Connecticut. C'est 

de là qu'il est venu s'établir à Saint-Denis en 1896. 

Mais, dès cette époque, il était sourdement miné par 

la consomption, à laquelle il finit par succomber. Il 

est mort à Saint-Denis, le 27 janvier 1904, à l'âge 

d'environ trente-six ans. Son épouse, Emma Bozand, 

de Montréal, lui survit ainsi qu'un petit garçon du 

nom de Roméo. 

M. Désilets, qui n'a guëre prolongé son séjour 

plus qu'un mois à Saint-Denis sur la fin de 1903, était 
né à Bécancourt en 1853 et marié avec Marie-Louise 
Leblanc. Il a été broyé par une locomotive à Mont- 
réal le 23 octobre 1905 (1) et a succombé à ses blessu- 
res au bout de quelques heures. 

M. Marcotte, de Saint-Antoine, s'est également 

contenté d'un essai de quelques semaines dans la 
paroisse, lors du décës de Picard, au commencement 
de 1904. Il exerce maintenant sa profession à Contre- 
cœur. 

Avec le Dr Tétreau se ferme la liste des médecins 

de Saint-Denis. Nouvellement sorti de l'université 

Laval de Montréal, il n'a pour ainsi dire que passé à 

Saint-Paul- de-Rou ville avant de venir recueillir la 

succession de Picard sur les rives richeloises, en mars 

1904. Né à Richelieu même, c'est au collège de 

Marieville qu'il doit ses études classiques. Il est 

marié avec Emélia Ducharme, de Montréal. 

Outre les médecins, il y a eu dans la paroisse le 
célèbre rebouteur Isidore Dragon. Tons savent ce 
qu'il a eu de vogue. Il était très souvent mandé et 
l'on venait de fort loin requérir ses services. Jamais 
cependant il n'avait fait d'études médicales ni chirur- 

(I) — La Presse^ de Montréal, 24 octobre 1905. 



^ 



76 HI8T0IRG DE SAINT-DENIS 

gîcales : ce qa'il eu savait, il le tenait d'aptitudes 
natnrelles. Il a ainsi, sans aucunement amasser for* 
tone, conservé la faveur du peuple pendant plus de 
soixante ana, Quelquefois les médecins, le trouvant 
encombrant, lui ont mis des entraves ; ils lui ont même 
fait payer l'amende une fois, mais devant les sollicita- 
tions des gêna en souffrance, le pauvre rebouteur réci- 
divait toujours. Il s'est endormi dans le Seigneur en 
1903, à l'âge de quatre-vingt-deux ans, apr^s avoir 
célébré, le 12 janvier de cette mâmo année, ses noces 
de diamant, avec Marie Angers, sa digne compa- 
gne (1). Il était iils de Jean-Baptiste Dragon et de 
Madeleine Bousquet. 

Les principales épidémies, que les médecins ont 
eu à combattre dans la localité, se comptent assez 
facilement. La première remonte & 1784 et a causé 
de sérieux ravages parmi les enfants. En 1809, des 
fièvres malignes sévirent et près de cinquante adultes 
y succombèrent ; le médecin Dormicour fut de leur 
nombre. Le choléra asiatique de 18S2 a terrassé une 
quarantaine de personnes (2) et sa réapparition en 
1834, une vingtaine, parmi lesquelles le curé, M. 
Bédard. En 1837, pendant que les patriotes se bat- 
taient, l'ange de la mort fauchait encore plus dans les 
berceaux que sur les champs de bataille. C'est seule- 
ment cinquante ans plus tard que la diphtérie a ensuite 
ramené l'alarme dans les familles en dépeuplant sans 
merci bien dès foyers. Depuis lors aucune maladie 
coTitaE^ÈTise n'a eu de succès à Saint-Denîs. 

(I) — La Presse, de Montrtal, 34 janvier 190.1. 

(3) — Cette mfoie année, i Quét>ec seulement, il fit 3>300 victi- 
mes dsaii l'espace de quatre mois. Garneau. Histoire du Canada, III, 
395. — C'.«, dit Mgr Têtu I^LesMquei de Qu/àec, 545 et 546), " le 
plus lerrtMi: l!éau dont l'hïitoire du Canada ait gardé le souvenir.... A 
Québec it .1 Montréal, pris de 4,000 personnes périrent dans l'espace 



CHAPITRE X 



Les notaires de Saint-Denis : Deguire, Courville, 

Frichet, Jehanne, Cherrier, Michau, Bourdages, 

Dutalmé, Mignault, Laparre, Saint-Germain, 

Gauthier, Marin, Leblanc, Saint-Aubin, 

Durocher, Bonin, Crevier, Dauray, 

Saint-Martin, Laflamme, 

Archambault. 

1758-1905- 



Apres le prêtre et le médecin, ce fut le tour du 
notaire ; il arriva en 1758, suivant le curé, M. Frichet, 
à la distance de quatre ans. La paroisse, depuis lors, 
a été particulièrement favorisée de l'attention des 
hommes de loi ; durant deux ans, elle en a même 
compté quatre simultanément. Aujourd'hui ils sont 
de la moitié moins nombreux pour se partager la 
clientèle. Au total, il y en eut vingt-deux dans la 
paroisse en cent-quarante-sept ans. 

Charles Dcguire a pratiqué à Saint-Denis, de 
1758 à 1762 ; Louis-Léonard Courville, de 1760 à 
1765 ; Simon Frichet, de 1762 à 1767; Marin Jehanne, 
de 1765 à 1787 ; François Cherrier, de 1770 à 1793 ; 
Christophe Michau, de 1779 à 1808 ; Louis Bourda- 
ges, de 1790 à 1835 ; Paul Dutalmé, de 1800 à 1821 ; 
Joseph-Edouard Mignault, de 1824 à 1878 ; Henri 
Laparre, de 1835 à 1840 ; Narcisse Saint-Germain, de 
1841 à 1843 ; Antoine-Théophile Gauthier, de 1852 à 
1858 ; Onésimc Marin, de 1866 à 1874 ; Jean-Baptiste 
Leblanc, de 1867 à 1870 ; Zéi>hirin Saint-Aubin, de 



L 



7s HISTOIRE DE 

1868 à 1872 ; Adolphe Duroclier, de 1872 à 1892 ; 
Paul BoDÎn, de 1876 à 1885 ; Philéaa-Jean-BaptiBte 
Crevier, de 1886 à 1899 ; Loais-Omer Dauraj, depuis 
1888 ; Louis-Napoléon SaÎDt-Martin, de 1899 k 1901 ; 
J.-O.-H. Laflamiue, de 1901 à 1902 ; et Edouard 
Archambault, depuis 1903. 

Deguîre, originaire de Montréal et couaiit du 
pionnier Larue, était marié avec Thérèse Morin. Il 
avait vingt-huit ans et pratiquait oorame notaire 
depuis quatre ans à Saïnt-Lau rent, pr&s de sa ville 
natale, lorsqu'il vint s'établir à Saint-Denis. Il est 
décédé le 24 juillet 1762, laissant pour toute descen- 
dance une orpheline de quinze mois. Son épwuse est 
morte à l'Hôpitat-Général de Montréal, le 9 juillet 
1806 (1). 

fils de Claude Aumaeson de Courville et de 
Judith Chevreau, habitants des environs de Cbâlons 
en France, le deuxième notaire de Saint-Denis était 
arrivé au Canada & l'&ge de vingt ans, en 1751 . Dans 
la paroisse, il a été marchand en même temps que 
rédacteur de contrats. Il est ensuite parti pour Qué- 
bec, où il a terminé sa carrière {2). 

Frîchct, marié deux fois, d'abord avec Louise 
Constantin, en secondes noces avec Louise-Josephte 
Bazile, était le frëre du curé. Il avait été commer- 
çant k Québec et en même tempe capitaine de frégate 
sur le fleuve, avant de venir s'établir à Stdnt-Denis. 
Il y est mort le 11 novembre 1767, à l'fige de cin- 
^nante-siz ans. Sa dernière compagne est ensuite 
retournée à Québec. 

Lorsque Johanne, natif de Dinan en Bretagne (3), 

( I ) — Tanguiy, DUlioititaîrt ginialogiqia. 

|i) — Il itait marié avec Marie-Anne Aniyat de Villeneuve. 

( 3) — Rcgislrts des iaf limes, mariagts et léfuUurts Je Saiiil:DeHis, 



8AINT-DENIS-SUR-RICHBLIEU 79 

arriva de France à Saint-Denis en 1750, il venait en 
qualité de marchand et était Âge de vingt-neuf ans. 
Ce n'est qu'en 1765 qu'il a jugé à propos d'ajouter 
une étude de notaire à sou comptoir situé au sud du 
cimetîëre, où il a passé la dernière partie de sa vie. 11 
y a fini ses jours, le 13 mars 1787, et son épouse 
Elizabeth Micliau, cinq ans plus tard, le 30 novembre 
1792. Tous deux étaient profondément religieux ; 
les registres paroissiaux en fout foi en gardant, à la 
louange du premier, le souvenir de ses démarches 
pour hâter la venue d'un nouveau curé à la retraite 
de M. Frichet et en conservant, pour l'autre, la liste 
de ses généreuses donations. 

Avec le notaire Cherrier, përe du curé, entra 
dans la paroisse une de ses plus illustres familles. 
Originaire de Franco, de Savîgny-Lévêque au Maine, 
il était débarqué au pays eu 1741, à l'âge de vingt- 
trois ans. Aussitôt il avait ouvert un magasin à côté 
du presbytère de son oncle Isambart, curé de Lon- 
gueuil, et, peu après, avait épousé Marie Dubuc, en 
1743 (1). Il a séjourné en cette localité jusqu'à son 
départ pour Saint-Denis en 1770, ce qui coïncida à 
peu près avec sa reconnaissance comme notaire. Ses 
enfants sont par ordre d'âge : Marie, (2) mère de Mgr 
Lartigue ; François, le curé de Saint-Denis, de 1769 à 
1809 ; Perinne (3), mère de l'Honorable Denis-Benja- 

( I ) — Tangiiay, Dictionnaire généalogique, 

(2) — Morte 7 jours avant que son fils fût élu évêque» Elle est 
décédée à Saint-Denis, le 25 janvier 1820, à Tàge de 76 ans, veuve de 
Jean-Jacques Lartigue, médecin de Montréal en son vivant. Elle a été 
solennellement inhumée dans l'église de Saint-Denis, le surlendemain 
de son trépas ; signature de 6 prêtres à son acte de sépulture. -^ 
Registres des baptémeiy marùiges et sépultures de Saint-Denis» 

(3) — Charlotte- Perinne, âgée de 27 ans, épouse à Saint-Denis, en 
présence de son frère le curé, le 30 juin 1772, Denis Vlger, âgé de 31 
ans, fils de Jacques Viger et de Marie Ridé, de Montréal, Grande céré- 
monie ; 13 signatures. 



80 HISTOIEE DB 

min Tiger (1) ; Joseph-Marie, aïeul du député Cheval 
(2), de Saint-Hilaîre ; Marie- Anne, épouse de Toussaint 
Lecavalier ; Rosalie (S), mère de l'Honorable Louis- 
Joseph Papineau, le célèbre orateur ; puis Benjamin 
et Séraphin, tous deux membres du parlement cana- 
dien. Avec une telle famille, Saint-Deuis n'a pas 
manqué de devenir uu rendez-vous tout à fait aristo- 
cratique. Quelles nombreuses et brillantes réunions 
de ce que le Canada comptait de plus remarquable ne 
provoqua-t-elle pas en ces temps de luttes homériques 
pour la conquête de nos libertés ! Et avec quelle 
dignité elles ont été longtemps présidées par le véné- 
rable patriarche ! Apr&s avoir pu cependant fSter, an 
milieu de dernières agapes, le cinquantième anniver- 
saire de son mariage, le bon vieillard avait décliné 
rapidement, et déjà c'en était fait de lui, le 21 juillet 

(I) — " M. Viger, en tSjl, avait 56 aos. Il était en pleine répuu- 
tion et d'une popularité justement méritée. Comme jurî«;onsulte, 
comme publiciste, comme homme politique, il brillait au premier rang. 
M. Papineau (Louis -Joseph, son cousin germain) seul l'emportait sur lui 
en prestige en ce moment. Membre de la Chambre populaire depuis 
iSoS, il avait été récemment élevé au Conseil législatif, el n'en avait 
pas moins continué à prendre une part active aux lutte» des patriotes 
pour la cause de nos libertés constitutionnelles ". Le j mai 1831, ban- 
quet en son honneur à Montréal, à l'occasion de son prochain départ 
pour l'Angleterre comme ^ent de la Chambre d'assemblée ; 15a con- 
vives sous la présidence de Kourdages, 31 santés. Ignotus, dans La 
Prtsu, de Montréal, 10 sept. 1898, 

(I) — l'nr sa fille Rosalie, épouse de Louis Cheval el protégée de 
la tante Lecavalier, qui l'a en partie élevée et surtout fort bien dotée 
pat testament en date du I3 février 1839. Archives dt M. Jacques 
Cartier, ï Saint- Antoine. 

(3) — A l'ige de 34 ans, le 13 août 1779, elle épouse i Saint- 
Denis, en présence de son frère le curé, Joseph Papineau, notaire, fila 
^^. T M'ph Papineau et de Marîe-Josephte Beaudry, de Montréal ; 12 
>i^n iLurcs ont été apposées en bas de l'acte. Elle est morte, le la 
icjileinbie 1832, i l'âge de 76 ans. L'histoire de Joseph Papineau 
dt dtf MO tits, l'Hon. Louis-Joseph Papineau, a été consignée dans Les 
âtUX.'Rfmeau, de David. 



SÂINT-DBNIS-SUR-RICHELIEU 81 

1793 (1). Son épouse fut laissée treize ans encore à 
l'affection de ses huit enfants et mourut à son tour, le 
18 juin 1806, à Tâge de quatre-vingt-dix ans. 

Michau, natif de Québec et beau-frëre du notaire 
Jehanne, était fils d'un maître-perruquier venu de la 
Beauce française (2) vers 1722. Il s'est marié à Saint- 
Antoine avec Josephte Gauvreau, le 30 juillet 1781, 
et est mort dix ans après son épouse, le 5 janvier 1813, 
à l'âge de quatre-vingt-deux ans. C'est en son hon- 
neur que la route de Saint-Ours à Saint-Jude a été 
nommée Michauville. 

Bourdages, pour sa part, a gravé son nom en 
lettres voyantes parmi ceux que l'on trouve dans les 
annales de nos premières revendications politiques. 
Plus remueur que meneur d'hommes, il n'a pas moins 
soulevé de violentes tempêtes contre les gouverneurs 
de l'époque. Seulement il est malheureux qu'il ait 
donné dans des idées trop avancées. Les combats 
qu'il a ainsi livrés ne l'ont pas toujours été 
au point de vue des avantages de la patrie. Fils 
d' A^cadiens, il était né en exil sur une plage perdue 
des Etats-Unis. Ses parents s'étant plus tard établis 
à Québec (3), il a pu faire ses études et, lorsqu'il vint 
se fixer à Satht-Denis pour le reste de sa vie, k l'âge 
de vingt-six ans, il était déjà notaire et marié avec 
Louise-Catherine Soupirant. Son influence dans lu 
paroisse a été considérable surtout pour préparer les 



(1) — Il a été inhumé par Tabbé Payet, curé de Saint- Antoine, 
dans le caveau de l'église de Saint-Denis alors en construction. Etaient 
présents aux funérailles : MM. Martel, curé de Saint-Charles, Durou- 
vray, curé de Saint- Hyacinthe, Hébert, curé de Saint-Ours, et le curé 
du lieu, fils du défunt. Registres des baptêmes^ mariages et sépultures de 
Saint- Denis, à la date du 23 juillet 1793. 

(2) — Tanguay, Dictionnaire généalogique. 

(3) — Tanguay, Ibid.. 



82 HISTOIRE DE 



événements de 1837. Dans notre milice, il a été aide- 
major, major, et à partir de 1818 lieutenant-colonel 
ponr la division de Saint-Denis, qui comprenait aussi 
Saint-Antoine, Saiut-Cbarles et Saint-Marc (1). Comme 
homme de loi, il a constamment joui d'une nombreuse 
clientèle et gardé de longues, années l'agence de la 
seigneurie. Sa résidence au village dyonisien était en 
arrière du couvent, au coin des rues Saint-Charles et 
du Bord-de-l'eau. Parmi ses enfants se trouvent le 
palriole Jean-David et Rémi-Séraphin, plus tard 
député pour Rouville. Il est décédé sept ans après 
son épouse, le 20 janvier 1835. 

Quant à Dutalmé, il est né à Montréal en 1776, 
lils d'IIypolite Dutalmé et de Geneviève Roy, qui 
plus tard sont venus terminer leur existence à Saint- 
Denis. Il s'est marié avec Adélaïde Bettez, le 6 juillet 
1802, et est mort le 30 mars 1821. Il était bon calli- 
graphe et rédigeait soigneusement ses actes. 

Mignault, né à Saint-Denis en 1798, fils de Jean- 
Basile Mignault, ne s'est éloigné de sa paroisse natale 
que pour le temps de ses études et, plus tard, un 
hiver, à la suite des troubles de 1837, auxquels il avait 
pris part en qualité de premier lieutenant de Nelson. 
Il est le notaire qui a eu le plus long r^gne dans la 
localité. Parmi ses enfants sont : Napoléon et 
Arthur, prêtres, lien ri- Adolphe, médecin, et Alfred, 
notaire. Il e^t décédé en 1878. Son épouse. Libère 
Ménard, l'avait précédé de cinq ans dans la tombe. 

Laparre, fils d'un commerçant de grain de la 
paroisse, était marié avec Catherine Déganard. Il est 
le deuxième notaire de Saint-Denis qui n'y soit pas 
demeuré jusqu'à sa mort. 

Saint-Germain, né à Saint-Denis, était le frère de 



(I) — y1rchh'€s de M, Jacques Cartier^ à S ai ni -Antoine. 



SAINT-DBNIS-SUR-RICHBLIEU 83 

Charles, qni fut tué au combat de 1837. Encore 
clerc, il épousait le 28 janvier 1840 sa co-paroissienno 
* Emëlie Chnput et, des le printemps suivant, diplômé 
notaire, il s'établissait dans son village natal pour lui 
consacrer les prémices de sa profession. Plus tard 
cependant il a cru devoir échanger cette dernière contre 
celle d'instituteur et, comme tel, a dirigé Técole de 
Contrecœur, de 1865 à 1868. II est ensuite parti pour 
le Masçiuchusetts, où il est décédé vers 1894. 
Gauthier était marié avec Onésime Allard. 

Marin, qui s'est distingué autant par sa science 
légale que par son amour du travail, était originaire 
do Saint-8imon-de-Bagot. Il avait fait ses études à 
Saint-Hyacinthe et à Montréal, et était venu débuter 
à Saint-Denis, où il a épousé Léocadie-Valérie Paradis, 
le 10 septembre 1867. Il est ensuite allé finir sa car- 
rière dans la métropole canadienne, le 29 août 1897, à 
l'âge de cinquante-cinq ans (1). 

Enfant de la paroisse, Leblanc est le frère des 
quatre prêtres dyonîsîens de ce nom. Après avoir 
fait lui aussi son cours classique à Saint-Hyacinthe et 
ea cléricature à Montréal, il a tenté de se fixer à Saint- 
Denis, mais sans y réussir. Pendant ce séjour-là, il 
s'est néanmoins uni à Flore Généreux, le premier juil- 
let 1868. En partant, il s'en est allé à La Présenta- 
lion, où il demeura environ cinq ans. Il pratiqua 
ensuite quelque temps à Montréal. Après quoi, il 
accepta l'emploi de chef de gare à Belœil. Il est mort 
à Ma*nchester, dans le Nouveau-Hampshire, il y a peu 
d'années. 

Saint-Aubin était marié avec Marie Charland. 
Après sou passage dans la localité, il est parti pour 
Chicago. 



(I) — La Mifierve^ de Montréal, 30 août 1897. 



y 



84 UISTOIBB DE 

N6 k Saint-Denis en 1846, Durochcr a itudié k 
Mnrievillo. Sa paroisse natale l'a 7u de là lui revenir 
comma notaire nussit/ït qu'il eut reçu aon brevet. Il 
tt'eat ensuite établi à Saiut-Aim^-Bur-Yamaska, oh il 
est décédô le 25 novembre 1903 (1). En premières 
■tocea il avait épousé Marie-Eugénie Lacombe, et en 
deniiferes Arzélie Bonin, qui lui »iurvit. 

Bouin est mort en février 1885, A l'âge de trente- 
sept antj. Il était issu du mariage de Joseph Bonin 
et de Jnatine Payau, de Saint-Denis. Il a été maire 
de sa paroisse et était marié avec Marie Langlois, 
aujourd'hui de Saint-Hyacinthe. 

M. Orevïer est né à Saint-Laurent, près Mont- 
réal, le 20 août 1860. Créé notaire en 1885, après 
avoir fait ses études tant au collège de sa paroisse 
natale qu'au bureau du regislrateur Léonard, de 
Sainte-Rose-de-Laval, il a pratiqué d'abord un an à 
Saint-Martin, puis il est venu à Saint-Denis. Il ya 
épousé Henriette Bousquet en 1894 et lorsque, cinq 
ans plus tard, il quittait les rives du Richelieu, 
c'était pour retourner à Saint- Laurent. 

M. Dauray (2), né à Marieville le 5 juillet 1863, 
a parcouru, à l'ombre du clocher de sa paroisse, 
tout le cycle de ses études tant cléricales que classi- 
ques et a été admis à la pratique du notariat, en 1886. 
C'est deux ans pUis tard, le 6 juin 1888, qu'il s'est 
fixé au village dyonisien en y épousant Marie-Louise- 
Georgina Ménard. Il est organiste de l'église et 

(,) — MiU il n élé inlittmé à .Saim-nen.s. 

(1) — Sans que nous puissions nous appuyer sur une autre cerli. 
luile que la tradiiion conservée dans la famille, voici l'histoiTC <le ses 
.inn-trts au Canada ; le premier débarqué sui nos rives aurait été un 
IJiijoar, comte d'Auray, d'où le nom Dauray. Ses trois fils se seraient 
éttil'lis à Varennes, à LacoUe et & Lapraitie. Charles-Cnsimir, marié 
utcc Louise Messier et aïeul du notaire, descendrait de celui de Varen- 
iiL'-.. d'DÙ il est allé se iSxer ï Marieville. 



SAINT-DENIS-SUR-RICHBLIBII 85 

directeur de la fanfare en même temps que du bureau 
de poste de la localité. 

M. Saint-Martin, originaire de Sainte- Victoire-de- 
Richelieu, a fait ses études à Saînt-Hjacinthe et à 
Montréal, puis il a débuté à Saint-Denis. Il est 
aujourd'hui à Sorel. 

M. Laflamme arrivait de Nicolet, lorsque sur 
invitation il vint s'installer dans la paroisse. Malgré 
certains encouragements de la part des autorités 
municipales, il n'a pas cru devoir y prolonger son 
séjour au-delà de huit mois ; il est parti en mai 1902 
Dour Saint-Fabien-de-Rimouski. 

M. Archambault,fils du notaire Magloire Archam- 
bault, de Saint- Antoine, est né le 18 février 1879 et a 
fait ses études à Montréal. Il a pratiqué quinze mois 
à Saint-Jérôme, avant de venir vivre au milieu des 
Dyouisiens, le 30 novembre 1903. H est gérant de la 
succursale de la banque Provinciale, à Saint-Denis, 
depuis sa fondation. 



<M/^I\^\A^ 



I 



CHAPITRE XI 



L>*érection du village de Saint-Denis. Sa descrip- 
tion. Sa prospérité. 1758-1905. 



En 1758, il semblait déjà se former un courant 
vers Saint-Denis comme centre. Un marchand y 
avait pris place en 1750, et un médecin, deux ans plus 
tard. Mais, à cause de la loi de 1745, impossible de 
s'installer sur un lopin de terre ne mesurant pas au 
moins quarante-cinq arpents carrés. Le médecin 
s'était logé dans une famille en qualité de pension- 
naire ; le marchand, qui fut dans la suite le notaire 
Jehanne, avait acquis l'ancienne ferme de Poulin. 
C'était passable jusque-là, mais tous ne pouvaient les 
imiter. 

Lorsque se présenta le notaire Deguire, qui ne 
voulait pas partager le même toit qu'un autre ni ne 
pouvait devenir grand propriétaire, il se vit les portes 
fermées. Ce fut ce qui détermina le seigneur, M. de 
Contrecœur, à demander l'érection d'un bourg prës de 
l'église pour pouvoir lui offrir un simple emplacement 
et ne pas laisser perdre à ses censitaires la bonne 
aubaine d'un homme de loi résidant au milieu d'eux. 

En conséquence, il expose sa requête aux auto- 
rités afin, leur dit-il en résumé, de procurer aux habi- 
tants de son domaine un certain nombre d'ouvriers, 
tels que forgerons, charpentiers et autres, qui par là 
seront en état de fournir aux dits habitants les outils 
et instruments d'agriculture nécessaires qu'ils sont 
souvent forcés d'aller acheter à Montréal ^^ au préju- 



88 HISTOIRE DE 



dice de leurs travaux et surtout de la culture et défri- 
chement des terres ". 

Le 17 mai 1758, il était exaucé. Le gouverneur, 
M. de Vaudreuil, répondait : " Nous .... avons établi 
et établissons par les présentes un bourg dans la 
seigneurie de Saint-Denis. . . • sur un terrain de 2 par 
4 arpents. . . ; lequel bourg sera borné sur le devant 
à la rivière de Kichelieu, par derrière à la terre concé- 
dée au sieur curé du dit lieu, au nord-est à Pierre 
Joubert et au sud-ouest au nommé Marin Jehanne,. . . 
dans l'étendue duquel nous permettons à tous habi- 
tants de faire tels établissements qu'ils jugeront à 
propos sur les emplacements, qui leur seront à cet 
effet vendus ou concédés. ..." (1). 

Ainsi le bourg comprenait seulement le terrain de 
la fabrique de trois-quarts d'arpent par trois, celui du 
seigneur d'un arpent et quart par trois, plus deux 
arpents par un de la terre du curé. C'était petit, 
mais suffisant pour les débuts. Rien ne mettra obs- 
tacle plus tard à ce que ce bourg fasse tache d'huile et 
se répande à l'envi de chaque côté. 

Ceci, notons-le bien, s'accomplissait au plus fort 
de la guerre de Cession. Quoique la lutte fût terrible, 
elle n'étouffait pas entièrement, comme on le voit, les 
entreprises en vue de l'avenir. Même ce dernier acte 
semble prouver que l'on ne croyait encore nullement 
à la fin prochaine de la puissance du roi très chrétien 
sur nos rives. 

Le bourg ne constituait donc qu'une minime par- 
tie du village d'aujourd'hui. Sa largeur n'allait que 
de la façade du couvent actuel à la mi-distance entre 
les rues Sainte-Catherine et Saînt-François et, en pro- 
fondeur, il s'étendait du rivage du Richelieu jusqu'à 



(l). — Editset ordottnancOf II, 420. 



SAINT-DBNIS-SUR-RICHELIBU 89 

l'extrémité sud-est du cîmctiër'e. En divisant par lots 
la part du seigneur, on y traça deux rues, celles du 
Curé et de Sainte-Catherine ; la première a cessé 
d'exister depuis longtemps, elle longerait maintenant 
Tarrière-pan du presbytère. 

Dans le bourg, il n'y avait alors que l'église et la 
maison du prêtre, et sur tout le reste du territoire 
occupé par le village de nos jours, on ne comptait que 
six maisons : celles de Saint-Germain, un peu au nord 
de la maison de Cléophas Dnigon ; de Jette, qui devait 
être locataire à la place de Louis Landry ; de Joubert, 
à la place de Dame Lacombe ; de Jehanne, à la place 
d'Alphonse Phaneuf ; de Charpentier, à la place de 
Dme Joseph Archambault ; et de Dudcvoir, k la place 
d'Ephrem Qadboîs. C'est-à-dire qu'on y voyait tout 
ce qui peut se rencontrer sur un rang ordinaire, plus 
la chapelle et le presbytère ; et il ne pouvait en êrrc 
autrement avec les \oU existantes. 

En 1770, le recenj^ement du curé eiiregistrait une 
augmentation de. six maisons ; en tout, c'étaient treize 
maisons habitées. Il n'y avait cependant rien de 
mauvais augure dans ce chiffre treize, puisque dix- 
neuf ans plus tard il s'était déjà accru de vingt-cinq 
nouvelles constructions (1). 

Sur le déclin du même siècle surtout, le progrès 
de Saint-Denis s'est considérablement accentué. Si bien 
qu'en 1801 le curé, dans son recensement paroissial, 
pouvait constater que Tancicn bourg débordait de 
tous côtés empiétant sur les champs voisins. C'était 
alors soixante-trois habitations qu'il fallait compter 
au lieu des sept de quarante-trois ans auparavant. 
Chaque année, il continua à se construire quelque 
niaison. En 1815, Bouchette écrivait/ qu'il y avait 

(I) — Recensement du curé Cherrier en 1789. 



I- 



HISTOIRE DE 



eariroii (luatre-vîugta résidences dans te riant vît* 
lage (1). 

Saint-Deuis était devenu à cette époque une 
petite métropole. C'eat à aes quais que l'on embar- 
quait une grande partie des graine do l'intérieur de la 
région, c'est aussi là que l'on venait s'approvisionner. 
Ensuite, au commerce, se Joignirent les industries, et 
tout alla grandissant jusqu'à la crise de 1837. Deux 
ans auparavant, le nouveau curé arrivant de Saint- 
Marc pouvait écrire à son évSque que le seul village 
de Saint-Denis contenait autant de monde que toute 
la paroisse qu'il venait de quitter (2). 

Le souffle révolutionnaire qui passa sur ce coin 
du pays fut un coup fatal pour sa prospérité ; tout 
se trouva alors désorganisé. Saint-Hyacinthe recueil- 
lit les unes apr^s les autres les forces vives de son 
aîné et ce fut l'origine de sa suprématie. 

Il ne faut pas croire cependant que Saint-Denis 
retourna il la pauvreté de ses débuta. Il lui restait 
encore assez d'éuergie pour se relever au moins eu 
partie. Seulement tout ne revint pas. Si la bonne 
fortune de Montréal et de Québec se transposait 
aujourd'hui à la sniie d'un déplacement daus les affai- 
res, on s'apitoierait sans doute sur le sort de la pre- 
mière ; néanmoins il en restererait encore beau- 
coup à la cité éprouvée. C'est ce qui est arrivé à 
Saint- Denis. C'était une ville en réalité, quoique non 
reconnue civilement comme telle, et elle est redevenue 
village, mais gros village. 

Aujourd'hui il n'y a pas d'industries, ni de com- 
luerce ; toutefois on compte dans la place plus de 

(I) — liouchelte, Dacription topographiqur di In prtn-intt du Bas- 
Canada, 216 et 117. 

(1) — Leltre de l'abb* Deniers k Mgr Signay, en date du 5 janvier 
iSj!, Archhts de Phlchédt Saùiî- Hyacititiu. 



SAINT-DBNIS-SUR-RICHELIEU 91 

cent-soixante maiâons, habitées par eix-cent-quarante- 
cinq personnes, dont quatre-cent-soîxante-dîx-neuf 
sont communiantes. 

Qo'est-co qui fait donc vivre ces gens ? — Les 
fertiles terres de la paroisse, faut-il répondre. La 
plupart sont de vieux cultivateurs en retraite. Avant 
de s'éldigner de leurs fermes, ils se sont assuré un 
logement à l'ombre de Téglîse et, tout en se préparant 
aux années éternelles, ils y mangent les rentes que leur 
a[>portent leurs héritiers et successeurs. 

Autrefois les vieillards, usés aux travaux des 
champs, se marquaient bien ce qui devait leur revenir 
à Ih suite d'une donation ; mais ils continuaient à 
demeurer avec leurs enfants. Alors il fallait des obli- 
gations moins onéreuses, et l'expérience était toujours 
là pour guider les pas plus ou moins bien affermis de 
la jeunesse. A-t-on gagné au changement ? Mais 
qu'il y ait avantages ou non, le courant entraîne tout 
le monde vers les agglomérations. On déserte ainsi 
les campagnes pour la ville ; c'est j»artout le même 
mal qui sévit. Il faut convenir qu'il conduit plus 
souvent à la gêne qu'au bien-être. 

Tout de même, en venant finir ses jours dans le 
village dyonisîen, on n'a pas mauvais goût. On peut 
facilement plus mal choisir. 

Placé sur le bord d'une baie de la rivière Riche- 
lieu, il a pour liii la beauté du site, et ce n'est pas le 
point le moins important pour le charme d'une loca- 
lité que d'être bâtie dans le voisinage d'une nappe 
d'eau. Elle s'y mire et double du même coup ce 
qu'elle a d'attraits (1), tout en offrant un air plus 

(I) — Le Star, de Montréal, disait en français, le 28 septembre 
1889, que *• le village de Saint Denis est un des plus charmants vlîlajjes 
parmi les villages si enchanteurs des bords de 1 élégante et pittoresque 
rivière Richelieu, qui fait les délices des nombreux voyageurs qui la par- 



92 HISTOIRB DE 



frais et plus pur et le plaisir de promenades nautiques. 

Il est vrai que toutes les rues du village ne sont 
pas très larges, ni les résidences toutes bien construi- 
tes, que la place publique du marcbo n'est pas soigneu- 
sement ornée, tant s'en faut ; mais l'ensemble est si 
richement encadré de verdure que beaucoup des 
défauts en sont voilés. Partout des arbres, n'est-ce 
pas déjà quelque chose d'agréable ? 

Toutefois on n'est pas sans trouver, au milieu des 
ombrages, de nombreux et jolis édifices religieux, le 
beau parterre du collège ainsi que plusieurs élégants 
cottages entourés de leurs jardins. 

La baie .qui s'étend aux pieds du village est un 
lac pour l'apparence. De dix arpents de largeur sur 
à peu près le double de longueur, elle sépare Saint- 
Denis de Saint-Antoine. 

Au milieu de la nappe d'eau, où les ondes se 
renouvellent continuellement sans perturbation, sont 
une île et un îlot. 

L'île a été baptisée du nom de Madère (1), probar 
blement par quelque gai compère au retour d'une 
noce ; mais cela, c'était autrefois. 

Si les Dyonisiens étaient des citadins en quête de 
brises rafraîchissantes, cette île serait pour la localité 
ce qu'est Sainte-Hélène pour Montréal ; mais ce 
qu'ailleurs on va chercher au dehors, eux l'ont à leurs 
portes, sous leurs fenêtres. 

courent. Le touriste, qui de Saint- Antoine sur la rive opposée, contem- 
ple le coquet village de Saint-Denis, ne peut rêver de paysage plus gra- 
cieux et de plus beaux points de vue. Les superbes clochers de l'église 
de Saint-Denis dominant le sommet des arbres présentent un aspect des 
plus imposants, tandis que les maisonnettes frafchement blanchies à la 
chaux et s'échelonnant sur les bords du Richelieu s'y mirent comme de 
blancs cygnes ". 

( I ) — Bouchette, Description topographique de la province du Bas- 
Canada^ 217. 



SAINT-DBNIS-SUR-RICHBLIBU 93 

L'île Madëre est une paisible prairie qui émerge 
des flots sur quelques arpents de superficie. 

Un peu plus bas, à l'extrémité septentrionale du 
village, se rencontre l'îlot. 

Comme l'île, il appartient à la seigneurie dyoni- 
sienne. Pour les fins paroissiales, l'une et l'autre sont 
des propriétés antoniennes. 

L'îlot était jadis une île d'assez bonne étendue. 
On va même jusqu'à supposer qu'originairement il 
n'a dû faire qu'un avec sa voisine. Le travail des 
eaux l'aurait d'abord séparé, puis rapetissé au point 
de n'en laisser qu'un point à la veille de disparaître. 

En 1898, de par la générosité du seigneur, cette 
portion de son domaine devint la propriété du collège 
pour que celui-ci en puisse jouir et user tant qu'elle 
ne sera pas rasée par quelque glaçon impitoyable. 
Elle fut alors baptisée pour la première fois en rece- 
vant le nom de Saint- Viateur (1). 

Le village de Saint-Denis est divisé par le terrain 
de la fabrique en deux parties, qui ne communiquent 
ensemble que par la rue Saint-Denis ou du Bord-de- 
l'eau. 

Autrefois quand la partie sud avait plus d'impor- 
tance, le seigneur aurait désiré voir continuer la rue 
du Collège en arrière du cimetière jusqu'à, la rue 
Saint-Charles (2). Mais les négociations entamées à 
ce sujet, en 1824, n'aboutirent pas, l'évêque refusant 
de consentir à l'échange de terrains tel que proposé. 

En voyant aujourd'hui le coin désolé qui borne 
la ligne sud du cimetière, on est loin de soupçonner 
que c'était jadis le quartier aristocratique du village. 
Le notaire Michau, ainsi que le capitaine de côte 



(1) — Journal du collège de Saint-Denis, à la date du 22 août 1893. 

(2) — Lettre de l'abbé Bédard à Mgr Plessis, en 1824. Archives 
de Viviché de Saint- Hyacinthe^ 



94 HISTOIRE DE 



Neveu, y a vécu ; le chanoine Paré y a été élevé- 
Bien d'autres notables ont eu là leurs résidences. Par 
contre, le commerce avait ses magasins étalés le long 
du rivage. 

Le reste du village n'a été bâti que plus tard par 
les ouvriers qu'employaient les industries florissantes 
de l'époque antérieure à 1837. 

De nos jours, pour parcourir toutes les rues de la 
place, il faudrait faire toute une lieue de marche, même 
près de cent arpents. C'est d'ailleurs la superficie 
que couvre le village avec ses vingt arpents de lon- 
gueur et ses cinq arpents de profondeur en moyenne. 

Il y a sept rues parallèles à la riviëre et douze 
transversales. 

Au fur et à mesure que chacune de ces voies a été 
verbalisée^ elle a reçu un nom pour la commodité des 
indications. L'appellation devait en même temps 
conserver des souvenirs historiques. 

Après la rue Saint-Denis ou du Bord-de-l'eau, qui 
est l'artère principale, et la rue Yamaska, qui conduit 
à la rivière du même nom, il y a les rues Sainte-Cathe- 
rine et Saint-Charles, en mémoire des deux filles 
du seigneur de Contrecœur, Catherine et Char- 
lotte ; il y a les rues Cartier, en l'honneur de la 
famille qui a fourni à la localité un de ses plus gros 
marchands d'autrefois et au pays un homme d'état, 
Sir George-Etienne ; Bourdages, en l'honneur du 
célèbre mandataire de nos origines parlementaires ; 
Saint-Christophe, en l'honneur du notaire Christophe 
Michau ; Saint-Hubert, eu l'honneur de la famille 
Hubert, qui avait, vers 1840, un vaste emplacement 
sur cette rue ; Saint-Pierre, en l'honneur du pionnier 
Pierre Joubert, qui a fourni le terrain de cette rue sur 
sa propriété de 1720 ; Saint-Thomas, en l'honneur du 
co-seîgneur Taschereau ; Saint-François, en l'honneur 



SAINT-DENIS-8UR-RIGHELIEU 95 

du curé Cherrier ; Saint-Joseph, en l'honneur du 
co-seîgneur Boucher de LaBrnëre de Montarville ; 
Saint-Gilles, en Thonneur de Gilles Boucher, fille du 
précédent et épouse du co-séigneur Louis-Joseph Des- 
chambault ; Nelson, en l'honneur de l'agitateur de 
1837 ; du Collège, à cause de la maison d'éducation, 
en faveur de laquelle elle a été achevée en 1880 (1) ; 
Morîn, en l'honneur du Dr Prisque Moriu et de Témi- 
uent premier ministre, A.uguste-Norbert Morin, qui a 
épousé Adèle Raymond, originaire de la paroisse ; et 
^ainte-EHzabeth, en l'honneur de Marie- Anne-Eliza- 
beth Noyelle de Plorimont, épouse du co-seigneur 
Louis-François Deschambault. Noua ignorons la rai- 
son des noms de Saint-Laurent et du Lion. Le 
premier remonte à 1785 ; et le second prête à bien des 
suppositions, surtout h propos de 1837. 

Le village a été érigé en municipalité civile, dis- 
tincte du reste de la paroisse, par proclamation en 
date du 26 novembre 1903. 

Son premier conseil s'est composé d'Adolphe 
Charron, élu aussitôt maire et encore en charge, d'Elie 
Roy, de Cléophas Dragon, d'Elie et de Narcisse 
Leblanc, d'Alphonse Phaneuf et de Diogène Cheva- 
lier. Le notaire Dauray a été jusqu'ici le secrétaire- 
trésorier de cette nouvelle corporation. 




(I) — Le i8 mai i88o, le conseil municipal décide d'acheter de 
Victor Richard le terrain nécessaire pour la continuation de la rue du 
Collège jusqu'à la rue Sainte-Catherine. K^gisire des délibérations du 
conseil municipal de Saint-Denis, 



CHAPITRE XII 



La colonie acadienne de Saint-Denis. Malheurs et 
pérégrinations de ses fondateurs : Leblanc, Bour- 
geois. Mignault, Bourque, Brun, Brault, 
Robichaud, Roy, Gaudette, Girouard et 
Richard. Histoire de leurs familles. 

1767-1905. 



De tous les malheureux frappes par la guerre de 
Cession, il n'y en a pas eu de plus éprouvés que les 
Acadiens. Leur seul nom éveille le souvenir du plus 
horrible attentat qui ait jamais été commis contre un 
peuple. 

Passé un jour sous la domination étrangère, il 
s'est rendu coupable, aux yeux de ses nouveaux maî- 
tres, de n'avoir pas apostasie sa religion, de n'avoir 
pas pu aussitôt changer 0a langue et prendre en tout 
d'autres mœurs. De plus, il avait le tort de posséder 
de magnifiques propriétés conquises laborieusement 
sur la mer. 

C'en fut assez pour déterminer les tyrans à décré- 
ter sa mort. Il sera donc exterminé. Et un 
matin, en 1755, les plus noirs projets trouvaient des 
brutes aux cœurs plus hideux encore pour les exécu- 
ter* 

Les pacifiques et loyaux sujets, dont le pouvoir 
voulait la tête, étaient alors trahis, puis pourchassés 
et embarqués sans pitié pour des contrées lointaines, 
le përe et la mère séparés de leurs enfants, les frères de 
leurs sœur8,les époux l'un de l'autre. Impossible d'ima- 
giner une barbarie plus monstrueuse. Comme récom- 



98 HISTOIRE DE 



pense de lear conduite, dès avant le départ des exilés 
les bourreaux s'étaient partagé les biens de leurs vic- 
times. 

Quand la bourrasque fut apaisée, des dix-huit 
mille personnes traquées partout, cinq mille gémis- 
saient pêle-mêle sur les rivages des Etats-Unis depuis 
Boston jusqu'à la Floride, cinq mille en Europe et 
huit mille cachées dans les bois de l'Acadie. 

Onze ans plus tard, six mille d'entre elles étaient 
mortes de misère, quatre mille étaient en service sur 
les terres qu'on leur avait volées, quatre mille végé- 
taient en France, deux mille cinq cents s'étaient réfu- 
giées dans la province de Québec et les quinze cents 
autres s'étaient résignés à finir leurs jours aux Etats- 
Unis (1). 

Le sort le moins rigoureux a été pour ceux qui 
ont pu atteindre les bords du Saint-Laurent. Mais 
ils y arrivaient dénués de tout. La charité eut beau 
être prévenante, elle ne leur a jamais fait oublier la 
patrie perdue. Jusqu'à la fin ils ont pleuré sur nos 
rives au souvenir de leur Auadie (2). 

Cependant ils reprirent courageusement la hache 
du pionnier et beaucoup reconstituèrent pour leur 
descendance les éléments d'une prospérité enviable. 



(1) — Rameau, Une colonie féodale en Amérique y IT, 105 à 210. 

(2) — Bourassa, dans Jacques et Marie (pp. 5 et 6), résume avec 
émotion les souffrances des pauvres Acadiens se dirigeant vers la pro- 
vince de Québec pour y trouver une nouvelle patrie : ** Au temps de la 
conquête, dit-il, on vit arriver quelques familles démembrées, ralliées 
par le. même malheur, chassées de leurs foyers comme les enfants 
d'Ilion.... Ces familles étaient venues.. .., les unes après les autres, 
comme viennent les débris d'un naufrage.... Dans le cours de leurs 
pérégrinations, il y en a qui franchirent des espaces incroyables, à pied, 
à travers les forêts, le long des fleuves, sur les rivages arides de la mer. 
Tantôt ils furent arrêtés par la maladie et la misère, d'autres fois ils 
s'égarèrent longtemps. On oîTrit aux uns le travail des esclaves, aux 
a-itres, de s'enfermer dans les mines ; mais ils préférèrent continuer leur 



SAINT-DENIS SUR-RICHELIEU 99 

Treize d'entre eux établirent leurs familles à 
Saint-Denis en 1767, et un autre les imita en 1775. 
Ils y furent d'abord journaliers, puis pour la plupart 
se fixèrent sur des terres obtenues en concession au 
quatrième rang, dont ils furent les défricheurs et les 
premiers habitants. 

La nombreuse famille des Leblanc est arrivée 
dans la paroisse en 1767 même, avec trois chefs : 
Jean, fondateur des Leblanc-Pitre ; Joseph, fonda- 
teur des Leblanc-Cajetan, et un autre Joseph, fonda- 
teur des Leblanc sans sobriquet. Leur postérité porte 
aujourd'hui uniformément le nom de Leblanc. 

Jean était marié avec Marie-Anne Landry et âgé 
de trente-deux ans, lorsque la tourmente le chassa de 
Port-Royal. Débarqué aux Etats-Unis avec son 
épouse, il n'en est venu à Saint-Denis que dans l'au- 
tomne de 1767. Il avait alors quatre enfants tous nés 
en exil et non encore baptisés. L'abbé Prichet a fait 
couler l'eau régénératrice sur ces jeunes fronts, le 10 
septembre de la même année. Il y avait un garçon et 
trois filles. Probablement pour l'accomplissement de 
quelque vœu, tous ont ajouté à un autre prénom celui 
de Marie (1). Leur père s'étant fait concéder 3 par 
40 arpents au quatrième rang en 1774, il y a vécu 
jusqu'à un âge avancé, malgré tous ses travaux et les 

chemin. Ils cherchaient un ciel ami qui leur rappelât celui'qu'ils ne 
devaient plus revoir, ou ils mouraient en le cherchant.... N'ont-ils pas 
bien gagné ce pied de terre où ils ont pu enfin s'asseoir pour rompre en 
famille le pain de l'exil, et raconter leurs tristes récils à de« cœurs capa- 
bles de les comprendre et de pleurer avec eux, sans remords ? Sans 
doute ils aperçurent des larmes dans les yeux drs étrangers qui les 
voyaient passer, mais à ceux-là ils ne pouvaient faire entendre leur lan- 
gage, et ils portaient à leurs yeux la marque d'un crime national ". 

(I) — Ces enfants sont; Marie-Séraphine, âgée de lo ans ; 
Pierre- Marie, de 8 ans ; Marie -Jeanne, de 5 ans ; et Marie-Catherine, 
d'un an. 



100 HISTOIRB DB 



contradictions subies. C'est de cet Acadien que des- 
cendent entre autres François-Xavier Leblanc, marié 
en premier lieu avec Léocadie Charron, et Toussaint 
Leblanc, époux de Rosanna Bousquet. 

Quant à Joseph LebUnc-Cajetan, plus âgé que le 
précédent, mais également de Port-Royal, il était 
marié avec Marguerite Bourgeois ; de ses enfants un 
seul a pu survivre aux tribulations de l'exil. C'est 
l'ancêtre des quatre prêtres Leblanc, de Saint-Denis, et 
de Sœur Leblanc, des Sœurs Grises de Saint-Hyacin- 
the. 

Le second Joseph Leblanc, venu en 1767, n'a 
plus de descendance dans la paroisse. Il était marié 
avec Cécile Benoit. 

La famille de tJean Leblanc, fixée actuellement au 
village, n'est arrivée que plus tard de Saint-Ours, où 
elle s'était d'abord établie (1). 

Le groupe Leblanc, en venant des Etats-Unis, 
avait probablement eu pour' compagnon de route 
Grégoire Bourgeois ainsi que son épouse Catherine 
Comeau et ses quatre enfants, dont les trois plus 
jeunes n'avaient pas encore reçu le baptême (2). Ils 
ont eu cette faveur en même temps que le fils et les 
filles de Jean Leblanc, le 10 septembre 1767. Brisée 
par la fatigue, leur infortunée mëre ne survécut 
guëre. Déjà le 19 juin 1770, on lui fermait les 



(1) — La famille Leblanc est aujourd'hui la septième en nombre à 
Saint-Denis avec ses 15 chefs : Elie, Jean- Baptiste, Narcisse, Louis, 
Paul, Hubert, Alfred, Antoine, Charles, Jean- Louis, François-Xavier 
et Toussaint, plus Dmes Pierre, Augustin et Antoine ; depuis 1801, elle 
a augmenté de 9 chefs. Outre quatre prêtres, plusieurs religieuses et un 
notaire, elle a fourni à la paroisse 5 marguillers en charge : Joseph, en 
1797 ; Antoine, en 1849 ; Louis, en 1855 > Antoine, en 1872 et Pierre, 
en 1893. 

(2) — Ces trois derniers sont ; Jean -François, âgé de 9 ans ; 
Marie-Joseph, de 5 ans ; et Marie-Isabelle, de 2 ans. 



* 

SAINT-DENIS-SUR-RICHELIEU 101 

yeux (1), et son époux partait pour Nicolet. Quand 
deux des garçons cependant furent grands, ils revin- 
rent réclamer leur part d'héritage au quatrième rang 
de Saint-Denis. C'est par eux que la tige des Bour- 
geois a pu renaître dans la paroisse et s'y conserver 
jusqu'à nos jours (2). 

La famille Mignault, implantée à Saint-Denis le 
même automne que les Leblanc et que Bourgeois, a 
eu aussi son odyssée. Etienne Mignault et Madeleine 
Cormier étaient mariés depuis quelques années, lors- 
que le malheur s'est abattu sur leur patrie. Lui-même 
a été capturé et traîné jusqu'en Géorgie ; quant à 
son épouse, elle a pu se cacher avec son bébé Jean- 
Basile dans la profondeur des bois voisins. Ne voyant 
plus, peu après, d'autre issue pour sortir de sa retraite 
que de s'en aller dans une contrée éloignée, la pauvre 
femme adopta le parti de se diriger vers Québec. 
Mais que de difficultés n'eut-elle pas à surmonter, que 
de chagrins à subir avant d'atteindre le but de son 
voyage entièrement effectué à pied ; les privations et 
les lassitudes ne lui ont pas manqué. Et, dans la 
capitale, réduite aux horreurs de la famine, elle n'a 
pas eu d'alternative plus consolante que de partager 
l'état d'extrême gêne de ses hôtes. Toutefois pendant 
qu'elle luttait tant bien que mal contre la mauvaise 
fortune, son mari tournait aussi son regard vers Qué- 

(1) — fCegistrfs ties baplimcs^ ntatin^es fi sff>hlture.\ de Satut-Detiis^ 
à la date du 20 juin 1770. 

(2) — Le premier ancêtre acadien des Bourgeois était un chirurgien 
d'abord établi à Port- Royal au temps de d'Aulnay, puis à lieaubassin, 
où il exploita un établissement mi-agricole et mi-commercial. Il acquit 
bientôt une belle aisance. Sa postérité se chiffre aujourd'hui à quelques 
milliers de personnes tant dans la province de Québec que dans la 
Nouvelle- Angleterre et les provinces maritimes (Rameau, Utte colonie 

féodale en Amérique^ ^» 93» "i» 167 a 169, et 180). A Saint-Dei.is la 
famille ne vit plus que sous un chef nommé Victor. 



l 



IQs HISTOIRE DE 

bec. H^laa ! ils se rencontreront donc un jour ! 
Quand Etienne, de son côté, se fut en effet orienté, il 
s'adjoignit entre autres compagnons un compatriote du 
nom de Comeau et se mit en marche vers le Saint- 
Laurent. L'ami, moins abattu, plus Roger Bontemps, 
avait son violon qu'il avait sauvé du naufrage et, aux 
différentes étapes de la route, il tSchait de dissiper les 
ennuis de la troupe. L'histoire ne dit pas qu'il réus- 
sissait, mais en tout cas chaque coucher de soleil lais- 
sait ce monde errant plus prës de son bonheur. 
Enfin il pénétrait dans le château-fort des Canadiens. 
Les premiers mots d'Etienne Mignault furent 
alore*pour s'informer de sa femme et de ses enfants. 
S'il allait les retrouver en cet endroit ! Voilà qu'effec- 
tivement on lui apprend qu'il vit dans la localité une 
dame Mignault, originaire comme lui de l'Âcadie. 
Puis les quelques détails de signalement qu'on lui 
fournit le font voler à la demeure de cette femme. 
Elle était penchée devant l'Stre, lorsqu'il entra. 
" Quoi, Madeleine, lui dit-il, depuis que nous nous 
sommes quittés, tu n'as pas eu le temps de finir ta 
soupe " ! C'est ainsi que se retrouvaient les heureux 
époux d'autrefois. Peu aprbs, en 1760, ils émigr&rent 
à Bécancour (1) et, en 1767, à Saiut-Donia, où ils 



e SaiaX-iieiaatà, née Sophie Migniult, 
E les malheurs de ^ei ancêtres Ion de Uur expulsion de l'Acadie : 
enne Mignault fut. avec plusieurs de ses compatriotes, emmené 
en Géorgie et forcé â travailler sur les plantalions. Ils étaient 
p comme des esclaves et enchaînés chaque soir. Après plusieurs 
s de captivité l'on ouhlia, paralt-ii, un soir de les meftre aux fers 
en profilèrent pour se sauver dans les buis. Ils marchèrent vers le 
;t après de longs mois se trouvèrent enfin sur les bords du Saint- 
nt, et se mirent à la recherche de leurs ramilles,.,, Etienne erra 



SAINT-BBNIS-SUR-RICHELIEU 103 

eurent aussi leur terre du quatriëme rang. Ce sont 
les ancêtres de tous les Mîignault de la paroisse (1), 

longtemps et vint enHn à Québec profondément découragé. Là, sur le 
bord du fleuve, il rencontra un petit garçon avec qui il se mit à causer. 
L'enfant lui dit que ** son père était allé à l'église et n'était jamais 
revenu, et que sa mère était bien pauvre et pleurait souvent ".... ** Où 
est ta mère ? " lui dit. ... Etienne qui commençait à espérer. — ** Elle 
demeure là-bas "...., i-épondit l'enfant .... L' Acadien frap(>a en trem- 
blant à la porte d'une pauvre petite maison. Une femme vint lui ouvrir, 
et en le voyant un grand cri s'échappa de ses lèvres, puis elle tomba 
évanouie dans ses bras. C'est ainsi que .... Etienne Mignault retrouva 
sa femme et son fils.... Etienne Mignault a dû arriver à Québec vers 
1760. Les Anglais y étaient maîtres et il a dû s'éloigner au plus vite. 
Dans tous les cas, nous le retrouvons à Bécancour où il fît baptiser un 
fils qui se nomma François, le 30 mai 1761, presque six ans après la 
dispersion ". 

(i) — Les Mignault ont d'abord été Canadiens avant d'être Aca- 
diens ; leur origine sur les. bords du Saint-Laurent date même du temps 
de M. de Montmagny. Et si l'on pénètre plus loin, jusqu'en France, on 
découvre leurs ancêtres appartenant à la noblesse ; leurs armes étaient : 
*' Champs d'azur, deux grappes de raisin d'argent ainsi que l'étoile, en 
pal du bas une main senestre " (d'Hozier). Jean Mignault-dit-Chatillon, 
qui le premier traversa l'océan pour s'établir en Canada, vers 1646, était 
fils de Nicolas Mignault et de Madeleine de Brie, de Bagneux, près 
Paris. Souvent le yburnal dts JésuHes fait mention de lui sous le seul 
nom de Chatillon. Il a mené longtemps la peiite guerre contre les 
Iroquois. A la fin ne s'amouracha-t-il pas d'une jeune Sauvagesse, pen- 
sionnaire chez les Ursulines de Québec ; il alla même jusqu'à faire des 
avances auprès d'elle pour l'épouser. Heureusement que celle-ci lui 
préféra un Sauvage. Il se maria peu après, le 10 nov. 1748, avec 
-Louise Cloutier dans le manoir de Beauport, qui servait de chapelle ; 
son union fut bénite par l'abbé Lcsueur {Archives <U Notre-Dame de 
Québec), C'est son fils Jean-Aubin qui, vers 1676, est parti pour l'Aca- 
die, où à Beaubassin il est devenu le plus riche de l'endroit après le 
seigneur (Rameau, Une colonie féodale en Amérique), Pendant qu'il 
était là, le major Church, de Boston, sorte de brûlot Colborne, vint en 
1696 incendier sa ferme en même temps que tous les établissements 
acadiens de cette côie {Archives de la marine^ à Paris), Son fîls Pierre 
est le père d' 1: tienne, qui vint à Saint-Denis, l^ famille n'a plus de 
membre dans la paroisse depuis 1891. Etienne est l'aïeul du curé 
Mignault, de Chambly, par son fils Jean- Basile ; le bisaïeul de Mère 
Saint-Bernard, par son His Jean-Basile et son petit fils Etienne ; le tri- 
saïeul de la cantatrice Albani, par son fils Jean Basile, son petit-fîls 



^ 



HI8T0IBB DE 



comprenant des prêtre, des religieuses, des notaires, 
des médecins, des chantres et le seigneur actuel de 
l'endroit. 

En même temps qno les Acndiena précédents, 
arrivaient leurs frères lea Bonrque, Pierre et Claude. 
Ils étaient mariés le premier avec Anne Richard et le 
second arec Marie Guilbuult. Tous deux ont pris ansBi 
leurs concessiona au quatrième rang. Pierre est l'an- 
cêtre des Bourque actuels de la paroiase ; quant à la 
descendance de Claude, il faut aller la chercher en 
partie à Siiint-Ours (1 ). 

Joseph Brun, célibataire de cinquante-quatre ans, 
s'échoua aussi à Saint-Denis dana l'automne de 1767 ; 
mua il était si épuisé qu'il ne s'y arrêtait que pour 
mourir. C'est le 12 juillet suivant qu'il a rendu à 
Dieu eon âme encore pins malade que eon corps ; il 
appartenait à une ancienne famille de Port-Royal (2). 

Mais voyez-vo(i8 s'avancer cette vieille personne de 
quatre-vingt-trois ana, appuyée aur le bras d'un jeune 
homme de vingt-deux ans? C'est l'aïeule, conduite 
par Bou petit-fils dans la voie de t'exil. Ile se nom- 
ment Jean-Baptiste Brault et Marie Hébert, veuve de 
René BrauU. Au lendemain de la tourmente, il ue 
leur était plus reaté d'autres parents. Hélas ! la 

liasile el son arrière- petite-fille Méiina Mignaull, mariée avec Joseph 
Lajeuncsse, de Chambly ; le bisaïeul du seigneur Henri-Adolphe 
Mignaull, par son fils Jean-Uaaile et son petit fils le notaire Joseph. 
Késum* d'une monographie manuseiite de la famille par Mère Saint- 
Bernard. 

(I) — A Saint-Denis, il n'y a plus <ie celte famille que Joseph 
li'"irque. Ses ancêtres étaient jadis si nombreux en Acadic qu'ils j- 
(uimalent tout un clan, dont le principal noyau se trouvait dans la l'rée 
ilei Uoutg ou Bourque. Hameau, Uni icIo»it ficdalt tu Amfriqut, I, 

(S) — Kegiilit dts èapl/mts, mariages tl lifiillniri Je Saitil- Denis, 
i, la dite du II juillet 17CS. 



jtei^i^iMli 



Village Ji) Saiiit-Dcnia en 1870. 
Kii lilOS. (l'uirc 112). 



SAINT-DBNIS-SUR-RICHELIEU 1 05 

cruauté du bourreau n'avait pas plus épargné les che- 
veux blancs que les larmes de l'enfance. Marie 
Hébert est décédée le 30 octobre 1778 à Tâge de 
quatre-vingt-quatorze ans (1). Quant à Jean-Bap- 
tiste, il a épousé Marie Laviolette à Saint-Ours en 
1771 et s'est établi dans la nouvelle petite Acadie du 
quatrième rang de Saint-Denis. Sa descendance dans 
la paroisse a disparu avec ses enfants. 

Pierre et Marguerite Robichaud, cousins et époux, 
ont également fait partie de l'immigration de 1767 à 
Saint-Denis. Nés vers 1720 et mariés environ dix ans 
avant la dispersion, ils furent du nombre de ceux qui 
se sont acclimatés difficilement sur une plage étran- 
gère. Eux aussi finirent par se fixer sur une des ter- 
res du quatrième rang. Leur postérité, dans la 
paroisse, comme celle de Jean-Baptiste Brault, n'a pas 
dépassé la deuxième génération. 

Etienne Roy et Marie- Anne Doiron, compatriotes 
des précédents, étaient respectivement âgés de vingt 
et pe douze ans en 1755. A leur arrivée dans la 
paroisse en 1767, ils étaient de jeunes mariés, journa- 
liers de leur profession. Plus tard ils ont pu s'acqué- 
rir une terre à l' Amyot. Ce sont les ancêtres des Roy 
actuels de Saint-Denis. Tous les autres Roy de la 
localité (2) ont été des Canadiens étrangers à leur 
famille. 

Quant aux Qaudette, venus en grand nombre 
dans la province de Québec, ils se sont dispersés en y 
mettant le pied. Entre autres, Joseph s'est établi à 



(1) — Registres des baptêmes ^ mariages et sépultures de Saint- Denis, 
à cette date. 

(2) — Il n*y a pas moins que 31 individus de ce nom de Roy, qui 
soient venus faire souche en Canada (Tanguay, Dict, génj) ; Saint- 
Denis a eu des descendants de 5 d'entre eux. L'aïeul du protonotaire 
Roy, de Saint-Hyacinthe, fut jadis de la paroisse. 



106 HISTOIRE DE 



Saint-Denis ; Charles et Claude ont préféré Saint- 
Antoine. Il n'y a que les deux derniers qui aient 
aujourd'hui de la descendance dans la paroisse dyoni- 
nienne. Joseph, né en 1723 et marié avec Josephte 
Sinceunes, fut du groupe de 1767. Quant à Charles, 
originaire de Beauséjour, il est l'ancêtre d'Elie et de 
Toussaint ; Claude l'est d'Amédée et de François. 
Celui-ci cultive encore au troisième rang la terre qui, 
le 11 juin 1788, était concédée à son ancêtre, fils de 
Claude (1). 

Pendant que sur l'invitation de M. de Contre- 
cœur se formait la colonie acadienne de Saint-Denis, 
Joseph Qirouard défrichait à Saint-Ours avec son frère 
Pierre. Tous deux étaient venu» directement de leur 
patrie à Québec (2) et, après avoir combattu sous les 
drapeaux de Montcalm et de Lé vis, avaient opté en 
faveur de Saint-Ours. Ils y agrandissaient Téclairci 
sur leurs concessions, tandis que leurs familles atten- 
daient à la ville que le nouveau gîte fut prêt. Cepen- 
dant ils songeaient combien ils se trouveraient isolés à 
cet endroit. Pourquoi n'iraient-ils pas plutôt, pensè- 
rent-ils, se fixer au milieu des leurs dans la paroisse 
voisine ? Pierre tint pour l'ancien chantier, mais 
Joseph céda h la tentation. Il s'acheta la terre déjà 
concédée près de l'intersection du quatrième rang avec 
la route Yamaska et en fit définitivement sa ferme. 



(1) — La famille Gaiuletle remontait au temps de Razilly en Aca- 
(lie, c'est-à-dire qu'elle en était une des plus anciennes (Rameau, C/n<r 
colonie féodale^ I, 94). A Saint-Denis, elle a fourni plusieurs religieuse» 
et 5 marguilliers. Elle y a aujourd'hui pour chefs : Ambroise, 2 Amé- 
dée, François, Magloire, Toussaint, et Dames Jean- Baptiste, Joseph et 
Ambroise. 

(2) — lis aval nt probablement été transportés par mer. De* 
1755, dit Suite [Histoire dei CanadieniFrançais^ VII, 94 et 95), " de» 
bâtiments envoyés au secours des Acadiens amenèrent un grand nombre 
de ces infortunés ". 



SAINT-DENIS-SUR-KICHELIEU 107 



C'est \k qu'il est mort de la petite vérole, h l'âge de 
cinquante-six ans. Il était marié avec Anastasie 
Leblanc et est l'ancêtre de tous les Qirouard ancîen8 
et présents de Saint-Denis (1). 

Jean-Marie Richard, trop jeune pour être de la 
prise de possession de 1767, vint néanmoins s'y adjoin- 
dre à l'âge de vingt-un ans, en 1775. Né un an seule- 
ment avant la grande dispersion, il ne se rappelait pas 
le pays perdu. Son pire (2) avait été alors saisi et 
jeté sans pitié dans le port de Philadelphie, aux Etats- 
Unis. Sa mëre, de son côté, après avoir mis en sûreté 
ses objets les plus précieux, s'était enfuie dans la forêt 
avec ses enfants. Bientôt elle y put constater avec 
peine, par l'installation d'un usurpateur sur sa ferme, 
que son éloigneraent s'imposait et elle s'enrôla dans 
une troupe de compatriotes en partance pour la pro- 
vince de Québec. Tout le voyage s'effectua à pied, k 
travers les bois et le long des grèves, dans les circons- 
tances les plus pénibles. Ce qu'eurent à souffrir ces 
infortunés, il est plus facile de le concevoir que de 
l'exprimer. La pauvre épouse, suivie de ses aînés et 
son bébé dans les bras, se coucha souvent épuisée sur 
le bord du sentier à peine battu, sans avoir mangé. 
Néanmoins après avoir vu bien des victimes marquer 
de leurs cadavres la route si longue et si difficile, elle 
entra à Québec. En cette ville va se répéter la tou- 
chante histoire d'Etienne Mignault. Pierre Richard, 
l'époux ravi, était à peine débarqué qu'il se tournait 
également du côté de la capitale canadienne, où il se 
rendit avec quelques compagnons comme lui k la 

(1) — Cette famille, que Ton appelait autrefois Giroir, a fourni à 
Saint-Denis plusieurs religieuses et 3 raarguilliers. Klle n'a plus que 
Dames Zéphirin et Philéas pour conserver son nom dans la localité. 

(2) — Il se nommait Pierre, et son épouse, Madeleine Hoiiique. 
C'est aux Mines qu'ils demeuraient tous deux lors de la disper^ion. 



lUq HISTOIBB DB 

recherche de leurs familles. En ariivant aax portes 
de la vieille cité, il se demandât plas que jamais ce 
(|ai l'attendait, lorsqu'il aperçut près des fortifications 
de petits enfante, prenant leurs ébats. En dépit de 
leur maigreur, il les reconnaît pour les siens. Conte- 
nant alors Boti émotion, il s'approche d'eux, (|ui le 
prennent pour un étranger, et il leur demande des 
nouvelles de leur père. " Notre pfcre, répondent-ils, 
nous n'en avons pl^is ; les méchants l'ont emporté 
bien loin ". " Et votre mère, où deraeure-t-elle ? " 
"Là-bas", disent-ils en désignant du doigt une 
humble masure du voisinage. L'instant d'après, les 
dispersés de l'Acadie étaient dane les bras l'un de 
l'autre ; mais la jnie n'eut guère de durée. F^a petite 
vérole sévissait eu cette année au milieu de la misère 
(1) et l'heureux père de la veille ne tarda pas à y 
succomber. La veuve alla dans la suite achever d'éle- 
ver sa famille k Bécaiicour, où elle put reconstituer 
son foyer en convolant en secondes noces avec un 
nommé Prince. C'est de là que Jean-Marie vint à 
Saint- Denis s'ouvrir une terre en haut du quatrième 
rang. Des deux mariages successifs de celui-ci avec 
Catherine Fhaiieuf et Angélique Cbenette sont nés 
dix enfants : Madeleine ; Charles ; Jeaii-Baptiate, 
père de Victor et d'Etienne, celui-ci de Southbridge, 
Mass., E.-U. ; Joseph ; Geneviève ; Pierre, aïeul du 
Révérend Pt^re Donat Richard ; Basile ; Jean-Marie, 
jiremier maître-chantre de Saint- Barnabé-sur- Yamas- 
ka; Michel (2), aïeul du Dr Jean-Baptiste Richard, de 

(l| -Kn 175S, à (J.iéliec, |ilu3 <lc 400 Acndiens étaient dijk 
iiioit . 'le In [jctite vérule, éciit l'intmilam Uigol. (kameau. Une tolanù 
/,.,/./.■, Il, 212.) 

(j| - Michel, marié avec José phte Laiivîère, «si k père de Jean- 
Hii|ili»li'. <|iii le 7 mais 1859 Épousail Céliiia Laflamnie, i Saint-Denis. 
l.ir Ml v.l le fik de te .leiiiier. Sa mère e*t la sœur du curt de 



SAINT-DBNIS-SUR-RICHELIEU 109 



Saint- Denis ; et Noël. Les trois derniers fils sont de 
la seconde union. Leur père est mort au commence- 
ment de ce siècle (1). 

Outre les Acadiens établis à Saint-Denis, deux 
autres familles de leurs compatriotes y ont eu aussi 
plus tard de leurs descendances, ce sont celles de Bour- 
dages en 1790 et de Thibodeau en 1802 (2). 



(1) — La famille Richard, qui ne comptait que deux chefs en l8oi, 
est aujourd'hui la quatrième en nombre à Saint- Denis. Ses chefs 
actuels sont : le Dr Jean- Baptiste, David, Alfred, Pierre, François- 
Xavier, 2 Raphaël, Henri, 3 Joseph, 2 Misaël, Michel, Elie, Toussaint, 
et Dame Médéric. Deux de ses membres ont été marguilliers : Jean- 
Marie, en 1804, et Basile, en 1846. Elle a fourni un prêtre, un médecin 
et plusieurs religieux et religieuses. En Acadie, ses ancêtres étaient 
très nombreux, surtout dans les environs de Port Royal, où il y avait le 
Pré des Richard (Rameau, Une colonie fcodaU^ I, 196). 

(2) — A Saint-Denis, les Thibodeau, le père et ses fils, ont été 
marchands. Ils descendaient du fondateur de Chipody par son pelit-fils 
Alexis, marié avec Marie Blanchard (Rameau, Une colonie féodale en 
Amérique^ I, 237 à 276 ; II, 214). 



CHAPITRE XIII 



Construction de la deuxième église. Son parachè- 
vement et sa description. Sa fin. 1764- 1796. 



En construisant la première chapelle de Saiut- 
Denîs, on ne s'était nullement préoccupé de sa soli- 
dité. La pensée que l'on serait bientôt dans le besoin 
d'avoir un temple moins petit avait présidé à son érec- 
tion. Aussi douze ans plus tard fallait-il déjà parler 
de la remplacer. 

C'était en 1752. Alors venait malheureusement 
de passer sur la paroisse, à la suite de la fondation de 
Saint-Antoine, un sou£9le de mécontentement capable 
de refroidir le plus beau zèle pourtant nécessaire à la 
réussite d'une pareille entreprise. 

Toutefois la réaction commençait à poindre dans 
les esprits. On s* apercevait peu à peu que l'on avait 
été joué par le semeur d'ivraie de l'Evangile et l'on 
revenait à de meilleurs sentiments. L'évêque et le 
missionnaire profitèrent de ces dispositions pour faire 
voir aux paroissiens toute l'humiliation dans laquelle 
ils devaient être de n'offrir point d'abri plus convena- 
ble au Prisonnier des tabernacles. 

Ils comprirent. Mais comme il n'y avait pas 
encore de résidence pour le pasteur dans la localité, iln 
décidèreut de débuter par elle pour continuer aussitôt 
par la construction de l'église. Mgr Pontbrîand, con- 
naissant la pauvreté et aussi la foi peu éprouvée de cette 
portion de son troupeau, proposa de bâtir préféra- 



r 



112 HI3T0IBK DE 

blement un presbyt&rc-chapelle (1) et de se reposer 
eneaite quelques années. Cette maison deviendrait 
simplement presbytère le jour où l'on ouvrirait au 
culte an édifice spécial. Le conseil était ezcelleot. 
S'il n'a pas ét^ suivi, il ne faut s'en prendre qu'à 
l'orgueil blessé des gens, qui ne voulaient pas, du 
moins présentement, se laisser surpasser par les géné- 
reux riverûns d'en face. Bien qu'elle ne présentât 
guère de garantie à l'Ordinaire du diocèse, celui-ci 
consentit k abandonner libre cours à' cette ardeur (2). 
Donc la maison du prêtre devait s'ériger d'abord, puis 
ce serait le tour de celle du Seigneur. 

La première jiartie du projet fut menée à bonne 
tin. Mais quand on en vint h l'exécution de la 
seconde, tous les courages étaient émoussés et les 
plaintes couvrirent les exbortations. L'évêquese mon- 
tra accommodant et Dieu aussi. La pauvre chapelle 
ne fut que réparée pour le momenl, restaurée encore 
en 17.18 et utilisée jusqu'en 1767. 

Les Dyonisiens d'alors manifestaient assurément 
trop de parcimonie k l'égard de Celui de qui l'on 
reçoit tout. 

En 1764, ils se remirent néanmoins à l'œuvre, 
pour achever cette fois. Aussi n'étalt-îl réellement 
plus possible de retarder. 

Dès les premiers mois de l'année, les procédures 
préliminaires auprès du pouvoir civil étant closes, on 
élut comme syndics pour la construction : Pierre 
Véromieau, Pierre et Charles Maheux, celui-ci bailli 
et tîls du précédent, Charles et François Saint-Ger- 

( I ) — [.«lire lie Mgr l'oMbriancl aux Dyotiisiens, en ilale du 2 mai a 
1751. ■' rihhirt de Pévtchi île Saint- Hyaiinlke. 

(îl ^ Lettre de Mgr Fonlbriand à Pierre Maheux, agissant au num 
.le la |i!iniiHc, en date du 8 juin 1751. Arcik-es de PMckide S.-H)-ae.. 



SAINT-DENIS-SUR-RICHELIBU 113 



main, Antoine Martin, Florentin Vigeant et Pierre 
AUaîre. Le premier d'entre eux fut choisi comme 
président et, peu aprës, ils faijjaient dûment homolo- 
guer (1) une répartition payable en dix ans.. 

La pièce légale prélevait sur chacun des contri- 
buables des journées de travail, de la pierre, du bois, 
du sable et de plus une somme de quatre mille pias- 
tres. On avait résolu de ne rien négliger pour faire 
oublier le passé. Hélas ! la réalité n'a pas répondu 
aux brillantes espérances de ce commencement. 

Le curé, qui avait jusque-là dirigé les opérations, 
étant devenu infirme, ne put guëre se montrer sur le 
chantier qui s'ouvrait. Incapable de remplir le saint 
rainîstëre le plus urgent (2), il se vit bientôt dans 
l'obligation de déposer même les comptes de la 
bâtisse entre les mains des syndics. Dans ces conjonc- 
tures, les élus de la paroisse s'engagërent un secré- 
taire-trésorier et se fièrent entièrement à son honnê- 
teté. Malheureusement ils se trompèrent dans le 
choix de leur homme. Celui-ci perçut tant bien que 
mal la quote-part de chacun, ne paya personne, mit 
dans les livres le plus parfait désarroi et dans son 
gousset tous les revenus. Quand l'entrepreneur deman- 
dait de l'argent, il lui répondait invariablement 
qu'il n'y en avait pas au coffre, et force lui était 
d'attendre. A la fin, les travaux étant considérable- 
ment avancés, l'ouvrier exigea autre chose que des 
paroles et le scandale éclata (3). On peut soupçonner 



(1) — Par Samuel Mathers, juge de paix de la paroisse. Archives 
de r église dt Saint' Denis, 

(2) — Même Ni. de Contrecœur écrit de Montréal à Mgr Briand, le 
24 déc. 1766, que *• M. Frichet.... est hors d'état de pouvoir dire la 
messe à cause de ses infirmités ". Archives de Févêchi de S,- Hyacinthe, 

(3) — Requête des paroissiens à Mgr Briand, en février 1767. 
Archives de Vhéché de S,-I/yac,. 



114 HISTOIRE DE 



si la sensation fut pénible. Au sortir des misères de 
la guerre, on s'était imposé de lourds sacrifices pour 
élever à Dieu une demeure digne de sa Majesté et 
voilà qu'après en avoir supporté déjà une large part 
on ne se voyait pas plus proche du but. Néan- 
moins nul ne songea à reculer. 

L'évêque, ayant été informé de ce malaise, nomma 
aussitôt le curé de Saint- Antoine, M. Gervaise, pour 
remplacer M. Frichet en cette délicate aflEaire. C'était 
le 11 mars 1767 (1). Ce prêtre avait eu auparavant 
ses déboires à Saint-Denis. II prévoyait bien de quelle 
monnaie son dévouement serait encore payé. Tout de 
même il accepta de rendre le service demandé. 

Ce à quoi il eut d'abord à s'appliquer, ce fut de 
régulariser les comptes. Il fit rentrer les arrérages, 
restituer autant que possible le peu scrupuleux tréso- 
rier et commença à solder les dettes. 

Les travaux se continuèrent ensuite avec ordre 
jusqu'à leur parachèvement temporaire et, le 9 octobre 
1767, jour de la fête patronale, le temple était enfin 
solennellement bénit. 

La nouvelle église, toute en pierre des champs, 
offrait une belle apparence. A Mgr Pontbriand reve- 
nait l'honneur d'en avoir tracé les grandes lignes, dès 
1752, lors du premier projet. Seulement ne croyant 
pas, à cette époque, les intéressés suffisamment 
riches pour terminer aussitôt même l'extérieur de 
l'édifice tel qu'il devait l'être un jour, il ne leur pro- 
posait qu'une demi-longueur sur quarante pieds de 
largeur en dedans. Il serait allongé plus tard et élargi 
d'un transept " dans le goût des églises des Pères 
Récollets (2) ". 

(1) — Archives de Vhichéde Saint- Hyacinthe. 

(2) — Lettre de Mgr Pontbriand à Pierre Maheux, en date du 8 
juin 1752. Archives de Véviché de Saint- Hyacinthe» 



SAINT-DENIS-SUR-RICHBLIBU 115 

Mais depuis ce temps douze «ans s'étaient écou- 
lés ; si l'on n'était guère plus dans l'aisance, au moins 
on était plus nombreux à supporter le fardeau et on 
se détermina à bâtir sans délai le vaisseau du temple 
dans son plan complet. C'est ce qui était exécuté à 
l'automne de 1767. 

La construction présentait sur sa base la forme 
d'une jolie croix latine ; un clocher élégant h son 
frontispice achevait d'en faire ressortir la beauté du 
coup-d'œil. 

Inutile de dire si les paroissiens étaient satisfaits 
d'eux-mêmes en contemplant ce monument digne 
de leur dévotion ". C'est l'expression qu'ils emploient 
lorsqu'ils veulent faire comprendre à l'évêque ce qu'ils 
ont accompli avec générosité " à la sueur de leur pro- 
pre corps, aux dépens de leurs revenus et même de 
leur nécessaire " (1). 

Mais il est regrettable que l'on n'ait pas pourvu 
d'assises solides une construction si dispendieuse. 
Pour des murs de trois pieds d'épaisseur, il eût fallu 
de profondes et larges fondations composées de maté- 
riaux fortement liés entre eux. Cependant voici ce 
que l'entrepreneur n'a pas craint d'exécuter : il a 
creusé un fossé de dimensions relativement étroites ; 
dans ces fouilles il a renversé des pierres brutes arro- 
sées seulement de la terre des excavations en guise de 
ciment,et c'est là-dessus qu'il a ensuite monté toute sa 
lourde maçonnerie (2). 



(1) — Requête des Dyonisiens à Mgr Briand, en date du 13 juin 
1768. Archii'és de révichi de Saint- Hyacinthe, 

(2) — Le 4 oct. 179I1 le curé Cherrier écrit à Mgr Hubert : ** Un. . 
objet m'affecte, c'est le rétablissement de mon église . . . . , il faut une 
couverlure neuve en entier, un clocher, une sacristie, relier le cintre des 
croisées tant dans la taille que dans la maçonnerie.. . Les fondations. .. 
ne valent rien, parce qu'elles ont été faites en renversant la pierre brute 



116 HISTOIRE DE 



Les autres coinditions du contrat étaient bien 
remplies, mais l'ensemble du travail n'en était pas 
moins défectueux, puisqu'il était privé des appuis qui 
devaient le consolider. 

Si, après avoir considéré les dehors du temple, on 
en franchissait le seuil, on se trouvait en présence 
d'un monument simplement ébauché. Des planchers, 
des bancs au nombre de quatre-vingt-huit (1), trois 
autels qu'il faudra bientôt remplacer (2), et. . . c'était 
à peu prës tout. Il y avait une sacristie, mais aussi 
dénuée que le reste. Pendant les treize années sui- 
vantes, le couronnement de l'œuvre sera la préoccupa- 
tion du pasteur (3). 

Des le printemps de 1768, on dota le sanctuaire 
d'une balustrade aussi originale que coûteuse. Le 
capitaine Pierre Maheux lui a généreusement consa- 
cré la forte somme de cent-soixante-quinze piastres. 



à pleins tombereaux dans les fouilles et en l'arrosant avec la terre du 
fosbé, j'en suis sûr, et tous ceux qui le veulent voir le seront aussi ". 
Archives Je Vévichi de Saint- Hyacinthe, 

(1) — La première vente de ces bancs s'est effectuée à Tenchère à 
la fin de 1768 ; elle a rapporté le montant de $533, soit une moyenne 
d'environ $6 par adjudication. Il fut décidé qu'ensuite chaque proprié- 
taire pour garder son banc n'aurait à payer annuellement que 60 sous. 
Les enfants héritiers des propriétaires, à la première génération seule- 
ment, pouvaient conserver le banc de leur père aux mêmes conditions en 
payant $2 de mutation, Mais du moment que le banc sortait de la 
famille, il était remis à l'enchère pour établir un nouveau propriétaire 
avec les privilèges ci-dessus. Ce règlemtni a été passé le 26 juin 
1768 et approuvé par l'évêque, le 30 suivant ; il a été maintenu tout le 
temps de la deuxième église, de 1767 à 1796. La fabrique reprenait 
tout banc non payé le ou avant le 15 février de l'année expirante. 
Archives de l'église de S,- Denis, 

(2) — L'invenîaire du 4 mars 1770 dit qu'il y a dans l'église 
♦* trois autels en pierre, mais à démolir parce qu'ils sont informes et mal 
placés ". Archives de Vévêché de S.- Hyacinthe, 

(3) — ^^^ '77' ^ '780, l'église a reçu en divers dons la somme de 
$ 1 70. A rch ives de réalise de S, - Deu is. 



«AINT-DBNÏS-8UE-RICHBLIBU 117 

Cette balustrade était entièrement confectionnée de 
fer, mais de quel fer ! des " cercles de tonnes '% nous 
dit un inventaire de l'époque. Ce ne pouvait être ni 
stable, ni élégant. Elle était recourbée en rentrant 
dans le choeur ; de cinq pieds en cinq pieds, l'ornait 
une pomme de même métal (1). On n'avait donc 
pas la main heureuse pour le premier coup de pin^ 
ceau depuis le départ de l'entrepreneur. 

Ensuite on ajouta une chaire portative en beau 
bois de pin comme d'ailleurs l'étaient déjà tous les 
bancs (2). Puis la pierre et les poutres disparurent 
sous un bon crépi et une jolie voûte de mortier blan- 
chi à la chaux. Un magnifique maître-autel bombé, 
véritable morceau d'art, fut sculpté à Montréal, 
doré par les Sœurs de l'Hôpital-Général de Qué- 
bec et posé en 1773 (3). Le jubé fut terminé, l'an- 
née suivante (4), pour être uniquement réservé aux 
religieuses de la Congrégation, que l'on attendait, 



(1) — Marché du 3 'nov. 1767 avec Jos. Girard, forgeron, (|ui 
s^ engage à '* faire et placer une balustrade en fer, soit en fer à cheval ou 
droite. . . ., qui sera garnie d'anneaux ou agrafîes pour soutenir la nappe 
de communion.... et de pommes «n fer de cinq pieds en cinq pieds " 
Ar<Arvts de P église de S. -Denis, L'inventaire du 4 mars 1770 dit qu'il 
y a dans l'église ** une balustrade en fer dont l'ouvrage tst fait avec des 
cercles de tonnes et de barriques, qui rentrent en fer à cheval dans le 
sanctuaire, le tout en fer et qu'on dii avoir coûté io5ocheHns " Archi- 
ves Je Pévieké de S, -Hytu,. 

(2) — Inventaire du 4 mai-s 177a 

(3) — Voici en résumé ce que nous lisons dans les registres des 
comptes au sujet de ce mattre-autel, chapitre des dépenses : en 1772, 
autel bombé, sculpté, grand tabernacle, chandelier pascal, <^, — $262 ; 
or pour dorer ces pièces, — $120 ; transport de ces pièce* (formant près 
de 5 tonneaux) de Montréal à Québec et de Québec ici, et petites 
dépenses y relatives, — $20 ; en 1773, paifait paiement de ces pièces, 
— $101 ; fournitures et dorures de ces pièces à l'Hôpital-Général, — 
$ 1 00. A rchives de V église de Sa int- Denis, 

(4) — L'invenlaire de 1770 dit qu'il y a *« un jubé à faire et dont 
a n'y a que les poutres **. 



L 



lin HISTOIRE Ï>E 

ainei qu'àloura élives. Les petits autels des chapel- 
les latérales avaient été refait» et dédiés de nouveau, 
l'un à l'Enfant- Jésus et l'autre à sainte Anne. Enfin 
des stalles, des tableaux, quatre lustres en bois et le 
symbolique vaisseau de saint Pierre suspendu au-des- 
sus de la nef (1) complétaient vers 1780 ce à quoi 
l'on n'avait cessé de se dévouer depuis 1764, 

Pendant ce tempalà, la population de la paroisse 
avait augmenté et continuait à s'accrotlrc même plus 
rapidement qu'on ne l'avait prévu. La vaste église 
de 1767 est ainsi devenue trop petite dès 1788. Si 
bien qu'il fallut alors songer à l'agrandir. Mais exé- 
cuter cette amélioration, c'était s'imposer de lourdes 
dépenses pour tomber dans l'obligation de recommen- 
cer bientôt, puisque l'édifice manquait de bases. D'un 
autre côté, il répugnait de raser ce que l'un venait de 
finir ^ tant de frais. Il y eut plus qu'un moment 
d'hésitation. La masse des paroissiens cependant 
opinait plutôt en faveur d'une simple addition. Â peu 
pr<>s seul, le curé, M. Cberrier, qui possédait des con- 
naissances en ta matière, ne partageait pas cet avis. 
Pour lui, il n'y avait pas l'ombre d'un doute, il fallait 
tout reprendre de fond en comble sur de plus amples 
proportions. Mais comment tourner les esprits de 
son côté ? 

Un samedi, pour se rendre compte par lui-même 
do la vérité de ce qu'on lui affirmait, il découvre un 



(l)~ L'invcnuiri: du 4 mars 


1770 dit qu'il y a dans l'éylise ■' un 


|\aiiscau kuspeiulu i lu voûte 


'. " Ctb piliu navires, dit l'abb* 


Trud<:l1e (<Iani le Su/Mi» d/s 


,f.if,rAfi AhUii^uts, de Lêïis, I[, 


... nvaieiil ... une signiticat 


on mjiliiiue et lepié sentaient la bar- 


le saiiiL l'ierrc, ou le vaUïciu 


!e I'EhUîl', <ie même que le coq du 


iLT qu'on api'oUil le co,| gau 


oii, ra|ipd:iit le coq. dont le chant 


<!dnl>cliuletle)iî>it l'krrect 


[ail aussi la lieure tmblÉmatique de 



SAl NT-DENIS-SUa-RICHBLIEU 119 



coin des fondations et les laisse exposées aux regards 
pour le lendemain*. Le méchant travail était trop 
évident, il se réservait de le montrer aux intéressés 
pour qu'ils pussent se prononcer ensuite eux-mêmes 
avec meilleure connaissance de cause. Or, le diman- 
che après la messe, sur invitation, un grand nombre 
«e transportent sur les lieux et constatent jusqu'à 
quel point il serait ridicule en effet d'investir un capital 
plus considérable sur une bâtisse qui ne tarderait pas à 
crouler (1). 

La majorité pensa dorénavant comme le curé. 
Dès 1791, on procéda aux premières démarches pour 
la reconstruction et, cinq ans plus tard, ia substitution 
était opérée. La belle et coûteuse deuxième église 
n'avait duré que vingt-neuf ans, deux ans seulement 
de plus que la pauvre petite chapelle des débuts. 






(I) — 1-e 4 CCI. 1791, le curé Cherner éciit à Mgr Hubert : ** Je 
lis, il y a ennron 15 jours, déchausser une jxirtie du Iong-{>an pour cons 
tater mes doutes el ceux des Iiahitant^) qui népugnaient à de si grandes 
i*éi)arations, avant cet examen. En conséquence, le dimanche 25 sep- 
tembre, les habitants, convoqués nu prone, se sont assemblés après la 
messe, et après avoir visité l'endroit des fondations découvert, sur 88 
jïropnétaires . . . . jirésents pour donner leurs noms \)iibUquement avec 
ïeur sentiment, 74 ont opiné qu'il fallait refaire l'église à neuf, et 14 
seulement ont voulu qu'on lépfirât la vieille..,., sans aucune augme»'- 
lauion "^ Atrbhn ti^ Véz'êclu tU S^ - //j'(in'u//ttf^ 



AU VILLAGE DE S.-DENIS (p. 84). 




Késiilence du Vr Kkhar.l. / 

u de poMe (Notaire Uaaray). Ktsûlence .rOii.tT iluani. ( 



L 



r 



CHAPITRE XIV 



Dernières années du curé Frichet, Les progrès 

accomplis sous son règne. 

Sa retraite et sa mort. 

1764-1774. 



Des avant de commencer la construction de son 
église, le curé Frîchet avait ressenti les premières 
atteintes de ses infirmités. Cependant il ne croyait 
pas qu'elles le retiendraient si tdt à sa chambre, car il 
ne se serait jamais jeté dans une entreprise aussi lon- 
gue que celle de la réédification d'un temple. Il 
ajouta de la sorte à ses soufiTrances la peine de n'être pas 
sur son chantier, lorsqu'il y savait sa présence si néces- 
saire pour la conduite et la surveillance des travaux. 

Quant à son ministère qui lui-même ne tarda pas 
à subir les conséquences de sa mauvaise santé, il eut 
d'abord le secours empressé de ses confrères voisins, les 
abbés Qervaise et Lataille (1), de Saint-Antoine et de 
Saint-Charles. C^ux-ci se multiplièrent pour le suppléer 
de leur mieux, mais cet état de choses ne pouvait se pro- 
longer longtemps sans gêne. Ces curés charitables 
avaient chez eux leurs occupations ; étant seuls, ils 
n'étaient pas libres surtout de quitter leurs paroisses, 
le dimanche. Il est vrai que le pauvre pasteur, en se 
voyant arrêté, avait aussitôt demandé une assistance 
régulière à son évêque, mais à cette époque il était 
encore moins facile qu'aujourd'hui d'obtenir des vicai- 



(I) — L'abbé Lataille était le confjère d'ordination de l'abbé Fri- 
chct. Tanguay, Répertoire gin, du clergé canadien^ il 8. 



122 HISTOIRE DE 



res. Il y avait une sî grande pénurie de prêtres, et 
tant de cures sans titulaires ! C'est ce qui obligeait le» 
desservants naalades ou surchargés à rester quand 
même bous le poids entier de leur fardeau. 

Toutefois Mgr Briand avait les yeux tournés du 
côté du cher invalide. Lorsqu'enfiu, au mois d'août 
1766, il lui fut permis de disposer du Récollet Claude 
Cliché — de son nom de religion Frëre Didace, — il 
renvoya sans retard à Saint-Denis. Le curé ne put 
malheureusement garder plus qu'un mois (1) cet auxi- 
liaire, qui, à l'expiration de ce court laps de temps, 
recevait déjà son obédience pour un autre f>08te. 

L'abbé Frichet se traîna et espéra encore prës de 
deux ans, mais c'était là l'extrême limite. Aller plusr 
loin, c'eût été contre les intérêts de tous et il ne fut 
pas le dernier à le comprendre. Il en écrivit à l'évê- 
que lui exposant en même temps son embarras pour 
l'avenir. Entré pauvre dans le ministère, il en sortait 
pauvre ; il ne lui restait pas où reposer sa tête en 
sortant de son presbytère. L'Ordinaire du diocèse, 
connaissant ses états de service dans l'Eglise, ne 
l'abandonna pas dans cette circonstance. 

Votre cure, lui répondit-il en substance, rapporte 
de six à sept cents piastres annuelles de dîme ; les 
deux tiers de ce montant appartiendront au curé de 
Saint-Antoine, qui aura la charge entière de votre 
paroisse, et l'autre tiers vous sera remis par lui ; en 
plus, ajoutait-il, le titre de curé vous restera jusqu'à 
la mort. Cet arrangement alla on ne peut mieux à 
l'ouvrier infirme, qui avait même la permission de 
demeurer dans son presbytère, s'il le désirait. 

(I) — Le Père Cliché est demeuré à Saint-Denis du 24 août 1766 
au 24 septembre suivant. Registres des baptêmes^ mariages et sépultures 
de Saini-Denis, 



8AINT-DENIS-SUK-RICHELIEU 123 

En dépit de ces droits qu'on lui réservait, l'abbé 
Frîchet sentait tout de même Saint-Denis lui échap- 
per, mais il pouvait alors s'en sépurer sans remords, 
car il y avait contribué la pleine mesure de ses forces 
et la paroisse avait progressé sous le règne de son pre- 
mier curé. La primitive chapelle avait cédé la place 
à une église magnifique, du moins à l'extérieur. Les 
défrichements s'étaient poursuivis avec succès et la 
population avait plus que doublé ; de quelques centai- 
nes d'âmes elle s'était portée à près de huit cents* 

Pour encourager le travail du déboisement, il 
avait lui-même obtenu sa concession à l'Amyot et y 
faisait abattre les arbres et semer. Si sa santé n'eût 
entravé son esprit d'entreprise, on l'aurait vu mêlé 
activement à toutes les œuvres d'intérêt public de la 
localité. 

C'est de son temps que le notaire s'est joint au 
médecin de la paroisse pour en rendre le personnel 
complet. 

Et au cours des malheurs de la guerre de Cession, 
ue l'a-ton pas admiré dans son zèle k bénir et à con- 
soler ses ouailles tant éprouvées ? 

Si enfin il eût été encore debout lors des dernières 
contradictions, elles n'auraient pas existé. 

C'est le 29 juillet 1768 que l'évêque signa l'arran- 
gement proposé au curé malade de Saint-Denis (1). 
Avec deux ou trois cents piastres seulement de revenus 
par année, M. Frichet ne pouvait songer à tenir mai- 
son longtemps, quoique le libre usage de son presby- 
tère lui fût laissé. 

Il lui en coûtait bien un peu de quitter la paroisse 
où il avait généreusement dépensé ses quatorze der- 
nières années de labeur, mais la nécessité le forçait 

(r) — Archh'€s de Pévêcké Je Saint-Hyacinthe, 



124 HTSTOTRS DB 

d'aller cbercher ailleurs un refuge que Saint-DeiHB ne 
lui offrait plus. 

Obligé de partir, il se aeutit attiré vers Québec de 
préférence à toute autre place. Là, il avait grandi, 
étudié et reçu les ordres, \k demeuraient son évêquo 
et un nombreux clergé. II ne fallait pas tant d'attraits 
pour l'entraîner de ce côté. C'est à la fin de l'été que, 
jetant un dernier regard sur Saint-Denis, il s'en éloigna 
pour n'y plus revenir. 

A Québec, les religieuses de l' Hôpital-Général, 
sur sa demande, lui avaient préparé une bonne cbam- 
bre. C'est dans cette institution de charité qu'il 
acheva son existence, partageant entre la souffrance et 
la prière les six années qui le séparaient du jour de sa 
récompense. 

Ce terme arriva pour lui le 17 août 1774 (1). H 
n'était encore âgé à cette date que de cinquante-huit 
ans, dont trente-un passés dans le sacerdoce. 

Dès le lendemain, il était inhumé fort simplement 
sous le chœur de la chapelle de l'hôpital, avec chant 
seulement d'un libéra; le chanoine Rigauville officiait 
et cinq prêtres, ainsi que trois clercs, y assistaient 
entre autres. Les prêtres étaient: MM. Augustin 
Hubert, desservant de Saint-Joseph-de-Lévis ; P.-S. 
Kenaud, curé de Beauport, que le père de la reine 
Vutoriii aurait voula dans la suite voir évêque de 
Québic; F.-X. Noiseux, vicaire à 3aint-Kerre-d'0r- 
léans, plus tard curé et grand-vicaire des Troia- 
Kivières ; C.-F. Baillj, alors missionnaire en Acadie et 
futur évSque ; et le Père P.-L. Dujaunay, jésuite et 
curé de la Pointe-aux-Trembles, près Québec lies 
némlnaristes étaient : MM. A. Binet, sous-diacre, C.-F. 

(1) -1^1 Annales de rHôpilal-Général de Québec disent qu'il 
moum oncetle maison "dans les npiiarlemems du cleigé". 



8AINT-DBNIS-SUR-RICHELIE1J 125 

Perrault et N.-B. Maîlloux, acolytes, qui tous trois 
sont devenus prêtres (1). 

Le service solennel n'ayant pu être célébré le jour 
même de la sépulture, il le fut le 19 suivant (2). 

Dans la cure dyonisienne, dont il était encore le 
titulaire à sa mort (3), M. Cherrier, son successeur, 
lui chanta un second service ; chacun se rappela de 
nouveau ce que le défunt avait opéré de bien dans la 
paroisse, puis pour lui comme pour les autres le silence 
se fit peu à peu autour de sa tombe (4). 



@\96N® 



. (X) — Tanguay, Répertoire gin, du clergé canadien» 

(2) — Voici la première partie de l'extrait mortuaire de l'abbé Fri- 
chet : <* L'an mil sept cent soixante et quatorze, a été inhumé dans l'église 
de cet hôpital par nous soussigné, prêtre chanoine de Québec, de présent 
curé du lieu, le corps de Messire Jean-Baptiste Frichet, prêtre curé de 
Saint-Denis (son service solennel différé à demain), décédé hier, âgé de 
57 ans ou environ, dont 32 de prêtrise, après s'être confessé et avoir reçu 
le sacrement d'extrême-onction .... " Registres des baptêmes^ mariages 
et sépultures de P HSpUal^ Général de Québec, à la date du i8 août 1774. 

(3) — Annales de l'Hôpital-Général de Québec et Registres des 
baptêmes, mariages et sépultures de la même institution. 

(4) — Le collège de Saint- Denis conserve la partie d'été de son bré- 
viaire. En tête, il a lui-même inscrit son nom avec le millésime 1742. 
Le premier propriétaire connu de ce livre, imprimé en 1706, a été Tabbé 
J.-B.-F. Grenet, ordonné en 1726 et décédé curé de Montmagny en 1740. 



CHAPITRE XV 



Retour de Tabbè Oervaise comme missionnaire. 
Ses derniers travaux à Saint-Denis. Son éloge 

et sa fin. 1767-1769. 



L'4vêque n'avait pas attendu sa décision défini- 
tive du 29 juillet 1768 (1) pour suppléer son prêtre 
malade dans la paroisse de Saint-Denis. Des le 11 
mars 1767, il l'avait officiellement déchargé sur M. 
Gervaise de toute l'administration financière ; puis le 
13 juin de l'année suivante, il en avait fait autant ver- 
balement pour la partie spirituelle. A la fin, il ne 
pouvait que confirmer et compléter ce qui avf^it été 
réglé auparavant. 

Par cet arrangement, c'est l'état de choses d'au- 
trefois qui reparaissait dans la localité ; mais il ne 
revenait sûrement pour le plaisir ni des uns ni des 
autres. Aussi l'autorité ne l'imposa-t-elle qu'à regret. 
Les sentiments de tous étaient suffisamment connus 
sur ce point ; ceux des paroissiens surtout avaient 
vivement éclaté dans les derniers temps de la desserte 
de leur église par voie de mission. 

Mgr Briand, pour rendre plus acceptable à ses 



(I) — Mgr Briand écrit alors entre autres choses à l'abbé Gervaise t 
'* Nous avons résolu de vous charger de la desserte de la dite paroisse 
(de Saint-Denis), afin que vous puissiez mettre Tordre dans les affairof. 
de cette église, qui ont été un peu négligées depuis l'infirmité du dit Sr 
curé (Frichet). . • ,, c'est pourquoi nous vous donnons de ce jour lA4fS^ 
serte de cette paroisse avec le droit exclusif d'y faire les fonatioas 
curiales.. ; nous vous permettons de biner tous les dimanches et fHes '*. 
Archives de Pévéché de Saint- HyaHnthe. 



128 BISTOIRB DB 

diocésaÏDs ce qui les avait jadis tant irrités, leur pro* 
mettait que ce régime ne durerait guère plus qu'an 
au. On se soumit ainsi d'assez bonne grâce. 

D&B ce jour on ]ierdit la riSsidence du prâtre. Ses 
services étaieut-ils requis, il fallait l'aller chercher de 
l'autre côté de la rivière. Quels ennuis F Comme on 
remarquait bien plus alors les avantages dont on avait 
joui précédemment ! 

IjC dimanche, une messe basse célébrée k une 
heure matinale, et c'était tout. Jamais de grand' 
messe, ni de sermon, ni do vâpres. En semaine, M. 
Oorvaise ne traversait que si quelque malade ou 
quelque sépulture nécessitait sa présence sur les lieux. 
Pour les baptêmes, ot le plus souvent pour les maria* , 
ges, ou était obligé de traverser à Saiut-Antoine (1). 

Le notaire Jebanne, écrivant à l'évSque, appelle 
cette desserte un " déservico" et il lui parle des 
"promptes et brièvea comparutions du pasteur" (2). 

En vérité, il ne fallait pas être exigeant pour se 
contenter de ai peu, quand on voyait de l'autre côté 
un service si complet. Après tout, on le comprenait, 
le curé se devait à ses paroissiens d'abord ; ce n'est que 
le surplus qu'il distribuait aux autres. Pendant ce 
temps-IÀ, on s'exerçait à la patience daus l'espoir qne 

(I) — Dani une requéle des paroissiens de Saial-Denis k l'évCque, 
en dale du 9 sept. 1769, pour obtenir un curé, on trouve éiiumérés p»r 
eux les inconvénients du régime dont île soufl'rcnt, ce sont : la privation 
•■ d'uni:' partie du service divin, dimanche et (été ; les il îfli cul tés d'appro- 
cher du tribunal de la pénitence, par la rivière qu'il faut traverser ; le 
riiqn* que courent !ei enfants nouveau-nés, étant obligés de passer ta 
•lila litière; le défaut de voiture pour passer l'eau, qui occasionne la perte 
4u service ; le refroidissement et le peu d'empressement qu'une perpé- 
liullr 1ki«« me»»« cause i partie de ceux qui sont Éloignés de l'église ; 

l'Amour dr la parcile divine dont ils son) privés totalement". 

Art/tn-f rf' rMthé dt S.-int-IIj'aeiRtke. 

(1) I.rtlre prîvte accompagnant la reqi'ite du 9 sept. 1769. 
tiiikntt lit tMchi dt Saint-nycintlu. 



SAINT-DBVI8-SUR-BI0HBLIBU 129 



cet abandon temporaire tirait à sa fin, lorsqu'arriva la 
nouvelle qu'il pourrait bien être prolongé. Gomme 
cette rumeur prenait de la couBistance, on demanda 
des informations. Hélas ! elle n'était que trop fondée. 
^' J'eusse été charmé de cet arrangement ", déclara 
plus tard l'évêque (1). Mais les Dyonisiens firent tant 
par leurs démarches qu'ils détournèrent le coup dont 
ils étaient menacés. 

Us auraient bien désiré avoir pour pasteur l'ancien 
curé de Contrecœur, l'abbé François Petit, alors à la 
tête de la paroisse de Saiute-Bose-de-Laval. Celui-ci 
était même venu les voir dans le cours de l'été précé- 
dent en prévision de la possibilité d'une nomination 
prochaine à ce poste, mais il était parti sans l'avoir 
trouvé digne de ses ambitions, surtout à cause du 
tiers, qui restait toujours à payer sur la dîme, et cela 
tant que vivrait l'abbé Frîcliet. Il paraît que ce der- 
nier, dans le moment, semblait devoir vivre encore 
de longues années (2), en dépit de ses graves infirmi- 
tés. Dans tous les cas le visiteur déclina l'honneur 
d'être demandé à l'évêque par les Dyonisiens pour 
leur futur curé. , Nonobstant sa réponse négative, on 
exprima à Mgr Briand la satisfaction qu'on éprouve- 
rait à le recevoir comme tel ; mais ce fut en pure perte. 
M. Petit venait d'être transféré à la cure de Repen- 
tigny (3). 



(1) — Lettre de Mgr Btiand à l'abbé Gervaise, en date du 15 sept, 
1769. Archives de Nvêché cU Saint- Hyacinthe. 

(2) — Lettre de l'abbé Petit au notaire Jebanne, en date du 7 sept. 
1 769. Archives de Véi>ichi de SaifU- Hyacinthe. 

(3) — ** La paroisse, écrit Jehanne (dans sa lettre à Mgr Brtand en 
date du 9 sept. 1769)1 a ressenti une joie extrême, lors de la visite que 
M. Petit, caré de Sainte-Rose, a feite à son église dans l'espoir d'en 
être le guide ". Et plus loin en parlant des paroissiens : ** ils pren- 
draient la liberlé de dire à votre Grandeur que M. Petit .... ne refuse- 
rait pas cette cure, si votre Grandeur l'avait pour agréable et leur vou- 



130 HISTOIRE DE 

Toutefois la volonté de Dieu a'uccom plissait mal- 
gré eux et, comme toujuiirs, co fut au bénéfice des 
intéreasée. Celai que la Providence leur deatinait 
était l'abbé Oherrier, un nouvel ordonné, qu'ils ne 
connaissuent pas, mais qui allait être véritablement 
l'homme de Saint-Denie. , 

M. Gervaise, en cédant la place à ce prêtre an 
commencement de novembre 1769, se replia avec joie 
sur sa paroisse de Saint-Ântoino. 

Baiot-Denis ne lui avait pas donné plus de conso- 
lations durant sa dernière deseertë qu'il n'en 
avait reçues pendant sa première administration. 
On l'estimait dans la paroisse, on reconnaissait 
volontiers son zèle et ses talents, mais il était resté à 
son égard dans les esprits une certaine antipathie à la 
suite de Bon refus de se fixer à Saint-Denis, lors de son 
déménagement à Saint-Antoine, Ce sentiment fut la 
cause que le zélé missionnaire ne put jamais rendre aux 
DyonÎBiene les services dont il était d'ailleurs capable. 

Outre la paroisse voisine de l'est, M. Gûrvais* 
se vit confier la desserte de Contrecœur & deux 
reprises, de 1765 à 1766 et de 1772 à 1775 (1). Son 
évêque n'ignorait pas le dévouement de ce prêtre et y 
recourait fréquemment. Heureuse l'église de Sainte 
Antoine, qui l'eut pour fondateur et ensuite pour 
pasteur, les trente-cinq premières années de son exis- 
l'iiee ! 

Cet ecclésiastique était actif et d'une belle piété. 

lait accorder un si digne pasteur ". Cependant l'abbC Petit avait mani- 
festé par lettre en date du 7 précédent ne pas désirer devenir curé de 
Siiint-Denis. Le 15 suivant, l'évfique écrit i l'abbé Gervaise qu'ils 
rummé M. Petit au poste de Repentigny. Arckâiet di Tivicki et Saint- 
Hyatintht. 

|l] — IJernaid, dans le Bulletin des richtrches hUtoriqtui, de Lévîs, 
IV., 193. 



\ 



SAINT-DENIS-SUR-RICHBtiÈU 131 

Il ne faut pas le juger par le seul travail qu'il à 
accompli à Saint-Denis ; il n'y fut que de passage 
et, d'ailleurs, quelles œuvres édifier avec une popu- 
lation dont il n'avait pas l'affection ? 

A Saint-Antoine, il a exerce son influence dans 
toute son étendue. Aussi voyons le magnifique esprit 
chrétien qui a généralement animé ce petit peuple 
jusqu'à notre époque ; il date des commencements. 

Dans son presbytère, ce prêtre ne restait pas oisif ; 
à la prière il joignait volontiers l'étude. Aussi à sa 
mort son exécuteur testamentaire offrait-il en vente 
parmi ses biens " une très belle bibliothèque de diffé- 
rents livres" (1). 

Mais, en 1785, l'excellent curé atteignait au soir 
de sa vie. Il avait bravement supporté le poids du jour ; 
maintenant l'âge et la maladie le forçaient à la 
retraite. Pour cette éventualité, il s'était assuré une 
maison privée en haut de là rivière, à la distance d'à 
peu près un mille de son village. C'est là que, l'au- 
tomne arrivé, il se retira pour attendre les années 
éternelles. Muni de tous les sacrements des mou- 
rants, il en partait pour aller recevoir là-haut sa cou- 
ronne de bon et fidèle serviteur, le 5 mai 1787. Le 
surlendemain, il était inhumé avec grande pompe sous 
les dalles du sanctuaire de son église de Saint-Antoine, 
où ses restes continuent de reposer. 

La population de Saint-Denis assistait nombreuse 
aux funérailles, voulant payer son tribut de reconnais- 
sance. Que n'avait pas, en effet, exécuté M. Gervaise 
pour les Dyonisiens pendant les quatorze ans qu'il 
desservit cette paroisse ! 

Son règne égala presque en longueur celui du 



(X) — Archivas de M. Jacques Cartier^ à Saint- Antoine. — Plusieurs 
de ces livres ont été achetés par l'abbé Cherrier. 



182 BI8T0IRB DE SAINT-DBNI8 



premier cnré. 8'îl n'a pas été Bur les lieax comme 
lui pour y déployer plus de travail, il y a connu des 
heures encore plus difficiles. Peut-être faudrait-il lui 
attribuer plus d'œnvres qu'à M. Frichet sur la plage 
dyonisienne ? 




CHAPITRE XVI 



Le deuxième curé de Saint-Denis : Tabbé Cherrier. 

Sa naissance, sa jeunesse et son arrivée dans 

la localité. Le prêtre et le temporel dans 

une paroisse. Esprit d'ordre du 

nouveau titulaire. 1769. 



L'abbé Cherrier n'avait que vingt-quatre ans, 
lorsqu'il reçut sa nomination à la desserte de Saint- 
Denis. 

Ké à Longueuil, le 15 janvier 1746, il fut baptisé 
le lendemain par son grand-oncle Isambart (1), curé 
de l'endroit. Adrien Préfontaine fut son parrain, et 
son aïeule maternelle, Charlotte Bougret, sa marraine. 
Le nom de François, qu'on lui donna alors (2), lui 
permit plus tard de choisir le pauvre d'Assise pour 
modèle et protecteur. 



(1) — L'abbé Joseph Isambart, Sulpicien, né au Mans en 
France, était arrivé au Canada, le 4 juillet 17 17. Après avoir été 
ordonné le 15 août suivant, il fut curé de Longueuil depuis 1720 jusqu'à 
sa mort en 1763. II est décédé chez les Sœurs Grises de Montréal, le 
14 déc. de cette dernière année, et a été inhumé à Longueuil. Tanguay, 
/^^/. gén, du cUrgi canaditn^ 95 ; Jodoin et Vincent, Hisioirt de 
Lcngueuii, 255. 

(2) — Voici le texte de son acte de baptême, copié dans les Rfgis^ 
très des baptêmes^ mariages et sépultures de Longueuil : •• L'an de Notre- 
Seigneur, mil sept cent quarante cinq et le seizième de janvier, a été 
baptisé François, né d'hier au soir du légitime mariage de Pierre-Fran^ 
çois Cherrier, négociant de cette paroisse, et de Marie Dubuc. Les par> 
rain et marraine ont été : Adrien Fournier dit Préfontaine et Charlotte 
Hougret, grand'mère de l'enfant, lesquels ont déclaré ne savoir signer. 
Le père a signé avec nous. (Signé) J. Isambart, p. c. de Longueuil". 



134 HISTOIRE DE 



Dieu avait doue l'enfant de trës heureuses dispo- 
tions et l'avait placé dans un milieu des plus favora- 
bles à leur développement. Combien se réjouirent ses 
parents à le voir, dès son bas âge, admirablement pro- 
fiter de leurs leçons ! De l'école paternelle il entra à 
celle du presbytère, où, aux éléments de la langue 
française, il joignit bientôt ceux du latin. On avait 
vite constaté toufe la vivacité de son intelligence et la 
sûreté de son jugement. C'est au collège de Québec 
qu'on décida de le confier pour achever le travail de 
sa formation. Impossible, au reste, d'opter pour une 
autre maison do haute instruction, quoique celle-ci 
fût à une distance considérable ; on ne connaissait 
qu'elle en Canada. De Longueuil à la capitale, il y 
avait loin surtout pour un enfant qui ne s'était jamais 
séparé de sa famille. Néanmoins François, dont les 
quinze ans étaient accomplis, se soumit volontiers au 
sacrifice demandé. Peut-être lui avait-on soufflé pour 
l'encourager que c'était l'unique voie à suivre afin de 
devenir prêtre à l'instar de son grand-oncle. 

Le jeune écolier, en débarquant k Québec, n'y 
trouva que les ruines amoncelées durant le désastreux 
siège de 1759 par les Anglais (1). Partout, au collège 
comme ailleurs, on mettait de l'ardeur à les relever. 
Les élèves, un moment dispersés, revenaient, et 
les plus habiles et dévoués maîtres de la jeunesse 
canadienne reprenaient la besogne avec un nouveau 
courage. Le brillant petit paroissien de Longueuil, 
qui avait fait concevoir les plus belles espérances 



(I) — -Le s nov. 1759, Mgr Pontbriand écrivait dans un mémoire 
adressé à la cour de Paris : " Québec a été bombardé et canonné pen- 
dant l'espace de deux mois ; 180 maisons ont été incendiées par des 
pots-à-feu ; toutes les autres criblées par le canon et les bombes. Les 
murs de 6 pieds n'ont pas résisté .... Dans le séminaire, il ne reste de 
logeable que la cuisine". Têtu, Lfs évêques de Québec^ 251 à 254. 



SAINT-DENIS-SUB-BICHELIEU 135 



quand il était à sa classe privée, ne manqua pas de 
bénéficier largement de cette renaissance. Les pre- 
mières nouvelles qu'il adressa à ses parents furent 
donc pour eux des plus consolantes. Il pouvait bien 
leur parler de ses légers ennuis, mais il devait avant 
tout les entretenir de ses succès et encore plus de ceux 
sur lesquels il comptait. 

Ces derniers n'ont pas trompé son attente. Non 
seulement ses études furent des plus fortes, mais il 
emprunta à ses directeurs cette agréable éducation 
française, qui l'a toujours distingué par la suite ; le 
cœur fut façonné à l'égal de l'esprit. Sa philosophie 
terminée, toutes les carrières semblaient sourire à 
l'écolier finissant. Toutefois une seule l'attirait : celle 
du sacerdoce. Après les vacances de 1766, il retour- 
na à Québec, mais en qualité de clerc. Le 17 décem- 
bre suivant, il fut tonsuré, et deux jours plus tard il 
recevait les ordres moindres. Le sous-diaconat lui fut 
conféré le 13 juin 1767,et le diaconat, le 28 juin 1768. 

Pendant sa cléricature, il joignit à ses études 
théologîques les ofiices de régent et de professeur au 
milieu de ses anciens condisciples. 

Les jours de l'initiation furent laborieux, mais 
non sans profit pour le lévite. Il y acquérait pra- 
tiquement autant que théoriquement l'art si diflSi- 
cile de conduire les hommes. Sans cesse appliqué à 
ses devoirs, il fournissait la pleine mesure des dons 
que Dieu lui avait départis. Mgr Briand remarquait 
sa manière d'agir et c'est probablement ce qui le déter- 
mina plus tard à le nommer encore si jeune au poste 
important de Saint-Denis. D'ailleurs l'évêque n'avait 
pas attendu ce moment pour lui témoigner et sa con- 
fiance et son aftection, ainsi que le démontrent les 



136 HISTOIRE DE 



remerciements réitérés de celui qui en était l'objet (1). 
C'est le 20 mai 1769, durant le beau mois de 
Marie, que le vertueux aspirant à la prêtrise fut appelé 
au pied de l'autel du séminaire pour être marqué de 
l'onction sacerdotale (2). Cette ordination était un 
peu anticipée à cause du besoin où se trouvait le 
grand-vicaire Marchand, curé de Boucherville, devenu 
incapable de vaquer seul à son ministère. Le nouveau 
prêtre lui fut aussitôt accordé comme auxilaire. 
Inutile de dire que ce dernier tombait à excellente 
école ; le vieux pasteur comptait alors soixante-deux 
ans d'âge et dirigeait la même paroisse depuis trente- 
quatre ans (3). C'est de ce vicariat, occupé cinq mois 
seulement, que l'abbé Cherrier passa à^Saînt-Denis, le 
6 novembre 1769. 

Le lendemain, il se révélait tout entier dans une 
note adressée à Mgr Briand : " J'ai reçu vos ordres 
ces jours derniers, lui écrit-il, et je suis rendu d*hier au 
lieu de ma mission ; je n'y suis qu'en tremblant, mais 
pourtant avec confiance, parce que vous m'y avez 
envoyé (4). C'est ainsi que les pensées de la foi ont 
constamment relevé cette profonde défiance qu'il avait 
de lui-même. 



(1) — Dès son arrivée à Saint-Denis, le 6 nov. 1769, i'abbé Cher- 
rier écrit à Mgr Briand : «' Je crois que la plus grande marque de 
reconnaissance que vous attendez de ma part pour ce bienfait et tant 
d'autres que j'ai reçus de votre bonté, et de l'amitié tendre dont vous 
m'avez honoré jusqu'ici, vous l'attendez de mon exactitude à remplir 
dignement les fonctions de mon ministère ". Archives Je révichi de 
Saint- Hyacinthe, 

(2) — Il a reçu tous ses ordres des mains de Mgr Briand, à Québec. 
Il a été tonsuré, fait sous-diacre et consacré prêtre au séminaire ; il fut 
minoré au collège et fait diacre à l' Hôtel-Dieu. Archives de V archevêché 
de Québec, 

(3) — Tanguay, Rép, gén, du clergé canadien^ 108 ; Lalandc, Une 
vieille seigneurie^ Boucherville ^ m. 

(4) — Archives de Véviché de Saint- Hyacinthe, 




])ciixU'iiie i''glise ili? S.-JJc'iiirt (Piigc 411). 




L'iibbû ClioiTuT, 2f i-mv ilo S.-Heiiis (Pago 13t>). 



SAINT-DBNIS-SUR-RIGHELIEU 137 

A cette époque, les curés en Canada n'étaient 
pas seulement préposés au spirituel do leurs paroisses, 
mais au temporel également. Après la guerre de 
Cession, toute l'administration du pays était devenue 
anglaise; le peuple canadien n'y comprenait rien. 
Aussi s'était-il pressé plus que jamais autour de son 
clergé, il s'était jeté dans ses bras comme dans ceux 
d'une mëre, et il doit son salut à cette confiance 
«ntière. Se présentait-il pour lui quoique chose 
d'important, il consultait le prêtre ; eu s'isolant ainsi 
de ses nouveaux maîtres, il a pu conserver sa foi et 
par suite tout ce qu'il possédait de plus précieux. 

A Saint-Denis, M. Cherrier comprit l'étendue de 
son rôle et le joua avec tout le soin requis. 

Sous M. Frichet, les relations entre paroissiens et 
pasteur avaient été eu souiFrance à cause des infirmi- 
tés de ce dernier, mais elles allaient reprendre plu.s 
intimes et plus actives que jamais. 

D'ailleurs dans toutes les fondations de paroisse, 
il s'établit toujours une union plus étroite entre celui 
qui effectivement doit être le père et ceux qui sont ses 
enfants. Alors on a plus besoin de son chef et on le 
suit mieux. Il en est ainsi tant que l'ennemi jaloux 
de tout bonheur ne vient pas y semer la zizanie. Ce 
jour arrive malheureusement trop vite. 

Donc le nouveau curé de Saint-Denis fut obligé 
de se charger d'une foule de détails étrangers à sou 
ministère proprement dit. La localité était encore loin 
d'être sortie des difiicultés de ses débuts et elle voulait 
autant que possible ne pas recourir aux Anglais. 

M. Cherrier fut ainsi tour à tour avocat, notaire, 
juge et ofiicicr public, tout cela pour exempter des 
dépenses, des voyages et maints autres désagréments 
à ses paroissiens. 



138 HISTOIRE DB 

On a taxé ce prStre d'aristocratie. H &at s'enten- 
dre sur ce mot. Si l'on prétend affirmer par là qu'il 
M tenait dans dea «pbëres peu accessibles i^ ses 
ouailles, qu'il ne recherchait que le grand monde, on 
sa trompe étrangement. 8i l'on veut seulement faire 
comprendre ainsi qu'il était toujours digne, ne s'amn- 
sant que sérieusement avec ses gens, ee montrant 
supérieur à eux autant par ses vertus que par ses ca- 
pacités, à la bonne heure, le terme est exact. 

L'abbé Oherrier était la personniâcatioii da coré 
modMe, toujours affable, dévoué, et d'une autorité qui 
n'éloigne pas. Tous arrivaient aisément auprès de 
lui ; il allait m&me fréquemment au-devant de la bre- 
bis à qui il désirait du bien. Mais son ministère fini 
auprès des hommes, il savait se retirer pour prier, 
étudier, réfléchir (1). Les hauts personnages, avec 
lesquels les siens le mettaient en rapports d'amitié ou 
de parenté, ne lui enlevaient rien de la douce charité 
qu'il devait au plus petit des fidèles confiés à ses soins. 

A Saint'Denîa, on aime encore À consulter te 
prêtre sur ses affaires même temporelles. On sait que 
c'est réellement là un homme de conseil, aussi désin- 
téressé qu'ordiniùrement éclairé. Et qui viendra dire 
qu'en cela on a tort, ai ce n'est un adversaire (2). 

Dans la paroisse, M. Cherrier ne tarda pas k 
fournir la preuve que l'esprit d'ordre était une de ses 
qualités maîtresses. Grâce à elle toutes les parties de 
l'administration reçurent son attention, les finances de 
la fabrique les premières, pour la décharge de l'abbé 

(]) — " Un curé î C'est un bienveillant JDtermfdîaiTc entre Dieu 
ei les hommes, par £tat et par profe^aîtin. Il prie pour ceux qai ne 
|iricnt pas, pense |>our ceux qui n'ont pas le temps de penser". Lt 
mo>,Jf i/iutlr/, de Moniiéal, XIV, 707. 

(z) ~ Au cours d'une démonstration en l'honneur de M. le curi 
l~,ini;iai, au CMteau-Riuber, en 1897, on ctianta le* couplets suiviuiti^ 



8AINT-DBNIS-SUR-RI0HSLIEU 189 



Oervaise au plus tôt. Des le 11 février 1770, il con- 
voquait rassemblée dans laquelle il était rendu compte 
des argents perçus et dépensés pour la construction de 
l'église. Le curé de Saint-Antoine était présent ainsi 
que la plupart des francs-tenanciers de la paroisse. Ce 
jour4à, le jeune prêtre prenait seul la gestion des 
aifairee à la satisfaction de tous ; il venait, en réalité, 
de s'affirmer administrateur financier digne de la plus 
entière confiance. En effet, les arrérages furent bien- 
tôt collectés, et la suite des remboursemeuts continua 
à rentrer avec régularité, si bien que quand la réparti- 
tion fut échue elle était entiëremeut close, en 1774. 

Maintenant qu'il connaissait ce que devait sa 

qui, composés pour la circonstance, nésument parfaitement ce qu'est et 
ce qu'a été le prêtre pour le peuple canadien : 



..^ . i Bénissons à jamais (bis) 
' \ Le clergé dans ses bienfai 



C'est lui qui nous éclaire 
Dans le chemin du ciel. 
C'est lui qui change en miel 
Les chagrins de la terre. 



Ici, loin de la France, 
C'est lui qui nous guida : 
Il fit du Canada 
Un pays d'espérance. 



Il resta dans l'épreuve. 
Près de notre berceau, 
Gardant notre drapeau 
Libre près du grand fleuve. 



Ferme devant nos mattres, 

Il a pour nous lutté, 

Et notre liberté. 

Nous la devons aux prêtres ! 

Journal des campagnes, de Québec, 7 août 1898. 



140 HISTOIRB DE 



fabrique, il entreprit de savoir ce qu'elle possédait et ce 

fut l'objet d'uu inventaire rempli de détails. Le ré- 
sultat fut qu'il y avait un beau vaisseau d'église 
inachevé à l'intérieur, un bon presbytère, mais une 
grande pénurie d'ornements pour le culte. 

A partir de ce moment, il s'efforça de combler 
les lacunes en cherchant à terminer l'église et à la 
pourvoir du nécessaire pour la solennité du service 
divin. Avec les nombreux dons qu'il sut attirer à la 
fabrique, ce fut splendidement exécuté dans l'espace 
d'environ dix ans. 

Au milieu du travail des comptes et de l'inven- 
taire, M. Cherrier avait parcouru toute sa paroisse, lié 
connaissance avec son monde et compilé un recense- 
ment minutieux. 

L'esprit d'ordre tenait à son caractère. Cette 
qualité innée, il l'a cultivée avec amour. Elle se retrouve 
partout sous ses pas pour la gloire de Dieu, l'avantage 
du prochain et son propre bénéfice. S'il a dressé une 
table de tous ses registres de baptêmes, mariages et 
sépultures, s'il a eu le courage d'en copier quatre années 
à Saint- Antoine pour les ajouter aux siens et les rendre 
complets (1), c'est cette même qualité qui l'y a poussé ; 



(I) — Aujourd'hui les registres des baptêmes, mariages et sépul- 
tures de Saint-Denis fonnent i6 grands volumes. Le premier s'étend 
depuis l'origine jusqu'en 1754» mais il n'est en réalité qu'une réunion de 
différents petits cahiers au défaut de celui qui avait été ouvert pour 
Saint-Denis et que l'abbé Gervaise a apporté à Saint-Antoine en allant 
y établir domicile. Celui-ci a continué à s'en servir pour les actes de 
Saint- Antoine et l'a fait ainsi le premier de cette dernière paroisse. 
C'est ainsi que Saint-Antoine possède des registres qui lui sont antérieurs 
de 10 ans. Saint-Denis n'en a eu que les duplicata jusqu'en 1750. Mais, 
après cette année, tout manque pendant près de 4 ans (3 ans et 9 mois) ; 
c'est la partie que l'abbé Cherrier a copiée. Le cahier de 1753-1754 
achève de composer le premier registre dyonisien en question. Le 
troisième registre a été interrompu à la page 171 par ordre du gou- 
verneur Haldimand, en date du 12 avril 1785, enjoignant qu'à partir 



SAINT-DBNI8-SUR-RI0HBLIBU 141 



elle l'a porté également à les relier avec soin pour leur 
conservation. 




du premier janvier suivant, chaque année ait son cahier séparément ; 
cette ordonnance fit rédiger lo petits cahiers annuels, dont la réunion 
forme le quatrième registre ; en même temps, elle inaugura l'obli- 
gation de parapher les cahiers dans la manière actuelle. Aupara* 
vant, la plupart du temps, les curés authentiquaient eux-mêmes leur» 
registres. 



CHAPITRE XVII 



Nouvelles familles dyonisiennes : Gadbois, Goulet, 

Guertin, Brodeur, Archambault, Vigeant, Martin, 

Maillet, Girard, Richer, Lussier, Plante, 

Garriépy, Courtemanche, Bélanger, 

et AUard. Leur origine et leur 

descendance. 1770-1905. 



Le recenaernent de l'abbé Cherrier, en 1770, 
accusa l'arrivée de nombreuses familles dans la pa- 
roisse. Installées à côté des anciennes, elles en furent 
les dignes émules. Si elles ne méritent pas autant 
que les premières le titre de pionnières, elles ne cueil- 
lirent pas moins une large part de leurs inconvénients 
de toutes sortes. Que de terres encore entièrement 
boisées elles ouvrirent ! Les unes après les autres, elles 
se sont présentées, de 1740 à 1770, venant un peu de 
chacun des points de la province. Ces familles sont 
entre autres celles de Gadbois, de Goulet, de Guertin, 
de Brodeur, d'Archambault, de Vigeant, de Martin, 
de Maillet, de Girard, de Richer, de Lussier, de Plante, 
de Gariépy, de Courtemanche, de Bélanger et d'Allard. 
Moins la famille Maillet, chacune d'elles a encore des 
membres dans la localité. 

Kous rencontrons les Gadbois à Saint-Denis au len- 
demain de l'ouverture de la chapelle. L'ancêtre était 
originaire de Bruxelles en Brabant, dans les Flandres 



144 HISTOIBE SB 

françaises (1), ofi d'après la chaoson (2) aurait été 
rencontré jadis le Juif errant. C'est pent-être ce boq- 
venir, qui a donné à un des descendants de la famille 
le désir d'aller tenter fortune dans la Californie aax 
temps si florissants de ce pays . Dans tous les cas, 
vers 1850, ce que l'ou racontait de la contrée aurifère 
n'était rien moins qu'éblouissant surtout pour la 
jeunesse. Thomas Gadbois décida de partir avec un 
petit groupe de vingt-«inq à trente- parents et amie. 
Us s'achetèrent quatre on cinq paires de bcenfs et se 
mirent en route, chargés de vivres pour le voyage. 
C'étaient les premiers aventuriers qui s'envolaient de 
la vallée du Klchelieu vers les si lointaine rivages ; 
bien d'autres les ont imités plus tard. Ce que cette 
avant-garde eut & souffrir pour atteindre son but ne 
pouvait se narrer que par elle-mâme. Elle ouvrit des 
chemins k travers la forêt, construisit des radeaux 
pour traverser certains oonrs d'eau et se perdit fréquem- 
ment. Une fois mdme, Thomas Qadbois, remplissant 
l'office d'éclaireur, fut treize jours sans se retrouver et 
sans prendre de nourriture; et n'eussent été les Sau- 
vages, il serait mort d'inanition. Après cinq ou six 
années d'absence, il cet revenu riche de dix mille 
piastres. Mais son décès suivit son retour de trop 
près pour qu'il pût jouir du fruit de ses sacrifices (3). 
Quant à son ancêtre, Joseph Yandandaigue, venu d'Eu- 
rope à Québec vers 1675, il n'a pas été heureux au 
même point pour entasser des biens, si l'on en croit la 
tradition. Assez mauvais menuisier, il se serait même 

{■) — Tangua]', Diaivnnairc généalegipit. 
{!) — Cagnon, Chanstm fopuiaim i* Canada, 131, 
(3> — Thomas GulboiG «tait fiirc d'André, «abli i Saint-BaniAM- 
>ui-Yaina)ka, et de Ftaoçois, carrossier de Saim-Denit. Sa fennie, 
iiendant son absence, jlaît demeurée dans la paroisse. On lapporte qii'i 
âOTi retoar 11 inccomba aun litvrei jauDCs. 



8AIKlVDBNI8-BUR-RICHBLIBn 145 

attiré le eobriqaet de QAte-boie (l). Qaoi qu'il en soit, 
il est l'unique përe de tous les Yandandaîgue et Gad- 
bois du Canada ; il a fini sa carrière à Québec. Son fils 
Claude a eu plusieurs enfants, dont André et Herre 
se sont établis à Saint- Antoine-sur-lEUchelieu et Claude 
À Saint-Denis ; celui-ci était alors nouvellement marié 
avec Elisabeth Hogue, jeune fille de treize ans. Oes 
deux époux sont les aïeux de tous les Gaillbois actuels 
de la localité (2). C'est leur aîné qui a reçu les 
honneurs du premier baptême et de la première sépul- 
ture enregistrés à Saint-Denis (8). 

Les Goulet, originaires de France, étaient déjà 
anciens de près d'un siècle dans le district de Qué- 
bec (4), lorsque l'un des leurs monta le Richelieu pour 
se fixer dans la paroisse, en 1743. Celui-ci, nommé 
Jacques et marié avec Josepfate Normand, arrivait 
directement de la Pointe-aux-Trembles, près desGron- 
dines. A Saint-Denis, grâce à son instruction il en a 
été l'un des notables. En plnsieur80ccasion8,onle voit 
prendre part aux affaires de la fabrique et en signer 
les actes. Il s'est particulièrement occupé de la cons- 
truction de la deuxième église en qualité de député 
et de syndic. Son fils Louis, quoique ne sachant pas 
écrire, fut néanmoins bailli, puis lieutenant et capi- 
taine de milice (5). Six de cette famille, y compris le 



(I) — Tanguay, DicHonmaire génSaiogiqne, 

{2) — Tous les Gadbois, de Saint-Denis» ne sont plus groupés que 
sous deux chefs : Ephrem et Dame Paul. 

(3) — Rtgistret des baptêmes^ mariagu H sépultures de Sami-ûemis^ 
aux dates du 7 et du 17 novembre 1741. 

(4) — Tanguay, DictiomMire géHéaicf^ique, 

(5) — Il agit comme coroner à l'occasion d'un suicide au IV rang, 
le premier octobre 1781. Auparavant, le ao nov. 1773, il avait constaté 
comme bailli le décès de son co-paroissien, Louis Denis, gelé à mort 
dans \z. grande savane (aujourd'hui sur le territoire de La Présentation). 



146 HISTOIBK DE 

premier ancêtre en 1766, ont été marguilliera (1)- 
Aujnurd'hui ta descendance ne comprend plus dans 
la paroisse que vingt-trois membres, groupéa sous 
trois chefx : Toussaint, Joseph et Osïas. 

Après les Oadbois et les Goulet, ce fut le tour 
des Gucrtin, arrivi^s au Canada, vers 1657,et à Saint- 
Denis, en l74â. Le premier ancêtre de cette famille 
en Amérique était du village de Daumeray en Anjou, 
France, et sabotier de sa profession. C'est ce qui l'a 
fait surnommer Le Sabotier sur nos rives, quoiqu'il fdt 
devenu cultivateur dans les environs de Montréal. 
Mais il n'a transmis son sobriquet à aucun de ses des- 
cendants. Il étuit raai-iti avec Elizabeth Lecamus, 
Jeune Parisienne, Elle de médecin ; celle-ci n'avait que 
quatorze ans lorsqu'il l'épousa k Montréal, le 26 jan- 
vier 1669 (2). A son fils Paul revient Tbonueur 
d'avoir implanté la famille à Saint-Denis, où il est 
mort en 1775, à l'âge de soixante-quinze ans. Sa 
postérité dans la paruisse a fourni un prêtre, 
t'abbé Ludger, curé do Suint- Lîboiri', plusieurs reli- 
gieuses, un centenaire du nom de Louis, décédé à 
cent-deux ans, en 1880, et deux marguiliiers : 
Louis, en 1821, et Edouard, en 1869. La famille, qui 
avait quatre chefs en 1801, eu compte cinq actuelle- 
ment : Amédée, Louis, George, et Dames Noël et 
Frédéric. 

Les Brodeur, venant du même côté que les 
Guertin, les ont presque accompagnes sur la plage 
dyonisienne ; ils étaient de Varennes, la patrie des 
pionniers Bousquet, LaperJe et Measier. C'est là que 



(1) — Lea Uoii 


ilct, iiiarguilli.rs de Saiul-Denîs, ont éli 


; Jacques, 


1766 ; l'ierrc, 


en 1784 i Louis, en 1788 i Françoii, 


en 1831 ; 


iles, en 1831 ;c 


i [xjuis, en 18Û3. 




(1) - Tanfuii! 


,, DUtionuaù-t si.,.. 1, 288 ; IV, 403- 





8AINT-DENIS-SUH-RICHELTEU 147 

* 

s'était fixé leur ancêtre vers 1676, à son arrivée de 
Niel, humble localité du Poitou, en France. Son petit- 
fils Ignace, surnommé Laroy et souvent dit Lebro- 
deur, fut le premier de ses descendants à Saint-Denis. 
On l'y remarque peu après son mariage avec Renée 
Laverdure, le 24 novembre 1746 (1) ; son cousin* 
Joseph l'a suivi de près. Depuis lors, on a tou- 
jours compté des membres de cette famille dans la pa- 
roisse, quoiqu'en petit nombre. Deux d'entre eux ont 
occupé le banc de l'œuvre : Joseph, en 17fi|4, et Ignace, 
en 1771. D'autres se mêlèrent activement à la guerre 
de 1812 et aux troubles de 1837. Aujourd'hui ils ne 
sont plus que dix, sous deux seuls chefs : George et 
Nazaire. 

Les Archambault canadiens sont devenus légion, 
bien qu'ils descendent tous d'un chef unique 
(2). 11 cm de Jacques, venu de Dompierre-sur-mer 
en Aunis, France (3), l'an 1645. Cet ancêtre, après 
avoir fait un stage de cinq ans à Québec, s'est défini- 
tivement installé à Montréal, dont il a été l'un des 
héros, surtout l'un de ses excellents chrétiens des 
temps héroïques. L'abbé Faillon, dans son " Histoire 
de la colonie française en Canada " (4), parle de son 
dévouement avec éloge. Ce sont ses arriëre-petits-fils : 
Pierre, Joseph, François et Jean, qui vinrent sur les 
bords j^du Richelieu réclamer dans la forêt la part 
de leur famille. Ils commencèrent par se fixer sur 
le territoire de Saint-Antoine, d'où vers 1750 qnel- 
ques-uns traversèrent sur l'autre rive. Leur nom- 
breuse descendance est maintenant un arbre vigou- 



(i) — Tanguay, Dut, génial,, 

(2) — Archambault, Généalogie de la fawUle Archambault^ pages 
XII et XIII. 

(^) — Faillon, Histoire de la colonie française en Canada, II. 

(4) — III, i8 et 19. 



148 HISTOIBB DB 



veux qui couvre de ses rameaux les deux côtés de la 
rivière. A Saint-Denis, elle occupe le premier rang 
parmi les familles avec ses cent-vingt-deux individus 
répartis sous rien moins que vingt-cinq chefs diffé- 
rents (1). Elle a fourni plusieurs religieuses, entre 
autres, une supérieure générale aux Sœurs Grises de 
Saiut-Hyacinthe (2), et un prêtre dans la personne de 
l'abbé Napoléon (8), ordonné par Mgr Baoioot dans 
la cathédrale de Montréal, le 28 décembre 1905. Dans 
les limites de la paroisse, elle a compté des institn* 
teurs, un maire, des jmtriotes de 1887, des membres 
de divers corps de métier, particulièrement un pro* 
priétaire de scierie, et six marguilliers ; Jean, en 
1754 ; Toussaint, en 1852 ; Jean, en 1859 ; Eustache, 
en 1867 ; François-Xavier, en 1868 ; et Jean-Baptiste, 
en 1895. 



(1) — Les chefs actuels de la famille ArchambauU h Saint-Denis 
sont : François, Jean, Théodore, Magloire, Jacob, Elie, Avellin, Xiste, 
2 Alphonse, Louis, Henri, Janvier, 2 Joseph, Avila, François-Xayier, 
Wilfrid, Dosithée, et 2 Daines Joseph, ainsi que Dames Pascal, Adjutenr, 
Olivier et Lévi. 

(2) — Voici la généalogie complète de Mère Archambault, depuis 
l'arrivée de sa famille en Canada : I — Jacques, marié avec Françoise 
Tourean, de Montréal ; II — Laurent, marié avec Catherine Marchand, 
de la Pointe-aux-Trembles, près Montréal ; III — Pierre, marié avec 
Marie Lacombe, de la Pointe-aux- Trembles ; elle-même est allée mourir 
à Saint- Antoine ; IV — Jean, marié avec Marguerite Hogue, de Saint- 
Antoine ; V — ^Jean, marié avec Françoise Bousquet à Saint-Denis en 
1761, s'établit en haut du Bord-de-l'eau, où a vécu sa descendance jus- 
qu'à ces années dernières ; c'est son arrière- petit- fils Louis, mentionné 
plus bas, qui vient de quitter la propriété pour séjourner au village ; 
VI — ^Jean, marié avec Marie-Louise Allard, à Saint-Denis, en 1782 ; 
VII — Toussaint, marié avec Monique Langevin, de Saint-Marc, posséda 
assez la confiance de ses amis pour être préposé à la garde de l'eau-de- 
vie dans la distillerie de Saint-Denis, lors de la bataille de 1837 ; 
VIII — Louis, ancien président des commissaires d'écoles de la cam- 
pagne ; Joseph, ancien maire de Saint-Denis ; Mère Archambault» supé- 
rieure générale des Soeurs Grises de Saint -Hyacinthe. 

3) — Voici la généalogie de l'abbé Napoléon Archambault. Les 



6AINT-DBNI&-6Ua-&IC HELIEU 1 49 

Les Vîgeant sont à peu pràe du même &ge que 
les précédents dans la localité dyonisienne. Floren- 
tin, qui les y introduisit, était fils de Jean Vigeant- 
Larose-dit-Taupier, venu de Monlieu en Saintonge, 
France, vers 1710, et établi définitivement à Cham- 
bly. A l'Âge de quarante-un ans, celui-ci avait été 
épouser à Laprairie Marie-Anne Olivier, âgée de dix- 
neuf ans (1). Ses descendants se sont ensuite divisés 
en deux branches, dont Tune prit le nom de Yigeant 
et l'autre celui de Taupier. Florentin, qui se maria 
avec Josephte Archambault, de Saint- Antoine, en 
1751, était un homme intelligent, que la fortune com- 
bla de ses faveurs. Il a été marguillier, en 1760, et 
syndic pour là construction de là seconde église, en 
1764. Cette dernière année, il achetait, pour la 
somme de deux-cent-vingt piastres environ, la terre 
que le seigneur avait jadis donnée à la fabrique près 
de la route Goddu, et y bâtissait une solide et vaste 
maison de pierre, qui a subsisté sans modification 
jusqu'à notre temps, avec ses nombreuses et massives 
cheminées. Elle était très longue, basse et à couver- 
tures prolongées. Ce fut un des monuments de l'épo- 
que ; il est tombé sous le pique du démolisseur, il n'y 
a pas longtemps. En 1801, le constructeur, âgé de 
soixante-dix ans et veuf, y vivait tranquille avec son 
fils et rentier, Florentin, lui-même âgé de quarante- 
quatre ans. Au troisième rang, celui-ci avait établi 
son fils, un autre Florentin, âgé de vingt-trois ans, 

trois premières générations sonl les mêmes que celles de Mère Archam- 
haulr. IV — Pierre, marié avec Agathe Forget, à Lachenaie, en 1733 ; 
V — Pierre, marié avec Suzanne* Isabelle Dumontel, à Saint- Antoine, en 
1762 ; VI — Jean- Baptiste, marié avec lliérèse Petit, à Saint-Denis, en 
1S22; VIII — Jean- Baptiste, marié avec sa cousine Christine Archam- 
bault, à Saint-Denis, en ii^.60 ; IX — L'abbé Napoléon ; Arthur, Joseph 
et Hubert. 

( I ) — Tanguay, Dût. gin , . 



150 HISTOIRE DB 



marié et père d'un ^utre petit Florentin d'un an. En 
sorte qu'alors il y avait dans la paroisse quatre géné- 
rations s'appelnnt Florentin. Ce prénom était en 
honneur dans la famille pour l'aîné, et il j en aura 
encore un cinquième avant d'en arriver k Amédée, 
aujourd'hui le seul chef de cette famille à Saint- 
Denis. Quand Florentin II vit partir son fils Am- 
broise pour s'établir à Ghambly, on rapporte qu'il 
était assez à l'aise pour lui mesurer en cette occasion 
un demi-minot d'or et d'argent sonnant. Le papier- 
monnaie était alors peu connu et chacun tenait sa 
propre banque eu cachant ses espèces encombrantes 
en quelque coin secret surtout de la cave. C'est le 
souvenir de ces enfouissements qui a donné naissance 
aux persistants et assez récents chercheurs de trésors. 
Le village de Saint-Denis a eu le sien, que tout le 
monde se rappelle. Cette abondance de biens, que 
possédait Florentin II, le mit un hiver à l'abri des 
inconvénients d'une disette et fut cause d'un joli inci- 
dent. Une £amille, moins bien partagée, vint un jour 
crier famine à sa porte. Mais, par excès de pru- 
dence, le propriétaire crut devoir refuser. La 
femme, plus généreuse, monta au grenier, en l'absence 
de son mari, et donna un demi-minot de blé. Quand 
celui-ci descendit son blé pour le faire moudre, chose 
étonnante ! il n'y trouva rien qui manquât ; Dieu avait 
récompensé la charité de sa servante. 

La famille Martin est originaire de l'île d'Oléron, 
sur les côtes de France. L'ancêtre Pierre en émigra 
avec son épouse à Québec dans les commencements 
de la colonie. Son fils s'avança jusqu'à Boucher- 
ville et son petit-fils Antoine s'établit à Saint- 
Ours (1). C'est de cette dernière place que ses 



(I) — Tanguay, Dicf, gin. . 



8AINT-DENI6-SXJR-BICHELIBU 151 

arriëre-petits-fils Jean, Louis et Antoine vinrent de- 
mander leur part de terre à Saint-Denis. Jean fut 
marguillier, vers 1752, et Louis, en 1783 ; quant à 
Antoine, il était choisi comme syndic pour la cons- 
truction de la deuzîëme église, en 1764. Leurs des- 
cendants se sont toujours maintenus sous trois ou 
quatre chefs seulement dans la paroisse. Aujourd'hui 
ce sont : Joseph et deux Augustin, tons cultivateurs 
au quatrième rang. TJn des leurs, Joseph, est 
mort étudiant en théologie, l'an 1888 ; il a été 
inhumé à Tombre du clocher natal, le 31 décembre de 
cette même année. 

Les Maillet, aujourd'hui disparus de la paroisse, 
n'y ont pas moins fait un séjour de plus d'un siècle et 
quart. Joseph et Augustin, qui les premiers de cette 
famille foulèrent son sol en 1754, étaient fils de 
Pierre, ancien citoyen de la ville de Paris, venu à 
Montréal, vers 1685 (1). Joseph est le père du be- 
deau Amable, et de Jean-Baptiste ; celui-ci fut l'aïeul 
du fameux patriote Jean-Baptiste (2), dont il sera 
question au cours des troubles de 1837. Joseph- 
Raphaël Maillet, tailleur à Saint-Domînique-de-Ba- 
got, est le petit-fils de ce dernier. 

Le premier Girard (3), qui aborda de France 
au Canada, était natif d'Evreux, dans le Perche. 
Il s'est établi à Québec (4), d'où partirent ses 
deux arrière-petits-fils Antoine et Joseph, en 1756 
et 1765, pour se fixer à Saint-Denis. Antoine 



(I) — Tanguay, Z?fV/. ^n,, 
^ (2) — htpairioU Jean-Baptiste Maillet est mort de *' commotion 
Ue cerveau '', à Saint-Denis, le 31 janvier 1866, à l'&ge de 64 ans. 
Registres des baptêmes^ mariages et sépultures de Saint-Denis. 

(3) — La- famille portait autrefois le nom de Girardin aussi bien 
que celui de Girard. 

(4) — Tanguay, Dict, gén, . 



f 



1S3 HISTOIRE DE 

était menuisier, et, comme tel, put se charger de 
l'entrepriso du bois de la deuxième église. Le sâcond, 
étant forgeron, arriva assez tôt pour doter le mâme 
temple de son originale balustrade de " cercles de 
tonnes". En mariages, celui-ci n'a gu^re été plus 
heurenx, puisqu'il fut obligé d'en contracter quatre 
pour avoir enfin une femme qui lui term&t les yeux. 
Actuellement leurs descendants, au nombre de vingt- 
trois à Saint-Denis, vivent tous au quatrième rang 
soua cinq chefs : Joseph, Isidore, Toussaint, et Dames 
Amable et Joseph, 

Tous le» Bicher et Laflëcbe du Canada, ainsi que 
ceux de la Nouvelle-Angleterre, ont pour commun 
ancêtre Pierre Kicber-dit-LaSëche. Au moment de 
son départ pour V Amérique, ses parents demeuraient 
à Toversé, prbs d'Angers (1), mais lui-même séjournait 
dans la ville de La Flèche, où il était né; c'est cequi lui 
valat son sobriquet. Il arriva & Québec vers 1670 (2), 
Après s'y être acclimaté au pays pendant dix ans, 
il s'en alla planter sa tente à La Férade. Il y est dé- 
cédé, l'an 1722, à l'âge de soixante-dix-sept ans 
(3). Parmi ses enfants sont : Michel, trisaïeul de 
Mgr liafl&che (4), évêque des Trois-Riviëres, et 
Herre, père de tous les Richer, de Saint-Denis. Trois 
. des fils de ce dernier sont venus faire souche dans la 
paroisse dyonieienne ; Charles et Louis, en 1760, au 



(I)~Tanguay, Dùl.gén.. 

(I) — Amnfeii a auJourifAui à Sainlt-Annt é4 la Piraât, 137 el 

(3) — Tanguay, Dut, gitt, , 

(4) — Voici la lignée généalogique de Mgr Laflèchc : I— Pierre 
U i cher- Laflè elle, marié a «ec Catherine Durand; celle-ci originaire de 
Palis î [I — Michel, marié avec Calherine Pilote ; III~Joseph, marié 
avec Marguerite lîelair-Lupien ; IV— Mcwleste, marié a"ec Scholaa> 
liiiue Goaio ! V — Louis, marié avec Marie-Anne Boisveri ; VI — Mgr 
I.^HKhe. Aulri/BÙ H aHJouriThuî à Sainte. Anm dt la Piradt, 168. 



J^^- ^^ 




Le IJR'lilKT c'iiiivoiit lit; S.-I)i>iiis (Piiiro 177). 




ha nmvciit notufl (l'ago 178). 



SAINT-DENIS-SUR-RICHELIBU 153 



sortir de la guerre de CesBÎon, et Pierre, dix ana plus 
tard. Au recensement de 1801, Pierre avait quatre- 
vingts ans, Charles soixante-douze ans ; Louis était 
décédé. C'est de Pierre et de Louis que descendent 
tous les Riclier actuels de la localité, vivant sous qua- 
tre chefs : Alfred, George, Napoléon et Dame Misaël. 
Pierre était père d'Athanase, mort raarguillier en 
charge, l'an 1803, ef aïeul de Benjamin, ainsi que de 
Siméon. Benjamin a été promu sergent dans la com- 
pagnie du capitaine Olivier Chamard à Saint-Denis, 
en 1826, lieutenant du second bataillon de milice du 
Richelieu en 1845, et onze ans plus tard capitaine 
dans le même corps militaire. Siméon est le père de 
Wilfrid, qui fut jadis gros commerçant de grain, maire 
trois ans, et syndic pour la construction du presbytère 
actuel. Quant à Louis, il est le bisaïeul des trois frères : 
Théodore, décédé avocat ; Alexis, officier de douanes 
à Montréal ; et Euclide (1), ancien zouave, créé che- 
valier de rOrdre de Pie IX, et ci-devant maire de la 
fité de Saînt-Hyacirtthe, où il continue à tenir librai- 
rie en société avec son fils Jules. 

Les Lussier, ou L'hussier, comme ont écrit quel- 
ques-uns d'entre eux, sont émigré de Paris au Canada, 
vers 1666. Quel changement ne dut pas trouver leur 
ancêtre Jacques, en passant de la grande ville sur les 
rives encore à peine hospitalières de notre beau fleuve 
Saint-Laurent! Il le remonta cependant jusqu'à Bou- 
cherville, où il se fixa pour le reste de scsjours. Son fils 



(i) — Voici la généalogie canadienne de M. Euclide Rîcher. La 
première génération est U même que cellede Mgr Laflèche.II — Pierre, 
marié avec Marguerite Hubert, puis avec Charlotte Ham'el, de Saint - 
Denis ; III — Louis ; IV — Augustin, marié avec Geneviève Archam- 
bault, de Saint- Antoine ; V — Alexis, marié avec une dame Goddu, de 
Saint-Hyacinthe ; VI— M. Euclide Richer. 



154 HISTOIRE DE 



Christophe s'en alla plus tard à Varennes (1) et son pe- 
tit-fils du même nom, à Saint-Denis, en 1762. De son 
mariage avec Angélique Duhamel, celui-ci eut plu* 
sieurs enfants, entre autres : Jean-Baptiste, Joseph- 
Toussaint et Christophe. En 1801, ces fils, respecti- 
vement âgés de trente-sept, vingt-huit et vingt-sept 
ans, étaient tous mariés et établis, Jean-Baptiste à 
PAmyot, Joseph-Toussaint au village et Christophe 
au quatrième rang, près de la route Yamaska, où 
avait vécu leur père ; ce dernier s'y était fait concéder 
sa terre par le seigneur, le 7 juin 1778. Jean-Baptiste, 
marie avec Marie Oaudette, fut le père de Jean- 
Baptiste et de Louis, fameux patriotes de 1837 ; 
Joseph-Toussaint fut bedeau ainsi que son fils 
Edouard ; Christophe est l'ancêtre de François- 
Xavier, marié avec Célina Gendron, et de Joseph, 
marié avec Hermine Bousquet. A son tour François- 
Xavier est le père d'Adolphe, clerc vîateur, et 
son frère Joseph, celui d'Octavien et de Jean- 
Baptiste, aussi clercs viateurs, ainsi que d'Alexi-^ 
na, religieuse de la Congrégation de Notre-Dame. 
Cette famille a compté sept marguilliers : Chris- 
tophe, en 1772 ; Jean-Baptiste, en 1809 ; Chris- 
tophe, en 1829 ; Jean-Baptiste, en 1858 ; François, en 
1864 ; Jean-Baptiste, en 1865 ; et Narcisse, fils de 
Jean-Baptiste le ptitriote^ en 1889. Aujourd'hui les 
soixante-huit personnes, qui la composent, sont ran- 
gées dans la paroisse sous treize chefs différents (2) : 
deux Joseph, Uldéric, Toussaint, deux Isidore, Napo- 
léon, Jean-Baptiste, Victor, Hector, Narcisse, Pierre, 
et Dame Napoléon. 



(1) — Tanguay, Dicl. gén. . 

(2) — Là famille Lussier est aujourd'hui la cinquième en nombre 
à Saint-Denis. 



SAINT-BENIS-SUR-RICHBLIBU 155 

Les Plante, parfois dits aussi Laplante et Bon- 
nier ou Baunier, ont pour premier ancêtre canadien 
Jacques, arrivé de France sur nos bords, vers 1712. 
Ce colon était alors marié avec Geneviève Migneron. 
Il coula le reste de ses jours à Québec. Son fils Jac- 
ques remonta le fleuve jusqu'à Montréal (1), et son 
petit-fils, un autre Jacques (2), s'en vint à Saint- 
Denis, en 1762. L'année suivante, celui-ci y épousa 
Ursule Plouf. Ces deux époux vivaient encore en 
1801 et étaient respectivement figés de soixante-cinq 
et de cinquante-deux ans. La famille compte aujour- 
d'hui dans la paroisse sept chefs : £dmour, trois Fran- 
çois. Napoléon, Emile et Elphège. 

François Qariépy, venu do la ville de Moutfort, en 
Gascogne, France, vers 1655, est l'ancêtre de tous les 
Gariépy canadiens. Apres avoir épousé à Québec, en 
1657, Jeanne Odin, jeune Parisienne de quatorze ans, 
il s'en alla vivre au Chfiteau-Ricber. Deux de ses 
filles sont devenues religieuses de la Congrégation de 
Notre-Dame. Il est décédé à l'âge de soixante-seize 
ans, en 1706. Son fils François est parti pour La Pé- 
rade, où est également>rdemeuré son petit-fils Charles, 
marié avec Louise Angers (3). Ce sont les deux fils 
de ce dernier, François et Charles qui ont amené la 
famille à Saint-Denis, en 1767 ; tous deux se sont 
fixés à l'Amyot. Le premier est le père des Gariépy 
du quatrième rang, et Charles, de ceux de l'Amyot. 
Celui-ci a été un homme d'une certaine importance. 
Le 13 mai 1749, le gouverneur, M. de La Gallison- 
nière, le nommait '^ lieutenant de la compagnie de 
milice de Sainte-Marie ". Sous le régime anglais, il 

( I ) — Tanguay, Dict» gén . . 

(2) — Il a été marguillier à Saint-Denis, en 1773. 

{"W — Tanguay, Dict, gén., 1 et IV. 



156 HISTOIRE DE 



ne fut pas moins honoré de la confiance de'ses supé- 
rieurs. Bnrton, préposé au gouvernement des Trois- 
Hiviëres, lui écrit, le 23 octobre 1760, que, comme " il 
est nécessaire d'établir des officiers de milice dan^ 
toutes les paroisses *', il se repose " sur la sage con- 
duite, expérience et capacité du Sieur Charles Oariépy, 
ci-devant enseigne de milice pour sa Majesté très 
chrétienne dans la paroisse de Sainte-Marie, c6te du 
nord ". Le 8 mai 1781, le colonel Neveu écrit de 
Montréal : " Le capitaine Louis Courtemanche accor- 
dera au Sieur Garîépy les mSmes prérogatives qu'aux 
autres officiers de sa compagnie en considération de 
tsa. .commission " au 23 octobre 1760. Il ne faut pas 
oublier que ce Charles Gariépy, marié à La Pérade 
en 1758, est le premier maître-chantre de Saint- 
Denis (1). De ses descendants, ainsi que de ceux de 
sontfrëre, trois ont été marguilliers : Charles, en 1805 ; 
François, en 1816 ; et Louis, en 1857. Us sont aujour- 
d'hui rangés sous six chefs différents : Pierre, Paul, 
Ferdinand* Joseph, et Dames Toussaint et Edouard. 

Les Courtemanche, du Canada, pour retrouver leur 
origine sur nos bords, doivent tous remonter à Antoine 
Courtemanche-dit-Jolicœur. Cet anc&tre n'avait que 
dix*huit ans, vers 1660, lorsqu'il arriva de Bannes, 
village du Maine français, à Montréal. Si jeune, il ne 
pouvait pas y avoir été attiré autrement que comme 
engagé des Associés de Villemarie. Il s'y mariait 
trois ans plus tard (2) avec Elizabeth Haguin, âgée 



(1) — Le i6 avril 1791, il se donnait k rente à ses deux fils Charles 
et Timothée, leur passant sa terre de TAmyot, dont chacun eut un 
arpent et demi par trente. 

(2) — A ce mariage ♦' fait et solennisé " à Montréal par le curé 
Souart, le 26 avril 1663, assistait M, de Maisonneuve, fondateur de la 
ville ; 12 signatures à l'acte. Hegnires du baptimesy mariages ti sipul- 
tûtes de A\-V. de Montréal, 



SAINT-DENIS-SUR-RIGHELISU 157 

----- ^ 

de dix-sept ans. Une de ses filles, Elizabeth, se joi- 
gnit à rinstitut de la Vénérable Marguerite Bour- 
geoySy sooB le nom de Sœur Sainte-Claire (1). Quant 
à Antoine, frère de celle-ci, il quitta l'enceinte de la 
ville naissante de Montréal pour s'établir sur une terre 
de la Biviëre-des-Prairies (2), où il éleva sa famille 
dans l'amour de l'agriculture. Ses cinq fils ayant un 
jour décidé de se faire colons sur les rives du Biche- 
lieu, le père n'en put retenir qu'un pour lui succéder 
sur son bien. Les quatre autres : Jacques (8), Jean- 
Baptiste, Antoine et Barthélemi, exécutèrent leur 
projet, vers 1735. M. de Contrecœur leur avait con- 
cédé volontiers sur la côte de Saint-Antoine 19 par 40 
arpents, un peu plus bas que l'église actuelle (4). 
C'est de là que vers 1768 l'on vit traverser à Saînt- 
Denis Louis et Jean-Marie, fils de Jacques, ainsi que 
Barthélemi, fils de Barthélemi. Le premier était 
potier et maçon, le second potier seulement, et le troi- 



(1) — Cette religieuse a pris part aux travaux du petit couvent de 
la NouveUe-Lorette, qui a existé au Sault-au-Kécollet de 1696 à 1721. 
Beaubien, SauH-au- Récollet ^ 163. 

(2) — Tanguay, Dict» gén,, I, 145. 

(3) — Ce Jacques est le trisaïeul de l'abbé Joseph- Israël Courte- 
manche, décédé curé de Saint-Roch-de- Richelieu. Voici la généalogie 
complète de ce dernier au Canada : I — Antoine, marié avec Elizabeth 
Haguin ; fils de Pierre Courtemanche et de Marie Houdé ; II — Antoine, 
marié avec Marguerite Vaudry ; III — Jacques, marié avec Marie- Anne 
Migeon ; celle-ci fille de Daniel Migeon, sieur de La Gauchetière, de 
Montréal (Suite, Histoire des Canadiens-franfais^ IV, 59); IV — Fran- 
çois, marié d'abord avec Marguerite Durocher, puis avec Charlotte Bou- 
vier ; V — ^Jean- Baptiste, marié d'abord avec Marguerite Bourret, puis 
avec Marguerite Saint -Onge ; VI — Narcisse, marié avec Angélique 
Gosselin ; VII— i. — Léandre, longtemps mattre-chantre de l'église de 
Saint-Jude ; 3. — Adéline, marié avec Jean- Baptiste Allaire et mère de 
l'abbé J.-B.-A. Allaire, auteur delà présente monographie ; 3. — l'abbé 
Joseph-Israël ; 4. — Aurélie ; 5. — Marie, née le premier septembre 1850. 
Courtemanch^ Histoire de la famille Courtemanche^ 11 à 53. 

(4) — Courtemanche, Histoire de la famille Courtemanche^ 19 à 21. 



1&8 HISTOIRE DE 

eiâme cultivateur. Leurs âescendanta ont presque 
tous été des potiers de leur profession. Louis (1), 
pins que les autres a joui de l'estime publique dans la 
paroisse ; il a élé capitaine de milice, msrguillier en 
1769, ainsi que son frire Jean-Marie en 1775, et syn- 
dic pour la construction de l'église qui subsiste encore. 
Il fut, avec son curé, Bourdages, S. Cherrier et quel- 
ques autres de Saint-Denis, l'un des premiers abonnés 
au journal " Le Canadien ". La famille, qui a été 
toujours en diminuant dans la paroisse, n'y compte 
plus aujourd'hui qu'un seul chef du nom d'Âinédée. 

Les Bélanger se réclament de Touque, en Nor- 
mandie, d'où partit leur ancêtre, du nom de François, 
pour s'établir à Beauport, dans la seigneurie de M. 
Giffard, vers 1636 (2). C'est Paul, son descendant 
de la cinquième génération, qui le premier remonta 
le fleuve jusqu'à Sorel pour se axer & Saint-Denis 
comme potier, vers 1768. Il j a épousé Josephte 
Leblanc, deux ans plus tard. De lui deeceudeat les 
Bélanger actuels de la place : Edouard, Hormisdas, 
deux Victor, Damien, Irénée et Adolphe. 

Il a vécu k Saint-Denis des Allard de diverses 
origines (3). Ceux qui demeurent actuellement dans 
le localité n'ont cependant qu'un même ancêtre dans 
la personne de Jean, débarqué de France, vers 1670, 
et marié l'année suivante avec Jeanne Anguille ; it 
est mort à Charlesbourg, en 1726, à l'âge avancé de 
quatre-vingt-neuf ans (4). C'est Jk son petit-fils Fran- 

(1) — Il dsroeurait mi l'empliccmenl qu'a occupé plus Uni I' 
résidence de W, Nelson, à Saini-Deiiis. 
[i) — Tonguay, Diet. gin., 

(3) — Le mot Allar.'. vienl de deux mois Scandinaves s/ et ari, qui 
A'gKSifiA tris fort. Sept individus sont venus implanter en Canada la 
ûinille de ce nom. ' Tanguay, Dut. né»., I, 3 et 4 ; II, 17 i 14. 

(4) — Tonguay, Diet. g/n,, I, 3 et 4 ; II, l? i 34- 



SAINT-DENIS-SUR-RIGHELIB II 159 



çois, fils de Jean II, que la paroisse dyonisienne 
doit d'avoir eu de sa descendance. II y est venu 
en 1768 ; mais, dix ans aprës, ses enfants s'étant par- 
tagés entre Saint-Denis et Saint-Cathbert, il s'en alla 
préférablemcnt finir son ^istence chez ceux de cette 
dernière localité, en 1794, à l'âge de soixante-douze 
ans. Parmi ses fils demeurés sur les rives du Riche- 
lieu se trouve Pierre-François, marié avec Marguerite- 
Hosalie Allaire. Ces deux époux sont les bisaïeuls 
de François, qui était président du Cercle agricole, en 
1897. La famille ne compte plus dans les limites de 
la paroisse que trois chefs : Joseph, Edouard et Dame 
Jacob. 




f 
p 



i 



. CHAPITRE XVIII 



La guerre de l'Indépendance américaine. La part 

qu'y prit Saint-Denis* Les seigneurs : de 

Montarville et de Laperrière. z775-z8io. 



Pendant que l'abbé Cherrier s'installait à Saint- 
Denis au milieu de Tordre le plus parfait, le méeon« 
tentement/ dont les vagaes perturbatrices devaient 
passer sur la paroisse et la troubler profondément, 
montait au paroxisme de la révolution dans les vieilles 
colonies anglaises du sud. 

Depuis 1690, ces dernières étaient pressurées sans 
pitié par la métropole (1), qui ne voulait pas les croire 
autre chose que des tributaires aussi obligés que 
désintéressés. 

Les habitants de la future république américaine, 
conscients de leur faiblesse, avaient d'abord souffert 
cet'égoïsme avec plus ou moins de résignation. Avec 
les années cependant s'étaient doucement développées 
leurs forces, qui avaient été essayées avec avantage 
dans la guerre de Cession du Canada. 

L'Angleterre demeura néanmoins dans l'illusion 
que rien chez ses fils d'outre-mer ne pourrait lui ré- 
sister et continua à leur égard comme par le passé. 

Ses coffres ayant été vidés à cette époque 
par des entreprises tant sur mer que sur terre, 
elle décida de les taxer de nouveau en 1765. Mais 
le boulevard que lui formait la France sur nos rives 



(I) — Tétu« Les évéques de Québec^ 324. 



162 HISTOIRE DK 



avait été détruit (1), puis les opprimés se sentaient 
maintenant de taille à se défendre, la latte s'engagea. 
Les colonies représentèrent que s'étant saignées à 
blanc pour l'acquisition du territoire canadien, elles 
avaient amplement contribué leur part. Le parlement 
de Londres ne l'entendait pas do la sorte. 

Pendant ces contestations, les murmures allaient 
grossissant de ville en ville, de chaumière en chaumière, 
et ne formèrent bientôt plus qu'un concert décris hosti- 
les. A la fin, ils réunirent tous les groupes de colons 
dans une grande assemblée plénière,qui fut la première 
réunion congressiste ; c'était en 1774. Alors à Phi- 
ladelphie elle rédigeait trois adresses : une au roi, 
une seconde au peuple de la Grande-Bretagne et 
l'autre aux Canadiens. 

Dans les deux premières, elle tâchait de justifier 
l'attitude adoptée pour faire cesser les injustices. Il 
y était reproché entre autres crimes au gouvernement 
anglais d'avoir permis aux habitants des bords du 
Saint-Laurent le libre exercice de leur religion. Dans 
la troisième, les fanatiques rebelles demandaient sans 
pudeur à ces derniers de se joindre à eux pour ne 
composer ensuite qu'un peuple jouissant ensemble des 
bienfaits de la liberté (2). 

Une fois sur le chemin de la révolution, les évé- 
nements se précipitèrent. 

Dès le printemps de 1775, avait lieu un enga- 
gement entre les troupes royales et celles des 

(i) — ** Tant que le Canada, dit Tabbé Daniel, était resté colonie 
française, il avait été le boulevard de l'Angleterre en Amérique. Chas- 
ser à la fois du continent deux puissances, comme la France et la 
Grande-Bretagne, eût été une tâche au-dessus des forces des colonies 
anglaises. Aussi ne T entreprirent -elles que Tune après l'autre. Une 
fois débarrassées de la France, elles songèrent à se débarrasser de l'An- 
gleterre'*. Nos gloires nationales^ \\, ^. 

(2) — Garneau, Histoire du Canada, II, 441. 



SAINT-DBNIS-SUR-RICHBLIBU 163 



congressistes, et, le 19 jain saivant, Washington était 
nommé généralissime de toute l'armée qae pourraient 
lever les Anglo-Américains. De ce moment, com- 
mença sérieusement la guerre qui devait aboutir à 
l'indépendance. 

Le congres, qui avait donné aux milices améri- 
caines un chef, avait aussi décidé d'envahir le Canada. 
C'est là une audace qui surprend, quand on sait que 
les ambitieux voisins avaient besoin de combiner tou- 
tes leurs forces contre l'Angleterre. 

Un léger succës, remporté sur les bords du lac 
Champlain, les avait convaincus qu'une action prompte 
et décisive leur conquerrait bientôt tout le territoire 
canadien. 

Ils préparèrent donc la campagne du Canada en 
même temps que l'évacuation de leur contrée. 

Pour l'expédition du nord, on leva deux corps 
militaires ; le premier sous les ordres d'Arnold devait 
se rendre à Québec par les rivières Kennebec et Chau- 
dière, l'autre par le lac Champlain (1). 

Or, pendant que les nuages s'amoncelaient dans 
ses anciennes colonies, l'Angleterre, mieux avisée à 
l'égard des Canadiens, s'était efforcé de racheter un peu 
son passé auprès d'eux par des concessions. C'est 
ainsi que l'Acte de Québec, en^ 1774, leur avait accordé 
enfin la libre pratique de la religion catholique, avait 
rétabli les lois françaises, reculé les limites de la 
province québécoise, et créé le Conseil législatif. 
Cette conduite était opportune, puisqu'elle ne précéda 
que de quelques mois le congrès, qui fit appel à l'aide 
des fils abandonnés de la France. 

Le 9 juin 1775, Carleton, gouvernair du Canada, 

(i) — Têtu, Les évê que s de Québec^ 328, 



164 HISTOIRS DE 



avait de son côté, en face du danger grandissant, pro- 
clamé la loi martiale (1) et, peu apr^, avait mandé tou- 
tes les milices de la colonie sous les armes. 

Le peuple, placé entre l'ennemi d'hier et celui du 
jour, hésita et, en général, opta pour la neutralité(2). 
Le bas de la province se laissa peu émouvoir, mais le 
haut dans lequel était compris Saint-Denis, plus rap- 
proché du théâtre des hostilités, se remua davan- 
tage, et ses sympathies allaient plutôt aux Améri- 
cains (8). 

Le cri d'alarme de Carleton n'eut conséquemmeut 
pas beaucoup d'écho. Betiré k Montréal, il ne réunit 
qu'un petit nombre de soldats autour de son drapeau. 

Heureusement que le clergé et la noblesse étaient 
avec lui ; ils le sauvèrent. 

Mgr Briand fit même lire à ses diocésains une 
lettre pour leur rappeler qu'ils avaient le devoir de 
rester fidëles à la métropole (4). 

Aussitôt après cet acte de sollicitude pastorale, 
au commencement de septembre, Montgomery entra 
dans le Canada, à la tête de mille hommes (5). Plus 
adroit qu'honnête, il se hâta de porter à la connaissan- 
ce des Canadiens qu'ils n'avaient rien à craindre de sa 
part, qu'il ne venait que pour rencontrer l'armée 
royale, que leurs personnes, leurs biens et leurs autels 



(1) — Têtu, Les éviques de Québec^ 328. 

(2) — Montgomery écrit de llle anx Noix à son épouse, en date 
du 5 sept. 1775 : ««Néanmoins un M. Hazen, résidant à Saint-Jean, qui 
me paraît être un homme de jugement, est d'avis qu'ils (les Canadiens) ne 
prendront pas les armes contre nous, mais qu'ils ne prendront pas non 
plus l'ofTensive en notre faveur". Saint- Maurice, Notes pour servir à 
r histoire du générât Richard Montgomery^ 38 et 39. 

(3) -— Têtu, Lis évéques de Québec^ 328. 

(4) — Ibid., 326. 

(5) — Garneau, Histoire du Canada^ II, 446. 



SAINT-DBNIS-SUR-RICHELIBU 165 

n'auraient aucuuoment à souffrir de son passage (1). 
L'hypocrite ! il voulait voler des adhésions qu'il ne 
méritait pas plus que ses commettants. 

Son explication écrite, répandue à profusion dans 
la vallée du Richelieu, j accentua cependant l'opi- 
nion en sa faveur (2). 

A Saint-Denis, on se rangea presque partout pour 
lui ; la paroisse lui envoya même un de ses capitaines de 
milice et quelques miliciens. Par ceci l'on comprend 
facilement avec quelle attention avaient été suivies 
toutes les manœuvres des révolutionnaires et quelles 
émotions elles devaient y produire. 

Montgomery fut tout de même arrêté pendant 
quarante-cinq jours devant le fort Saint-Jean. C'est 
durant ce temps-là qu'il exerça surtout son influence 
dans cette partie du pays et que le capitaine Jean- 
Baptiste Ménard (3) partît de la seigneurie dyonisieu- 
ne pour grossir ses bataillons. 

Le curé Cherrier, pour sa part, pensait comme sou 
évêque et comme tous les hommes haut placés et clai- 
voyants dé sa patrie. Il cherchait sans doute à éta- 
blir communauté d'idées entre lui et ses paroissiens, 
mais il avait jusque-là fort peu réussi (4). Le mot 
magique de liberté leur avait tourné la tête, et ils ne 
songeaient que trop au départ des tyrans anglais sans 
se demander qui les remplaceraient. 



(1) — Ganieau, Histoirt du CauAda, II, 446. 

(2) — Ibid., 448 et 449. 

(3) — J.-B. Ménard-Brindamour était maiié avec Françoise Circé 
et père de Pierre Ménard, lieutenant-gouverneur de Tlllinois. D'après 
des lettres de famille, il appert qu'il s'est battu à Québec sous les éten- 
dards de Montgomery, Mason, dans la Chicago kistorkal socùt^s colite- 
ihftj IV, 144. 

(4) — Le 24 octobre 1775, les Américains étaient les maîtres de la 
contrée. Ijt capitaine J.-B. Ménard, en leur nom, y accordait ce jour-là 
un passeport au marchand Jacques Cartier, de Saint-Antoine : ** A 



166 HISTOIRE DE 



Malgré sa protestation qu'il n'en voulait qu'à 
l'armée royale, Montgomery ne lançait pas moins des 
partis de divers côtés dans les campagnes pour obliger 
tout le monde à abonder dans son sens. 

C'est ainsi que, des l'aube du 18 septembre 1775, 
le curé de Saint-Denis se réveilla au bruit des pas 
d'un bataillon. On venait apparemment le mettre à 
la raison. Mais les doux, libérateurs se contentèrent 
de tuer une des domestiques de la maison et. .. • se 
retirèrent. 

La victime était une jeune fille de dix-huit ans, 
nommée Madeleine Larivée. S'étant probablement 
montrée à une fenêtre, elle avait reçu dans la tète 
la balle qui avait causé sa mort (1). 

Carleton n'était pas inactif durant tout ce temps- 
là. Il se donnait rendez-vous à Sorel avec le colonel 
MacLean, de Québec, pour ensuite remonter le Kichc- 
lieu et repousser l'ennemi. L'officier mandé accourut 
en eftet avec trois cents hommes et attendit, mais le 
général ne s'y rendait pas. Que faisait-il donc ? Avec 



Saint-Denis. ... permis au Sr Cartier d'aller à Sorel chercher les effets 
et marchandises et à les amener chez lui avec son bateau sans que per- 
sonne ne puisse l'arrêter et que l'on lui oppose aucun inconvénient, vu 
que l'on lui a donné permission. Etant pour les afTaires de son commer- 
ce ". — Pour le retour de Sorel, ce fut MacLean qui accorda le passe- 
port. Archwes de M, Jacques Cartier^ de Saint- Antoine. 

(I) — Verdict du jury tenu à l'occasion delà mort de Madeleine 
Larivée : " A la requête de M. François Cherrier, prêtre, curé de cette 
paroisse (S. -Denis), nous sommes transportés au presbytère de la dite pa- 
roisse pour faire la visite du corps de Madeleine Larivée, 'sa domestique, 
laquelle l'ayant trouvée morte, nous avons vu qu'elle était morte d'un 
coup de fusil, prenant dans la joue droite et sortant dans le derrière de la 
têie. Provenant l'accident d'une descente d'un corps de troupes baston- 
naises, qui avaient assiégé le dit presbytère de grand matin, et ce dans 
une des décharges de mousqueterie du dit parti.. .. Fait en la maison 

presbytérale le 1 8 sept. 1775". (Signé) ««Thomas Cormier, 

Thomas Jacobs, témoins ; M. Jehanne, notaire public ". Registres des 
baptêmes^ mariages et sépultures de Saifit- Denis ^ III, 21. 



SAINT-DBNIS-SUR-RICHBLIBU 167 

ses huit cents hommes, il avait malheureusement com- 
mandé un faux mouvement du côté de Longueml et 
y avait dispersé sa petite armée. 

MacLean, abandonné à ses propres forces, essaya 
d'aller seul délivrer le fort Saint-Jean, mais ses militaires 
désertaient, les ponts étaient partout coupés (1) et il 
semblait en pays plutôt ennemi. Enfin, aprës s'être 
quelque temps arrêté au village de Saint-Denis (2), il 
ne put aller plus loin et retourna à Sorel, puis de là à 
la capitale (3). 

C'est seulement aprës cette retraite que Montgo- 
mery put recevoir les clefs du fort assiégé de Saint- 
Jean ; il avait peu auparavant obtenu celles de Oham- 
bly. Montréal lui ouvrit également ses portes (4) ; 



(1) — Dans le Journal des opérations àe F armée américaine lors de 
r invasion du Canada en 1 775-1776, par S.-B. Badeaux, notaire des 
Trois-Rivières, on lit à la date du 29 oct. 1775 : ** Aujourd'hui il est 
arrivé des gens du parti du colonel Macl^an qui disent que le colonel 
ayant voulu passer par Saint- Denis pour aller à Saint-Jean, qu'il avait 
trouvé le pont démanché, ce qui l'a obligé de faire sa retraiie & Sorel ". 
Revue canadienne^ VII, 194. 

(2) — Garneau, Histoire du Canada^ II, 450. — Pendant que Mac- 
Lean était à Saint-Denis, il se procura à crédit les objets les plus pres- 
sants pour ses soldats, comme on le voit par le compte suivant de Jos. 
Gauthier : ** Compte que présente à la cour de. la juridiction civile de 
Montréal, en vertu de l'ordonnance du 13 août, présente année, Joseph 
Gauthier (é^KMix i. - de Marie-Judith ArcharabauU, 2. - de Marie-Ur- 
sule Allaire), menuisier, résidant en la paroisse Saint- Denis, des domma- 
ges qu'il a soulTerls dans ses biens l'automne dernier par les troupes de 
sa Majesté et Canadiens joints avec elles lors de l'arrivée de M. le colo- 
nel Allan MacLean audit Saint-Denis pour la défense en la province et 
par les rebelles". Suit la liste des objets à payer : Une paire de bœufs 
livrée au major Rrovin, 17 paires de bas, 2 paires de pantalons, 3 paires 

de souliers de chevreuil en tout 294 chelins. Fait à Saint-Denis 

par le notaire Jehanne. Archives de M. Edouard Allaire ^ de Saint-Ours. 

(3) — Garneau. Histoire du Canada^ II, 450. 

(4) — Montgomery écrit de Montréal à sa femme, en date du 24 
nov. 1775: ** L'autre jour, le général Prescoit (à Montréal) a été as- 
sez complaisant pour se rendre à nous, en compagnie de 16 officiers de 



168 HISTOIRE DE 



puis les Trois-Kiviëres firent de même à sou passage 
pour Québec (1). 

Le gouverneur du Canada n'avait même que dif- 
cilement échappé à ses mains. 

Bref, le commandant américain avait marché 
victorieusement jusqu'au commencement de décembre, 
et alors, il était à la Pointe-aux-Trembles de Québec, 
opérant sa jonction avec Arnold. Les envahisseurs 
étaient maîtres de tout le Canada, il n'y avait plus 
que la forteresse québécoise à prendre, mais il n'était 
pas aisé de s'emparer de ce nid d'aigle, défendu par 
plus de dix-huit cents hommes. Aussi ne fut-ce jamais 
que ce qui manqua à la conquête. 

Montgomery, Arnold, Wooster et Thomas s'y 
succédèrent dans le généralat, mais sans plus de succès 
pour l'un que pour les autres. 

Au mois de mai, huit mille soldats de troupes 
régulières étant ^arrivés de Londres, l'ennemi déjà 
réduit par le froid, la disette et la maladie ne songea 
plus qu'à battre en retraite à leur approche. Thomas 
remonta le fleuve jusqu'à Sorel, où la petite vérole, 
ne cessant de sévir dans son armée, le fit lui-même 
passer de vie à trépas. Sullivan le remplaça et, après 
une démonstration inutile en face des Trois-Rivières, 
sonna le retour définitif des siens aux Etats-Unis par 
la voie du Richelieu (2). 



l'armée de terre, de ic» hommes et d'un certain nombre de matelots et 
d'officiers de la marine. J'en ai rougi pour les troupes de sa Majesté ! 
Je n'ai jamais été témoin d'un pareil acte de couardise. Et cette reddi- 
tion s'est faite parce que nous avions sur la rive une demi-douzaine de 
canons en batterie qui pouvaient molester la retraite ! Saint-Maurice, 
Notes pour servir à V histoire du général Richard Montgomery, 47. 

(1) — Gameau, Histoire du Canada, II, 450 et 451. —Têtu, 
Les évéques de Québec, 329. 

(2) — Garneau, Histoire du Canada, III, i à ."^o. 



SÂINT-DKNIS-SUR-RIOHBLIB0 169 



L'opinion s'ëtait rectifiée dans cette derniëre 
partie du pays. Maintenant on sonhaitait le départ 
de ces Américains, dont les actes n'avaient pas été en 
harmonie avec les paroles. L'efierves'cence était 
disparue, et l'on voyait alors clairement au-delà du pré- 
sent. L'œuvre des prdtres surtout avait lentement, 
mais sûrement amené ce changement. 

Le gouverneur put aprës cette réaction y recruter 
des militaires et les lancer à la poursuite de l'ennemi, 
qui ne s'en allait pas assez vite à son gré. Saint-Denis 
fournit alors son contingent. 

Cette retraite effectuée, ce ne fut pas encore tout- 
&-fait le calme. La guerre se continua plusieurs mois 
dans le pays voisin, et il fallut tout ce temps demeurer 
sur ses gardes. Des garnisons canadiennes ou anglai- 
ses furent donc postées partout où en avaient eu les 
Américains ; c'est ainsi qu'en eurent Saint-Jean et 
Chambly, et qu'il y en eut une à Saint-Denis jusqu'à 
l'automne de X776 (1). 

L'on avait enfin depuis déjà assez longtemps 
déposé partout les armes^ lorsque le traité de Versail- 
les, en 1783, ratifia la déclaration d'indépendance, 
qu'avaient émise les révoltés américains, le 4 juillet 
1776, 

La défensive leur avait mieux réussi que l'offen- 
sive. 

C'est pendant que les troupes sillonnaient nos 
campagnes en tous sens que mourut l'actif et excellent 
seigneur, M. de Contrecœur. 



(I) — Louis Gervais, de Saînt-Denis, héberge quelques soldats, 
pour sa part, du 6 octobre au 15 nov. 1776. Jacques Cartier, de Saint- 
Antoine, en fait autant durant le même laps de temps. Archives de M^ 
Jacqtus Cartier^ de Saint- Antenne. 



170 HISTOIKB DE 



La perte que subissait eu lui la paroisse de Saint- 
Denis était considérable et d'autant plus sensible qu'elle 
était plus difficile à combler. 

Hesreusenient que les besoins de son ancien 
domaine n'étaient plus aussi impérieux, tant il avait 
déployé de dévouement à le faire valoir. Sa possession 
s'était même transformée, de lourd fardeau qu'elle 
avait été, en un honneur assez rémunérât if. L'édifice 
était presque fini, ou plutôt il allait maintenant s'ache- 
ver seul, il n'y avait plus qu'à en jouir. 

Les deux filles de M. de Contrecœur, Charlotte et 
Catherine, succédèrent à leur père. 

Elles recevaient par indivis les domaines de Saint- 
Denis et de Contrecœur, e% partie de celui de Saint- 
Ours. C'était un riche héritage, dont elles dotèrent 
toutes deux leui-s maris. 

La première avait épousé François-Claude Bou- 
cher de Laperriëre, vers 1765, et l'autre, Joseph 
Boucher de Montarville, quelques années plus tard. 

Ces deux Boucher, issus de germains, étaient les 
arrière-petits* fils du fondateur de Boucherville. Leurs 
pères étant mariés à deux sœurs de M. de Contrecœur^ 
ils étaient consanguins de leurs femmes au deuxième 
degré. Il y avait davantage: pour François-Claude, 
son père étant le frère de la mère de son épouse, il 
avait une autre fois avec celle-ci le même degré de 
consanguinité ; quant à Joseph, par son père aussi, il 
était de même encore cousin au troisième degré avec 
son épouse. Ce qui produisait cet enchevêtrement de 
parentés, ce n'était rien moins que cinq alliances con- 
sécutives de Boucher avec des de Contrecœur ; les six 
parents avaient donné l'exemple, les quatre enfants 
l'avaient suivi. 

Joseph Boucher, sieur de la Brucre de Montar- 



SAINT-DBNIS-SUR-RICHBLIBU 171 

ville, qui ne signait souvent que Montarville tout 
court,, était fils de René et petit-lila de Pierre, 
deuxiëme seigneur de Boucherville. 

Né vers 1742, il avait environ trente-trois ans, 
lorsqu'il devint co-seigneur de Saint-Denis ; son épouse 
en avait alors trente-lin. 

Apres avoir été élevé dans la paroisse fondée par 
son bisaïeul, il continua d'y vivre. C'est de là qu'il 
veilla sur ses intérêts dans la seigneurie dyonisienne 
et qu'il y exerça sa générosité à l'occasion. 

Vers 1788, sou beau-frëre s'étant départi, en sa 
faveur, de ses droits sur Saint-Denis, il en devint 
l'unique propriétaire et le fut ensuite jusqu'à sa mort. 

En 1790, il payait à la fabrique religieuse de son 
domaine les quatre-vingts piastres environ qu'avait 
coûté six ans auparavant son principal tableau, repré- 
sentant les saints patrons de la localité ; c'est cette 
même peinture qui surmonte encore le maître-autel 
du temple actuel. Cinq ans aprës ce premier don, 
il versait de nouveau cinquante piastres au trésor 
de la fabrique pour l'aider à reconstruire l'église. 

C'est vers 1810 qu'il est décédé, laissant son bien 
entre les mains de ses deux filles, Françoise et Gilles, 
et de leurs époux Taschereau et Deschambault. 

Son co-béritier des premières années, François- 
Claude Boucber de Laperriëre, qui signait souvent 
Laperriëre tout simplement, était fils de François- 
Clément et petit-fils de René (1). Comme son cousin 



(i) — René Boucher de Laperrière était *< enseigne sur un des 
vaisseaux de M. Daneau de Muy. Il n'eut que deux enfants de son 
mariage avec Demoiselle Françoise Malhiot. II ftiisait partie, avec le 
brave d'Iberville, de l'expédition de Terreneuve, et l'historien Carneau 
( ffistoin du Canada^ I, 363 \ le place à la tête des Canadiens qui se 
distinguèrent dans cette campagne héroïque *'. Quant i son fils Kran- 



172 HISTOIRE DB SAINT-DENIS 

Joseph, il demeura toujours à Bouchwville, la paroisse 
de ses ancêtres. C'est de là qu41 veuait quand, avec 
son épouse, il fut le généreux parrain de la deuxième 
cloche de Saint-Denis, en 1771. 

Héritier en 1775, il avait alors trente-^ix ans» et 
son épouse, trente-trois. Huit ans plus tard, il avait 
déjà vendu sa moitié de territoire dyonisieu et réuni 
ailleurs les parties éparses de sa fortune. 

Il est mort sans plus reparaître dans son ancien 
héritage. 




çois-Clément, il *' eut, de son mariage avec Charlotte Pécody (de Contre- 
cœur), 2o enfants, tous baptisés, mariés et inhumés à Bouchcrville, à l'ex- 
ception de sa fille atnée qui reçut la sépulture à Québec, et d'un de ses 
fils, qu'un historien compte au nombre des malheureux naufragés de 
l'Auguste", qui se perdit dans les eaux du golfe Saint- Laurent au len- 
demain de la guerre de Cession. Lalande, C/»e vitiile seigneurie, Bou- 
chervUU^ 77 4 82. 



CHAPITRE XIX 



Fondation du couvent. Les différentes phases de 

son histoire. Ses supérieures. Ses états 

de services. X773-X905. 



L'abbé Cherrier, en arrivant à âaint-Denis, avait 
constaté avec peine qu'il n'y avait eu rien d'acconipli 
jusque-là pour procurer à l'enfance, pas plus qu'à la 
jeunesse, le bienfait de rinstruction. Peut-être y 
avait-il eu ou y avait-il présentement quelqu'institu- 
trice ou instituteur ambulant. Si oui, c'était tout, et 
l'on sait que ce n'était pas là un système plus stable 
que fructueux. 

Le catéchisme ne s'apprenait donc encore que 
dans la famille à force de répétitions patientes, et le 
pasteur, durant dé longues semaines chaque prin- 
temps, continuait et achevait tant bien que mal ce 
pénible et peu satisfaisant travail. 

Le nouveau gardien des âmes sentait toute la gra- 
vité de la lacune. Mais il. y avait tant à exécuter dans 
la paroisse, et les ressources étaient si restreintes ! Les 
ruines de la guerre de Cession n'avaient pas été rele- 
vées que déjà l'on avait bâti l'église. D'un autre côté, 
comment laisser persévérer plus longtemps un état 
de choses aussi préjudiciable à l'avenir de la localité ? 
Trois années s'écoulent ; et enfin dans le cours de la 
quatrième Dieu inspire au vigilant curé le moyen à 
essayer pour obvier à une partie de l'inconvénient. 

Les religieuses de la Congrégation de N'otre-Dame, 



174 HISTOIRE DIT 



de MoDtréftI (1), enseignaient presque grataitemenf, îl 
les demanderait ; et pour les établir, ee qui coâtcrait: 
cher, il tendrait la main dans tontes les paroisses, h 
qui la nouvelle fondation pK)urrait être utile. . 

Il en p^rla à ses confrères des environs ainsi qu'î\ 
plusieurs de ses paroissiens et des leurs, et déjà ui> 
certain nombre lui offraient de généreux secours* 
Voyant que son projet ne rencontrerait pas d'obstacles 
sur ce point, il le présenta à Mgr Briand, le 6 août 
177S. 

L'évoque, charmé du zële <le M. Cberrier, l'en 
félicita et voulut même étendre le district de ses quêtes 
pour le succès de son entreprise. Le curé ne lui avait 
mentionné que la vallée du Bicbelieu, sa Grandeur 
fixa que l'aide pourrait être demandée de Sorel h 
Saint-Mathias et de plus sur les deux versants de 
VYamaska, où, disait-elle, il y aurait bientôt presque 
un aussi grand monde ([ue sur les rives richcloises (2). 



(1) — Cette communauté est d'origine canadfenr»e et date des com- 
mencements de la colonie. On la doit à la sainteté et au dévouement 
de la Vénérable Mère Marguerite Hourgeoys, née à Troyes, en Champa- 
gne, France, le 17 avril 1620. A 33 ans, celle-ci abordait au Canada pour 
Kl première fois. PauAe fille, elle y fut d'abord pendant 4 ans la ména- 
gère de M. de Maibonneuve, fondateur de Montréal. En 1657, elle 
débute comme institutrice dans une ancienne étable de la cité naissante. 
Tuis elle s'embarque l'année suivante pour le pays natal, d'où, en 1659» 
elle amène les quatre personnes, qui* seront ses premières compagnes 
dans la congrégation projetée. En 1671, le roi approuve sa pieuse 
entreprise et, 5 ans plus tard, l'évêque de Québec en fait autant. A 
partir de ce moment, l'œuvre s'est constamment développée. Mère 
J^ourgeoys est décédée à Montréal, le 12 janvier 1700. Faillon, Vie Je 
la Sœur Bourgeoys, 

(2) — A la date du 6 août 1773, le curé Cherrier écrit à Mgr 
Hri:\nd : ** Les habitants de nos cantons sont assez bien, mais...... 

comme ma paroisse a déjà été bien accablée, je souhaiterais qu'elle ne 
contribuât pas seule à cette dépense....; ne pourrait-on pas faire une 

tournée dans toute la iivière Chambly, qui y est également intéressée? 
Plusieurs habitants hors de ma paroisse ont déjà fait des promesses, si 



BAINT-BRNIS-STJR-RIGHELIBU 175 



Aveo cette approbatiou. Tardent promoteur de 
l'éducation, croyant quMl n'y avait paî) de temps à 
perdre, décida le voyage de Montréal pour obtenir de 
la commuuapt^ en vue les deux Sœurs missionnaires 
désirées* 

La Mëre Saînte-Rose, née Véronique Létang, 
était alors supérieure générale depuis plus d'une 
année (1). Elle reçut très favorablement la requête, 
mais prudente elle ne s'engagea à lui donner suite que 
lorsqu'elle le pourrait. Los sujets n'étaient pas nom> 
breux autour d'elle, et il y en avait plusieurs d'invali- 
des. Les maisons déjà existantes ne se maintenaient 
même qu'avec difficulté (2). 

Quoi qu'il en soit, M. Cherrier revint content ; il 
avait la certitude que la première fondation des fiUes 
de la Vénérable Marguerite Bourgeoys aurait lieu 
dans sa piaroisse. 

Le 8 avril 1774, il obtint du seigneur le terrain que 
celui-ci semblait détenir pour le couvent, au sud de la 
place de l'église. C'était un emplacement d'environ 
337 pieds par 104 de front sur la rue Saint-Denis (8). 



l'on voulait bâtir ; je ne m'y fie pats tout -i- fait, mais c'est toujours un 
bon présage, pourvu qu'on ne les décourage pas ". L'évêque répond, 
le 14 suivant: ** Je ne puis que louer votre projet d'établir des Sœurs 
dans votre bourg, elles serviront.... aussi pour les paroisses de la 
rivière Yamaska, qui va dans peu d'années devenir presque un aussi 
grand monde que celle de Chambly.... Je vous autorise à faire une 
quête dans les deux livières, depuis Sorel jusqu'à Saint-Olivier (Saint- 
Mathias aujourd'hui )". Arckh^s de réviché de S, -Hya<intke^ 
(ï) — FatUon, Vie de Ui Sœur BcurgecySy II, 432. 

(2) — En 1828, après 171 ans d'existence, la communauté ne comp- 
tait encore que 15 missions. Vu de la Mère Sainte^ MadeUin^\ 58. ^ 
Elle était loin de la prospérité actuelle, qui lui permet de distribuer le 
travail de 1293 religieuses professes en 123 maisons et 21 diocèses diffé- 
rents. Cadieux et Dérome, Le Canada ecclésiastique de 1905, 258. 

(3) — Pour être exact, il faut dire qu'il y avait cette étendue, moins 
au nord-ouest un triangle de terre, dont les petits côtés mesuraient sur la 



1 76 HISTOIRB DE 



Le donateur n'imposait sur cette concession que la 
rente illusoire d'un sou par année, avec en outre la 
seule condition d'y bâtir et entretenir une maison de 
religieuses enseignantes (1). 

Aussitôt cet acte signé, M. Cherrier se disposait 
à en remplir la dernière clause, lorsqu'il apprit que les 
Sœurs pourraient remettre assez loin, l'accomplisse* 
ment de leur partie. Alors il suspendit toute dé- 
marche et attendit. Et c'est pendant neuf ans qu'il 
vécut ensuite dans l'espérance. 

De temps en temps dans l'intervalle, il rappelait 
à la communauté sa promesse, en s'informant de ses 
progrès et du jour, où elle pourrait établir une mis- 
sion au milieu de ses paroissiens. 

Enfin, en 1781, Mëre Saint-Ignace, née Marie 
Raisenne (2), qui avait succédé à Mëre Sainte-Rose 
depuis trois ans, lui écrit que, les novices augmen- 
tant, on serait bientôt en état de fonder, et il se re- 
mit, sur le champ, en frais de terminer ce qu'il avait 
ébauché sept ans auparavant. 

Alors ses économies lui avaient permis d'amasser 
une somme assez rondelette, et il ne l'avait grossie que 
pour moins demander à la charité des amis de son 
œuvre. Aussi n'en réquéra-t-il plus que peu pour 
compléter ce qui manquait à sa bourse et à celles de 
ses paroissiens, devenus aussi plus à l'aise. Le curé, 
pour sa part, donna beaucoup ; il en était heureux, 

rue Saint-Denis 40 pieds et sur la place de Téglise 180 pieds. Acte du 
8 avril 1774 par-devant notaire Jehanne et Acte de bornage de Tarpen- 
teur J.-H. Raymond, en date du 6 août suivant. 

(1) — Acte passé par-devant notaire Jehanne, le 8 avril 1774, et 
approuvé par Mgr Briand, le 13 mars suivant. Archives seigneuriaUs 
chez Dr H.-A. Mignault, de Saint- Hyacinthe. 

(2) — Mère Saint-Ignace, fille de deux captifs anglais d'Oka, a été 
12 ans supérieure générale des Sœurs de la Congrégation de Montréal, 
de 1773 à 1790, Faillon, Vu de la Sœur Bourgeoys, II, 442 à 462. 



8AINT-DBKIS-SUBrRICHBLIEU 177 

tant il prévoyait tout le bien qu'il procurait à ses 
ouailles ainsi qu'à celles des pasteurs voisins. 

De sa chëre maison, il sortirait des institutrices, 
qui enseigneraient à leur tour dans les campagnes jus- 
que-là privées de toute école, il en sortirait surtout 
d'excellentes mères de famille. Et c'étaient là des 
rêves qui devaient avoir leur pleine réalisation. Si 
Saint-Denis et ses environs comptent tant de demeu- 
res, où prédominent la bonne éducation, les belles 
manières et l'esprit profondément religieux, il faut 
l'attribuer en forte partie au dévouement éclairé de 
celles qui^' depuis plus de cent-vingt ans, se dépensent 
dans la seigneurie à Tabri des murs bénis de leur cou- 
vent Elles ont été les dignes coopératrices du prêtre 
dans l'oeuvre du salut des âmes ; elles aussi ont péné- 
tré dans les foyers pour y répandre un peu de bon- 
heur, tout en préparant celui du ciel. 

Chacun ayant apporté sa pierre, l'édifice était 
très avancé à la fin de la belle saison de 1782. Il fut 
fini durant l'été suivant et, au commencement d'oc- 
tobre de la même année, les deux Sœurs missionnaires 
y inauguraient les classes. Il restait encore des acces- 
soires à ajouter pour rendre l'établissement complet ; 
la quête du jour de la Saint-Denis fut faite dans ce 
but (1) et, peu après, tout était en effet bien para- 
chevé. 

Le couvent formait un bel édifice de 40 par 80 
pieds. Il n'avait qu'un étage, mais immenses étaient 
ses mansardes avec leur double rangée de lucarnes. 
C'était en réalité un des bons établissements de la 
communauté à cette époque. Construit en cailloux, il 
était chaud et confortablement divisé. L'abbé Cher- 

(I) — Registres des dilibératiens éU la fabrique de Saint- Denis^ Red- 
dition des comptes de 1783. 



178 HISTOIRE DE 



rîer n'y avaît-il aussi rien négligé ; pour être sûr que 
tout fut bien exécuté, il avait lui-même surveillé et 
dirigé les travaux. En 1856, la bâtisse était évaluée 
k cinq mille deux cents piastres. 

Cette construction a subsisté quatre-vingt-quatre 
ans. Mais à la fin elle ne répondait plus aux exigen- 
ces modernes, qui attirent et retiennent les élèves, et 
d'ailleurs elle n'était plus assez spacieuse pour le flot 
grossissant de celles qu'on y envoyait chercher leur 
formation. 

En 1867, des le printemps, on la démolit, d'après 
ce qui avait été décidé l'automne précédent, et, sur 
les mêmes bases, moins sur le côté sud, on éleva la 
maison actuelle, qui mesure 50 par 80 pieds de gran- 
deur. Les religieuses, un moment réfugiées avec leurs 
élèves dans la salle publique du presbytère pour ache- 
ver l'année scolaire (1), réintégraient leur domicile 
pour la réouverture des classes, en septembre suivant. 
Joseph Lapalisse, de Saînt-Aimé-sur-Yamaska, et Elîe 
Giard, de Pierreville, aujourd'hui de Sherbrooke, tous 
deux entrepreneurs associés, avaient conduit le chan- 
tier avec autant d'expédition que d'habileté. Par leur 
contrat, passé à la procure générale des Sœurs de 
Montréal le 11 novembre 1866, ils devaient bâtir pour 
la somme de dix mille huit cents piastres (2), mais à 
cause d'imprévus le couvent fini en a coûté quatorze 
mille. 

Il est de jolie apparence. Mieux sorti de terre 
que l'ancien, il possède deux étages et demi. Les salles, 



jl) — Dans une assemblée des marguilliers, en date du 3 mars 
1867, il était convenu de laisser la salle publique du presbytère *' à la 
disposition des Sœurs juscju'à la sortie des élèves". Registres tUs déli- 
bérations Je la fabrique de Saint- Denis. 

(2) — Archives de AL Elle Giard ^ de Sherbrooke. 



SAINT-DBNIS-SUR-KICHELTEU 1 7 



sans y être vastes, sont bien éclairées et convenable- 
ment aménagées (1). 

Cette reconstruction, dont les dépenses ont été en 
grande partie supportées par la maiBon-mëre, est due 
en première instance à la Mère Saint-Bernard, native 
de la paroisse, alors supérieure générale de la commu- 
nauté. C'est de la part de celle-ci une générosité ca- 
pable de provoquer la plus vive reconnaissance des 
gens de Saint-Denis, surtout quand on sait l'état* do 
gêne, dans lequel ont continuellement vécu les reli- 
gieuses de la Congrégation. Aussi les Dyonisiens ne 
s'acquîttaient-ils que d'un devoir impérieux du cœur, 
lorsque, le 24 juin 1900, ils prélevaient sur leur fabri- 
que la somme de trois mille piastres pour aider le 
couvent à se débarrasser de sa trop lourde dette (2), 
contractée au temps de la réédification. 

La proximité de l'église, sans doute, fut constam- 
ment d'une grande consolation pour les Sœurs mission- 
naires. Leur condition de véritables paroissiennes les 
porta même longtemps à aimer l'arrangement, qui ne 
leur faisait trouver que là le Dieu de rEucharistie ; mais 
le nombre grandissant de leurs élèves dut graduellement 
les pousser à désirer d'avoir leur chapelle particulière. 
Jusqu'en 1863, elles s'étaient contentées d'un petit 
oratoire, où, réunies autour d'un humble autel, elles 
accomplissaient un certain nombre d'exercices en com- 
mun. En 1849 seulement, durant toute la retraite 
annuelle de l'automne, Mgr Bourget leur avait permis 
»d'y conserver le trésor des Saintes-Espèces (3). La 



(1) — L'architecte du couvent a été H. -M. Perrault, de Montréal. 
Ses plans et devis sont du ii nov. 1866. Archives de M. Elit Giard^ de 
Sherbrooke. 

(2) — Registres des délibérations de la fabrique de Saint Denis, 

(3) — I>e 15 novembre 1849, Mgr Bourget écrit au curé de Saint- 
Denis : *' Je vous permets de grand cœur de célél^rer, et de garder le 



l 



180 HISTOIRE DS 

&vear ensuite ne leor fiit pins redontiiSe qu'en septem- 
bre 1863, alors que fut béniteleur chapelle extérieure ; 
à partir de cette épocjue, l'Hôte divin leur est tou- 
jours resté. 

Le petit temple, aussi propret que sans prétention 
artistique, où elles vont maïutenant s'entretenir avec 
Lui tout à leur aise, fut décidé en 1862 et édifié 
l'année suivante. Le renouvellement de la bâtisse du 
couvent ne l'a affecté qae pour le rendre plus froid, ce 
qui a surtout nécessité l'importante restauration de juil- 
let et août 1881, oh il a reçu son parachèvement actuel. 

Il forme appendice au corpe principal de la mai- 
son du c6té de l'église, de même que la cuisine cons- 
titue également une saillie au coin sud-ouest. 

La chapelle privée dos Sœurs ne les a cependant 
pas déloiirnées du temple paroissial, oii elles persévè- 
rent à donner avec leurs élevés l'exemple del'aseiduité 
aux offices publics. Les Sœurs Grises et les Yiatenrs 
en font autant, les unes avec leurs invalides et le» 
autres avec leurs écoliers. C'est ainsi que les parois- 
siens, s' étant habitués h toujours attribuer aux réunions 
de fidèles toute l'importance qu'elles méritent, s'^ ren- 
dent constamment en foule et souvent franchissent de 
sérieux obstacles pour n'y pas manquer. 

La place réservée aux Sœurs de la Congrégation 
et k leurs élèves dans la deuxième église était le jubé, 
construit expressément pour elles (1) ; dans l'église 
actuelle, c'est la chapelle Saint-André qui leur est 
aftcctée. Peu après l'achèvement de ce dernier ' 
temple, pesait sur la fabrique un excédent de dépenses. 
M. Cherrier, généreux en toute occasion, quand il 

^iimC Saciement dans ta chapelle du couvent, pendant tout te lemp* de 
|j rclraile". Arckivii di l'évlchi dt SamiHyaeinthe. 

[l) —Inventaire du 30 mai 178S. Arthivts àt Viglitt Av Saint- 



SAINT-BBNIS-SUR-RICHBLIBU 181 

s'agissait de ses ouailles et de bien à lear procurer, 
s'offrit à combler le déficit de ses propres deniers, si 
en retour on abandonnait à. perpétuité aux Sœurs 
missionnaires et à leurs élèves l'enfoncement sud du 
transept appelé la chapelle Saint-André. C'est depuis 
la conclusion de ce marché, le 19 mai 1802 (1), que 
les religieuses sont en possession de leur place 
d'aujourd'hui dans l'église. 

En arrivant dans leur couvent de Saint-Denis, les 
Sœurs ont ouvert un pensionnat en même temps qu'un 
externat, quoiqu'elles ne fussent qde deux, et elles 
maintinrent l'un et l'autre sans être plus nombreuses, 
jusque vers 1850. Inutile après cela de tenter l'éloge 
de leur dévouement, il se voit trop clairement. 

Elles enseignaient et surveillaient, c'était la part 
la plus absorbante ; elles avaient de plus tout le soin 
de leur maison, en particulier de leur cuisine ; et 
outre cette besogne elles trouvaient encore le loisir 
d'ajouter à leurs fonctions d'institutrices quelque tra- 
vail du dehors et notamment l'entretien de la sacristie. 
Oe qu'elles accomplissaient ici se poursuivait journel- 
lement dans leurs autres missions. Gomment Dieu 
aurait-il pu ne pas bénir une communauté de servantes 
aussi zélées pour l'extension de son règne? 

Souvent encore jeunes, elles traînaient courageu- 
sement une chaîne d'infirmités pour continuer à faire 
le bien ; c'était le temps de l'épreuve. Maintenant 
leur devoir n'est pas moins bien rempli, mais il est 
rendu moins pénible, quoiqu?il le soit encore fréquem- 
ment. 

Depuis un demi-siècle, leur nombre s'est insensi- 
blement accru à Saint-Denis ; aujourd'hui elles y sont 
ordinairement sept ou huit à l'œuvre. 

(l) -^ Jiegisins des délibérations de la fabrique de Saint-Denis, 
Redditioti dei comptes de i8oi. 



182 HISTOIRE DB 



Lee deux premières qni vinrent furent Catherine 
Dailleboust, dite Sœur de la Visitation, supérieure, et 
Marie-Louise Conipain, dite Sœur Saint- Augustin. 
Elles étaient respectireroent âgées de trente-quatre et 
de trente-six ans. La plus jeune est plus tard allée 
mourir à la mission de Deschambault, en 1806 (1), et 
sa compagne, dont Dieu eut à son service comme reli- 
gieuses les trois sœurs selon le sang et le frère comme 
prêtre, fut dans la suite dix-sept ans supérieure gêné-, 
raie de sa congrégation (2) ; c'est durant l'exercice de 
cette haute fonction que son frëre fut curé de Saint- 
Antoine. 

En 1812, Josephte Mornean, dite Sœur Sainte- 
Cécile, était supérieure à Saint-Denis, depuis plusieurs 
années. Mais alors elle était devenue infirme, et sa 
compagne Catherine Huot, dite Sœur Sainte Made- 
leine, à peine figée de vingt-un ans^ la suppléait pres- 
que partout. Cette dernière fut pendant deux ans, de 
février 1812 à février 1814, auprès de cette ancienne 
toujours malade, et y donna la mesure de sa vertu (3), 
qu'elle devait plus tard faire briller pendant dix-huit 
ans k la tète de sa communauté (4). 

Six ans après son départ de Saint-Denis, Margue- 
rite Bicher, dite Sœur de l'Assomption, y mourait, à 
peine figée de vingt-huit ans. Décédée le 16 février 
1820, elle fut inhumée le surlendemain dans l'église 
paroissiale (5), au caveau de la chapelle retenue pour 
les Sœurs ; c'est la seule religieuse dont les dépouilles 
mortelles y aient été déposées. 



( I ) — Viede Id Mire SaitiU-MaJ^leine, 30. \ 

(3) — Faillon, Vie ée la Saur Bourgeoys, II, 461 et 462^, 
(3) — Vie de la Mère Sainte- Madeleine^ 30 à 32. 

(4) — Faillon, Vie de la Saur Bourgeoys^ II, 474. 

(5) — Registres des baptêmes^ mariages et sépultures de Saim^^^^* 
à la date du 18 fév. 1820. < 






i 



8AINT-DBNI8-SUR-RICHBLIBU 183 

Prës de vingt ans plus tard, vers 1840, Sœur 
Saint-Magloire était préposée à la direction de la 
maison de Saint-Denis. Sœur Saint-Aagusitin, deuxième 
de ce nom, la remplaça en 1842 et tint le poste pendant 
neuf ans ; venue de Terrebonne, elle y est retournée 
en quittant la mission dyonisienne. 

Sœur Saint-Jacques lui succéda pendant un an, 
puis vint Sœur Sainte-Blandine. Celle-ci, durant ses 
sept années de directorat, vit rapidement diminuer le 
nombre des élèves internes. D'environ quarante 
qu'elles étaient à son arrivée, leur nombre descendit 
à un chiffre si minime qu'il ne permettait plus au pen- 
sionnat de se maintenir. Ayant sur ces entrefaites 
obtenu son rappel vers le mois de janvier 1859, Sœur 
Saintc-Anastasie vint achever Tantiée scolaire à sa 
place, et, l'automne suivant, on nommait au poste 
devenu embarrassant une jeune religieuse dans tout 
l'épanouissement de son talent et de son activité. Com- 
me à ces qualités celle-ci joignait les avantages de bien 
connaître son champ d'opération, Saint-Antoine étant 
sa paroisse natale et la maison son alma-mater, on 
appuyait sur cette ancienne élève les plus brillantes 
espérances ; l'attente n'a pas été trompée. Pendant 
douze ans d'abord, elle y a été à l'œuvre, et plus tard, 
durant encore deux ans, de 1889 à 1891. Cette supé- 
rieure, dont le succès a couronné le dévouement, est 
8(vur Saint-Isidore, née en 1832 du mariage de Pascal 
Arcbambault avec Agathe Dupré. Après cinq ans 
d'études sons Sœur Saint- Augustin, elle était entrée 
au noviciat, à l'âge de dix-huit ans, et c'est neuf ans 
plus tard qu'elle revenait sous le toit aimé, où s'était 
développée sa vocation. 

Son administration, si féconde eu magnifiques 
résultats, a été particulièrement marquée par la cons- 
truction de la chapelle et la reconstruction du couvent. 



Elle a tant ùât dans cette missioD qu'elle peut i juste 
titre en être conaidérje comme la seconde fondatrice. 
Quand elle la quitta la premi&re fois, celle-ci était & 
son apogi^e (1). Se coudoyaient alors dans les salles 
trop étroites du pensionnat près de cent élèTee, et 
l'année suivante, cent-une bien comptées; ce fut le 
point culminant sous ce rapport (2) Ce chiffre tonte- 
fois ne pouvait se soutenir ; il varie aujoard'hni entre 
viugt-cinq et trente. 

En 1871, ScBur Saint-Isidore, étant fatiguée, fut 
rappelée à la maison-m&re pour se reposer (8) dans 
des occupations moins absorbantes, pendant un an ; 
pnÎB, durant trois autres années, elle y fut économe. 

Elle fut ensuite supérieure locale à Siûnt-Eustache 
et à Sainte-FamilIe-d'Orléans, d'oil elle revint à Saint- 
Denis. Actuellement elle est supérieure k Berthier- 
ville, aprëa l'avoir été trois ans à l'académie Notre- 
l>ame, de Montréal. 

Boeur Sainte-Marie- Anne, née Bertrand, & Sainte- 
Croîx-de-Lotbini&re, a été supérieure dans la misuon 
dyonisienne aussi à deux reprises ; la première fois, elle 
recueillit la succession de Sœur Saint- Isidore, en 1871, 
et la garda huit ans ; plus tard, en 1881, elle est reve- 

(I) — rendant le premier terme de l'adminiitrelion de Sceur 
Sninl-Iiidorei 16 Clives ODt quitté le convent pour entrer dkDi la vie 

(1) — Kn 1(163, " J ""^ "Q couvent 110 éltves ; en 1867, 45 
nlernca et 83 pensionnaires ; en 1S72, 5oeiteineiet 101 pcnaionniirei ; 
en 1876, 30ext<rnei. 

(3) — Mère ÏSniniA'ictur, supérieure générale des Scenrs de la 
('□ni;i^g*(ton, écrit de Montréal au curé de Saint-Denis, en date dn 4 
ii»\\i 1S71 : "Ma Sœur Sainte- M a rie- Anne, qai est chargée de cette 
k-llti'. se rand à Sain(-l>cnls pour remplacer, k la tête de notre mission, 
111' ^<t'ui Saint-Iaidore, qui 7 a travaillé pendant la ans avec tè le et 
'li^'irTii'iiient. .. Ma Sœur Saint-Isidore, dont la unie est btiguée ",... 
['rciiilr.i >■ quelque temp* de reiios i la maison-mire ". 



FAMILLE MIGNAULT. 




MJ'le Saiiit-lïerniinl (p. ISIl). 




I/aliljc rierro-Marii. {\< i.l-l). Jimi-liasik- lii. 103). 



SAINT-DENIS-SUR-RICHBLIEU 185 

nue pour occuper la même position pendant ciniq nou- 
velles années. C'est sous sa dernière administration 
que se solennisërent avec toute la pompe possible le 
centenaire de la fondation de cette maison et, en même 
temps, les noces d'or de religion de la Mère Saint- 
Bernard. De plus, la double fête coïncidait avec la 
consécration de l'église. 

Mgr Moreau et ses collègues, NN. SS. Racine, de 
Chicoutimi et de Sherbrooke, y participèrent, entou- 
rés d'une vingtaine de prêtres. Grandioses furent les 
cérémonies religieuses et profanes, tant chaque cho- 
se avait été soigneusement prévue et organisée. 
Le 3 octobre 1883, c'étaient la consécration, le banquet 
offert parles religieuses, puis une grande séance drama- 
tique et musicale au couvent ; le soir, splendide illu- 
mination. Le lendemain, messe pontificale des noces 
d'or par Mgr Dominique Racine, sermon par Mgr 
Antoine Racine, et, pour clore les réjouissances, adresse 
des paroissiens à Mère Saint-Bernard avec réponse en 
son nom par le curé. Le corps musical Philharmo- 
nique, de Saint-Hyacinthe, avait été partout de la 
partie pour rehausser l'éclat des différents articles du 
programme (1). 

Sœur Sainte-Marie-Anne, partie de Saint-Denis 
trois ans plus tard, a été dans la suite supérieure à 
l'académie Bourgeoys, de Montréal. 

Dans l'intervalle de ses deux séjours à Saint- 
Denis, il y eut ledirectorat pour ainsi dire intérimaire 
de Sœur Saint-Octave, issue de la famille Beaudin, de 
Châteauguay. 

En 1886, Sœur Saint-Maximin, née Charest, au 
Côteau-du-Lac, la remplaçait définitivement. Celle-ci 



(I) — Journal du collège de Saint-Denis, aux datey des 2, 3 et 4 
octobre 1883. 



186 HISTOIRE DB 

a occupé le poste pendant trois ans. Sou décès est 
Kurveiiu,en 1895. 

Et ce fut le retour de Sœur Saint-Isidore. C'est 
de ses mains que Sœur Saint-Âimé (1), en 1891, reçut 
les rênes du goavenieraent de la maison. En 1898, cette 
dernière, après les avoir gardées sept ans, les abandon- 
nait pour aller prendre celles du couvent de Cbâteau- 
guay, et laissait ea position de Saint-Denis à Sœur 
Sain te-Marie-d' Egypte, qui elle-même l'a cédée àSœur 
Sninte-Emérentienne, en 1901. 

Aussitôt qu'il s'établit une commission scolaire 
dans la seigneurie, les religieuses s'empressèrent d'en 
reconnaître la juridiction pour l'externat, dans l'espoir 
d'y trouver avantagea pour les aider à vivre, Jusque-li 
elles avaient constamment enseigné presque gratuite- 
ment à toutes les filles qu'on ne leur envoyait que 
pour les classes. Il y eut toutefois quelques années 
d'exception dans le temps des écoles de fabrique. 

Cependant les premiers secours des commissaires 
ne furent pas énormes ; en 1849, ils se réduisaient i\ 
Hcpt piastres et demie par année. Ils ont augmenté 
graduellement, à mesure que l'on savait mieux appré- 
cier le bienfait de l'instruction ; et, i partir de 1863, 
ils ont presque toujours été de cent-soixante piastres 
annuelles. Ce fut quelques années moins et d'autres 
plus ; en 1872, c'étaient deux cents piastres. 

Rarement on a pensé dans la paroisse h tester en 
faveur des religieuses qui s'y dévouent. Marie Demers, 
soeur de l'ancien curé et veuve d'Alexis Patenaude, a 
seule dérogé, en leur léguant quatre cents piastres, 
en 1873. 

Cette charitable femme a surtout disposé de sa 
fortuiii.' pour la fondation de l'bôpital. 



> — 



I 



|i) -- Néc Charlolli- Chai 



SAINT-DBKIS-SDK-RICHELIBII 187 

Le couvent compte toutefois, outre cette personne, 
beaucoup de généreux bienfaiteurs et, en particulier, 
chacun des curéa qui ontsuivi M. Cherrier. Ils y ont 
souvent mis de leurs économies. Cette institution leur 
était trop chère pour qu'ils la vissent péricliter, et ils 
lui donnaient pour la sustenter, surtout en lui attirant 




n 



CHAPITRE XX 



L'essaim virginal de Saint-Denis à T Hôpital-Géné- 
ral de Montréal, à la Congrégation-de-Notre- 
Dame, à la Providence, à l* Hôtel-Dieu de Saint- 
Hyacinthe, dans la communauté des Saints- 
Noms-de-Jésus-et-de-Marie, à la Présentation- 
de-Marie, au Bon-Pasteur, chez les Sœurs 
Saint-Joseph et Sainte- Marthe de Saint- Hya- 
cinthe, au Carmel et au Précieux-Sang. Son 
dénombrement. Notes biographiques. 1814- 

1905. 



La cause principale du développement des voca- 
lions religieuses chez les filles de Saint-Denis a été 
sans doute le couvent. En effet, quelle force plus 
entraînante que l'exemple ? Les Sœurs, avec leur dé- 
vouement sans bornes, parlaient plus hant que toutes 
les exhortations ne l'auraient pu faire. Leurs élèves 
étaient les témoins quotidiens de cette vie cousue de 
sacrifices et de bonheur. Et pourquoi n'au raient-elles 
pas communiqué leurs impressions aux compagnes 
moins bien partagées qu'elles ? Les <tmes avides d'im- 
molation se sentaient ainsi portées de toutes parts à 
se consacrer plus entièrement au service de Dieu. 
Mais à ces âmes il fallait plus que de saints désirs pour 
se ranger comme victimes sous une règle monastique : 
un appel spécial du Saint-Esprit s'imposait, et on tar- 
da longtemps à l'entendre. Ce n'est qu'en 1814 qu'il 
eut lieu en faveur de l'heureuse Emélie Cherrier. 
Celle-ci était la nièce du curé Cherrier et la fille de 
Benjamin, l'un des premiers députés du comté de 



^ 



190 HISTOIRE Dl 

Ricfaelîca. N<^e le 30 aTril 1795, elle entrait, à l'âge de 
tlix-neuf ann, chez les Sfrars Grises de Montréal. 
C'étaient lÀ les prémices de S&iiit-Denîs à II vie reli- 
gieuse. Le second choix d'Bn-baut n'a eu sa réponse 
que dix-sept ans plus tard. Mais le mouvement s'est 
ensuite doucement accentué et, depuis trente ans, ÎI 
ne a'écoule pas d'année sans qu'il se déclare quelque 
vocation ft une existence plus parfaite. Jusqu'il ci> 
Jour, la paroisi'e a fourni quatre-vingt-onze religieuses, 
distribuées dans onze commuuantés différentes. 

La fondation de Madame d'Youvillo (1) avait 
soixante-sept ans d'existence lorsqu'Emélie Chcrricr 
frappa & la porte de cette communauté. Nnmraée 
Sœur Cherrier à sa prise d'habit, elle avait k sa mort 
soixante-douze ans, dont cinquante- trois de religion. 

Les quatre filles de Toussaint Lajoie (2) et de Vic- 
toire Charron ont été, plus do soixante ans aprfea, les 
premières -^ suivre les traces de cette devantâire vers 
le même institut. Céleste et Alpbonaine ont obtenu 
leur entrée au commencement d'août 1876, Vitalîne et 
Domitilte, le 14 suivant, étant toutes respectivement 

(I'} — Ollc cummDnnîjii, fomtéi^ en 1747, a pour bm : le snïn des 
vivïUardu et ijts intiimca des deux sexes, des orphelins et orphelines ; 
Tu;» vie des eiibiiU trouvas ) lu visile des malaHesï domicile ; les reilleiî 
h leur L'iicvel ; la tenue de pharni.icieï et de dis|iensairesi>our les |)auvres, 
de salles d'asile el d'ccoles élémeiilaites. C.tdieu). el Ilérome, Ir 
CiiiiaJa tedisiiisliqnf lif 1905, 164. — Cf. Fnillon, Vie df ifmt tf Veii- 
•.■illt : JcU*. Vitdila Vinérnhit Mèitd'YoltaiUe. 

(1) — I j famille M.is«leau Lajoie, éteinle fc Saint- DeuU en 1896, 
y \lviill rtciwis 1785 environ. Son [Temier aiicéltc canadien était 
Mnlli*ii», -"Ulal, arii\é de Lliaten.nve, en Lorraine, .lU cours de ta guerre 
J» Cr-ii"". L'esl son lils l'ierre, qui vînt i Satnt-nenis, Au recense- 
ilifDt de iK'ii, il Avait 37 ans, son épouse Kran(oise Maillet 34, et ses 
ni(jTi|ii < I m m l'irirc, rrançoi&c. Joseph, Marguerite et Je.in-ltaptisle, 

Mim'll"'*'! ■..■ndti.ia,' Joseph, lui CM lent aïeul. TaoKunv. Dut. gin.. 
\'. ti») i I •loi .les hiflh'H'. m,i<iag(i el i/f^lliiv/i if S. Denis. 



8AlNT-DBNIS-8UR-RI0HBLIBir 191 



âgées d« vingt-deuXf dix-aept, vingt et dix-neuf ans. 
Leurs noms en religion sont : Sœurs Masseleau, Char- 
ron, Cherrier et Thuot. 

Les autres Dyonisîennes dans la mdme commu- 
nauté sont : Sœur Durocher, née Rosilda Darocher le 
20 juin 1868, entrée le 18 juin 1891 et décédée le 4 
novembre .1895 ; Sœur Saint-Ambroîse, née Ernes- 
tii>e Thibodeau le 8 août 1866 et entrée te 8 mars 
1892; Sœur Laflamme, née Rosilda Laflamme le 20 
janvier 1867, entrée le 2 février 189& et décédée le 15 
janvier 1908 ; et une seconde Sœur Laflamme, née 
Marie-Anne Lajoie le 21 mai 1881 et entrée le 8 
décembre 1900 ; celle-ci est la nièce des quatre autres 
Sœurs du même nom de famille dans la même com- 
munauté. 

Des neuf Byonisiennes admises au nombre des 
Sœurs Grises de Montréal, six sont encore vivantes. 

La seconde vocation religieuse de Saint-Denis fut 
)>our Pînstitut des Sœurs enseignantes de la paroisse. 
Ce qu'il y a d'étonnant, c'est qu'elle n'ait pas surgi 
plus tôt. La petite Sophie, lille du maître-chantre 
Etienne Mignault, née le 5 octobre 1812, au début de 
la guerre avec les Etats-Unis, est celle que Dieu avait 
destinée à ouvrir la marche vers la congrégation de la 
Vénérable Marguerite Bourgeoys, et combien glorieu- 
sement elle se prêta aux intentions du divin Maître ! 
Cette enfant avait appris dans un âge très tendre à aimer 
ses futures sœurs en religion, en passant des genoux 
de sa mère aux classes du couvent, prës duquel elle 
grandissait. Aussi avaut d'atteindre ses dix-neuf ans, 
n'ayant déjà plus de doute sur la volonté du Seigneur 
à son égard, soumettait-elle sa demande d'admission k 
la maîson-mëre de Montréal ; le 22 août 1831, elle 
s'y rendait effectivement comme postulante. Le jour 
de la Présentation de Marie 1833, elle prononçait ses 



r 
I 



I9Z HISTOIBB DB 

vœux. Pepais lors, elle » rend» à sa conimun&atiî 
d'adoption les aervicee les plus signalas tant par la pra- 
tique dee pliia brïllantcs vertne que par l'exercice des 
plu3 importantes fonctiona. Après avoir «ti niÎBaion- 
naire à r^upraîrie, k Bertbier et à Québec, elle était rap- 
pelée à la TDainuii-mère comme maîtresse des novices. 
Klle remplit cet emploi, de 18d0 à 1861. V^'ie, j ayant 
donné la mesure de ses CHpavités, elle se vit élever ane 
première fois à la charge de supérieu re générale, qn'elle 
garda alors de 1861 à 1864, et pins tard de 1882 à 
1886. Dans l'intervalle, elle a été première conseillère, 
assistante-générale, et supérieure-vicaire à Québec (1). 
Enfin elle prenait ses quartiers de vieillesse, en 1888. 
Cette Mère, nommée Saint-Bernard, a encore illustré 
ce nom par une rare dévotion à la sainte Vierge, par 
une vénération filiale envers l'Eglise et on zèle ardent 
pour la majesté du culte (2). C'est le 28 décembre 
1890 que Dieu l'a conviée à la récompense. 

Ses suivantes de Suint-Denia dans la même con- 
grégation ont été jusqu'ici au nombre do vingt-cinq, 

Sœnr Saint-Etienne, née Adélaïde Jarret- Vin cent 
un 1823, l'a imitée à quinze ans de distance, en 1846. 

Sœur Sainte-Euphémie. née Adeline-Zoé, fille dn 
capitaine Benjamin Ricbcr et petite-fille du tribun 
liouis Bourdagcs par sa mère, a été admise dans la 
communauté en 184.1, à l'âge de seize ans seulement. 
P^lle y est morte six ans plus tard. 

8>ïMv Sainte- Aurélie, née Marîe-Louise-Julic 
ÎA'l'liiin', fille de Louis et nièce des quatre prêtres 
Ijcblaiie, est entrée en 1849, h l'âge de dix-sept ans. 
Elle est morte après douze ans de vie religieuse. 

|i| - .Album d^'s noces J'or de Mère Saint- Iternard en 1883. et 
|ui:iii.i[ ili In maison-mère. At^Ahfi df la Congrégalwnde Kelrt-Damt, 

i Mi..ti[I,Ml, 

(a) — Moriuologe m.iriuscrii de !.i Congr*(;.iiion de Notre-Dame. 



SAINT-DBNIS-SUR-RIGHELISn 193 

m " ^ ■ ■ ■ . !■ Ml 1 -■■■■■ — .M.- ■■ I ■ —- ^i«^— ^^^i^^»» 

Sœar Saînt-Henri, née Julie-Adeline Levître en 
1834, a été baptisée à Albany, état de New- York, 
mais est arrivée à Saint-Denis assez jeune pour être 
considérée comme une de ses enfants. Admise au 
noviciat en 1851, elle a compté ensuite plus de cin- 
quante années de profession. Elle vient de décéder, 
en 1905. 

Sœur Saint-Herman-Josephiuée Emilienne Tétreau 
en 1836, a été reçue dans la communauté, à l'âge de 
quinze ans seulement. Elle n'a pas, malgré cette pré- 
cocité, fourni plus longue carrière ; elle est morte en 
1860. 

Sœur Sainte-Madeleine-de-Pazzi, née Marie-Adël^ 
Joubert en 1835 et entrée en 1853, est la descendante 
du vénérable pionnier Pierre Joubert. 

Sœur Sainte-Eléonoré, née Marie Laflamme, sœur 
du curé de Farnham, est entrée en 1856, à T&ge de 
vingt-six ans. Institutrice fort recherchée avant son 
admission en communauté, elle n'a pas manqué d'avoir 
ses succès dans la suite. La plupart du temps, on lui 
confiait de nombreuses classes.* Elle est morte en 
1879, des conséquences d'une chute. 

Sœur Saint-Joseph-d'Arimathie, née Agathe 
Malbœuf en 1834, commençait son noviciat en 1858, 
après avoir été plusieurs années institutrice dans la 
paroisse. 

Sœur Saint- Jean- de-Matha, supérieure actuelle de 
la mission de Beauport, est née Julie Leblanc, en 1851, 
et est en religion, depuis l'âge de dix-sept ans. 

Sœurs Saînte-Marie-Hubert et Saint-Pacifique, 
sœurs consanguines du curé de La Présentation, sont 
entrées la première en 1868, à l'âge de vingt-un ans, et 
la deuxième en 1874, à l'âge dedix«huit ans. Elles ont 
été respectivement baptisées sous les noms de Virginie 
et d'Eulalie Paré. L'aînée est supérieure à Windsor- 



194 HIBTOIRB DE 



Mills après l'avoir été longtemps à Iber ville, et l'autre 
est à la tête de l'école Saint-Eusëbe de Montréal. 

Sœurs Sainte-Azële et Saint-Oswald, deux fois 
sœurs aussii nées Marguerite et Azilda Cordeau, ont 
fait leurs adieux au monde en 1874 et 1881, alors les- 
pectivement âgées de vingt et vingt-quatre atis. 

Sœur. Sainte-Eulalie-de-Mérida, née Herculine 
Frédette, fille d'un ancien maire de la paroisse, est 
entrée en 1878, à Tâge de dix-sept ans. Elle est 
actuellement supérieure à Pictou, dans l'île du Cap- 
Breton. 

Sœur Sainte-Léocade, née Octavîe Benoit, est 
entrée à l'âge de dix-huit ans, en 1878. 

Sœur Saint-Joseph-des-Séraphins, née Cordélia 
Richard en 1859, est entrée à l'âge de vingt-quatre ans. 

Sœur Saint- Valérien, née Bosalba Dragon en 
1869, est entrée en 1888. 

Sœur Saint-Isidore-de-Séville, née Délia Jalbert 
en 1871, est entrée, en 1890, et a prononcé ses vœux 
dans sa famille, quelques jours avant de décéder, en 
1893. 

Sœur Leblanc, religieuse converse, baptisée sous 
le nom d' Azilda Leblanc en 1874, est entrée à l'âge de 
dix-sept ans. 

Sœur Sainte-Marie-Ovide, née Ludivine en 1871, 
fille du notaire Zéphirin Saint-Aubin, est entrée en 
1894. 

Sœur Saint-Cyrîac, née Alexîna Lussier en 1875, 
est entrée en 1895. 

Sœur Saint-Théodoric, née Alexandrine Bour- 
dages, le 3 novembre 1877, est l'arriëre-petite-fille du 
tribun de cette famille. Elle a fait son entrée en reli- 
gion en 1895, en même temps que Sœurs Saint-Cyrîac 
et Sainte-Zoé. 



SAINT-DENIS-SU R-RtCHBLIBU 195 



Cette derniëre, née Lydia Oaadette en 1875, est 
la niëce des Sœurs Sainte-Azële et Saint-Oswald. 

Sœur Sainte-Julie-de-Mérida, née Oraziella Dra- 
gon en 1876, est entrée en 1901. 

Sœur Saint-Joseph-de-l'Espérance, née Maria Dra- 
gon, en 1881, niëce de la précédente, est également 
entrée en 1901. 

Sept des vingt-six Dyonisiennes, admises à la Con- 
grégation, ont été appelées dans an monde meilleur. 

Apres THôpital-Général de Montréal et la Con- 
grégation-de-Notre-Darae, ce fut le tour de la Provi- 
dence (1), à qui Saint-Denis a fourni une de ses fon- 
datrices dans la personne de Sœur Marie-des-Sept- 
Douleurs, née Justine Michon et sœur de Tabbé Jac- 
ques-Denis. C'est en 1843, à l'âge de vingt-sept ans, 
qu'elle coopéra ainsi à la création de la nouvelle famil- 
le religieuse. Elle fut ensuite appelée à siéger long- 
temps au conseil général de la communauté en qualité 
d'assistante. Pleine de mérites, elle s'est endormie 
dans le Seigneur en 1894, aprës cinquante-un ans de 
religion. 

Sœur Marie-du-Crucifix, née Angélique Rfchard 
en 1828, a suivi cette co-paroissienne, à cinq ans de 
distance. Elle est morte, aprës dix-huit ans de reli- 
gion, en 1870. 

Les autres qui emboîtèrent le pas sur ces devan- 
cières sont au nombre de six et sont toutes vivantes, 
moins une. 

Sœur Marie-Ludivine et Marie-de-la-Providence, 



(I) — Les S(curs de la Charité de la Providence ont été fondées à 
Montréal, le 25 mars 1843, ^^^^ ^^ haute direction de Mgr Bourget. 
Leur but est particulièrement le soulagement spirituel et temporel des 
pauvres et des malades, l'oeuvre des orphelins et des vieillards, la visite 
des malades à domicile et l'instruction de la jeunesse. Cadieux et 
Deromc, Z^ Canada eccl. de 1905, 271. 



1 



196 mSTOtBE DE 

sœars de l'abbé Eliaée Gravel et nièces de l'aDcien 
évâqufl de Nicolet, sont entrées la première en 1864, à 
l'âge de vingt ans, et la seconde en 1874, k l'âge de 
dix-sept ans. Elles ont été baptisées sous les noms 
respectifs de Cornélie et d'Aurélie. 

Sœurs Marie-Aurélie et Mariée e-la-Compassion, 
baptisées sous les noms de Marie-Anne et d'Amanda, 
sont les eœura du Pfere Donat Richard. Elles sont 
entrées la première en 1867, A l'âge de dix-huit ans, 
et l'autre en 1886, k l'âge do vingt-deux ans. Après 
avoir été supéiieurc locale à la mission sauvage de 
Yakima, état de Washington, de 1889 à 1897, l'aînée 
est depuis lors à la tôte de l'hôpital de Vancouver, 
dans le même état. 

Sceur Marie-des-Sept-Douleure, née Almérie Gra- 
ve!, nîëce dea précédentes Sœurs Marie-Ludîvine et. 
Marie-de-la-Providence, a été admise dans la commu- 
nauté en 1895, à l'fige de dix-neuf ans. Elle décédait 
déjà en 1903. 

Satur Méthode, née Marie- Louise- Albina Qariépy 
en 1876, est le dernier sujet de Saint-Denis entré 
dans l'institut de la Providence. Elle y a été admise 
en 1901. 

li'Hôtel-Dien de Saint-Hyacinthe (1) n'existait 
que depuis cinq ans, lorsque s'y présenta la première 
fille de Saint-Denis dans la personne de Josephte 
Girouard, le 28 octobre 1845. En religion, celle-ci a 
conservé son nom de Sœur Girouard. Née le 28 
février 1826, elle est décédée, le 21 mars 1858. 

(I) — Cette comniunautf, qui n'esl qu'un llélachentent des Sœur: 
(iriseï de Montcta] opérC en 1840, a pout but " toutes Ica <cuvres de 
iiiitfrkorde unt spirituelles que corporelles envers les pauvres et les 
nécessiteux, infirmer ou malades, depuis les vieiUnrdi jusqu'aux jeunes 
rnfants orphelins ou abandonnas''. Cadieux et Deiume, Lt Canada 
'te/, de 1905, 269. 



SAINT-DBNI&-SUR-RICHELIBU 197 



Sœur Sainte-Croix, née Domitille Phaneuf le 6 
avril 1833, est entrée après cette première, à Tâge de 
dix-neuf ans, le 14 janvier 1853. En 1878, elle était 
supérieure de l'hôpital de Sain^Johnsbury. 

Sœur Archambault, née le 19 février 1838, du 
mariage de Toussaint Archambault avec Monique 
Langevin, a été baptisée sous le nom d'Odile. C'est 
dans le cours du mois d'août 1856 qu'elle a revêtu les 
livrées de la plus fidèle amîe du pauvre et de l'orphe- 
lin. Elle fut nommée supérieure locale à Marieville 
en 1870, dépositaire à la maison-mère en 1875, assis- 
tante également à la maison-mère en 1880 et, de 1885 
à 1895, elle a été supérieure générale de sa commu- 
nauté. Ensuite elle est retournée à la tête de la mis- 
sion de Marieville ; puis elle est redevenue assistante 
à la maison-mère. . 

Les autres Sœurs Grises de Saint-Denis à Saint- 
Hyacinthe sont au nombre de quinze: 

Sœur Michon, née Elmire Michon le 30 novembre 
1834, est entrée, le 20 octobre 1856, et est morte, le 27 
mars 1874. 

Sœurs Huard et Marie-dè-la-Présentation, filles de 
Jean-Baptiste Huard et de Thaddée Charron, sont 
toutes deux entrées en novembre 1867. La première, 
nommée Vitaline, avait alors vingt-deux ans, et l'autre, 
Thaddée, vingt-quatre ans. La plus jeune est décédée, 
le 28 octobre 1879. 

Sœur Chenette, née Jessé Chenette, le 18 mai 
1853, et entrée le 11 août 1869, est morte, le 15 février 
1881. 

Sœur Leblanc, née Adeline Leblanc, du mariage 
d'Augustin Leblanc et de Scholastique Chenette, le 
15 juillet 1844, est entrée, le 12 août 1870. En 1893, 
elle était supérieure de l'hôpital de Lewiston, dans le 



VJ8 HISTOIRE DE 

Maine. Actuellement elle exerce Ice mêmes fonctions 
dans aa paroisse natale. 

Sœur Bousquet, qui a précédé Sœur Leblanc dans 
la direction de l'bûpital de Saint-Denis, est née Her- 
mine Bousquet. La prieure carmôlite Raphaël-de-la- 
Proridence est sa sœur. 

Sœur Roy, née Emélie Roy le 8 janvier 1856, est 
entrée le 10 août 1876 et, treize ans après, elle avait 
déjà iîni sa carrière de religieuse, ayant rendu son âme 
i\ Dieu, le premier octobre 1889. 

Sceur Michon, née Âlpbonsine Fhaneuf, est entrée 
le 17 décembre 1877, k l'âge de vingt-un ans. L'abbé 
Tjouia-Âlphonse est son frère. 

Sii'iir Mario-de-Lourdee, née Eugénie (Juertîn, 
s(cur de l'abbé Ludger, est entrée le 8 septembre 1886, 
iV l'âge de vingt-trois ana. Elle eet décédée, après 
cinq aiia de religiou, le 25 juillet 1891. 

Suiur Vézina, née Louise Vézina, sœur des abbée 
Arthur, Albert et Ernest et du Père Wilbrod, est 
entrée à l'âge aussi de vingt-trois ans, en 1887. Elle 
est décédée, le 19 mai 1894. C'est à Montréal qu'elle 
a vu le jour, mais elle est arrivée à Saint-Denis encore 
jeune et y a reçu sou instruction. 

Sœur Charron, née Amanda Bousquet le 16 juillet 
1866, est entrée le premier septembre 1887. 

Siuur Saiut-Andrtî-Avellin, née Poméla Archam- 
bault le 21 novembre 1868, est entrée le 16 mai 1889. 

8ii~Hr Saint- Amable, née Rosilda Girard le 10 juil- 
let 1S71, est entrée le 19 octobre 1889. 

S.iiir Richard, née Claire Richard le premier sep- 
ti'inliK' L865, est entrée le 2 mai 1892. Elle est morte, 
U fl (Ktubre 1895. 

Sm ur Maric-de-Loardes, née Herméline Arcbara- 
biuill le 30 janvier 1872, est entrée le 26 octobre 1892. 

Sivars Marie-Edonard et Fiante, nées, Sméralda 



SAINT-DENI8-SUE-EICHELIBU 199 

et Marie-Sylvîa, du mariage d'Elphëge Plante avec 
Aurëlîe Bélanger, le 15 mars 1880 et le 25 avril 1882, 
sont entrées les 30 juillet 1896 et 16 septembre 1902. 

Outre celles sus-mentîonnées, il y a eu de Saint- 
Denis dans la même communauté trois religieu- 
ses dites Petites Sœurs, ce sont : Sœur Maria, née 
Maria Courtemanche le 26 juillet 1818, entrée le 4 
décembre 1889 et décédée le 13 septembre 1896 ; 
Sœur Hermine, née Hermine Leblanc, le 17 avril 
1864y entrée le 2 juin 1897 ; et Sœur Louisa, née 
Marie-Louisa Hamelin, le 22 octobre 1875, entrée le 
24 août 1901. 

Aujourd'hui il reste encore quatorze religieuses de 
Saint-Denis chez les Sœurs Grises de Saint- Hyacinthe 
sur les vingt-trois qui y ont fait profession. 

La fondatrice de la communauté des Saints-Noms- 
de-Jésus-et-de-Marie (1) n'était pas une enfant de 
Saint-Denis, mais elle avait reçu son instruction au 
couvent de la paroisse et y avait imprimé un souvenir 
des plus vivaces (2). Ce qu'on parlait souvent de cette 
illustre ancienne et de son œuvre ! Aussi deux des 
élèves, qui la suivirent sur les bancs de la maison, 
s'enrôlërent-elles de son vivant au nombre de ses filles 
spirituelles. Ce sont Elmire et Oordélie Bruneau, 
nièces du curé Bédard, entrées au commencement de 
l'année 1849. Elles avaient alors respectivement 



(I) — Cette communaulé, dont le but est l'instruction des jeunes 
tîUes, a été fondée à Longueuil, le 28 octobre 1843 ; aujourd'hui elle ne 
compte pas moins que 964 professes. Cadieux et Derome, Le Canada 
ecel, de 1905, 277. — Cf. Prétôt, Mère Marie-Rose. 

(2) — Sœur Marie-Rose, née Malvina et non Eulalie Durocher, 
fondatrice de la communauté des Saints- Noms-de-Jésus-et-de- Marie, a 
été inscrite au nombre des élèves du couvent de Saint-Denis, à la rentrée 
des classes de 1821, à l'&ge de 10 ans, et y a fait un séjour de 2 ans. 
C'est pendant ce temps-là qu'elle a participé au banquet eucharistique 
pour la première fois. Prétôt, Mère Marie-Rose^ 47 à 52. 



K 



200 HISTOIRE DE 

atteint leur vingt^huitième et vingt-troisième année, 
et furent, le 19 mars de cette même année, de la der- 
nière prise d'habit qu'ait contemplée leur Mère adop- 
tîve. En religion, elles se nommèrent Sœurs Marie- 
Rose, en mémoire de la fondatrice décédée le 6 octo- 
bre 1849, et Murîe-dea-Sept-Dou leurs. L'ange de la 
mort les a ravies à l'affection de leurs compagnes, en 
1864 et 1852 (t). 

Sœur Marie-Arsène, née Pbilomène Ménard en 
1838, est entrée ensuite en 1863 ; elle décéda, en 1902. 

Soeur Marie-Âluxandre, née Oméliue Duplaquet- 
Lambert en 1840, est entrée en 1857. Elle n été secré- 
taire générale, à Hochelaga, de 1886 à 1895, puis 
supérieure provinciale d'Ontario jusqu'à sa mort, sur- 
venue en 1901. 

Sœur Marie-Bathilde, née Henriette Laforce, en 
1850, et fille d'un ancien maUre-cbantre de la paroisse, 
est entrée en 1866. 

Sœur Àntoine-de-Padoue, née Marie-Louise 
Ârcbambault à Saint-Antoine en 1874, était encore 
jeune, lorsque ses parents traversèrent à Saint-Denis 
pour s'y fixer. C'est de cette paroisse-ci qu'elle partit, 
en 1893, pour en être la dernière recrue dans la commu- 
nauté des Saints-Noms-de-Jésna-et-de-Marie. Mainte- 
nant, avec la précédente, elle est la seule qui y sur- 
vive; leurs quatre autres devancières sont décédéee. 

liCe Sœurs de la Présentation-de-Marie (2) 

(I) — l.c l'ire Trétôt dit " que leur {jvnérasil^ ne Je cédait pas à 
■ rWc i)r leais aînées. Mlle Elmire avait j'Ius d'exlirieiir que «a soeur, 
;.a i(ciii Coidélie était plus rich? des dons de l'inlelligence et du ccrur ". 
Affre Marà-Rpte, 679. 

fille». ,1 *li! fondée par la Vén. Marie Kivier, le 21 nO¥.i;96, au diocèse 
if*Vlvi,'t-, en France; elle s'est établie au Canada, le 19 oci. 1853. 
C»Jirni el lleromt. le Canada iccl. dt 1905, 296. — Cf. Mourrel, La 
VMrx tf Marie Rruùr. 




Sr Sl-Zéphirin (p. 201). Sr Ainite-ilii S.ieriî-Cteur {[>. 104). 



r 

f 



SAINT-DBNIS-BUR-RICHELIBIT 201 



n'avaient émigré de France au Canada que depuis six 
ans, quand les deux premiers sujets de Saint-Denîs 
demandèrent leur admission dans cette communauté. 
Sœur Sainte-Rose, née Virginie Mfisse, le 21 avril 
1828, fille du marchand Jean-Baptiste, est entrée lé 
12 septembre 1859, à l'ftge de trente-un ans ; elle est 
décédée, le 16 février 1878. 

Sœur du Sain t-Nom-de- Jésus, née Marie-Sophie 
Laflamrae le 27 décembre 1838, est entrée ensuite, le 
12 octobre 1859. Depuis longtemps, elle est à la tête 
de la mission de Saint- Aimé-su r-Yamaska, et sous son 
habile direction cet établissement de sa congrégation 
est devenu l'un des plus prospères du diocèse. 

Sœur Aimée-de-Marie, née Lucie Lacombe le 8 
mai 1841, est entrée le 2 mai 1862, à l'âge de près de 
dix-huit ans. Elle est décédée, le 30 septembre 1869. 

Sœur Marie-Xavérine, née Marie-Zoé Larue, le 
premier novembre 1843, et économe à la maison-mère, 
est entrée le 7 février 1865. 

Sœur Saint-Augustin, née Parraélie Durocher, le 
15 mai 1848, sœur de l'abbé Joseph, est entrée le 15 
septembre 1866, à l'âge de vingt-trois ans. Elle est 
décédée, le 25 juin 1872. 

Sœur Saint-Maurice, née Anne Mignault le 5 mai 
1872, est la dernière admise et la troisième des survi- 
vantes de Saint-Denis dans l'institut des Sœurs de la 
Présentation-de-Marie. C'est le 10 novembre 1895 
qu'elle a débuté dans la vie religieuse. 

La communauté du Bon-Pasteur (l), fondée par 
le Vénérable Jean Eudes, en 1651, et établie à Mont- 



(I) — La maison-mère de Bon -Pasteur est à Angers, en France. 
Cette congrégation compte actuellement 220 établissements dans les 
différentes parties du monde. Son but est l'instruction, la préservation, 
la réforme et le repentir. Cadieux et Derome. Le Canada eccU de 1905, 
279. — Cf. Annales du Bon-Pasteur tT Angers à Montréal, 



1 



202 HISTOIRE PI 

réal en 1844, a recruté cinq membres dans la localité 
et le pins ancien de ceux-ci, d&s trois ans après aoit 
installation sur tes bords du Saint-Laurent. 

Ce premier choix de Dieu a été Sœur Marie-do- 
Saint-Hubert, née Marie-Paule Qaouette, le 19 juillet 
1819, et admise au noviciat, le premier décembre 1847. 
Ainsi que Sœur Marie-du-Coeur-de-Marie, sa cousine 
germaine, elle était la nièce du chanoine Joseph- 
Oclave Paré. Elle a succombé A une maladie de cieur, 
le 26 janvier 1883, dans sa trente-sixième année de 
religion, après s'âtre délecté dans les sentiments 
d'amour de Dieu les plus édifiauts (1), 

Sœur Marie-âe-Sftint-Zcphirin,née Julie Laflamme, 
le 10 janvier 1842, sœur du curé de Farnham, a été 
la suivante dans la même communauté, le 6 octobre 
1868. 

Sœur Marie-du-Cœur-de-Marie, née Marie Leblanu 
le 2 février 1848, y est entrée deux ans pins tard, le K 
septembre 1870 ; les quatre prêtres Leblanc de Saint- 
Denis sont ses frères. 

Sœur Mftrie-du-Mont-Oarmel, née Marie-Rose- 
Délia Laflamme le '2G avril 1 863, niface de Sœur Marie- 

(l> — " Atleinlc d'une maladie île caur depuis plusieurs ftnnéey, 
racmilenl les Annales de la cuii|;ré|iatii>n, elle regretuit de ne pouvoir 
])lus rendre i la comniunaulé les services qu'elle lui avait ton jours renrlus 
avec Uni de bonheur. " IKlas 1 disait-elle snuveiit, je ne suis plus bonne 
1 rien.. .. Mais que la saillie vulomé de Dieu sait faile ! Oui, lia'. '. liai 1 

de sa vie, tlle eut le liOnlieur de communier chaque m.itin. Le jour i-t 

.ime et le .iivin Maître. •■ Vuui v..id. mon Dieu, disait-elle, je m'en 
vai>, OUI. I' ni'un v:iis. eiiinieno£-moi. U Jésus : je vouï aime |)ar-<lessUs 
loat. Ji' "ui. ','iul i vous. Je soulTie [lOtir vous,je ne veux respirer que pour 
vuiD, All'i- .lu ciel ]>uur ) itcmeurei' toujours I" Le ib janvier au matin. 
ws ïtciii II. mit exaucé» ; elle édi.iiiKta le^ -oulTrances de l'exil contre 
Im jciiei II In i>attic ". Aiiii,i!ii .iii Bou-P.'slnir J" Anges à Mentréal, 
1, ïjSei.v,., 



SAINT-DBKIS-SUR-RIGHBLIEU 203 



de-Saint-Zéphirin, est entrée le 8 septembre 1883. Elle 
est partie pour Lima, capitale du Pérou, le 18 août 
1892. Aujourd'hui elle est assistante-supérieure à La 
Paz, en Bolivie. 

Sœur Marie-de-Saint-Hubert, née Alméda Qaouet- 
te, le premier janvier 1866, est entrée le 17 octobre 
1889. C'est elle qui ferme la liste des religieuses de 
Saint-Denis au Bon-Pasteur,où celles-ci sont encore au 
nombre de quatre survivantes. 

Sœur Saint-Paul, née Victoire Bélanger le 8 
juillet 1855, est Tunique fille de Saint-Denis entrée 
dans l'institut des religieuses de Saint-Joseph, à Saint- 
Hyacinthe (1). Elle y a été admise, le 14 août 1881, 
après avoir été institutrice laïque à Saint-Jude, à 
Saint-Charles et à La Présentation. Plusieurs années 
durant, elle a été supérieure de la mission de Suint- 
Dominique ; actuellement elle est à la tête de celle de 
Saint-Robert. 

Le 15 août 1883, on posait au collège de Saint- 
Hyacinthe les assises d'une nouvelle famille religieuse 
pour le soin exclusif de la maison (2). Saint-Denis 
en fournit la fondatrice ou première supérieure dans 
la personne de Marie-Honora Charron. La commu- 
nauté prit le nom de Sainte-Marthe, de même que 
la religieuse qui devait d'abord la diriger. Fille de 
François Charron et d'Angélique Ayotte, cette S ur 
est née en 1826 ; elle demeurait à l'Hôtel-Dieu de la 
même ville avant de s'en aller au collège. C'est en 
1889 qu'elle a déposé le fardeau de la direction géné- 
rale. 



(I) — Cet institut a été fondé à Saint- Hyacinthe, \e 12 sept, 
1S77, par Mgr Moreau, puissamment secondé par Mgr A.-X. Bernard, 
alors chancelier, puis vicaire-général ; il compte aujourd'hui 14 éta- 
blissements et 102 professes. Cadieux et Derome, JLd Canada eccL de 

'905» 304. 

(2) — Cadieux et Uerome, Le Canada eccl. Je 1905, 307. 



204 HISTOIRE DE 



8œar Sainte-Croix, née Victoire Chatel en 1^1, 
s'est rangée sous l'obéissance de cette co-panMssîeone^ 
des 1884. 

L'année suivante, Se^r Sainte-Anastasie, née 
Bo^anna Bousquet en 1857, faisait de même ; elle est 
décédée en 1886. De tontes les religieuses de Saint- 
Denis dans cet institut, elle est la seule qui ait été 
appelée à la récompense. 

Au Carmel (1) de Montréal, Dieu a appelé de la 
paroisse Sœur Rapbaël-de-la-Providence et So&ur 
Marie-Anne Séraphtne-de-Jésus, sa nièce. La tante, 
née et baptisée sous le nom de Cordélie Bousquet, à 
Belœil, en 1860, est devenue p>eu aprës paroissienne de 
Saint-Denis ; le marchand Wilfrid Bousquet est son 
frère. Admise au noviciat en 1880, elle est aujour- 
<rhui prieure de son monastère. Sa nièce, née Marie- 
Anne Dragon en 1887, est entrée en 1904. 

Le Précieux-Sang de Saint-Hyacinthe (2) a reçu 
pour son partage dyonisîen Sœurs Aimée-du-Sacré- 
Cueur et Imelda-du-Saint-Sacrement. La première^ 
Albina Véaûna, née à Montréal en 1872, est arrivée 
dans la paroisse à l'&ge de vingt mois. Après ses étu- 
dcH an couvent de son village, elle est entrée en reli- 
gion, À l'Âge de vingt-un ans. liCs trois abbos et le 
Père Vézina sont ses frères. 

Quant à sa co-paroissienne, admise dans la même 
comn)unauté, l'an 1894, elle est née Marie-Anne Laga- 

II) — I^ premier monastère de Carmélites au Canada n'a été 
éMl)li a Montréal (]ue le 6 mai 1S75. I) y a eu 27 professions depurs 
)ors. Son but est la vie contemplative. Cadieux et Derumer Lt Canada 
t. ci, lie 1905, 303. 

(2) — Les Sunir» adoratrices du Précieux-Sang, dont l'unrqoe but 
est la vie ctmtemplative, ont été fondées à Saint-Hyacinthe, en 1861, par 
Mère Amélie Caouellc. Cadieux et Deiamc, L< Canada etci» de 1901;, 

2«J9. 



SAINT-DBNIS-SUR-RICHBLIKU 



205 



iiiëre, en 1875, cousine germaine de Sœur Raphaël-de- 
la-Providence, carmélite (1), 




(I) — La libte des religieuses de Saint-Denis dans les diverses com- 
munautés plus haut mentionnées a été gracieuNement fournie par les 
secrétariats généraux de ces maisons. 



CHAPITRE XXI 



Saint-Denis et le monde politique. Les députés 
Cherrier, Guérout et Bourdages. Le lieute- 
nant-gouverneur de r Illinois, Ménard« 

X791-1905. 



En 1791, s'accomplisBEÎt dans le pays un événe- 
ment gros de conséquences. Cette année-là, la mère- 
patrie octroyait à sa colonie un gouvernement en partie 
représentatif. Jusque-là tout y avait fonctionné selon 
le bon plaisir des mandataires de la Couronne, A la 
suite de la domination française, on avait vécu sous la 
loi martiale trois ans, sous le commandement militaire 
onze ans, puis sous le régime civil absolu pendant dix- 
sept ans (1). De 1760 à 1791, " le peuple, dit Garneau, 
n'avait fait que changer de tyrannie " (2). 

Maintenant, si TExécutif restait au choix du roi 
ou de la reine ainsi que le corps législatif, il y aurait 
au moins une Chambre Basse élue par la nation. 
C'était une énorme amélioration sur le passé, quoiqu'il 
y eût encore beaucoup à accomplir. 

Des le 7 mai 1792, était sanctionnée la division 
des comtés (3), et Saint-Denis fut enclavé dans celui 
de Richelieu, qui s'étendait de Sorel à Saint-Hilaire 
d'un côté et jusqu'à Nicolet de l'autre ; il renfermait le s 
comtés actuels de Richelieu, de Saint-Hyacinthe et 



(i) — Bécharil, Biographie de P Honorable A^-K. Moritt, 96. 

(2) — Histoire du Canada ^ III, 74. 

(3) — Saint- Amant, L* Avenir, 113, 



ft 



HISTOIRE DE 



d'Yaroaska ; la ville de Sore) en était cepeiidaiit 
Réparée pour former une circotiBcription distincte (1). 

Tout vaste que pût être une division électorale, 
elle ne devait posséder qu'un bureau de votation (2); 
pour Kichelieu il fut placé à Sorel (3) et j demeura 
jusqu'à 1842 (4). Dans le mênie tempe, les gran- 
des comices pour Saint-Denis et les paroisses envi- 
ronnantes ne se tenaient qu'à la Pointe- à- Jacob. Cet 
endroit, ainsi nommé à cause du propriétaire Jacob, 
se trouvait dans la partie sud de Saint-Ours, au con- 
fluent du ruisseau Laplante avec le Richelieu. L» 
place étaitbelle, mais elle avait l'inconvémeut d'être à 
plus d'une lieue de tout village. fTéanmoins ce fut le 
rivage en honneur durant un demi eibele. Aprbsces 
misères du commencement, les bureaux de votation, 
ainsi que les centres d'assemblées, sont devenus aussi 
nombreux que les paroisses (5). 

En 1853, Saint-Denis a été transféré du comt^ de 
Kichelieu à celui de Saint- Hyacinthe, déjà érigé depuis 
vingt-quatre ans. 

Au premier jour du régime constitutionnel, les 
Dyonisieus se sont jetés avec ardeur dans la mêlée des 
élections. Ausai deux de leurs co-paroissieud. Benja- 
min Clierrier et Herre Gnérout, ouvrirent-ils la liste 
des députés de Richelieu, ce comté ayaut alors droit à 
deux membres (6), ce qui exista jusqu'à l'Union. 

La paroisse a fourni encore deux de leun succes- 
seurs dans la personne de Séraphin Cherrier, frère de 
Benjamin, et dans celle de FjOuIb Bourdnges (7). 

(î) — Ignolus, dans La Prtssr, de MODtrtnl, 8 nov. 1897. 

\.\\ — lurcoLiL', Le Canada leui FUnitit, I, 131. 

l5)-II>iJ.. 

(6j — BiiHftirt ,lii rechrrchii ÂislffHqtui, de Uvis, I, 122. 

(7) — Vuki |j lUle lie (ous les dfputés de Kicheliea, avec l'année 



sâint-denis-sur-righelieu 209 



A Saint-Hyacinthe, Saint-Denis n'a jamais donné 
ses votes qu'à des candidats qui lui étaient étrangers. 

Benjamin Cherrier, baptisé à Longueuîl sous le 
nom de Benjamin-Hyacinthe-Martin le 17 novembre 
1757, est arrivé à Saint-Denis à l'Age de treize ans ; il 
en partait peu après pour le collège de Montréal (1). 
Doué d'un bon talent, il n'aimait cependant pas l'étude. 
S'il se rendit à plus de le moitié du cours classique, ce 
ne fut qu'à contre-cœur, parce qu'il avait des parents 
énergiques et justes appréciateurs de l'instruction. 

D fut ensuite poussé suivant ses aptitudes vers le 
profession d'arpenteur, et s'y créa un avenir enviable. 
Etabli comme tel à Saint-Denis, eu ces temps de colo- 
nisation il eut beaucoup d'emploi tant dans la localité 



de leur élection, pour le temps 


que Saint -Denis a appartenu à < 


1792 — Guérout 




et 


B. Cherrier 


1797 — ChsMillette 




et 


Chs Benoit- Livernois 


1801 — E.-E. Habeit 




et 


L. Brodeur 


1805 — Bourdages 




et 


H. -M. Delonne 


1809— ** 




et 


B. Cherrier 


1810 — •« 




et 


H. -M. Delorme 


|glO-> «• 




et 


ff 


1815 — S. Cherrier 




et 


F. Mailhot 


1817 — •« 




et 


J. Désautels 


1820— F. SaintOnge 




et 


i< 


1820 — ** 




et 


*t 


1825 ~ Rocb de Saint-Ours 


et 


•« 


1827 — •« 




et 


«< 


1830 — 




et 


Dr Jacques Dorion 


1834 — C.-S. de Bleury 




et 


4f 


1841 — DenUB. Viger 








1844 — W. Nelson 








1848 — 








Barthe, Drame de la vie r 


MU 


.82 


et 83. 



(I) — En 1776, on représentait au collège de Montréal une tragédie 
en 3 actes, intitulée JONATHAS ET DAVID ; Benjamin Cherrier y 
tenait le rôle d^Abiathar. Suite, Histoire des Canadiens- Fratt^ais, VII, 
146. 



21V BI0TOIKB DI 

qae dans Im paroiaeea voisioea. I) parriut mâme à 
s'anuMier aoe jolie petite fortune. 

En 1792, il avait trente^nq'ans et n'était pas 
encore marii, loraqn'on l'élat dq dea deux premiers 
membre* de la Chambre Baaae du Canada. C'était an 
sacrifice qu'on loi demandait. Il sera obligé de négli- 
goraa clîent&le pendant une forte partie de l'année, 
de tupporter seul les dépenses de ses voyages et de 
Hon séjour à Québec, et tojit cela santi autre compensa- 
tion que le plaisir d'avoir rendu service à ses compa- 
triotes durant une époque difficile. Maison connaissait 
son zile pour la cause des siens et ou ne l'a pas 
escompté en vain. 11 a siégé dans le premier parle- 
ment, de 1792 à 1797, et dans le cinquième, de 1809 
i'i 1810. 8a conduite en Chambre a toujours été noble, 
constamment de nature à donner satisfaction à ceux 
qui l'avaient choisi comme leur représentant. 

C'est le 3 juin 1794 que son frëre le curé a bénit 
sou union à Saint-Denis avec Marguerite Richer, fille 
de la paroisse. Il était alors député du peuple à 
Québec depuis deux ans, quoique l'acte de mariage ne 
le mentionne pas. 

De ses enfants nous ne connaissons qu'Ëmélîe, 
entrée chez les Sœurs Grises de Montréal, Pierre- 
Benjamin, Toussaint, Marguerite, qui a épousé le 14 
hcptembie 1835 Léonard -Godf roi de Tonnancour, fils 
du seigneur de Saint-Michel-d'Yamaska, et Luc, qui 
8'e8t marié dans la paroisse le 20 décembre 182I,aprèB 
iivoir voyagé dans l'état de la Nouvelle- York ; ce 
■itTiiitr lils :\ ôr ensuite assez longtemps un dea chan- 
tres du chœur !ormé par M. Bédard. 

Benjamin (.'herrier est mort, le 13 juin 1836. 

Le Dr Soraphin, son frire, a été son digne succea- 
M>ur en Clmmbio, de 1815 & 1820. 

Pierrc-Giiillname Guérout, élu membre pour 



8AINT-DBNI8-SUR-RICHBLIEU 21 1 



Richelieu en mâme temps que Benjamin Cherrier, 
était né en Allemagne, l'an 1758. C'est avec les troupes 
levées en ce pays par l'Angleterre, qu'il émigra au 
Canada vers 1780. Quand, parle licenciement de son 
bataillon, il eut reçu sa liberté, il s'établit à Saint- 
Antoine en qualité de marchand. Peu après, il épousa 
Madeleine Meyer, sa compatriote. Devenu veu^ il 
convola en secondes noces avec Josephte Woolsey. 
C'est avec cellô-ci qu'il traversa à Saint-Denis, vers 
1786. 

Il accrut alors de beaucoup son commerce. Son 
comptoir primitif devint un véritable entrepôt, où les 
antres négociants venaient même s'approvisionner de 
loin. En retour, il remplissait d'immenses hangars 
de toutes sortes de grains, surtout de blé. Aux eaux 
hautes du printemps, il avait sa barge spéciale, qui 
montait de Québec pour ravitailler le magasin et 
charger les céréales. A cette époque, on était d'ail- 
leurs à l'aurore des années d'abondance, dont on rap- 
pelle encore si souvent le souvenir. 

Le succès ayant couronné les transactions quoti- 
diennes de Guérout, il fut bientôt riche autant en 
argent qu'en propriétés foncières. 

En 1791, quand fut inaugurée la nouvelle consti- 
tution, il était déjà entré de plein pied dans son &ge 
d'or. Ce n'est pas surprenant que l'on ait alors jeté 
les yeux sur lui pour le députer en Chambre, ayant 
confiance qu'il conduirait la barque du pays aussi bien 
qu'il gouvernait la sienne propre. L'attente n'a pas 
été trompée. Il a été le mandataire du peuple riche- 
lois durant tout le premier parlement, de 1792 à 1797. 

On compte parmi ses enfants Julie, Louis et 
Sophie ; son fils a été son successeur dans le com- 



incrce (1), et Sophie a épousé le Capitaine Antoine- 
Louis Juchereau-Ducheauay. 

La résidence et le magaûn de Gnérout étaient 
dans la même maison, située sar l'emplacement de la 
demeui-e actuelle du Dr Richard. C'était une longue 
construction avec toit en croupe. Elle a été acciden. 
tellement incendiée, en 1869. 

Fierre-Guillaume Guérout est décédé vers 1880 
et a été inhumé à Sorel. 

' Louis Bourdagea avait sea quarante-douz ans. (2), 
lorsqu'on lui plaça sur les épaules le fardeau ea même 
temps que l'honneur d'âtre député au parlement pour 
la première foie. Le comté de lUchelieu l'élut pour 
quatre parlementa de auîte. Il représenta ainsi cette 
circonscription, de 1805 à 1815. Mais .'i l'expiration 
de son dernier mandat, ayant mécontenté les.Richelois 
par un ezc^s de zMo comme lieutenant-colonel pendant 
la guerre de 1812 à 1815, il en fut repoussé, quoiqu'il 

|i) — Le ■$ m^'s 1834, Ls Gufrout avait en mitgasÎD 700 quarts 
itc |>UtTe de Paris pour rngtais ; prix : $3 le quart. Voir l'annonce de 
ce jour dan* les colonnei de "L'écho du paya", journal publié au 
village nebarthich (aujourd'hui 5 aint- Chai] et- *ur- Riche lieu). 

(3) — Au cecen^menl paroissial de iSol, Louis fiounllges (il eil 
alors nommé Louis-Marie) avait 37 ans, son épouie 36, ses enfants: 
Ksthet tl ans, Sophie S, Raymond 6, Zoé 4,. Kémi-Séraphin a, David 1 
el Adèle 1 moi;. — Eslher a épousé ï Saint-Denis ■« '8 mai 1814, 
liminanuel C'ouillard-Uetprés, arpenteur de Saint-Hyacinthe; M. 
Ciirouard, curé du contractant, avait tenu il présider le mariage. Sophie, i 
l'âge de 17 ans, le iSsepl. 1S09, épousa Guitiaume Bouihiilier, igi de 27 
nns, Tils t\u marchand Guillaume liouthiltier, otiicier de la Verge-Noire, 
'II- SAint-l ly:ieinthe 1 le curé M. Cherrier est mort le soii de ce jourlii ; 
elle ni<''i>K -.-Et décédée i j6 ans, le s6 janv. 1819, et son mari lui *urvé- 
I ut pi^H ; I' ur lille Marie-Anne-f rançoise épousait i Saint-Denis Joseph 
l'r:itir, iiiflttin de Saint-Vincent -de-Paul, le 16 février 1836. Raymond, 
mcnuisiri il3bli à Québec, fut le pired'une religiense au Précieux-Sang 
d Saiiu Hyicinlhe et de Gaspard, avocat aux Trois- Kiviires. Zoé épousa 
Ir CupiUKui: Benjamin Kiclier, de Saint-Denis. Rémi-Séra)ihin, méde- 
I de M..ileville, fui reptésenunt du comté d* Rouville en Chambre ; 

de bCB filles a épousé le député Poulin, du même comté. David fui 



8 AINT-DENIS-SUR-RICHBLIBU 213 



se soit obstiné à solliciter leurs suffrages (1). Il s'était 
habitué à croire qu'il ne pouvait être vaincu par un 
concurrent dans son patriote comté de Richelieu ; mais 
s'il ne fallait rien moins que deux défaites pour le 
désabuser,elles ne lui ont pas été ménagées, en 1815 et 
1817. 

Aux élections suivantes de 1820, il abandonna la 
partie et se présenta dans le comté de Bucking- 
bamshire, qui comprenait les trois comtés actuels 
d'Arthabaska, de Bagot et de Drummond. 

II fut représentant de cette division, pendant dix 
ans également (2). Fuis il l'a été, le reste de sa vie, 
de celle d'Yamaska, nouvellement créée. En sorte 
qu'il siégea dans la Chambre durant un quart de siè- 
cle. Aussi en était-il à sa mort le doyen depuis déjà 
plusieurs années (3). 

Dès sa première session au parlement, Bourdages 
se révéla tel qu'il devait se montrer pendant toute sa 



un des ardents «'patriotes'* de 1837 à Saint-Denis. Adèle épousa Chs Oli- 
vier, marchand de Saint- Denis, le 21 octobre 1833. Plus tard, est née 
Rachel, qui a épousé Benjamin Benoit- Livernois, fils de Chs, l'ancien 
député de Richelieu en Chambre ; après son mariage célébré le 10 jan- 
vier 1831, elle est allée demeurer à Saint- Hyacinthe. 

(1) — Suite, Histoire des Catiadiehs-Frattçais^ VI II, 73. 

(2) — Saint-Amant, V Avenir^ 401, 

(3) — Le 6 août 1833, Bourdages, notaire à ** Saint-Denis, lieute- 
nant-colonel commandant du second bataillon des milices du comté de 
Richelieu et membre du parlement provincial de cette province du Bas- 
Canada" rédige son testament olographe. Après sa mort,le 3 février 1835, 
son fils David et Olivier Chamard, ses exécuteurs testamentaires, procè- 
dent à l'inventaire des biens du défunt ; il laissait $8,000 en argent, une 
terre à l'Amyot, une autre au Bord-de-l'eau, 7 emplacements au villaf^e 
et 1200 acres de terrains dans le canton d'Ely à lui concédés par lettres 
patentes du Château Saint- Louis, en date du 27 fév. 1819. Ces 1200 acres 
ont fait réaliser la somme de $720 pour les héritiers. Bourdages possé- 
dait de plus une bibliothèque d'environ cent volumes, parmi lesquels 12 
volumes des ** Conférences d'Angers " et 2 volumes des •* Krreurs de 
Voltaire ". Sa résidence était des mieux meublées. 



214 HISTOIRE DE 



carrière politique (1), plein de force et de ténacité, 
harangueur émérite. Ses discours étaient aussi bien 
nourris que véhéments (2), mais déclamés d'une 
manière désagréable. Voici comment une poésie du 
temps le peignait sous ce rapport : 

'^ Ah ! si Bourdages 
" Prenait un autre ton, 

" Il parle en sage ; 
" Mais j'abhorre le son, 
*^ Qui fait tapage 
' " Et tombe en faux bourdon " (3). 

Encore s'il n'avait réellement émis et soutenu que 
de bons principes (4), si, en un mot, son esprit eût été 
droit, on n'aurait peut-être pas accordé autant d'atten- 
tion à sa voix naturellement fatiguante. 

KombreuseSjtout de même, sont les tempêtes qu'il 
a soulevées pour dissiper les nuages amoncelés sur nos 
têtes par les oppresseurs. Le' gouverneur Craig, 
fameux tyran au petit pied, en fut la première victime. 



(i) — Hibaud dit que Bourdages ** se fît connaître tout à coup, le 
7 mars 1806, lorsqu'il appuya la motion de Bédard contre la GAZETTE 
DE MONTREAL". Le Panthéon Canadien, 37 et 38. 

(2) — Suite, liùtoire des Canadien s- Français , VII, 73. — Le 
même auteur ajoute que Bourdages " révêla un talent d'orateur de pre- 
mière force ". Ibid., 72. • 

(3) — La poésie ayant titre •* LES ORATEURS CANADIENS " 
càt de Michel Bibaud ; il l'a composée à l'occasion d'un discours que 
Bourdages prononça à un banquet, le 7 octobre 1822. La Presse, de Mont- 
réal, 19 fév. 1898, — Dans le même sens, une chanson de l'époque 
disait : 

** Bourdages est un ferme soutien, 

** Prudent, plein de sagesse ; 
" Son langage est tout canadien, 

*• Abhorrant la souplesse ". 

Le Canadien f de Québec, 26 mars 18 10. 

(4) — Ciatien, dans son histoire du CapSantéy déplore que des 
).v)nlme^ comme Bourdages et Papincau, ** dont les talents commandent 



SAINT-DBNIS-SUR-RICHBLIEU 215 



Ce potentat, qui en voulait à tout ce qu'il y avait de 
français dans la colonie, n'eut probablement pas de 
plus redoutable ennemi de ses mesures aussi iniques 
que mal calculées. Quand Bourdages se levait en 
Chambre, le représentant de la Couronne était sûr 
d'en recevoir de rudes coups. Aussi celui-ci le détes« 
tait-il cordialement. Jamais il ne put faire quoi que 
ce soit pour l'amadouer. L'ardent patriote se tenait 
constamment sur la brëche, toujours à Taffût de ce 
qui pouvait compromettre la cause qu'il croyait bonne 
et qu'il défendait de toutes ses forces (1). 

Prévost, le successeur de Craig, fut plus heureux. 
Habile diplomate et connaissant le faible du terrible 
jouteur, il lui ofirit le poste de lieutenant-colonel dans 
le bataillon de sa paroisse. C'en fut assez pour calmer 
le faiseur du mauvais temps. Ceci se passait le 13 
février 1813. Bourdages déploya dans sa nouvelle 
charge tant de zële à satisfaire les volontés du gouver- 
neur qu'il devint assez impopulaire dans son comté 
pour n'en plus être réélu. Quand il put retourner à 
Québec, venait d'arriver le gouverneur Dalhou- 
sie. Celui-ci était débarqué sur nos bords avec des 
idées d'extinction pour la race française. Aussi au bou t 
de quelques années ne manquèrent elles pau de percer. 



d^ailleurs l'admiration ", se soient, dans la séance parlementaire du 26 
mars 1831, laissés *' conduire et aveugler même par la passion et les 
préjugés jusqu'au point de s'oublier eux-mêmes pour insulter et essayer 
à attirer l'insulte et le mépris sur un clergé, qui jusqu'à ce moment avait 
paru être l'objet de leurs louanges et de leurs égards ". Voir Lti semaine 
religieuse^ de Québec, X, 174 à 204. — \jt curé de Saint-Denis se 
plaignait, dès le 20 juin 1 814, de ce que Bourdages dans la paroisse 
*• avait la fureur de vouloir conduire tout le monde **. Archri»es de Vivi- 
<hi de S» - Hyacinthe, 

(I) — Bibaud dit qu'il fut ** le plus redoutable adversaire de 
l'administration sous Craig et Dalhousie **, mais qu'il ** fit jieu de bruit 
sous Prévost, Sherbrooke et le duc de Richmond ". Le Panthéon 
canadien^ 37 et 38. 



216 HISTOIRB DE 



De quel feu ne furent-elles pas saluées en Chambre ? 
Toute l'ancienne violence de notre tribun se réveilla 
à leur apparition, et comme cette fois il avait à s'oppo- 
ser aux projets radicalement mauvais de l'Union légis- 
lative des deux Canadas, il rendit les plus grands ser- 
vices à ses compatriotes. Dalhousie, au cours de 
cette lutte, le destitua de son grade militaire (1) ; 
mais ce fut pour le réintégrer bientôt, quand la paix 
eut été rétablie. Dans la suite, Bourdages ne joua 
qu'un rôle passablement effacé (2). 

Apres les vives discussions du printemps de 1806 
au sujet des feuilles francophobes ayant noms la 
Gazette et le Mercury^ s'imposait la fondation d'un 
journal français et patriote, qui pût rencontrer ces 
adversaires sur le même terrain. Bédard, Borgîa, 
Blanchet, Taschereau, Planté et Panet, tous députés, 
se mirent aussitôt en mouvement dans ce but. Bour- 
dages était avec eux. Que de zële ne dépensa-t-il pas 
pour lui susciter des abonnements dans sa paroisse et 
dans celles des environs ! A Saint- Denis, il parvint à 
en recruter douze. Outre lui-même, s'engagèrent à le 
recevoir,1e curé M. Cherrier et ses deux frères Benja- 
min et Séraphin, Pierre Guérout, Jean-Basile Mîgnault, 
Jean Morîn, Germain Lespérance, le capitaine de milice 
Louis Courtemanche, Pierre Besse, Simon Thibode^u 
et Jean-Baptiste Gosselin. En expédiant ces abonne- 
ments, il écrivait : ^' Quant aux messieurs de Maska 



(1) — Gosselin, Le Dr Jacques Laorie, 82 à 84. 

(2) — Bourdages a commencé par se livrer au commerce maritime 
avant d'être notaire; comme tel, il a même fait plusieurs voyages aux 
Antilles et ailleuis. En 1813, il s'est porté sur les frontières pour les 
défendre à la tête du bataillon, dont il avait été constitué le lieutenant- 
colonel. Puis, à la mort de Fmlay, il lui a succédé pendant quelque 
temps dans la charge de député- maftre des postes et de surintendant des 
courriers ou postes de la province. Bulletin des recherches historiques^ de 
Lévis, X I, 244 à 246. 



SAINT-DENIS-SUR-RICUELIEU 21 7 



(Saîtit-Hyacinthc), ils ne veulent pas souscrire qu'ils 
ne soient assures d'un courrier ; ils ne sont pas les 
seuls Allemands " (1). 

Dans tous les cas, rcncouragement fut suffisant, 
et le premier numéro du journal canadien publié exclu- 
sivement en français parut le 13 novembre 1806. Son 
nom était '' Le Canadien '% et sa devise : Fiat justitia, 
ruât cœlum (justice ou croule le ciel), annonçait la 
ligne de conduite qu'il entendait adopter ; elle sentait 
la poudre. Bourdages n'y dut pas être étranger. 

Jamais feuille ne fut plus fidèle à ce qu'elle avait 
promis (2). Elle troubla si bien le sommeil du tyran 
Craig qu'à la fin, il résolut de la supprimer. Le rédac- 
teur Bédard et l'imprimeur Lefrançois furent jetés en 
prison, et tout le matériel fut saisi. La fondation 
avait duré près de quatre ans (3). 

Outre les quatre députés que Saint-Denis a 
envoyés à Québec, il finit compter parmi les princi- 
paux hommes politiques de la même paroisse Pierre 
Ménard, qui fut plus tard premier lieutenant-gouvor- 
neur de l'Illinois, dans la république voisine. Jean- 
Baptiste Ménard-dit-Brindamour, sou père,était origi- 
naire de Saint-Hypolite, dans le diocèse d'Alais, eu 
France. C'est en qualité de soldat dans le régiment 
de Guyenne qu'il débarqua à Québec, en 1756. Il com- 
battit les derniers combats de la Nouvelle-France (4), 
et quand la guerre fut terminée il se fixa à Saint- 



(1) — Archives dt M, Jtugues CaitUf\ de Saint- Antoine, 

(2) — Gosselin, Le Dr Jiicquei Lahru^ 33, 

(3) — ij^-igriany F.suxi de bibliographie canaditnne^ 89; Gosselin, Le 
Dr Jacques Labt te, 31; Suite, Histoire des Canadiens- Français, VIII, 
65 et 66. 

(4) — Tassé dit que Ménard "figura prubablement à la bataille 
de la Monongahéla, où Braddock éprouva une défaite si complète ". 
Les Canadiens de V Ouest, II, 56. 



218 HISTOIRE DE 



Antoine. L'ancien militaire s'y maria avec Françoise 
Circé, le 14 février 1763. La jeune épouse ne savait 
ni lire ni écrire ; mais eu revanche elle possédait une 
excellente éducation et un grand fonds de religion. 
C'était là le meilleur gage de ce qu'elle serait comme 
épouse et mère de famille. Ménard continua h demeu- 
rer à Saint-Antoine, encore quatre ans. Il traversa 
ensuite à Saint-Denis, en 1767. Ce vétéran des «ler- 
niëres années de la France en Canada n'a jamais été 
que fermier sur les rives du Richelieu, bien qu'il ait 
eu sa concession à Saint- Denis, en bas du cinquième 
rang. De 1773 à 1774, il a travaillé pendant un an 
près de la rivière Salvail sur le territoire actuel de 
La Présentation, tout n continuant à être desservi 
de Saint-Denis ; en 1778 et 1779, il y est retourné, 
mais fut de la paroisse nouvellement fondée de Saint- 
Hyacinthe. Ses connaissances et ses aptitudes en 
affaires militaires le désignèrent bientôt comme .capi- 
taine de milice, quoiqu'il fut peu stable partout où il 
passait. C'est en cette qualité qu'il servit sous Mont- 
gomery au siège de Québec, en 1775. Quatre ans 
plus tard, il quittait pour Montréal, afin de pouvoir 
procurer des études classiques auK aînés de ses fils, 
qui commençaient à grandir. Après avoir séjourné 
une dizaine d'années en cette ville, il alla s'établir A 
Sain t-Philippe-de-Laprai rie, puis à Laprairie même, où 
il est mort ainsi que son épouse. C'est le 19 septembre 
1807 que celle-ci est décédée (1). 

Aux pieux et intelligents époux Dieu a confié une 
nombreuse famille. A Saint-Antoine, leur sont nés 
Françoise en 1763, Jean-Marie en 1765 et Pierre, le 7 
octobre 1766. Les autres ont tous vu le jour à 

(I) — Mason, dans la Chicago hisforicai societys collection^ IV, 144. 



SAINT-DBNIS-SUR-RICHELIEU 219 



Saint-Denis, moins la septième, née à Salvail, alors 
dans la paroisse de Saint-Uyacinthe. Voici du reste 
la liste de ces derniers enfants : Philippe, né en 
1768 (1) ; Ilypolite, en 1770 ; Michel, en 1772 ; 
Joseph-Marie, en 1773 ; Jean-François, en 1775 ; 
Marie-Louise, en 1777 ; et Marguerite, en 1779. Fran 
çoise, Joseph-Marie et Marie-Louise sont morts en 
bas £ge. Les plus remarquables de ceux à qui il a été 
prêté vie sont Pierre, Hypolite et Jean-François, tous 
trois partis pour l'Ouest. 

Pierre n'avait qu'un an, lorsqu'il arriva à Saint- 
Denis ; il en avait treize, quand son përe alla se fixer 
à Montréal. Admis au nouveau collège des Sulpiciens, 
il fut de ses frères celui qui profita le mieux de cet 
avantage, sans qu'il atteignît toutefois la fin des cours. 
A l'âge de dix-neuf ans, il partait déjà pour le pays 
des grands lacs. Il s'arrêta d'abord à Yincennes un 
an, puis il s'établit définitivement à Kaskaskia. Il fut 
dans les commencements agent pour un riche trafi- 
quant de pelleteries, ensuite munitionnaire d'une 
armée américaine destinée à arrêter les incursions des 
Sauvages dans cette contrée. Chose surprenante ! il 
était assez habile pour obtenir des nations pourchas- 
sées les vivres dont il avait besoin (2). Cet emploi, 
aussi bien que le précédent, le plaça sur le chemin rie 
la prospérité. II se lança, pour le reste de ses jours 
dans la traite avec les Indiens (3). Il y acquit une 
grande richesse (4) et une influence des plus consi- 



(i) — Sept signatures à l'acte de son baptême, qu'il a reçu le len- 
demain de sa naissance. Kegistres des baptêmes^ mariages et sépultures 
de Saint- Denis, 

(2) — Tassé, Les Canadiens de POuest, II, 57 et 58, 

(3) — Ibid., 60. 

(4) — •• Son commerce avec les Sauvages, dit Tassé, et d'heu- 
reuses spéculations sur terrains lui avaient permis d'acquérir une fortune 



220 HISTOIRE »E 



dérables (1). On peut attribuer l'estirae et TafFectioii 
générales, dont il a joui, encore plus h sa conduite 
d'excellent catholique qu'à ses succès dans le com- 
merce. 

Il a été lieutenant-colonel de la milice de son 
comté ; à la création de Tétat de Tlndiana, il en fut 
pendant trois ans un des premiers représentants on 
Chambre. En 1809, lorsque fut tiré-deTIndiana le terri- 
toire de rillinois, il en a été le président du Conseil 
pendant neuf ans ; puis, quand cette division est deve- 
nue état, il en fut le premier lieutenant-gouverneur 
et, comme tel, aussi le premier président du Sénat, de 
1818 à 1822. Avait-il à parler, ses observations étaient 
lucides, sans prétention et toujours assaisonnées d'anec- 
dotes pleines de sel autant que d'à-propos. Il était 
calme et visait directement au but (2). 

Marié d'abord avec Thérèse Godin, puis avec 
Angélique Saucier, il a été le père de dix enfants (3), 
dont l'un, son homonyme, a été élu membre du parle- 
ment de rillinois, en 1841 (4). 

Il est mort à Kaskaskia, le 13 juin 1844. La recon- 
naissance lui a élevé une statue dans la capitale de 
l'état, le 10 janvier 1888 (5), et un comté porte mainte- 
nant son nom (G). 



considérable, dont il fit le plus noble usage ". LfJ Ctinadkns de COuesty 

II, 7'. 

(1) — •♦ L'influence considérable de Ménard lui valut d*élrc nommé 

agent des Indiens par le gouvernement américain, et il conclut en cette 
(jualité plusieurs traiiés importants". Les Canadiens de POuest, II, 
58 et 59. 

(2) — Tassé, Les Canadiens de C Ouest ^ II, 62 à 64. 

(3) — Mason, dans la Chicago historical societys collection^ IV, 145 
à 148. 

(4) — Tassé, Les Canadiens de VOtusty II, 71 et 72. 

(5) — Mason, dans la Chicago historical societ/ s collection, IV, 145. 

(6) — Ménard ♦'s'éteignit, en 1844, à Kaskaskia,.... muni de 



SAINT-DBNIS-SUR-RIGUBLIEU 221 



De ses frères, aussi établis à Kaskaskia, Hypolite 
a été de même représentant à la Chambre illinoise ; 
mais il a été avant tont un cultivateur à l'aise. Quant 
à Jean-François, il fut un des célèbres navigateurs du 
Mississîpî. On rapporte qu'il ne s'embarquait jamais 
pour un voyage sans se confesser et communier, que 
jamais, à son retour, il ne manquait d'aller remercier à 
l'église le Dieu qui l'avait préservé de malheurs. Ce 
qui plus est, il avait assez d'influence sur les quarante 
a cinquante hommes de son équipage pour leur faire 
accomplir le même devoir en corps. Il est décédé en 
1833 (1). Lafond, le premier médecin de Saint- 
Denis, avait été son parrain au baptême. 




tous les secours de la religion catholique qu'il pratiqua toujours avec 
ferveur". Tassé, Les Canadiens de F Ouest y 11,72. 
(i) — Tassé, Les Canadiens de VOuesty II, 73 à 8 1. 



CHAPITRE XXII 



Respectable vieillesse de l'église actuelle de Saint- 
Denis. Originalité de son plan de construc- 
tion. Parachèvement et restaurations. Ses 
préservations contre le feu. 1788- 1905. 



Au Canada, un édifice de pins de cent ans d^exis- 
tence est une curiosité, une relique rare d'un fige 
lointain. Nos hivers, avec leurs froids rigoureux, 
désagrègent le mortier, soulèvent tantôt un coin des 
murs, tantôt un autre, et réussissent vite à démolir ; 
ils sont sans pitié. La troisième église de Saint-Denis 
a été néanmoins à l'abri de leur vandalisme, tant elle 
avait été soigneusement bfitie. Elle est maintenant 
vieille de cent-dix ans, doublant à elle seule le service 
qu'ont fourni ensemble les deux temples qui l'ont 
précédée. 

En 1788, on avait fortement agité la question de 
l'élever à la place du second déjà trop étroit et peu 
digne de nouvelles dépenses. L'évêque-coadjuteur, 
consulté à ce sujet au cours de sa visite partorale, le 31 
mai, avait vivement conseillé et approuvé l'entreprise. 
En dépit de cet encouragement, il n'y eut rien d'exé- 
cuté pour le moment. 

Ce n'est que le 5 février 1792 qu'on aboutit à une 
solution ; dans l'intervalle, avantages et inconvénients 
avaient été discutés de part et d'autre avec attention. 
Peu à peu la lumière avait apparu et, à la fin, cent 



224 UISTOIRB DB 



quarante-eix voix contre quarante-huit se prononcë- 
rent définitivement en faveur d'une réédification com- 
plète, laissant de côté le projet de réparer et agrandir 
le vieux bâtiment, cause de toutes les hésitations (1). 
Pour réaliser le vœu de la majorité, on avait 
d'abord songé à ne se servir que des deniers de la 
fabrique et à ne procéder qu'au fur et à mesure qu'il 
y aurait du nerf de guerre ; néanmoins, à là pensée 
des nombreuses dijfficultés que ce système ne manque- 
rait pas d'engendrer, ceux qui l'avaient préconisé se 
ravisèrent bientôt pour lui préférer une répartition 
légale (2). Mgr Hubert, qui avait accepté à contre- 
cœur le premier mode, lui vit substituer le deuxième 
avec joie (3). Celui-ci était effectivement plus prati- 
que et surtout plus expéditif. 

Le mardi de la Pentecôte, 21 mai 1798, fut bénite 
la pierre angulaire de la nouvelle église (4). Mais on 
n'avait pas attendu cette cérémonie pour se mettre à 
l'œuvre. Dès le 2 juillet de l'année précédente (5), les 
maçons Comtois et Louis Courtemanche avaient com- 
mencé à asseoir les fondations, et lors de la susdite 
fête religieuse, elles étaient même finies. Depuis, les 



(1) — Archives de P église </< Saint- Denis, 

(2) — Pour les fins de cette répartition, le 27 janvier 1793, furent 
élus syndics : J.-B. Maheux, Jos.-Frs Gariépy, Jos. Laganière, J.-li. 
Brault, Jos. Chatel, J.-B. Gosselin, les deux capitaines Ls Courteman- 
che et Ls Goulet; ils firent homologuer leur répartition, le 2 juillet sui- 
vant. Archives de P église de Saint-Denis, 

(3) -^ L'approbation épiscopale a été accordée, le 15 juin 1792. 
Archives de F église de Saint-Denis. 

(4) — La collecte faite à cette occasion produisit la somme de $95. 
Archives de P église de Saint- Deni^. 

(5) — En cette année 1792, on paya pour les fondations, à Lafon- 
t«iine, navigateur, 9 toises et un quart de pierre à chaux de Québec, 
$116 ; à divers pour pierre et bois, $44 ; aux maçons pour fondations à 
7 pieds et demi de profondeur, 24 toises de maçonnerie, $167 ; à divers 
autres ouvriers, $125; total, $452. Archii'es de P église de S. Denis. 



8AINT-DBNIS-8UR-RICHBLIBU 225 



travaux se poursuivirent sans relâche, quoique sans 
empressement. 

Chaque propriétaire de ferme fournissait par 
arpent de front de sa terre dix piastres payables en 
cinq ans, une journée d'homme et de harnais, et une 
demi-toise de cailloux à maçonnerie (1), de plus, une 
fois pour toutes, une corde de pruche pour les four- 
neaux et une lambourde longue de dix-huit à vingt 
pieds (2). Chaque emplacitaire n'était tenu qu'à deux 
piastres payables en trois ans et à trois journées 
d'homme. En tout, cette répartition se monta à la 
somme de trois mille cinq cents piastres ; elle ne lais- 
sait pas de mar^e, comme on le voit, pour les largesses. 

La pierre à chaux, d'abord importée de Québec, 
le fut ensuite de Saint-Dominique-de-Bagot (3); pour 
économiser, on la cuisait à Saint-Denis. 

Egalement pour diminuer les dépenses, le curé, 
tous les jours, circulait sur le chantier, le surveillant 
et le dirigeant. Il s'était constitué l'entrepreneur au 
profit de la fabrique, car à toutes ses autres connais- 
sances, M. Cherrier joignait celles d'un architecte 
entendu, ainsi que le prouve l'église, qui a été entière- 
ment élevée sous ses soins. Il engageait lui-même 
les ouvriers ; c'est ainsi qu'ont travaillé sous lui, outre 
Comtois et Courtemanche, les maçons Morin, tailleur 
de pierre do Montréal, Louis Courtemanche, fils de 



(1) — Les propriétaires devaient ainsi fournir un total de 183 toises 
lie cailloux. Archives de V église de S, -Denis. 

(2) — Une telle lambourde était alors évaluée à $0.50. Archives de 
r église de S. -Denis. 

(3) — A noter au sujet du charriage de la pierre de Saint-Domini- 
que : Jos. Cartier, le 9 fév. 1795, écrit qu*il n'y a pas assez de neige 
pour aller à la carrière. Archives de M. Jacques Cartier^ de Saint- 
Antoine. 



226 HISTOIRE DB 



son homonyme, Michel Martin, Charles Berthiaame, 
Augustin Frichet, André Totreau, les menuisiers 
Bourgeault, père et fils, François Jalbert, Latour, 
Saint-Onge, Léon Paré, Trudel, et le peintre Wol£ 

Enfin la bâtisse était fermée après quatre ans de 
travail et, le 80 octobre 1796, le curé la bénissait 
solennellement (1). Tout cependant était loin d'être 
achevé à cette date. Il y avait encore à poser le pla- 
fond de la sacristie, la moitié de l& voûte de l'église ; 
dans le portail, pas encore de verres aux fenêtres. 
En un mot, n'étaient entièrement terminés que les 
ouvrages de maçonnerie, la couverture et les plan- 
chers, plus les bancs (2) et le maître-autel qu'on y 
avait apportés de l'ancienne église. Les murs n'étaient 
pas crépis, il n'y avait pas de jubé (8), ni de galeries ; 
au chœur, pas de stalles. 



( I ) — Registres des baptlmes^ mariages et sépultures de S. -Denis. 

(2) — A l'ouverture de la troisième église, il y avait 95 bancs. Ils 
ont ensuite graduellement augmenté avec la population. En 1807, on en 
comptait 156 ; en 1810, 204 ; en 1819, 211 ; en 1882, 272 ainsi répartis: 
150 dans la nef, 80 dans le jubé, 22 dans les tribunes et 20 dans les gale- 
ries. Le 25 déc. 1791, il fut décidé que les paroissiens qui contribue- 
raient fidèlement leur quote-part pour la nouvelle église y auraient leurs 
bancs d'autrefois transportés dans une place correspondante à Tancienne, 
qu'ils verseraient une pistole ($1.68) en y entrant, puis $0,50 annuels, 
qu'un de leurs enfants aurait le droit de .garder leur banc aux mêmes 
conditions d'une pistole d'entrée et de $0.50 annuels ensuite. 
Puis le banc s'adjugeait au plus haut enchérisseur, qui le conser- 
vait, lui-même seulement, aussi longtemps qu'il en payait annuellement 
le prix de l'adjudication. Quant à l'enfant qui pouvait retenir 
le banc paternel, il fut résolu en 1820 que ce serait le plus âgé des récla- 
#iants, garçon ou fille. Le 25 décembre 1873, ** ^^t statué que les bancs 
seront dorénavant payés d'avance, avant le 15 février; faute de quoi, 
ils seraient censés remis à la fabrique. Four les bancs nouvellement 
adjugés, on accordait cependant 8 jours de délai, privilège qui fut retran- 
ché le 18 mars 1877. Archives de Piglise de S.- Denis, 

(3) — Le jubé fut temporairement aménagé un peu plus tard. 
L'an 1860 seulement, Alfred C hoquette, menuisier de Saint- Hyacinthe, 
en exécutant des travaux pour $1,400 dans l'église, y mettait la der- 



SAINT-DBNIS-BUK-RICHBLIEU 227 

En 1802, fut homologuée une seconde repartition 
(1) afin de continuer l'entreprise. On constatait main- 
tenant de l'émulation parmi les paroissiens. Trois mille 
trois cents piastres tant en matériaux et main-d'œuvre 
qu'en argent furent ainsi ajoutées à la somme de la répar- 
tition précédente. Avec ces montants, ainsi qu'avec 
les surplus de la fabrique et des dons particuliers, 
le temple, sans être terminé, fut suffisamment complété 
pour le moment. Il avait alors coûté treize mille quatre 
cents piastres seulement (2), quoiqu'il compt&t k l'exté- 
rieur parmi les plus beaux et les plus vastes de l'épo- 
que ; l'intérieur ne fut parachevé qu'après les travaux 
de 1813 (8) et de 1844 (4). De cent-vingt-trois pieds 
de longueur sur quarante-neuf de largeur, il en mesure 
vingt-huit de hauteur dans ses parties les plus 
basses (5). 

nière main. Il y installait 64 bancs, " peinturés et imités comme ceux 
(Ven bas", ef perçait une porte dans chaque tour au second plancher 
pour y transporter les escaliers de la nef. Arcki7'es de V église de S. -Denis, 

(1) — Les syndics élus, le 3 octobre 1802, pour cette seconde 
répartition furent : Ls Bourdages, P^rs Jalbert, Chs Gariépy, Ls Gou- 
let, Jr, Athanase Richer, Pierre Bourque, Pierre Leblanc, Chs-Abel 
Michon, Jos. Grenier, Michel Garand et Pierre Besse. La répartition 
qu'ils firent homologuer était payable en 3 ans, les premiers mars 1803, 
1804 et 1805. Archives de t église de S,- Denis» 

(2) — Voici le détail de ce qui a été dépensé sous M. Cherrier pour 
la construction de l'église actuelle : première répartition, $3,500 ; 
seconde répartition, $3,300; la fabrique a fourni $5,400 ; et le curé 
avec d'autres généreux bienfaiteurs, $1,200 ; total, $13,400. Archii'fs 
de r église de S.- Denis, 

(3) — Les travaux de 1813 ont été exécutés par Urbain Durocher, 
maître-architecte delà Pointe- aux-Trembles de Montréal, pour la somme 
de $3*536. Archives de P église de S.-Denis. 

(4) — Les travaux de 1844 furent exécutés par Augustin I^blanc, 
maltre-sculpteur de Saint-Grégoire, près Nicolet, pour la somme de 
$4,600. Archives de P église de S, -Denis, 

(5) — Voici différentes mesures de l'église, telles que données par 
le curé Kelly, le 28 avril 181 1 : longueur à l'intérieur, 116 pieds, à 
l'extérieur, 123 pieds ; largeur à l'intérieur, 49 pieds, à l'extérieur, 55 



228 HISTOIRE Dt 



Il paraît de prime abord plus considérable encore 
qu'il n'est réellement, à cause des deux tours dont sa 
façade est flanquée ; elles l'élargissent de toute leur 
épaisseur. Malheureusement leur tendance à s'éloi- 
gner l'une de l'autre des les jours de leur construction 
les empêcha d'dtre lancées dans les airs comme le vou- 
laiejit les plans. On les relia alors solidement à tra- 
vers l'édifice et, au lieu d'élégantes flèches, on no les 
orna que de modestes clochetons. Avec celui qui a 
été apposé sur le transept, l'église se trouve à en pos- 
séder trois. Les cloches, au reste, n'ont jamais sonné 
que sur la tour du nord, ce qui prête au jeu de mots, 
souvent répété parmi les voyageurs, que ce temple a 
trois clochers, mais deux sans cloche (deux cents 
cloches). 

En dépit de l'échec subi au sujet des tours, le monu- 
. ment jouit d'un imposant aspect ( ). Lorsque, vingt- 
six ans après qu'il eût été élevé, Mgr Lartigue décida 
de s'ériger une cathédrale à Montréal, il vint en pren- 
dre le modèle à Saint-Denis, sur l'œuvre de son oncle. 
Seulement le neveu avait l'intention de voir à la soli- 
dité des assises pour n'être pas obligé de s'arrêter à 
mi-chemin. 

Néanmoins les tours des bords • du Richelieu 
n'ayant pas bronché depuis le jour où elles avaient été 
reliées, on songea en 1898 à les surmonter de superbes 



pieds ; épaisseur des longs pans, 3 pieds, du pignon, 4 pieds ; hauteur des 
murs au-dedans jusqu'aux sablières, 28 pieds, en dehors 29 pieds ; lon- 
gueur des chapelles, 25 pieds, leur profondeur, 16 pieds; longueur du 
sanctuaire depuis la balustrade jusqu'à la porte de la sacristie, 38 pieds ; 
sa largeur d'un angle à l'autre, 34 pieds ; hauteur du jubé et des gale- 
ries, 15 pieds ; profondeur du jubé, 15 pieds; largeur des galeries, 7 
pieds, leur longueur, 47 pieds. A rchh'ts de révéché dt Saint- Hyacinthe, 
(I) — Bouchette, en 1815, la qualifie de "très belle église... avec 
3 beaux clochers". Description topographijue de la province du Bas- 
Canada, 216 et 217. 



SAINT-DENIS-SUR-RICUBLIEir 229 

dochers. Les plans en furent mâme dressés (1), 
maïs à la dernière heure l'archîtecte s'aperçut qu'elles 
ne pouvaient rien supporter de plus que leurs cloche- 
tons sans danger de crouler. Après cette constatation, 
il est certain que si l'on désire doter l'église d'un por- 
tail achevé, il faudra l'édifier entièrement à neuf. 

La construction ayant double rangée de fenêtres, 
on lui a reproché d'offrir un peu l'apparence d'un 
théâtre. Voici comment M. Cherrier justifia cette 
partie de son plan en écrivant h l'évêque, le 28 mars 
1792: "Les fenêtres à double étage étant moins 
larges, le mur est plus facile à lier, et le foulage en est 
moins irrégulier par les piliers dans un batipient large, 
la chapen te fatiguera moins. Les tours. . • • sont. . . • 
les contreforts de la devanture et des longs pans, sur- 
tout si on les laisse assurer avant de les monter h leur 
hauteur, et le pignon de même. Les fenêtres porteront 
trois pieds et trois pouces sur double hauteur ;. . . • et 
par là le haut et le bas de l'église eu seront plus éclai- 
rés. Deux de ces fenêtres ne coûtent que la façon 
d'une grande, et tout forcera moins au vent. Les fenê- 
tres d'en liant seront un peu moindres que celles d'en 
bas " (2). 

Nous avons déjà une bonne idée de l'extérieur ; 
pour achever de le faire connaitre,disons que le temple 
est tout construit en cailloux, que sa façade a été 
cimentée en 1856 (3), et que les chapelles de son transept 
ressortent en saillies assez prononcées, qu'il se termine 



(1) — Mgr Moreau a approuvé ces plans, le il déc. 1892. Rc^is- 
très des dilibératious de la fabrique de Saint- Denis, 

(2) — Archives de Ph'/ché de Saint- Hyacinthe, 

(3) — Par Ths Rousseau pour la somme de $780. Archives de 
réalise de St- Denis, 



230 HISTOIRE DE 



eu rond-point et que depuîd 1880 la tôle a remplacé le 
boÎB de la couverture (1). 

A rintérîeur s'étend un vaste chœur, dont la 
balustrade en ligne droite court du fond d'une cha- 
pelle au fond de l'autre. Le raaître-autel bombé, 
sculpté et doré des anciens jours en a longtemps formé 
le principal ornement ; il n'a été supplanté qu'en 1883, 
mais par une magnifique pièce d'art en marbre blanc ; 
deux autels latéraux en marbre pareillement lui ont 
été adjoints en 1891, aux coins que détermine le rond- 
point avec les chapelles ; celui du côté de l'évangile 
est consacré au Sacré-Cœur de Jésus et l'autre à la 
sainte Vierge. Ces trois coûteux chefs-d'œuvre, ciselés 
en Italie, sont dus à la pieuse générosité de quelques 
paroissiens à l'aise. Un quatrième et un cinquième 
autel, construits par l'architecte Quevillon, k Saint- 
Vincent-de-Paul de l'île Jésus, et installés dans les 
chapelles en 1806, y subsistent encore, mais il faut 
convenir qu'ils font maintenant piteuse mine, quoi- 
qu'ils aient bien coûté la jolie somme de neuf cents 
piastres. Ils sont dédiés, l'un à sainte Anne, l'autre à 
saint André. Des stalles, des statues et des tableaux 
complètent l'ornementation du chœur. 

Dans la nef, des galeries dans toute sa longueur, 
un spacieux jubé et deux tribunes dans les chapelles 
latérales composent comme un second étage. 

En 1818, on érigea les fonts baptismaux, qui se 
voient encore à l'arrière de l'église, mais qui ne ser- 
vent plus ; on introduisit une chaire ambulante, rem- 
placée en 1881 par la chaire fixe actuelle, et on sculpta 



(I) — (^uant aux marches de pierre du perron, elles remontent à 
l'année 1 8$o. Archives de t église de S. -Denis, 



SAINT-DBNIS-SUR-RIGHBLIEU 231 



un banc d'œuvre plus en barmonîe avec les attentions 
qu'on voulait accorder aux marguillicrs (1). 

Vingt-six ans plus tard, t<»ute la bâtisse reçut 
d'importantes restaurations en même temps que son 
paracbëvement, mais c'est en 1881 surtout que Ton a 
le plus dépensé pour son embellissement. Alors Josepb 
Rousseau, intelligent jeune peintre de Saint-Hugues, 
pour la somme de trois mille quatre cents piastres, 
peintura et décora tout et substitua même des fres- 
ques à quelques tableaux d*un goût douteux. Bref, 
l'église parut âtre aprës cela un temple récemment 
livré au culte. Aussi le curé en profita-t-il pour lui 
procurer les honneurs de la consécration, en 1883 (2). 
On avait pensé à cette dédicace en rannéen819 (3), 
mais le projet n'avait pas eu de suite. 

La primitive sacristie était petite, basse et mal 
éclairée. En 1870 et 1871, elle subit une entière 
transformation sous la main des habiles entrepre- 
neurs associés Joseph-Hercule Lapalisse et Elie Qiard. 
Pour deux mille sept cent cinquante piastres, îls l'allon- 
gèrent de vingt pieds, l'exhaussèrent de quatre pieds, 
lui ajoutèrent deux fenêtres et agrandirent les autres ; 
un vestiaire et des confessionnaux lui furent confec- 
tionnés, et le reste fut restauré au point de paraître 
neuf (4). C'était là une amélioration d'urgence, vu 



(1) — Ces travaux de 1818, comme ceux de 181 3, ont été exécutés 
par Urbain Durocher. Registres des délibérations de la fabrique de Saint. 
Denis. 

(2) — Ce sont **des reliques de saints Zenon et Prosper, mar- 
tyrs", que l'on plaça alors dans le maltre-autel. Registres aes délibéra- 
tions de la fabrique de Saint -Denis, 

(3) — Lettre du curé Bédard à Mgr Plessis, en date du 17 mars 
18 19. Archives de Véiêché de Saint- Hyacinthe, 

(4) — Le contrat de cette entre])rise fut conclu au presbytère de 
baint-Denis, le 12 fév. 1870, par-devant le notaire O. Marin, Archives de 
M, Elit Giard, de Sherbrooke. 



232 HISTOIRE DE 



le fréquent usage qu'on fait maintenant de cet appen- 
dice. 

Cependant la restauration de 1844 faillit coûter 
tout l'édifice. L'enlèvement des ochafauds s'effectuait, 
le 20 août, lorsque l'imprudence d'un fumeur provo- 
qua un commencement d'incendie. Après avoir allumé 
son calumet dansla tour du sud, il y jeta son reste de feu 
sans précaution et ferma la porte derrière lui. Un 
tonneau de térébenthine était h\ comme réceptacle. 
Quelques minutes plus tard, l'on se trouvait en pré- 
sence d'un foyer ardent des plus tenaces. Ce fut le 
marchand G. Steîger qui sauva l'édifice de sa destruc- 
tion pai^a manière d'agir vraiment admirable. 

Le 13 juin 1905, c'est le feu du ciel qui s'attaque 
au vieux temple. Au milieu d'uti violent orage élec- 
trique, la foudre frappe la tour du nord, en détache 
quelques pierres et se promène un peu partout dans 
l'édifice, réduisant en éclats le support central des 
tuyaux, brisant une fenêtre du chœur, endommageant 
les moulures de l'autel Sainte-Anne. Mais ce n'est 
pas tout ; trois-quarts d'heure après, le feu se déclare 
dans la lanterne de la tour éprouvée. N'eussent été le 
sang-froid et la bravoure des paroissiens, c'en était fait 
de toute l'église, car les flammes se propageaient 
rapidement et n'étaient pas faciles ;\ attei^idre ; enrayées 
îi temps, elles n'ont heureusement causé que d'insigni- 
fiants dommages (1). 

Une autre fois encore, il n'en fallait pas davantage, 
pour réduire l'édifice en cendres. Une étincelle, par- 
tie de la cheminée d'un moulin voisin*, vint ouvrir sa 
trouée dans la couverture alors en bois. Elle s'y créa un 
foyer assez étendu et s'éteignit d'elle-même à l'insu de 



(I) — La Triàiiue, de S:\iiit-IIyacinllie, jiiilU-l 1^)0^. 




Eglise adiifllc lie !*.-ni-i.ia (l'agc 2:!',)). 




(-..IK-gt clas,i,,m. ,lo S.-l)oiii, (l'iige 240). 



SAINT-DBNIS-SUR-RIGHELIBU 233 



tout le monde. On ne constata que plus tard le dan- 
ger encouru. 

Vraiment il existe une protection spéciale pour 
l'antique église contre les flammes. Dieu la garde long- 
temps en effet à la pîété des Dyonisiens. Qu'ils y aillent 
encore, durant de nombreuses générations, respirer les 
parfums de ferveur des anciens jours, s'agenouiller et 
prier sur le parvis, où un si grand nombre de leurs 
ancêtres les ont précédés en leur prodiguant l'exemple 
de la véritable piété. Là, que d'êtres chers sont venus 
faire consacrer leur entrée dans le monde, se former 
en familles chrétiennes et recevoir une dernîëre bénédic- 
tion sur leurs dépouilles mortelles. Temple, témoin de 
tant de joies, de deuils et de serments de fidélité, cha- 
cune de tes pierres parle au cœur de ceux qui t'entou- 
rent, reste-leur longtemps. 




CHAPITRE XXin 



Les poêles dans l'église de Saint-Denis. Ses 
tableaux. La poste. 1796-1905. 



Si ce n'était un fait, dont les vieillards se souve- 
naient encore il 7 a quelques années pour en avoir été 
les témoins ou plutôt les victimes,on ne croirait pas que 
les églises du Canada n'ont été chauffées que depuis 
l'an 1800 environ. Rien de plus vrai pourtant. Cela 
démontre une fois de plus que nos ancêtres étaient plus 
mortifiés que nous et combien il est difficile de déra- 
ciner une habitude. En France, on ne chauffait pas 
ces édifices ; au Canada, quoique le climat fdt beau- 
coup plus rigoureux, on voulut agir de même et il ne fal- 
lut rien moins que deux siëcles pour revenir de cette 
erreur. 

Durant la saison froide, les hommes portaient 
le calotte (1), les femmes d'épaisses coiffes ; au chœur, 
on usait de la barrette et du camail, qui couvrait et la 
tête et les épaules (2). Quelquefois, à part cela, il y 
avait dans les bancs des chaufferettes pour les pieds (3); 
on en plaçait une le plus souvent sur l'autel (4) pour 
que l'onglée ne s'emparât pas trop impérieusement des 
doigts de l'officiant et ne congelât pas le vin. Dans la 
sacristie, on ne trouvait pas plus de chaleur. D'ailleurs 
cet appendice était rarement une chapelle comme 



( 1 ) — Journal des yésuiies, 34. 

(2) — Beaubien, Le Sault-au-RicolUt^ 333 et 334. 

(3) — Suite, Histoire des Canadiens' Français^ III, Ii8. 

(4) — Journal des Jésuites^ 74. 



236 HISTOIRK DE 



aujourd'hui, et la messe, en semaine, de même que le 
dimanche, n'y était célébrée que pour de graves 
raisons (1). 

En certaines circonstances, on enleva toutefois le 
piquant de l'atmosphëre du Ueu saint, en entretenant 
des braises dans des chaudières (2). Mais quelle 
fumée ! C'est également ce que l'on redoutait avec 
les mauvais poêles alors en usage. Les pauvres pein- 
tures, qui avaient coûté si cher, en auraient été ava- 
riées. Néanmoins M. Deschenaux, curé de l'Ancîenne- 
Lorette, fit à ses frais l'essai de poêles dans son église. 
Les marguillîers n'auraient jamais consenti à cette 
dépense, qu'ils étaient sûrs de ne pas voir profiter à la 
paroisse (3). Or la tentative, à leur surprise, obtint le 
plus heureux succès, et ce fut ainsi, vers 1800, le com- 
mencement de la belle amélioration, qui s'imposait 
depuis la fondation de la colonie. 

A Saint-Denis, l'église toute neuve n'avait pas été 
aménagée pour entrer de plein pied dans la voie si 
bien ouverte. Il y existait bien une cheminée, faisant 
le pendant de la porte de communication entre la nef 
et la sacristie, mais elle était destinée au large et fumeux 
luminaire du Saint-Sacrement. Le foyer en était fermé 
par une porte vitrée, à travers laquelle on apercevait 



(i) — Mgr Hubert, le 24 oct. lyçô^écritau curé malade de rAncienne- 
Lorette : ** Il vous est permis par ces présentes de bénir la sacristie et d'y 
dire la messe les jours qui ne sont point chômés seulement et encore 
Jans les froids où votre santé pourrait en être diminuée. Si cette réponse 
vous parait stricte, c'est afin de ne pas donner occasion à d'autres prê- 
tres de demander pareille dispense, ce qui me paraît être contre les 
règles, à moins d'une grande utilité pour la santé ". Trudelle, Paroisse 
de Charlcsbottrg^ 17. 

(2) — Heaubien, Le Sault-au Récollet^ 334 et 335. 

(3) — Trudelle, Paroisse Je Charlesbourg^ 16 et 17. 



SAINT-DBNIS-SUR-RICHBLIBU 237 



le feu d'un fanal aux énormes proportions, ouvragé à 
grands coups de ciseau (1). 

Toutefois M. Cherrier ne s'éteignit pas avant 
d'avoir introduit les bienfaits de la chaleur dans le beau 
temple qu'il venait d'élever à la gloire de Dieu. C'est 
vers 180Ô que l'installation eut lieu (2). Malheureu- 
sement, jusqu'en 1864, l'ceuvre des deux poêles a été en 
bonne partie paralysée parle froid que laissaient péné- 
trer les fenêtres. Ce n'est qa'en cette dernière année 
qu'on a obvié k l'inconvénient par la confection de 
doubles chftssis (3). 

A Saint-Detiis, les tableaux, que l'on aurait pu 
craindre de noircir par la fumée des poêles étaient de 
peu de valeur. Moins trois, ils ont tous été renouvelés 
depuis cette époque (4) ; aujourd'hui ils sont au nom- 
bre de neuf. Ceux de sainte Anne et de saint André 
sont les plus anciens, ils ont été acquis en 1780. Exé- 
cutés dans le pays par des peintres de second ordre, 
ils sont loin d'être des chefs-d'&uvre ; aussi les deux 
ensemble n'ont-îls coûté que quarante-trois piastres. 
Celui de saint Denis,quoique ayant droit d'être le plus 
beau, est encore plus médiocre. Egalement peint dans 
la colonie, il a pourtant été payé une somme considé- 



(i) — On |)eut encore contempler ce monument dans le grenier de U 
i>acrtstie de Saint-Denis. 

(2) — D'autres paroisses ont beaucoup plus retardé à bénéficier de 
Tamélioration. C'est ainsi que Sainte- Anne-des- Plaines, fondée en 1787, 
n'y a particijié qu'apiès 184 1. AI*ors on acheta un grand poêle, dont les 
plaques mesuraient un demi]>ouce d'épaisseur, on le plaça au milieu de 
l'égtise, et le bedeau fut préposé à son bon fonctionnement, moyennant 
dix sous par dimanche. Dugas, Histoire de la paroisse de Sainte- Anne- 
des- Plaines t 90 et 91. 

(3) — Ils sont le résultat d'une résolution de fabrique, en date du 3 
juillet 1864. Registres des délibérations de la fabrique de Saint- Denis, 

(4) — Parmi les tableaux mis au rebut étaient ceux de l'Annoncia- 
tion et de sainte Madeleine. Inventaire de 1788. Archives de Véx^êcké de 
S,- Hyacinthe, 



238 HISTOIRE DE 



rable pour le temps. Il représente le martyre du saint 
patron et de ses deux compagnons. 

Autant nos églises étaient jadis dépourvues de 
jolis tableaux, autant en surabondaient les sanctuaires 
de France. Mais voici que la plus terrible des révo- 
lutions va dépouiller celle-ci au bénéfice de notre pays. 
Là-bas, l'impie envahira le lieu saint, en arrachera des 
murs les plus ri«hes toiles et s'en ira stupidement les 
jeter dans quelque arriëre-boutique. Plus tard, on les 
en tirera pour les vendre au rabais. Heureusement, 
alors il y aura sur place un ami du Canada aussi sincère 
que véritable connaisseur, qui en fera l'achat poumons. 
Cet homme de la Providence est le grand-vicaire même 
de Paris, l'abbé Philippe Desjardins. Proscrit par les 
spoliateurs sacrilèges en même temps que son frère 
Louis- Joseph Desjardins (1) au plus fort de l'orage 
révolutionnaire, il vint chercher asile sur nos bords. 
Le bienveillant accueil qu'il y reçut nous l'attacha. 
Quand, huit ans après, il retourna dans sa patrie, il ne 
chercha plus que l'occasion de nous témoigner sa gra- 
titude. C'est ainsi qu'il se mit à notre service pour 
nous doter des trésors que gaspillaient les persécu- 
teurs. Son frère, définitivement fixé au milieu de nous, 
y devint son agent. Mais pour arriver à poursuivre 
ce trafic sans entraves, il lui fallait induire les toiles 
d'une épaisse couche de colle et les expédier comme 
enveloppes de colis. Rendues à Québec, les peintures 
étaient nettoyées et distribuées aux diverses paroisses, 
qui en avaient fait la demande. Les deux frères exer- 
cèrent longtemps ce mclier (2). 



(1) — Le journal de^ recettes et dépenses de la fabrique de Saint- 
Denis à l'article de l'achat de tableaux, désigne ce second abbé 
Desjardins sous son autre nom de Desplantes. — Cf. Tangiiay, Reper- 
toîn du clergé canadien y seconde édition, 159, 

(2) — Cas^rain, I/istoifr Je Plfêtel-Dietê de Quéhfi\ 496 à 499. — 



SAINT-DBNIS-SUR-RICHBLIEU 239 



C'est ainsi que Saint-Denis a pu se payer le luxe 
de ses six plus beaux tableaux, en 1817 (1). Leurs sujets 
sont : *^ La descente de la croix ", '' Le martyre de 
saint Barthélemi '\ une seconde '* Sainte Anne ", *' La 
sainte famille ", " La fuite en Egypte ", et " La nuit 
de Noël ". Tous sont exécutés avec talent. Surtout 
le dernier est une pièce des mieux réussies du célèbre 
artiste Antoine Coypel ; il est le seul signé de ceux 
que nous contemplons à Saint-Denis. Ce peintre a 
été fort en voeue de son vivant, quoique ses composi- 
tions sentent le bel esprit. S'il ne possède pas le génie 
du grand, il sait relever ses scènes par un coloris 
animé, une expression vive, pathétique et frappante. 
II a vécu à Paris, de 166t à 1722 ; il ne s*en qst 
absenté que pour aller à Rome se former sous la direc- 
tion de son père, en présence des admirables travaux 
italiens (2). 

Aujourd'hui l'église dyonisienne est, on peut dire, 
riche en peintures de prix, grâce aux frères Desjardins. 
Ses six derniers tableaux ne lui ont coûté que 
neuf-cent-trente piastres (3). 

Saint-Denis n'a pas été aussi avantageusement 
partagé sous le rapport de la malle. Il lui fallut d'abord 
commencer par aller déposer ses lettres à Sorel, le plus 
proche bureau de poste, et cela pendant les soixante 
premières années. On n'était pas ainsi porté à écrire 
souvent à ses parents et amis ; il n'en coûtait guère 
plus de se rendre jusqu'à Québec pour les aller voir. 

Bibaud, Le panthéon canadien^ j^, — Dionne, dans VAunuaire du 
V UniuersUi Laval de Québec, année 1S94-5. 

(1) — L'achat de ces tableaux a été résolu dans une assemblée d? 
fabrique, en date du 5 juin 181 7. Registres des délibérations de la fabrique 
de Saint- Denis, 

(2) — Encyclopédie du XIX siècU, quatrième édition» XIII, 243, 
— Feller, Biographie unti'crselle^ édition de 1848, V, 80. 

(3) — Registres des délibérations de la fabrique de S*- Denis, 



240 HISTOIRE DB 



C'est à l'initiative privée qu*e8t dû le premier 
courrier de la vallée du Richelieu. Saint - Ours 
se mit eu relation avec Sorel ; puis Saint-Denis 
et Saint-Antoine en firent autant avec Saint-Ours. 
Ceci se passait un peu avant 1800 (1). £n même 
temps on avait organisé un autre courrier entre Saint- 
Denis et Saiot-Hyacinthe ; mais celui-ci n'a pu subsis- 
ter qu'environ un an. Jacques Cartier, de Saint- 
Antoine, paraît avoir été le chef de ce mouvement 
vers le progrès. Toujours est-il que c'est à lui que l'on 
s'adressait quelques années plus tard pour le main- 
tien de la poste le long de la rivière et le rétablisse- 
ment de celle de Saint- Hyaciuthe (2). 

* Vers 1815, le gouvernement prit enfin le service 
en mains et l'étendit de Sorel à Chambly. De men- 
suel, le courrier était devenu bi-mensuel, puis hebdo- 
madaire; il devint alors bi-hebdomadaire. Ce dernier 
état de choses dura ensuite jusqu'à la construction du 
Grand-Tronc entre Montréal et Saînt-Hîlaire, en 1854. 
De cette année à 1897, le postillon de Saint-Denis 
n'eut plus à desservir que Saint-Hilaire, Sorel et les 
paroisses intermédiaires, mais en revanche il était tenu 
d'effectuer le trajet, aller et retour, dans chaque vingt- 
quatre heures. Ordinairement, l'engagement annuel 
était conclu pour la somme d'environ mille piastres. 



(1) — Archtves de M, Jncquet Cartier, de Saint- Antoine. 

(2) — Le notaire B où rdages écrit à Jacques Cartier, le 8 oct. 1809, 
au sujet de la malle : *' l'ermettez-moi de voustlire que l'offre, que vous 
leur avez faite (aux gens de Saint- Hyacinthe ), sent un peu de l'aristo- 
cratie mercantile.... Pourquoi exiger d'une seule paroisse la moitié de 
la somme qu'il faut pour former un courrier nécessaire pour 5 ou 6 parois- 
ses? L'offre, qu'ils auraient à vous faire, me parait plus raisonnable de 
leur )>art, qui serait de fournir $30 pour aider pour leur paroisse à 
former un courrier pour toute la rivière Chambly. Pour apporter leurs 
l^azcttes et toutes leurs lettres à Saint-Denis, faites attention qu'il faudra 
qu'ils paient un autre courrier de Maska ( Saint-Hyacinthe) pour Saint- 



SAINT-DENIS-6UR-RICHELIBU 241 



Depuis 1897, Saint-Denis jouit de deux malles chsr 
que jour. L'ancien itinéraire a été abandonné, et l'on a 
adopté celui du chemin de fer jusqu'à Contrecœur, 
d'où un postillon arrive au village dyonisien à midi et 
à neuf heures du soir. La paroisse se croit mainte- 
nant rendue au plus haut degré de perfection sur ce 
point. Elle peut, par exemple, écrire à Montréal le 
matin et recevoir sa réponse à la fin du même jour. 
Le seul inconvénient, c'est que le second courrier n'est 
distribué que tard dans la veillée, mais à cela il est 
difficile de remédier, et nul de songera de sitôt à s'en 
plaindre. 

Les directeurs connus du bureau de poste de 
Saint-Denis ont été François Mignault, aubergiste, le 
marchand Jean Ghamard, François-Xavier Laforce, 
përe et fils successivement, Michel Laprise, le notaire 
Mignault, Henri Page (1), aujourd'hui au même 



Denis, qui leur coûtera encore $30, ce qui leur formera $60, pour laquelle 
somme ils peuvent former un courrier de Maska à Sorel. Ainsi en se 
joignant à vous, ils n'y gat^nent rien, vous seul gagnerez $30, pour dimi- 
nuer le paiement de votre postillon. Les messieurs de Maska sont partis 
très sensibles à la dureté de votre proposition, bien résolus de former 
entre eux un courner, offrant aux messieurs de Saint-Denis de se joindre 
à eux, se faisant fort de leur apporter leurs gnzetteset même toutes leurs 
lettres pour le même prix que vous nous faites venir nos gazettes seule- 
ment ". Arckwes de M, Jacques Cartier^ de Saint- Antoine. 

(I) — La famille de M. H. Page est originaire du Cap-Santé. Son 
aïeul Pierre en vint à Saint- Antoine, vers 1790. De là, il est traversé 
à Saint-Deniii, i)eu après, pour devenir l'homme de confiance du mar- 
chand Guérout. Il est décédé assez jeune, vers 181 2. Son épouse Marie- 
Louise Lamothe a succombé, de son côté, au choléra de 1832. De ses 
cn&nts, Louis, né le 25 août 1802 et arrivé en bas âge à Saint-Denis, e<%t 
le père de M. Henri ; durant 60 ans, il a été marchand, d'abord en bas 
du village dyonisien, puis en face de l'église. En 1837, il s'est montré 
patriote ardent, ce qu'ensuite n'ont pas manqué de lui faire expier les 
Anglais. Il s'est marié deux fois, le 24 avril 1826 à Saint- Antoine avec 
Adélaïde Bourassa, morte du choléra comme sa belle-mère en 1832, et 
vers 1835 avec Apolline Létounieau à Saint- Marc. C'est celle-ci qui est 



242 HISTOIRE DE SAINT-DEKIS 



emploi à Saint-Hyacinthe, l'instituteur Dupuis, Emélie 
Leblanc, modiste, le notaire Diirocher, et Victor 
Gareau pendant six ans. Le notaire Daaray, leur suc- 
cesseur, occupe actuellement cette fonction, depuis 
1898. 




la inèrc de M. Henri. Louis ebi devenu veuf la dernière fois le 27 nov. 
1876, son épouse s'étant éteinte à l'âge de 68 ans. Il est lui-même décédé, 
en 1886, à l'âge de 84 ans. (Quelques années avant sa fin, il avait cédé 
son magasin à son llls unique Henri. Celui-ci, après avoir été marié avec 
Herminie Morin, l'est aujourd'hui avec Caroline Cayer. 11 a quitté Saint- 
Denis, et toute sa famille avec lui, en 1886. C'est le 18 mai 1898 qu'il 
a été assermenté comme directeur de la poste à Saint-Hyacinthe. 



CHAPITRE XXIV 



Les débuts d'un collège classique à Saint-Denis. 
Ses épreuves. Sa fin. 1804-1905. 



Nul n'a compris mieux que M. Cherrier cette 
parole d'un penseur : '^ Qui a l'enseignement a l'ave- 
nir" (1). Il Bavait que l'enfant est tout d'une pièce, 
que ^^si l'enseignement religieux ne lui arrive pas 
fondu en quelque manière avec l'enseignement sco- 
laire, le premier est condamné k une sorte d'infériorité 
qui le prive de tout attrait et de toute solidité " (2). 

Avant comme après la fondation du couvent, il 
n'avait cessé pendant environ deux mois par année 
d'expliquer patiemment le catéchisme à la jeune 
génération ; combien souvent il exhortait les parents 
à le seconder ! mais il sentait que ce n'était pas suffi- 
sant. Quand pourra-t-il donc accomplir pour les gar- 
çons ce qu'il était parvenu à exécuter pour les filles ? 
Ici la tâche paraissait plus ardue, aussi tarda-t-il 
davantage à l'entreprendre. Cependant les dîmes 
augmentaient assez rapidement d'années en années 
et, après avoir éconimisé pour son couvent, il mettait 
le plus possible en réserve pour donner autant aux 
garçons. 

Pendant qu'il thésaurisait ainsi, son attention fut 



(i) — Ces paroles sont d'un président de la Chambre française. 
Blanqui avait auparavant exprimé cette vérité primordiale avec 
plus de brutalitéi en s'écriant : ** La révolation n'est pas à Tatelier, elle 
est à l'école ". L'écÂû de Plaisance^ France, en 1897. 

(2) — 'VécAo de Plaisance, France, en 1897. 



244 HISTOIRE DE 



attirée snr le besoin de favoriser le recratemont du 
clergé canadien. A la suite de la révolution fran- 
çaise, beaucoup de prêtres pourchassés s'étaient retirés 
dans la capitale de V Angleterre, à l'ombre du drapeau 
de ce pays. Or, en 1798, ceux-ci venaient d'obtenir la 
permission de passer au Canada (I). C'était une magni- 
fique aubaine pour notre peuple, mais elle n'était pas 
sans présenter ses inconvénients. Tous étaient d'excel- 
lents ouvriers qui demandaient de l'emploi ; néan- 
moins, connaissaient-ils snOisamment le genre pénible 
de ministère qu'ils désiraient ? Resteraient-ils long- 
temps? Dégoûtés de leurs nouvelles positions et atti- 
rés dans leur patrie par le rétablissement de la paix, 
ne se hâteraient-ils pas de rentrer dans leurs diocèses 
respectifs, laissant sans pasteur une foule de paroisses, 
où l'on se serait imposé de généreux sacrifices pécu- 
niaires dans l'espoir de le garder indéfiniment ? 

Dans ces perplexités, l'évoque, Mgr Hubert, écri- 
vit entre autres au curé de Saint-Denis pour le con- 
sulter. M. Cherrier, se plaçant à un nouveau point de 
vue, lui répondit par une longue lettre, qui se résume 
dans le passage suivant : " Je remarque qu'une troupe 
auxiliaire, quelqu'avantageuse qu'elle paraisse, est 
toujours de courte durée et peu stable, quand elle 
n'est appuyée que sur les ressources d'une politique 
humaine dans ceux qui la procurent. Je fais abstrac- 
tion, pour le moment, des talents, de la vertu et des 
mérites des pieux ecclésiastiques, que la Providence 
nous destine, et des avantages que ces émigrés vont 
procurer ; mais si ce secours affaiblit, décourage, 
déprime et interrompt la génération et la progression 
du clergé canadien,. . . ce secours manquant, oùaura- 
t-on recours? Les prêtres canadiens doivent être 



(I) — Têtu, Lfs é-ccqufs de Qucl>€c^ 293. 



SAINT DENIS-SUR- RICHELIEU 245 



ménagés dans leur pays. La réforme est toujours pré- 
férable à la destruction. Il sera toujours plus facile de 
perpétuer la succession des prêtres canadiens par l'en- 
couragement que de le faire renaître, quand il fau- 
dra y avoir recours " (1). 

Faciliter les vocations des fils de famille du pays, 
voilà toute la pensée de M. Cherrîer. Il n*était pas 
opposé à un certain renfort, ihais ce qu'il redoutait, 
c'est que pendant quelques années on pourvût si bien 
à tous les besoins du diocèse que le zële à pousser les 
jeunes gens aux études ne se ralentît, ne s'éteignit 
même. Et c'est sur cette initiative privée qu'il fallait 
pourtant compter encore longtemps. On l'avait créée 
fort péniblement, il ne fallait pas s'exposer à recom- 
mencer. Bien entendu toutefois que ce rôle de dévoués 
protecteurs était presque exclusivement dévolu aux 
membres du clergé. Le curé de Saint-Denis avait 
déjà fourni sa part, et il espérait offrir davantage, aus- 
sitôt que sa caisse d'épargne le lui permettrait. Peut- 
être lui vînt-il alors pour la première fois à l'esprit de 
faire de sa future école des garçons un collège classi- 
que? Dans ce cas, il lui faudrait se jeter dans de plus 
lourdes dépenses, et il était obligé d'attendre que son 
amas fut plus considérable. 

Enfin, au déclin de l'année 1804, après avoir cal- 
culé une dernière fois ses chances de succès, il avertit 
son évêque qu'il serait prêt à ouvrir une école de latin 
dans sa paroisse dès l'automne suivant, si le projet lui 
était agréable. Mgr Deiiaut, qui avait encouragé une 



(i) — Avant CCS réflexions, M. Cherrier avait écrit au commence- 
ment de sa lettre : ** La maison que j'occupe sera toujours un lieud'hod^ 

pitalité pour les infortunés et honnêtes ecclésiastiques et la paroisse 

que je de dessers un champ, où elle (Sa Grandeur) peut.... envoyer les 
ouvriers qu'elle croira nécessaires ou utiles". Archivts de Vivêché de 
Saint- Hyacinthe, 



246 UIBTOIBB PE 



semblable institation à Nicolet l'année précédente, pro- 
mit appui au généreux pasteur. Il s'engagea même 
H lui envoyer un ecclésiastique comme professeur. 
Là-dessus M. Cberrier se mit hardiment à l'œuvre. Il 
possédait déjà le terrain nécessaire sur la rue Sainte- 
Catherine, aujourd'hui en face du jardin de l'hôpital. 
L'été suivant, il y éleva une humble maison, destinée 
à devenir pensionnat et . . . grand collège classique. 
11 voulait d'abord, avant de se lancer dans ces hautes 
sphères, essayer ses ailes, et il n'avait parlé à son 
Ordinaire que de préparer des élèves pour Montréal et 
Nicolet ; les succès devaient conquérir le reste. 

A l'automne de 1805, tout était disposé pour 
l'ouverture des classes, lorsque l'évêque manda à M. 
Cherrier qu'il était dans l'impossibilité de tenir sa 
parole pour cette année au sujet du professeur promis. 
C'était un contre-temps des plus graves, vu la pénurie 
des personnes capables d'occuper un tel poste. Néan- 
moins, le fondateur fat assez heureux pour engager un 
professeur, quoique plus ou moins qualifié. Les' élèves 
se présentèrent assez nombreux ; il y eut même quel- 
ques pensionnaires. Mais, pour continuer à compter 
sur l'encouragement public, il n'y avait pas moyen de 
conserver le maître de cette première année, et il fut 
remercié à la fin du deuxième semestre. 

Avant cette démarche, M. Cherrier n'avait pas été 
sans songer à la seconde année. Pour ne pas être pris 
au dépourvu, il avait retenu les services de son parois- 
sien le cultivateur Jean-Easile Mignault. Cet homme 
ofiPrait toutes les garanties morales, mais il ne savait pas 
le latin et, pour le rente, il ne pouvait pas conduire ses 
élèves bien loin. Aussi n'avait-il eu de pourparlers 
avec lui que pour le cas oii l'on ne pourrait rencontrer 
mieux, car le curé avait en vue un autre sujet autre- 
ment plus précieux. 



8AINT-DENlS<SUR*RICnELIBU 247 



Mignault, prêt à subir reniiui de quitter tempo- 
rairement l'exploitation de sa ferme pour rendre 
service, avait un fils, que M. Cherrier avait protégé et 
qui venait de terminer ses études au collège de Mont- 
réal. Répondant à l'espoir fondé sur lui, cet élève* 
devait revêtir l'habit ecclésiastique à la fin de ses 
vacances. C'est sur lui que le pasteur jetait les jeux. 
^^ Ne pourrais-je pas prétendre à mettre ce jeune 
homme sage.... pour régir mon école sous ma 
vue", écrit-il à son évèque, en date du 19 août (1) ? 
La faveur ayant été accordée,Ie futur curé de Ohambly, 
M. Pierre-Marie Mignault, endossa en effet la soutane 
et fut laissé à son bienfaiteur, qui sera et son directeur 
et son professeur de théologie. L'école allait entrer 
dans une ëre de grande prospérité sous ce maître. Il 
s'y dévoua avec toute l'ardeur dont il était capable ; 
ne travaillait-il pas en effet pour sa paroisse natale et 
pour son généreux protecteur en même temps que 
pour Dieu ? Des lors s'affirmèrent ses talents d'homme 
de tact et de dévouement. Pas plus tard que le 14 



(I) — Après avoir, le premier août 1806, remercié son professeur 
de Tannée expirée, M. Cherrier, le 19 suivant, écrit à l'évéque : 
" I/école n'est point censée tombée, chaque écolier ou jeune pensionnaire 
a laissé son bagage et ses livres pour revenir à la fin des vacances. J'ai 
retenu un mattre honnête de pension, qui prendra ma maison ; c'est un 
nommé Mignault, père d'un écolier sage de Montréal, qui a fait son cours 
de philosophie. . . Ne pourrais-je pas prétendre à mettre ce jeune homme 
sage... pour régir mon école sous ma vue et donner les premiers élé- 
ments de la langue latine à ceux de mes enfants qui en seront suscepti- 
bles, afin d'en préparer aux séminaires de Montréal et de Nicolet quelques- 
uns. Si Votre Grandeur l'approuve, je prendrais ce jeune homme, qui 
parait se disposer à l'état ecclésiastique ... ; il dirigerait . . . mon école 
au moins un an ou deux, et pourrait suivre en partie quelque traité de 
théologie...; mais je voudrais qu'il régtt sous un habit qui en imposât, 
c'est'à-dire qu'il prit la soutane avant de commencer, comme il s*atten« 
dait la prendre cet automne en entrant au séminaire". Archives de Fêvi^ 
cKé de Saint' Hyacinthe» 



248 HISTOIRE DB 



octobre, l'heureux fondateur écrivait à Mgr Plessis : 
^^ Mon école paraît aller bon train, mais le maître ne 
pourra qu'effleurer la théologie " ( 1) . L'année s'acheva 
comme l'avait fait présager le commencement, au 
•milieu des plus solides succès. 

La troisième année s'ouvrit sous de plus brillants 
auspices encore, puisque le même professeur revenait 
avec plus d'expérience. Malheureusement sa santé 
refusa de marcher de pair avec son zèle aussi long- 
temps que tous l'auraient souhaité. Au mois de jan* 
vier, il était déjà épuisé ; il fallait donc songer à un 
changement. L'évêque décida d'abord de l'envoyer à 
Montréal, mais ce projet n'eut pas de suite et, le 20 
février, le jeune clerc, remplacé dans son école par un 
autre ecclésiastique, partait pour Nicolet ( ), où il con- 
tinuerait à se dévouer avec moins de surmenage. Là 
ne lui incomberait pas le soin de tout un pensionnat 
comme à Saint-Denis (3). Sous son successeur, 
l'année se termina avantageusement. Au lendemain 
du départ des écoliers, le 18 août, M. Cherrier envoie 
à Mgr Plessis des nouvelles de sa maison : " J'ai fait 
Texamen de mes petits syntaxiens, dit-il. J'en suis 
assez content ". C'étaient bien deux années finies 
pour le cours classique proprement dit. Les deux plus 
avancés, seuls capables de poursuivre pour le moment, 
entreprendront-ils leur troisième année sous le même 
toit ? Dommage qu'ils n'aient pas été plus nombreux ! 
Pour deux on crut qu'il ne valait pas la peine d'ouvrir 
une troisième classe, vu la difficulté de se procurer des 
maîtres, et on leur signifia d'aller poursuivre leurs 

(1) — Archhts df yàtêihéde S.- Hyacinthe, 

(2) — Lettre du curé Cherrier à Mgr Plessis, en date da 19 février 
I SoS. A rchi: fs de Tcrêché de S. -H\ jcinthe. 

(3^ — A Nicolet, '.*abbé Mign.iult fut économe du collège, 4 ans 
et deni'u îe 18^:7 à 1S12. Doavilie. //tsfi>ire dm .cu^^^e-s/mmaire de 
V.' • ' Il ^* ô -• 




l.'abW J.-It. O. Giiv ((.. 264). K. l'.J.A. G»} (|.. 1651. 



SAINT-BENIS-SUa-RIOHELIBU 249 



études ailleurs. Ces élèves étaient Isidore Poirier, de 
Saii>t- Charles, et Moïse Bourque, de la paroisse. Le 
premier est alors parti pour Montréal, où le sacerdoce 
a plus tard couronné ses efforts ; il a été curé notam- 
ment de Saint-Césaire (1) et de Saint-Jérôme. L'autre 
a été dirigé vers Nicolet (2). 

La quatrième année eut également un ecclésiasti- 
que pour l'enseignement. André-Toussaint Lagarde, 
de Yerchëres, et un nommé Bessette finirent leur 
syntaxe latine sous sa direction. Devenu aussi prêtre, 
Lagarde a été dans la suite curé de Belœil ; le second 
n'a pas terminé son cours. A la fin de l'année, le zélé 
curé suivait son école de loin seulement. Pendant 
que les joyeux élèves entrevoyaient les jouissances du 
repos, lui se recueillait pour entrer dans son éternité. 
Sa chère école, hélas ! il n'avait pas eu le temps d'eu 
affermir suffisamment les assises pour assurer son exis- 
tence sur le pied où il l'avait mise ; mais il n'avait 
travaillé que pour Dieu dans cette entreprise. Si elle 
n'allait pas se maintenir, c'est que Celui-ci ne la voulait 
pas, et la volonté du serviteur se confondait à cette 
heure plus que jamais avec celle de son divin Maître. 
Les écoliers n'étaient pas au terme de leurs quatrièmes 
vacances que le fondateur de leur aima mater avait 
pieusement quitté la terre. Ce fut un coup fatal pour 
la jeune institution. Cet automne, les classes ne se rou- 
vrirent pas. Pendant un an, il n'y eut plus ensuite 
qu'un desservant dans la paroisse, et ce prêtre, ne 
sachant pas combien de temps il y résiderait, ne pou- 
vait pas plus escompter l'avenir que prendre sur des 
économies. Donc l'école de M. Cherrier fut par là inévi- 



(I ) — Leroy, Historique de la paroisse de Saint- Cisaire et de son colU- 

(2) — M. Bourque est demeuré 2 ans au collège 4e Nicolet, de 
1808 à 18 10. Dou ville, Histoire du lollè^e-sé mina ire de Nicolet ^ II, 130*. 



250 HISTOIRE 1>B 



tablement condamnée à la fermeture pendant une 
année. 

Au mois d'octobre 1810, M. Kellj était arrivé à 
Saint-Denis comme troisième caré. Mais, en même 
temps que lui, étaient venues s'y cantonner une partie 
des troupes du roi et, au nom de ce dernier, elles 
s'étaient emparées du logement scolaire. Tant que ces 
occupants serout là, il n'y aura rien à essayer 
pour la reprise des cours (1). Ce n'est qu'en mart^ 
1814 que les défenseurs de la patrie menacée évacuè- 
rent le village. Alors le curé écrit à l'évèque pour 
lui dire qu'il pourrait donner la nourriture et le loge- 
ment, plus cinquante piastres annuelles et les revenus 
de l'école à l'ecclésiastique, qu'il lui plairait d'envoyer 
pour la réouverture de l'établissement de son prédé- 
cesseur (2). L'offre fut acceptée, et Mgr lui accorda 



(1) — Le curé Kelly écrit à l'évèque, le 6 i*ov, 1812 : *• Je m'at- 
temls que l'école sera peu de chrise, cette année.. . I^ maison est libre ; 
il y 2 ans qu'elle est occupée. Si je laisse aller cette année, j'ai bien 
l'air de ne \y&s mettre la main sitôt dessns ". — Le 23 décembre suivant, 
il écrit au même : *"* Mon école a encore essuyé des contre-temps.... 
malgré moi, la maison.... est devenue un logement d'officiers ". — Le 
])remier janvier 1813, encore le même au même: " Je crois bien que 
mon école va être encore retardée pour une année", — Le 6 nov. sui- 
vant, de nouveau le même écrit au même que l'école éprouvera *' encore 
une année de retardement ". Archh'fs de Vêvfché de S.- Hyacinthe^ 

(2) — Le curé Kelly écrit à Mgr Plessis, le 5 mars 1814, au sujet de 
de la réouverture de l'école : ^' Ma table, un logement et 300 chelins 
($50], je donnerais tout cela avec plaisir à un ecclésiastique, que Votre 
Grandeur voudrait m'envoyer, sans compter le profit de l'école ". Sur ce, 
Mgr lui présente 2 sujets, dont l'un ou l'autre est au choix du curé. 
Celui-ci répond, le 15 suivant: **Je ne suis guère préparé présentement 
pour recevoir un magister, ce ne serait tout au plus qu'au printemps. 
Simon serait celui des deux qui me conviendrait le mieux. Ma table et 
300 chelins avec le revenu de l'école, voilà ce que je pouirais lui promet- 
tre. Ce revenu de l'école serait peu de chose pour la première année ", 
En dépit du délai demandé, l'école fut ouverte sans retard ; mais ce fut 
l'ecclésiastique Pelletier qui y enseigna, et non Simon, tel qu'espéré. 
A rchives de Févêché de S. - Hyacinthe. 



8AINT-DBNIS-8UE-RICHBLIBU 26 1 



Tabbé Joseph Pelletier^ qui termina rannée si large- 
ment entamée. Ce professeur est ensuite retourné 
dans le monde (1). 

L'institution a végété aprës cela jusqu'à la fin du 
règne de M. Eelly (2). Ce n'était plus la vigoureuse 
tîge d'autrefois, si pleine de «ëve. 

Quels sont don«les éléments qui semblent en avoir 
étouffé les progrès ? Ne paraît-il pas s'être établi une 
opposition qui lui ait été néfaste ? En effet, l'année 
même que l'école de Saint-Denis se fermait par suite 
de la mort de M. Oherrî«r, le curé de Saînt-Hyacinthe, 
M. Girouard, ouvrait dans son presbytère un cours 
tout k fiiît semblable (3) à celui qui venait de subir 
un échec sur les rives du Richelieu. Cette nouvelle instal- 
lation avait potissé de profondes racines sous les soins 
assidus de son promoteur, pendant l'interrègne dans 
la cure dyonisienne. Aussi, quand M. Kelly reprit le 
travail interrompu, avait-elle la première place assurée. 
Après cela, il fallait bien s'attendre à voir disparaître 
l'institution qu'elle supplantait Le successeur de M. 
Cherrier résista cependant jusqu'à 1817, mais le prêtre 
qui le remplaça à la tête de la paroisse abandonna la 
partie. 

(i) — M. Pelletier, né à Nkoiet, entra au collège de ^ paroisse 
natale, en 1804, à l'âge de il ans, et y finit son cours en 181 1. Il porta 
la soutane 4 ans, puis La quitta. Douville, Histoire du eollège-séminaiir 
de Nicolet^ II, y». 

(2) — I^ curé Kelly, au sujet de l'ecclésiastique chargé de l'école 
de Saint -Denis, écrit à Mgr Piessis, le 8 oct. 181 5 : ** Ayant entendu 
dire que Davignon était encore pour laisser l'école de Saint •Pierre(-du- 
Sud ; Cf. Dion ne. Vie de C-F, Painckaudy 115), je lui..,, ai fait de^ 
propositions pour mon école II ne m'a point encore répondu ". Li-des- 
5US, Mgr offre un M. Brousseau. Le curé répond, le 19 octobre suivant : 
** J'ai entendu parler de ce M. Hrousseau ... ; il ne me conviendrait guère. 
Un homme grave comme Davignon aurait pu être mon affaire. Mais puis- 
qu'il fait bien où il est, il vaut mieux l'y laisser ; il pourrait faire moins 
bien ai 1 1 eurs ". A rckives de r&véché de S. - Hyacinthe. 

(3) — Raymond, Histoire a needotique du collège^ de Saint-Hyacinthe. 



252 HISTOIRB DK SAINT-DENIS 



Des lors, le collège de Saînt-II jacinthe est devenu 
la maison de Saint-Denis pour ses enfants qui se 
destinent aux études classiques. Les sept premiers 
d'entre eux s'y sont dirigés en 1820 (1), et au delà 
de cent les ont suivis dans la même voie depuis cette 
époque (2). 



(1) — Ces 7 preirriers élèves cîe Sahu-Dfcnré au collège classique de 
Saint- Hyacinthe sont : Ambroise Brunelle, Ls Bluteau, Ls Chaput, 
Ambroise Goulet, Frs C«ucrtin, Victor Mignault et Antoine Tomlette. 
Catahj^ut des /lèves du séminaire de S ^-Hyacinthe, 

(2) — Voici leur Irste complète jusqu'à 1874. Sont entré» : en 1821, 
Jos. et J.-Bie Allard, et Jos, Pratte ; en 1822, Richard et David Hubert ; 
en 1823, Nazaire Thfbodeau ; en 1826, J,-Bte Masse ; en 1827, Alexan- 
dre Bousquet, £douard Chaput, Edouard Masse et Octave Paré ; ert 
1828, F.-X. Hubert , en 1831, Jean Cbamard > en 1S34, Séraphin Cha- 
niard, Narcisse Cusson, Ls Dupré, Jalbert^ Wenceslas et Antoine 
Masse, et Antoine Saint-Jacques ;cn 1835, Chs-Arthur et Hoïace Nelson^ 
Oxibie et Avellin Saint-Germain ) en 1836, Ls Arcbanobault et Hercule - 
Page ; en 1839, Paul I^blanc et Nap. Mignault ; en 1840, Ludger 
Caouette et Olivier Cherrier ; en 1841, Roniuald Saint-Jacques ; en 1842, 
Geo* DeschambauU, Julien Leblanc et Jacques-Denis Michon j en 1843^ 
Raphaël La rue ; en 1844, Olivier Dupré, F.-X. Laforce, Magloire 
I^blanc et Arthur Mignault ; en 1846, Amédée Larue ; en 1848, Paul 
Girouard ; en 1849, Amédée Saint-Jacques; en 1850, Jos. et Octave 
l^blanc, Alfred Mignault; en 1851, Pierre Leblanc et Ths Larue; eu 
1852, Geo. Gaudette et Henri Lamoureux ; en 1853, Jos. Lévître, J.-Bte 
I^blanc, Henri- Adolphe Mignault et Alphonse Phaneuf; en 1856. 
Alphonse Leblanc et Edmond Paradis ; en 1857, Eugène Saint-Jacques; 
en 1858, Ls Leblanc; en 1859, Alphonse Larue; en 1860, A. Bous- 
quet ; en 1861, Paul Bonin, Toussaint et Magloire Laflamme ; en 1862, 
Henri Page ; en 1863, Frs Desrosiers et Odilon Lacombe ; en 1865, 
Philéas (iravel ; en 1866, Philéas Huard ; en 1867, Arthur Paré ; en 
1868, Jos. Bonin; en 1869, Omer Paradis; en 1870, H, Paradis; en 
1871. Emile Saint-Jacques ; et en 1874. Robert Saint-Jacques. Catalo- 
gue difs t'icT-es du séminaire de S,- Hyacinthe. 



CHAPITRE XXV 



Les prêtres originaires de Saint-Denis. Les abbés 
Mignault,Quertier,Parë,Leblanc,Michon,Larue, 
Dèrome, Guy, Phaneaf, Diirocher, Laflamme, 
Desrosiers, Guertin, Gravel, Vézina, Richard, 
Archambault et Lussier. 18x2^x905. 



Saint-Denis, aprës Boîxantedouze uiiâ d'exiâteiice, 
n'avait pas encore contribué au recrutement du clergé ; 
c'est qu'à cette époque, vu la pauvreté des familles 
canadiennes, Dieu ne semait le plus souvent les voca- 
tions ecclésiastiques qu'à l'ombre des deux collèges de 
Québec et de Montréal, afin de faciliter aux sujets 
choisis les moyens de correspondre à ses desseins sur 
eux. 

M. Cherrîor, durant ses quarante années de règne, 
ne manqua pourtant pas de zèle pour découvrir et 
secotider celles de ses ouailles que l'on pouvait croire 
appelées au sacerdoce. Plusieurs fois, il a poussé aux 
études de ses jeunes paroissiens, en qui il constatait des 
talents et de la piété ; mais, vains efforts : c'est seule- 
ment l'un des derniers qui a réalisé son attente. 
Depuis lors, la localité dyonisienne a fourni à l'Eglise 
vingt-quatre de ses prêtres, dont quelques-uns des plus 
distingués. Douze sont morts et les douze autres sont 
de fervents ouvriers dans la vigne du Seigneur. L'un 
est clerc Sainte-Croix, un second Jésuite, un troisième 
Oblat et un quatrième Viateur ; tous les autres ont &\é 
enrôlés dans les rangs du clergé séculier. 

Outre ceux-là, cinq, après être nés dans des 
paroisses étrangères, ont été élevés à Saint-Deniô et 



254 HISTOIRE DE 



8ont ainsi gt^néralement regardés coramo ses 
enfants. De plus, il j a deux sëminaristes, dont Tun, 
déjà diacre, sera bientôt promu à la prêtrise. 

Tja paroisse peut être fiëre de la couronne que lui 
tressent un aussi bon nombre d'embassadeurs de Dieu 
sur la terre. 

L'abbé Pierre-Marie Mignault, que nous avons vu 
à la tête de l'école du village, est le premier prêtre 
dyonisien. Né le 8 septembre 1784, il a été ordonné 
le 18 octobre 1812. Ensuite, de même que pendant 
sa cléricature, il n'a plus occupé que des postes de 
confiance. 

D'abord il a été deux ans vicaire à la cathédrale 
de Québec, puis il acheva de sMnitier à Tesprit 
de sacrifice sacerdotal comme missionnaire à Halifax. 
Quand il en revint, après trois ans d'un ministère ardu, 
il fut nommé à la cure de Chambly. C'était alors une 
des positions les plus importantes du diocèse de Qué- 
bec ; il succédait à M. Bédard, qui, ce même automne, 
devenait curé de Saint-Denis. Pendant rien moin^ 
qu'un demi-siècle, M. Mignault fut après cela le pasteur 
ausRi intelligent que dévoué de sa nouvelle paroisse. 
Il y fonda un collège classique en 1828, un couvent 
en 1855 et un hôpital quatre ans plus tard ; sa maison 
d'instruction |)our les garçon? ne lui a malheureuse- 
ment pas survécu. Entre-temps, il s'occupait active- 
ment des Canadiens émigrés aux Etats-Unis, pour- 
voyait à leur desserte, s'appliquait à leur procurer la 
résidence de chefs religieux de leur nationalité et à 
leur b;îtir des églises distinctes. Lorsqu'il a pris sa 
retraite, en 1867, à l'âge de quatre-vingt-trois ans, il 
était grand- vicaire de l'évêque de Montréal, comme il 
l'avait été auparavant de ceux de Boston, d'Albany 



sâint-dbnis-sur-richblibu 255 



et de Burlington (1). Il est mort à Montréal, le 6 
novembre de Tannée suivante (2), mais fut inhumé à 
Chambly, selon ses désirs (3). 

L'abbé Edouard Quertier, fils du bedeau Hélier 
Quertier, est le deuxième prêtre de Saint-Denis ; il y 
naissait, le 5 septembre 1796. Quoiqu'il ait terminé 
ses classiques en 1815 à Nicolet (4), il n'a été ordonné 
que le 19 août 1829, après avoir reçu sa formation 



(1) — Mgr Goesbtiniul, évêque de Burlington, passant en revue ce 
qui avait été accompli en faveur des Canadiens des Etats-Unis, avant son 
nvènement à Tépiscopat, écrit, le ii mai 1869: ** Parmi ceux qui se 
dévouèrent alors à révangéltsation des Canadiens émigrés, il est un nom 
que je ne prononce qu'avec respect et reconnaissance, c'est celui du 
Kév. Père Mignauli, de Chambly, qui avait un véritable cœur de père 
pour les Canadiens immigrés et qui vers cette époque venait les 
visiter, leur administrer les sacrements. II est bien connu que nosévéques 
Hughes, Fitzpatiick, McCloskey entretenaient envers ce bon prêtre des 
sentiments d'une profonde vénération. Aussi il fut nommé par eux 
grand-vicaire d' Albany et de*Ho!)ton, et par nous-méme grand- vicaire de 
Burlington. Ce fut le P. Mignault qui procuia à Burlington en 185 1 le 
Kév. Jos. Quévillon, que nous pouvons considérer comme le premier pré» 
tre canadien résident de la Nouvelle-Angleterre, car depuis lui la paroisse 
dv cette ville n'a jamais été sans pasteur de langue française. Nous pen- 
sons que c'est aussi le P. Mignault, qui ht venir le P. Drolet à Montpel- 
lier et qui contribua à commencer une église à Brandon, où se trouvaient 
quelques familles canadiennes, et je pense, quelques autres églises dans le 
nord de New- York '*. Goesbriand, Lis Canadiens lies Etats-Unis^ dans 
Haraon, Les Canadiens- Français Je la Nouvelle- Angleterre^ 165 et 166. 

(2) — Douville, Histoire du collège -si m inaire de Xivolet, II, 4*. 

(3) — Tanguay, Répertoire général du clergé canadien^ seconde édi- 
tion, 275. — Leroy, Historùjue de la paroisse de S.-Césaire et de son collège, 

«3- 

(4) — Voici la liste complète des élèves que Saint-Denis a fournis 
au collège de Nicolet depuis ^on origine jusqu'à ce jour : Moïse Bour- 
que, de 1808 à 18 10 ; Raymond et Kémi-Séraphin Bourdages, de 1808 
à 181 3 ; Ls-Marie Lefebvre et lùlouard Queitier, prêtres, de 1809 à 
1815 ; David Bourdages, de 1810 à 1816 ; Augustin Kelly, de 1813 à 
1817 ; Jos.-Edouard Mignault. notaire, de 1813 à 1815 ; et Pierre 
Lapointe, de 1850 à 1852. Douville, Histoire du collège- sé/n inaire de 
Nicolet, II. 



256 HISTOIRE DE 



cléricale tant à Saint-Hyacinthe (1) qu'à son aima 
mater (2). Il n'y. a pas do doute qu'il a été le jouet 
de longues hésitations avant de faire le pas décisif 
dans les ordres. Une fois promu à la prêtrise, il a 
été vicaire à Saint-Gervais deux ans, curé de l'île 
aux Grues trois ans, de Cacouna sept ans (3), puis de 
Saint-Denis-de-Eamoùraska jusqu'à sa retraite, en 
1856. Il a fait la mission du Labrador,. en 1834.. 

Apôtre zélé de la tempérance (4), il a longtemps 
parcouru les campagnes du pa^s pour la répandre et la 
maintenir. Avec quelle force n'a-t-il pas ren^plî sa 
tâche ! On est allé jusqu'à mentionner son nom comme 
celui du plus puissant orateur que la race canadienne- 
française ait produit. Ce qui est certain, c'est qu'il 
était doué d'une éloquence très remarquable et d'une 
intelligence touchant parfois au génie (5). Il est décédé 
dans sa retraite do Saint-Denis-de-Xamouraska, le 19 
juillet 1872 (6). 

L'abbé Joseph-Octave Paré, troisième prêtre de 
Saint-Detiis, ne fut peut-être pas moins célèbre que ses 
deux devanciers. Né le 16 mai 1814, il a reçu au 
baptême les beaux prénoms que portait alors si glo- 
rieusement Mgr Plessis. C'était de bon augure. 

Quand le jeune Joseph-Octave eut atteint ses 
treize ans, il fut envoyé au collège de Saint-Hyacinthe, 



(1) — Raymond, Histoire anecdotique du collège de Saint- Hyacin- 
the, I, 54. 

(2) — Douville, Histoire du collège -séminaire de Xiiolet^ H, il* et 
131*. — Entré au collège de Nicolel en 1809 comme élève à Tâg;: de 
13 ans, il y était professeur de syntaxe durant l'année scolaire 1816-7. 
Ibid. 

(3) — ^^y* Bulletin des recherches historiques^ de Lié vis, III, 177. 

(4) — L'abbé Ludger Dumais, au cours d'une oraison funèbre, eu 
1905, appelait M. Quertier "le sublime chevalier de la croix". VEvc- 
uement^ de Québec, 30 déc. 1905. 

(5) — Huard, Labrador et Anticosti^ 262. 

(6) — Douville, Histoire du collège -séminaire de Kicclet, II, II*.. 



SAINT-DENIS-SUR-RICHELIBU 267 



et y fit tout sou cours d'études, moins la derniëre 
année qu'il passa au séminaire de Québec. Ses përe 
et mère, Léon Paré, menuisier, et Marie Grenier, 
u'étaient pas riches : mais avec la généreuse aide de 
leur autre fils, Hubert, devenu marchand heureux à 
Montréal, ils réussirent à favoriser amplement la voca- 
tion de leur cadet. Cette famille n'était arrivée de 
Chambly dans la paroisse que vers 1796 ; elle des- 
cendait d'un colon du Maine français, originaire de 

Solesmes. Celui-ci était traversé au Canada, vers 

. ' ' • • 

le milieu du dix-septiëme siècle (1). 

En 1834, l'élëve revêtait la soutane à son aima 
mater et était chargé aussitôt de diriger la classe des 
éléments latins, comprenant soixante-quinze éco- 
liers (2). C'est le 22 septembre 1838 qu'il fut ordonné. 
A cette date, il était déjà secrétaire de l'évêque de 
Montréal depuis un an et il le fut ensuite le reste de 
sa vie. Lors de la création du chapitre de la cathé- 
drale montréalaise, le 21 janvier 1841, il en fut ins- 
tallé l'un des premiers membres ; dans la suite, en 
même temps que les fonctions de chanoine, il a exercé 
celles de chapelain et de supérieur de diverses com- 
munautés religieuses de la métropole. 

(i) — A S. -Denis, la famille Paré commence avec I^on Paré, 
menuisier, fils de Léon Paré et de Mariè-Louise Demers. Donc I — Léon 
Paré, qui épouse Angélique Grenier à Saint-Denis, le premier octobre 
'795 i P^i*^ ^^ Pabbé Joseph-Octave, du marchand Hubert et de Sophie, 
mère des 4 prêtres Leblanc ; II — Pierre épouse i — Marie-Paule 
Gueriin à Saint- Antoine, le 14 février 1831 ; 2 — Marie Anne Desro- 
siers à S. -Denis, le 21 août 1843 * ^^^ — ^^ premier Q:ariage de Pierre 
est issu l'abbé Pierre- Ludger, et du Mcond Arthur, ancien président 
des commissaires d'écoles de Saint-Denis, ainsi que les deux religieuses 
Sainte- Marie-Hubert et Saint- Pacifique, de la Congrégation de Notre- 
Dame, de Montréal. Regisirts des baptimtSy mariages et sépultures^ de 
S.*Denis et de S. -Antoine. 

(2) — Raymond, Histoire anecdotique du collège de S. -Hyacinthe. — 
Parmi les élèves de cette classe était Mgr Taché, à qui M. Paré enseigna 
également la syntaxe et la versification. Benoit, Vie de Mgr TacÀ/,l, 17. 



258 HISTOIRE DE 



II possédait une voix exceptionnellement avan- 
tageuse, et il on a usée sans épargne pour le rehausse- 
ment des cérémonies du culte. Quoiqu'il ne la ména- 
geât pas^elle est restée jusqu'à la fin aussi sonore et 
harmonieuse, aussi onctueuse et pénétrante que dans 
ses jeunes années (1). 

Type du parfait gentilhomme et du prêtre modèle, 
il a été partout un des plus puissants auxiliaires de 
Mgr Bourget (2). Sa haute sagesse et son immense 
désir d'opérer, le bien (3) furent constamment à la 
disposition de ce dernier. 

Retiré avec lui à la résidence Saint-Janvier du 
Sault-au-Récollet en juin 1877, il y est mort, le 20 jan- 
vier de l'année suivante (4). 

Les abbés Joseph-Edouard-Kapoléon et Charles- 
Arthur Mignault, (ils du notaire Joseph-Edouard et 
neveux de l'abbé Pierre-Marie Mignault, quoique d'une 
époque moins ancienne, sont aussi décédés tous deux. 

Le premier est né le 17 septembre 1826. A l'âge 
de treize ans, il entra au séminaire de Saint-Hyacinthe 
et, après y avoir tei*miné ses classiques, il était admis 
au noviciat des Oblats, en 1844. Il prononça ses vœux 
dans cette congrégation et y fut ordonné à Ottawa, le 
24 décembre 1849 (5), par Mgr Guignes. De 1845 
à 1850, il fut directeur des élèves du collège naissant 
de la future capitale canadienne et, de 1850 à 1851, 



(1) — Mémoires pour servir à r histoire du chapitre de la cathédrale 
de Saint-Jacques de Montréal^ 157 à 165. 

(2) — Beau bien, Le Sault-cfu-Ricollet, 471 et 472. 

(3) — Mère de la Nativité ^ 121. 

(4) — Tanguay, Rép, gén. du clergé cattadient226. — •* Il était 

si pauvre des biens de ce inonde que quand, à la veille de sa mort, on 
lui a parlé de faire son testament, il n'a fait que sourire '*. Mémoires 
pour servir à P histoire du chapitre de la cathédrale de Saint Jacques de 

Montréal t 168. 

(5) — Tanguay, Répertoire général du clergé canadien, 276. 



8AINT-DBNIS-BUR-RICHBLIBU 259 



le Bupérieur. En abandonnant cette charge, il laissa 
aussi la communauté et devint curé d'Orignal, où il 
demeura de juin à septembre de la même année (1) ; 
puis il est parti pour le Massachusetts. Aux Etats- 
Unisy il essaya d'abord de doter les Canadiens de 
Worcester d'une desserte spéciale ; en dépit de deux 
ans de labeur (2), il n'y parvint pas. Dans la suite, 
il fut surtout qu.atre ans aumônier du soixante- 
seizième régiment américain, qu'il suivit dans ses 
campagnes de la guerre de Sécession. Accablé 
d'infirmités, conséquences de ce ministère pénible, il 
n'a plus guères travaillé. A la fin, par reconnaissance 
pour ses services, le gouvernement de la république 
voisine lui payait une pension de douze piastres par 
mois. Il était retiré à la métairie des Sœurs Grises de 
Saint-Hyacinthe depuis un an, lorsqu'il y mourut le 
15 décembre 1895, à l'âge de soixante-neuf ans. Deux 
jours plus tard, il était solennellement inhumé dans le 
cimetière de sa paroisse natale. 

Quanta l'abbé Charles- Arthur, il est né le 4 jan- 
vier 1831. Il dut également ses études classiques au 
séminaire de Saint-Hyacinthe et sa cléricature à Otta- 
wa. Il professa au collège de cette ville-ci, de 1849 à 
1850, et fut ordonné par Mgr Guignes, le 8 janvier 
1854. Au lendemain de son élévation au sacerdoce, 
il fut nommé à la cure de Montebello avec desserte de 
Papinoauville. Deux ans après, il était transféré au 
poste de Gren ville (3) avec desserte de Saint- Philippe- 
d'Argenteuil. Ce dernier centre offrant plus d'avan- 
tages pour le séjour du missionnaire, il s'y transpor- 



(1) — R. P. Alexis, Histoire de la proz'inee eccU'^itistique (V Ottaiva^ 
I, 299, 305, 306 et 328. 

(2) — Hamon, Les Canadiens- Français de Li Nouvelle- A n^ieterre^ 

245- 

(3) — Tanguay, Répertoire général du clergé canadien ^ 276. 



260 HISTOIRE DB 



tait l'année suivante tout en conservant le soin de 
Gren ville. Au mois de mai 1856, il partait (1) pour 
le Wîsconsin ; il y fut curé du Lac-d es- Chênes et 
missionnaire des Pieds-Noirs. Enfin, devenu infirme 
lui aussi, il se retirait h la Baie-Verte, où il est mort à 
l'âge peu avancé do quarante-cinq ans, le 20 janvier 
1876. 

Si la famille Mignnult, de Saint-Denis, a fourni 
trois prêtres à l'Eglise, celle des Leblanc a renchéri 
en lui en consacrant quatre, tous issus de Louis 
Leblanc, cultivateur, et de Sophie Paré. Leur mëre 
était la sœur de l'abbé Joseph- Octave Paré et du pros- 
père marchand de fer de Montréal, Hubert Paré. 
Ceux-ci ont largement contribué à l'instruction de leurs 
neveux, les abbés Paul, Julien, Joseph-Octave et le 
Père Louis Leblanc (2). 

L'abbé Paul, né le 18 juillet 1827, a commencé ses 
études au séminaire de Saint-Hyacinthe, à l'âge de 
douze ans. Les ayant terminées en 1847, il embrassa 
aussitôt l'état ecclésiastique et fut retenu à son aima 
mater pour y enseigner pendant sa cléricature. Il était 
ordonné le 13 octobre 1850 par Mgr Bourget. L'évê- 
que l'employa ensuite en son palais épiscopal, et comme 
son oncle, se l'attacha pour le reste de sa carrière. Il 
a d'abord été utilisé à la rédaction des '^ Mélanges 
religieux " deux ans durant, en qualité d'assistant- 

(i) — R. P. Alexis, Histoire de la province ecclésiastique iV Ottawa^ 
I, 300, 302, 306, 472, 479 et 485. 

(2) — 'Voici la généalogie canadienne des 4 prêtres Leblanc : I — 
Jos., dont il est question à la page 100 ; II — Cajétan, marié avec 
Marie- Amable Martin, à S. -Denis, le 16 août 1772 ; III — Ix>uis, marié 
avec Josephte Vigeant, à S. -Denis, le 14 sept. 1801 ; IV — Louis, marié à 
S. -Denis, le 2 août 1825 ; V — I^s 4 frères prêtres ; Sœur Marie-du- 
.Cceur-de-Marie, du Bon-Pasteur; Sœur Sainte-Aurélie, de la Congréga- 
tion de Notre-Dame, de Montréal ; le notaire Jean-Baptiste ; et Pierre, 
marié à S. -Denis, le premier avril 1856, avec Edwige Archambault. 
Registres des baptêmes, mariages et sépultures de S, -Denis» 



SAINT-DENIS-6U&-RICHBLIBU 261 



secrétaire cinq ans, de procarear douze ans, et, depuis 
lors il s'est occupé principalement du ministère de la 
prédication et de la confession (1) ; il avait été créé 
chanoine titulaire, le 9 janvier 1860 (2). Rude tra- 
vailleur, il a succombé plus à l'épuisement qu'à une 
maladie chronique, le 30 septembre 1897 (3). 

L'abbé Julien, né le 21 janvier 1829, alla rejoindre 
son aîné au séminaire de Saint-Hyacinthe, à l'âge de 
treize ans. Plus favorisé que lui, il fut promu au 
sacerdoce dans sa paroisse natale, au milieu des 
nombreux membres de sa famille, le 2 octobre 1853. 
C'était la seconde ordination à Saint-Denis; la pre- 
mière y avait eu lieu du temps de M. Cherrîer pour 
son neveu, Mgr Lartîgue, le 21 septembre 1800. 
L'abbé Julien a d'abord été vicaire à Stukely un an, 
curé d'Ely avec desserte de Bolton un an, de L'Ange- 
Gardien cinq ans et de Saint- Aimé-su r-Yamaska (4) 
trois ans ; puis il s'est retiré (5) aux Etats- TTnis, où 
il est mort vers 1880. C'était *' un grand ami de l'édu- 
cation ", nous assure l'auteur de la vie du Père Lefeb- 
vre (6). 

L'abbé Joseph-Octave, né le 8 janvier 1835 et 
entré au séminaire de Saint-Hyacinthe en 1850, a été 
ordonné à Saint-Aimé, où son frère Julien était curé, 
le 11 octobre 1863. Il fut ensuite vicaire à Sorel 
cinq ans, directeur du collège classique de la même 
ville un an, vicaire à Saint-Aimé un an, curé de 



(i) — Alémoires pour servir à P histoire du chapitre de la cathédrale 
de S,-J^icçues de Montréal^ 184. 

(2) — Tanguay, Répertoire général du clergé canadien ^ 279. 

(3) — La Minerve^ de Montréal, premier octobre 1897. 

(4) — C'est Tabbé J. Leblanc, qui fonda le collège des religieux de 
Sainte-Croix à Saint-Aimé, en 1860. Poirier, Le Père Lefebvre^ 62. 

(5) — Tanguay, Répertoire général du clergé canadien^ 279. 

(6) — Poirier, Le Père Lefebi're, 62. 



262 HISTOIRB DB 



Oompton (1) avec desserte de Sainte-Edwige sept 
ans, puis de Saint-Herménégilde jusqu'à sa mort, arri- 
vée le 4 avril 1891 (2). 

Quant au Përe Louis, le plus jeune et le seul sur- 
vivant des quatre frères Leblanc, il est né le 11 octobre 
1846. Apres avoir suivi les traces de ses aînés au 
séminaire de Saint-Hyacinthe, il est entré dans la 
société de Jésus et y a été ordonné à Woodstock, dans 
le diocèse de Baltimore, le 23 avril 1881. De 1882 à 
1883 il a été vicaire à Notre-Dame de Worcester (3), 
de 1888 à 1890, curé de Labelle avec desserte de La 
Conception (4), et, actuellement, il exerce le minis- 
tère à Tampa, en Floride. 

L'abbé Jacques-Denis Michon, né le 28 mars 1827, 
fils d'Abel Michon, cultivateur, et de Constance 

(i) — Denis, Album photo-biographique du clergé catholique du dio- 
cèse de Saint- Hyacinthe. 

(2) — Tî^nguay, Répertoire général du clergé canadien ^ 431. 

(3) — Le P. Hamon rapporte qu'à Worcester le P. Leblanc s'est 
'* rendu populaire parmi les jeunes gens et surtout auprès des enfants ". 
Il était vicaire de son confrère le P. Isidore Beaudry. Les Canadiens- 
Français de la Nouvelle- Angleterre, 247. 

(4) — En 1884, le P. Leblanc reçut à Labelle la visite du spirituel 
recorder de Montigny. Voici ce que dit ce dernier dans son récit de 
voyage, La colonisation : ** Le curé de la paroisse, qui était aussi mis- 
sionnaire à La Conception, était le R. P. Leblanc, jésuite, qui semblait 
prendre son rôle à cœur. Dans ses heures de loisir, il travaillait comme 
un colon. Il prenait la pioche et le râteau et cultivait son jardin, qu'il 
avait embelli d'une palissade faite de ses mains. Son presbytère était 
d'une simplicité évangilique. Quand il avait plus de deux visiteurs, il 
leur offrait de bons bancs qui pouvaient en asseoir dix. . Il était muni de 
bons calumets de paix. Si je me rappelle bien il fumait lui-même. Les 
fumeurs seront consolés d'apprendre qu'un de leurs caprices est partagé 
par un jésuite. Si, au moins, il avait du bon tabac ! Car quelquefois, 
dans ces endroits, le missionnaire est obligé de fumer pour apaiser la 
faim, et aussi pour ne pas se laisser manger par les moustiques. Dom- 
mage qu'on ne puisse pas faire une fricassée de ces petites bétes, qui 
rendraient ainsi à César ce qu'elles prennent à César. Quoi qu'il en soit, 
le P. Leblanc se portait bien, et il n'aurait pas changé sa place pour un 
cvéché ". Montigny, La colonisation , 228 et 229. 



SÂINT-DBNIS-BUR-RIOHBLIBU 263 



Lebœuf, fut ordonné à la même messe que l'abbc 
Julien Leblanc, le 2 octobre 1853. II a été ensuite 
vicaire à Saint-Césaire un an, curé de Roxton quinze 
ans, de Saint-Ours (1) sept uns et de Saint-Charles-sur- 
Richelieu douze ans (2). Apres ces années de minis- 
tère, il est aujourd'hui à l'hospice Gamelin de 
Montréal. 

L'abbé Raphaël Larue (3), né le 19 octobre 1829, 
est le huitième prêtre de Saint-Denis. Il a fait ses 
études au séminaire de Saint-Hyacinthe et a été 
ordonné le 27 août 1854. Il fut ensuite vicaire à 
Sorel un an, professeur à son aima mater dix-huit 
ans (4), assistant-curé de Belœil (5), puis, à partir de 
1876, curé de Roxton jusqu'à sa mort. C'est dans 
l'incendie de son presbytère qu'il a trouvé sa fin tra- 
gique (6), le 18 juillet 1881 (7). 



(1) — Denis, Album photo-biographique 

(2) — Tanguay, Répertoire général du clergé canadien, 294. 

(3) — Voici la généalogie de la famille de Tabbé Larue depuis son 
arrivée à Saint- Denis : I — Etienne, voir page 20 ; II — Jean, époux 
de Geneviève Huguay ; III — Thomas, mané en secondes noces à 
S. -Denis, le 10 août 1795, avec Angélique Gosselin ; IV — Antoine, 
marié à S. -Ours, le 26 sept. 1826, avec Antoinette Dupré ; V — Le 
mattre chantre Misaël et l'abbé Raphaël. Registres des baptêmes, mariages 
et sépultures, de S. -Denis et de S. -Ours. 

(4) — Au séminaire de S. -Hyacinthe, Tahbé Larue a été surtout 
professeur de musique. 

(5) — Denis, Album photo-biographique , . . . 

(6) — Tanguay, Répertoire général du clergé canadien, 300. 

(7) — Voici comment, quelques jours plus tard, un journal racon- 
tait sa fin : " Vers il hrs (du soir), un incendie a éclaté dans le presby- 
tère de Roxton, qui a été réduit en cendres.... L'abbé Larue.., qui a 
péri dans les flammes, était indisposé depuis quelques jours, bien qu'il 
ne fût pas retenu au lit. .Son médecin venait de le quitter dans la biblio- 
thèque, et on suppose qu'il aura perdu connaissance et renversé sa lampe, 
vu qae c'est dans cette pièce que le feu s'est déclaré.... I>e père et la 
mère dç l'abbé Larue demeuraient au presbytère, mais ils étaient en 
promenade à Saint -Denis depuis quelques jours. Le corps n'a pas été 
entièrement consumé ". 



264 HISTOIRE DE 



L'abbé George-Stanislas Dérome, ne le 8 avril 
1832, fils de Jean-Baptiste Dérome, cordonnier, et de 
Jolie Pépin, a été un des protégés du curé Demers. 
Avec l'aide de ce prêtre charitable, il a pu faire toutes 
ses études à Saint-Hyacinthe et y être ordonné, le 12 
juillet 1857. Il a été ensuite vicaire à Saint-Hugues 
un an, curé d'EIy deux ans, et vicaire après cela à 
8ttînt-Pie-de-Bagot un an, à Heuryvîlle un an, à Marie- 
ville six ans, dans la Nouvelle-Angleterre quatre ans, à 
Saint-Antoine-sur-Richelieu (1) trois ans, à Saint- 
Hugues trois ans, à Saint-Jude cinq ans, à Saint- 
Césaire sept ans et enfin à L'Ange-Gardien (2) jus- 
qu'à sa retraite en 1897. S'élant alors retiré à Saint- 
Damase, il y est décédé soudainement, le 10 mars 
1899. 

Une famille, d'e passage à Saint-Denis pendant 
une dizaine d'années seulement, y a néanmoins gravé 
son souvenir par la naissance de deux prêtres (3). 
Le përe, cultivateur de sa professsion, s'appelait Oli- 
vier Guy et la mëre, Julie Saint-Jacques ; celle-ci 
dans la suite a été longtemps institutrice. Leurs deux 
fils élevés au sacerdoce se nomment Jean -Baptiste- 
Olivier et Toussaint-Amédée. 

L'aîné a vu le jour le premier juin 1837 ; entré 
au collège de Saint-Hyacinthe en 1851, il a été ordonné 
en cette dernière ville, le 13 octobre 1861. Il fut 
ensuite vicaire k Notre-Dame de Saint-Hyacinthe cinq 
ans, à Marîeville deux ans, curé de Saint- Valé rien 
sept ans et, depuis 1875, il l'est de Sainte-Rosalie (4). 



( I ) — Denis, Album photo-biographiqtu .... 

(2) — Tanguay, Répertoire général du clergé canadien ^ 313. 

(3) — Ils ont quitté la paroisse, l'aîné à l'âge de 7 ans, le plus 
jeune à l'âge d'un an seulement. 

(4) — Tanguay, Répertoire général du clergé canadien^ 340. 



LES PRÊTRES LEBLANC (Pasre 2S0). 





I!.-l'. L,)ui» I/iil.V-J.-di-tin 



SAÏKT-DBNIS-SUB-RÏCHELIED 265 

Quant aa second^ ne le 13 décembre 1843, il est 
«clerc profès de Sainte-Croix. II a été ordonné dans 
<îett^<K)ngrégation à Montréa1,le 18 décembre 1870. De 
1871 A 1881, il a été directeur du noviciat à Saint- 
Liaurent, de 1881 à 188S supérieur du collège de Suint- 
Césaîre, <î« 1886 à 1888 de celui d« Farnham, de 1888 
A 1898 de nouveau directeur du noviciat^ mais cette 
fiecond« fois à la Côte-des-Neîges (1), et, après avoir 
"été cliapelain à la maison de Saint-Césaire de 1898 h 
1899, puis encore supérieur de 1899 à 1901 (2), il a été 
«ssistant-supérieur à Tuniversité de Meraramcook,dans 
les provinces maritim^es, j^isqu'^cn 1^04. Depuis lors, 
il est le supérieur de cette importante institution. 

L*abbé Louis-Alphonse Phan^uf, neveu de l'abbé 
Jacques-Denis Michon, est né, le 17 octobre 1840, du 
mariage de Christophe Phan«uf, menuisier, et de 
Marî^-Constance Michon, Il a commencé ses études à 
Saint-Hya<;intbe «n 185S et y a été ordonné au monas- 
tère d« Précieux-Sang, 1« 18 septembre 1864. Il a 
d'abord été vicaire à Koxton chez son oncle quelques 
mois, piwis à Compton le reste de Tannée. De 1865 à 
1867, il a été un an vicaire à Saiittc-Rosalie et à Sher- 
brooke successivement, et autant de temps directeur de 
l'académie d'Iberville, Puis, après avoir été desservant 
de cette dernière paroisse peu de mois, il alla finir 
l'année à la cure d'Ely, qui lui a servi de transition à 
celle de Waterloo, en 1868 (3). 11 a doté de son cou- 
vent et de sa magnifique église Piiïtéreasante petite 
ville, qui lui échéaît alors en partage. C'était un prêtre 
d'un zèle ardent et persévérant. II est tombé les armes 
k la main, le 15 mai 1883 (4). 

(1) — T^nguty, Répertoire général dtt clergé canadien^ 394. 

(2) — Leroy, Hhtoriquc d*' la paroisse de Sawi-Césaire et de son col- 

^<"g^i 56 à 64, et 109 à III. 

(3) — Denis, Album pholo-hiogriiphiqne .,^, 

(4) — Tanguay, Répertoire général du <lergé canadien^ 354 et 355. 



266 HTSTOIRS DM 



L'abbé Joseph Diiroeher ou plutôt Bricn-Desro- 
ehcrs, fils de Joseph Brien-Desrocbers, menuisier, et 
de Sophie Rousseau, e:$t i>é lo 8- mai 1841. Il a fait 
ses études à Marieville et, après avoir été ordonné à 
Saint-Hyacinthe, le premier septembre 1867 (1), con- 
tinua trois ans de demeurer à son aima mater en 
qualitj^ de professeur et de directeur des élëyes. 
Ensuite il a été vicaire à Saint-Aimé deux ans, à 
Saint-Simon-de-Bagot quelques mois, à Saint-Jude le 
reste de l'année, à Coaticook quelques mois aussi. 
Puis, à partir de 1873, il fut quatre ans curé de Bol- 
ton et sept ans de Saint- Venant (2). Ayant pris sa 
retraite aux Etats-Unis en 1884, il y e&t mort à Nortb- 
ampton, Massachusetts, le 11 septembre 189& ; ses 
funérailles ont eu lieu à Marieville. 

L'abbé Joseph-Magloire Laflamnoe, né le 18 
décembre 1848 et entré au séminaire de 8aint*Hya- 
cinthe en 1861, fut le sujet de la troisième ordination 
à Saint-Denis, le 27 octobre 1872. Il a été ensuite 
pendant quatre ans succedsivement vicaire à Saint* 
Ours, à Saint-Robert, à Sorel, à Saint- Aimé et à Sorel 
encore, puis curé-fondateur de Saiiit-Louis-de-Bonse- 
cours, un an, et curé d'Upton, huit ans (3). Durant 
ce dernier stage avaient surgi de graves dift'érends 
là- bas, au sein de la paroisse canadienne-française de 
Xotre-Dame de Fall-River, dans le Rhode-Island. 
L'église avait été désertée par le peuple mécontent, et 
l'aftaire même portée devant les tribunaux de Rome. 



(1) — Ordonné en même temps que Tabbé Wilfrid Lussier. Tan- 
guay, R:/>crtoire général du c'^r^i caHadUn^ 372. 

(2) — Lcfcbvre, Mgr Pa.il Larocque^ 138. 

(3) — A Upton, l'abbé Laflanime contribua à la conversion de plu- 
sieurs catholiques «jui avaient abm'lonné la pratique de la religion à 
l'occasion du déi^lactnicnt de l'e^ ise. La paroisse lui doit la fondation 
de *on couvent, en 1S78. 



SAINT-DENIS-SUR-RICHBLIEH 267 



Pour faire face à la position par trop compliquée, il 
fallait an homme de tact ; Fabbé Laflamme fat choisi. 
Entrant dans les intentions de ses supérieurs, il 
ti'hésita pas à quitter le beau poste qu'il occapait et 
«e rendit auprès de l'abbé Féron, curé de la paroisse 
en <}ue8tion, à la fin de décembre 1885. II y fut 
d'abord vicaire ou assistant, et, en avril suivant, il eu 
devenait curé, avec l'abbé Payan pour aide. Ce qu'il 
a travaillé au milieu des ruines accumulées, on peut 
aisément Timaginer (1). Quand, sa mission remplie, 
près de trois ans pins tard, il quittait ce champ du 
P^re d-e famille, son évêque, Mgr Harkins (2), lui 
«erivant pour le remercier, résumait ainsi son œuvre : 
^^ Ceux-là seulement qui sont an courant des circons> 
tances difficiles et du temps critique, dans lesquels 
vous avez dirigé la paroisse, peuvent estimer, comme 
il faut, ce qu'il vous a fallu de sële, de prudence, de 
dévouement pour administrer les affaires spirituelles 
et temporelles de manière à les laisser dans l'état 
excellent^ où elles se trouvent à votre départ. Vous 
laissez un peuple uni, animé d'un bon esprit, les édi- 
fices consacrés au culte et à l'éducation en bon état, et 
une petite dette, qu'on pourra facilement liquider" (3). 
De retour à Saint-Hyaciuthe,aprë8 ces années de labeur, 
il fut durant près de six ans chapelain du monastère 
du Précieux-Sang (4), dans la ville épiscopale. En 

(1) — HaoBon, Lts Canadiens- Français de la Nouvelle^ AngUtem^ 
315 à 32a 

(2) — C'est Mgr Hendricken, qui avait appelé Pabbé Laflaniine. 
Peu après, cel évêque avait été remplacé par Mgr Harkins sur le siège 
épiscopal de Providence, 

(3) — Voir La Presse^ de Montréal, 7 sept. 1895. 

(4) — Au Précieux-Sang de Sai«t- Hyacinthe, Fabbé I^Bamme, 
comme premier chapelain régulier, eut à établir les coutumes de la mai- 
son par rapport & ce dernier. Il a fourni sa bonne part de travail dans 
les fondations de la communauté aux Trois- Rivières, à Brooklyn et à 
Portland-d'Orégon. 



268 HISTOIRE DE 



avril 18W, il redevenait eoré ; il le fut d^abord de 
Saint-Hîlaire-sttr-Rîcbelîeu, et, depuis 1900<r il Test d& 
Farobam (1). Après avoir magnrrqu entent restat^ré 
rintérieur de IVglîse de Saint-Hilaire (2), il vient 
d'élever d?an& sa paroisse actuelle le plivs spleiidide 
temple du diocèse eu merne temps que Tun des pli>s 
remarquables de toutes^ nos camipagnes' canadien- 
nes (3). 

L'abbo François Desrosîers (4)^ fils de Magîoiro- 
Dfesrosiers, culti vateur^et de Marie-Théotiste Dupn5 (5)^ 
est né le 28 ivovembre 184&. Ayant terminé ses études 
au séminaire de Saint-Hyacinthe, il a été ordonné 
en cette ville, le 3 septembre l&7ft. Ensuite il a été 
vicaire à Saint-Pîe-de^Begot deux ans, à Sorel un an, 
à Saint-Théodore un an, à Bedford et à Acton quel- 
ques mois ; puis, à partir de 1880, il a été curé de La 
Patrie huit ans, de Saint-Romain cinq ans et de Saint- 
Frunçois-Xavier-de-Broropton (6) cinq années égale- 
ment. Il administrait cette dernière paroisse, lors- 
qu'une malheureuse collision eu cbemiu de fer au cours 



(ly — L'abbé Laflamme a eu ïe boîibeur de fake cJeux fois le pèle- 
rinage (Je Ronie, en iSS-S et en 1893.; î"» dernier, il s.' est rendu jusqu'ea 
Terre Samle. 

(2) — La Prnse, de Moniréa?, iç-déc. 1896, 

t^) — IbkU, 12 déc, 1905. 

(4) — l^ non> patronymique de cette famille estPatofle ou Patorne- 
drt-Desrosiers. Elle fut établie à Québec vers 1720 par Jean-Nicolas, 
venant de Paris, capitale de la France. Un de ses desceiKlanlF, nommé 
Pierre et marié avec Cécile Trahan, émigra à Saint- Antome-sur-Richc- 
Meu, vers i8oo. Parmi ses enfants sont : Jean- Baptiste, que nous avons- 
compté au nombre des médecins de S, -Denis, et Magloire, père de 
MagloJre II, du maître-chantre Jean Baptiste et de l'abbé François. 
Tanguay, Dùticnnaire gfnéalofÇup4e^ VI. 260 j et Registres des baptêmes^ 
mariages et sdpuUurfs de S,- Denis, 

(5) — Auparavant elle avait été mariée avec Olivier Allaire, de 
S. -Denis, frère du Usaïeul de Fauteur de ce travail, l'abbé J.-B.-A. 
Allaire. 

(6) — l>efebvre, M^r Paul LaKccqtte, 140. 



%AINT-&ENIS-SiUR-HI€HELIEU 269 



â'un pëleritiage à Sainte-Antie-de-Beaupré, le 9 juillet 
189a, h Oraig*6-RoacI^ le mit soudainement hors de 
service. Continuant à compter sur le retoar à la santé, 
il persëvém néanmoins it garder sa cure pendant encore 
trois ans, se reposant sur l'aide d'un vicaire, mais force 
lui fut enfin de céder, et il se retira à Sorel. A l'expi- 
ration d'une année, il voulut essayer de reprendre l'ou- 
vrage, et l'évêque ie nomma à la cure naissante de 
Saint-Etieane-de-Bolton, mais inutile effort. Six 
mois plus tard, il reuoiyça pour toujours au travail et 
retourna définitivement à Sorel. Le Grand-Tronc, 
coupable de ses infirmités, lui a versé une indemnité 
d'environ quatre mille piastres. 

L'abbé Joseph-Ludger Quertîn, né le 2 octobre 
1855 (1^), a été ordonné par Mgr Moreau le 21 sep- 
tembre 1-884, au séminaire de Saint-Hyacinthe (2), 
après y avoir fait ses études classiques et une partie de 
«a théologie, qu'il avait été achever à Montréal sous la 
direction dos Siilpicions. A part une absence de deux 
ans, de 1890 à 1S92, pour aller conquérir à Rome 
la scieooe et le titre de docteur en philosophie (3), il 
est ensuite demeuré à son aima mater des bords de 
l'Yamaska jusqu'à la Saint-Michel de 1902. Cette 



(i) — Void la généalOjjîe canadienne de l'abbé J.-L. Gaertin: 
I — Louis, dont il est parlé à la page I46 ; II — l*aul, <époiix de Made- 
leine Plouf; III — François, marié à Saint-Denis, le premier février 
Ï745, avec Catherine Uudevoir, fille du pionnier Philippe ; IV — Pierre, 
marié à Saint- Antoine, le 10 oct, 1772, avec Angélique Allaire, cousine 
germaine du trisaïeul de l'abbé J.-B,-A, Allaire ; V — Michel, marié 
avec Euphrosine Brière à Saint- Denis, le 11 nov. 1799 ; VI — Edouard, 
marié en secondes noces à S. -Denis avec Emélie Goulet, ie 16 aoiil 
1853 ; VII — L'abbé Joseph- Ludger ; Sœur Ma lie -de-Lourdes, de^ 
Sœurs Grises de S. -Hyacinthe ; Louis et George. Registres des àa/>tcmes, 
mariages €t se puliui^s^ de S, -Denis et de S, -Antoine. 

(2) — Tanguay, R^pertoirt ghtêral du clergé canadUiiy 480, 

(3) — Le litre de docteur en phiUisophie a été conféré à l'abbé 
Guertîn, le li juin 1892. 



270 HISTOIRE DE 



mêrae année, il s'en ëloignait pour aller prendre pos- 
session de la cure de Sainte-Madeleine, qu'il conserva 
deux ans, et, depuis lors, il est à la tête de celle de 
Sainte-Liboire. Au séminaire, il a surtout enseigné la 
théologie quatre ans et la philosophie six ans. Ses 
élevés gardent le meilleur souvenir de son dévouement. 

L'flbbé Elisée Gravel, fils de Godfroi Qravel (1), 
cultivateur, et de Rose Cormier, est le neveu de l'an- 
cien évêque de Nicolet. Né le 23 mars 1864, il a com- 
mencé ses études chez les Sulpiciens à Montréal et les 
a terminées au collège de la Propagande à Rome, où 
il a été ordonné le premier novembre 1889. Il est 
ensuite revenu exercer le saint ministère dans les dif- 
férents diocèses canadiens de Saint-Albert, de Saint- 
Bonifacc et de Xicolet. Il est aujourd'hui curé de 
L'Avenir, en ce dernier diocèse, depuis 1900. 

Le Père Joseph- Wilbrod Vézina, né le 2 décem- 
bre 1875, fils de Magloire Vézina, marchand, et 
d'Emélie Charron, est passé du séminaire de Saint- 
Hyacinthe »u noviciat des Oblats, à Lachine, le 21 
juillet 1893. Il a été ordonné dans cette congrégation 
à Ottawa par Mgr Duhamel, le 17 décembre 1898. 
Depuis cette date, il a été vicaire au Sacré-Cœur d'Ot- 
tawa un an, a Saint-Sauveur de Québec, cinq ans, et 
depuis le 27 novembre 1904 il réside à Mattawa eu 
qualité de vicaire chargé de missions. 

(1) — Godfroi (irave', frère de Mgr Eîphège (*ravel, évêque de 
Nicolet, est né à S. Antoine, le 9 sept. 1820. En 1840, il quittait la 
maison palcrnelle et venait »c tixer pour le reste de ses jours âi S. -Denis, 
en bas du Hord-dc l'eau, puis au village. Son épouse est décédée, le 7 
mai 1876 ; lui même est p. s^é de vie h tréj^a?, en mai 1900. Il est le 
l.(>re de 13 enfjnis, dont 5 vivent encore : l'abbé Elisée ; Sœurs Marie- 
ÏAiiiivine et Mariede-la-I'roviilence, de la communauté de la Providence, 
lie Montréal ; Isi'lore, de S. -Denis père de Sœur Marie-des-Sept-Dou- 
leurs, de la même congrènration que ses tantes susdites j et Dame A, 
(ormier. Lf yournaî^ de Montréal, 28 mai 1900. 



SAINT-DENIS-SaR-RIGHBLIEU 271 



Le Përe Douât Richard, né le 26 novembre 1866, 
fils de Michel Richard, marchand, et de Julie Chatel, a 
reçu sa première instruction dans les classes du collège 
de son village natal. Il y demeura quatre atis ; aprës 
quoi il fut, encore jeune, admis au noviciat des Viateurp, 
le 12 juillet 1882. L'initiation à la vie religieuse finie, 
on le poussa aux études classiques et cléricales. II les 
terminait à Paris, lorsqu'il y fut ordonné, le 23 décem- 
bre 1899, par le cardinal archevêque de cette ville, 
Mgr Richard, peut-être son lointain petit cousin. 
Revenu au Canada, il a enseigné la philosophie au 
collège de Rigaud deux ans, et depuis 1901, il est le 
supérieur de cette institution. 

L'abbé Joseph-Albert Vézîna, frëre du Père 
Joseph-Wîlbrod, est né, le 6 décembre 1876. Aprës. 
avoir bénéficié des avantages du collège de son vil- 
lage natal comme pensionnaire pendant trois ans, il 
est entré au séminaire de Saint Hyacinthe, eu 1889. 
Il n'a quitté cette aima mater que pour aller suivre les 
cours de philosophie et de théologie à Montréal sous 
la direction des fils du Vénérable Jacques Olier. Il est 
revenu à Saint-Hyacinthe achever sa formation ecclé- 
siastique et recevoir de Mgr Decelles sa promotion au 
sacerdoce, le 25 juillet 1902. Depuis lors, il est vicaire 
à Saint-Hugues. 

L'abbé Napoléon Archambault est le vingt-qua- 
trième et dernier prêtre natif de Saint-Denis. Il a fait 
ses études dans sa paroisse d'origine, ainsi qu'à Suint- 
Hyacinthe et à Montréal. Depuis son ordination, le 
23 décembre 1905 (1), il est vicaire à Saint-Albans, 
dans le Vermont. 

Les cinq prêtres élevés seulement dan« la paroisse 
sont les abbés Louis-Marie Lefebvre, Piorre-Ludger 



(I) — La semaine religieusi^, de Montréal, XLVII, 436. 



272 HISTOIRE DS 

Paréy Wilfrid et Louis-Ferdinand Lussîer, et Joseph- 
Artbur-Aldéric Vézina. 

L'abbé Lefebvro est né à Saint- Antoine, Te VA 
juillet 1792. Entré au collège de Nicolet en 1809, le 
même jour que Tabbé Quertier, îl fut son eonfr&re 
de classe jusqu'en 181&. Apr&s son ordination, )e 18 
octobre 1818, il a été vicaire à Québec ci.nq ans, curé 
de l'Ile-aux-Coudres trois ans, de Saint-Laorent, près 
Montréal, trois ans également, et finalement dans la 
paroisse voisine de Baînte-Geneviëve, trente-un ans, 
jusqu'en 1860. Il est décédé, le 8 avril 1872 (1). 

L'abbé Paré, né à Saint-Ours, sur les confins de 
Saint- Denis, le 18 avril 1836, eft le neveu de l'abbé 
Joseph-Octave Paré. Apres avoir fait ses 'études h 
Saint-Hyacinthe, il a été ordonné le 15 août 1858 (2). 
Il est aujourd'hui curé de La Présentation. 

L'abbé W. Lussier, né à Saint-Antoine le 21 
janvier 1841, a été ordonné le premier septembre 
1867 (3). Il est décédé le 2 janvier 1883, -curé de 
Coaticooke, emportant la profonde estime de ses 
paroissiens. Son évêque la lui avait témoignée depuis 
longtemps en l'honorant du titre d'archiprêtrc. 

L'abbé L.-F. Lussier, né à Saint-Antoine le 30 
janvier 1849, a été ordonné à Marieville le 26 janvier 
1873 (4). Apres avoir été curé de Sainte-Edwige, 
dans le diocèse de Sherbrooke, il l'a été de Chasm- 
Falls, dans le diocëse d'Ogdensburg. Aujourd'hui il 
est retiré en cette dernière ville épiscopale. 

L'abbé J.-A.-A. Vozîna, frère de l'abbé Joseph- 
Albert et du Père Joseph-Wilbrod, est né à Montréal, 



(I) — Douville, Hntoirc du colitge-séminaire de Nie o Ut, II, ii*et 
131». 

(a) — Denis, Album photo-biographique,,», 

(3) — ' Tanguay, Képertoire général du clergé canadien , 372. 

(4) — Ibid., 405. 



8AINT-DENI6-SUR-RICUELIEU 273 



le 11 octobre 1869, avant l'arrivée de la famille à 
Saint-Denis. Ayant fait ses études à Saint-Hyacin- 
the, il y a été l'un des premiers ordonnés de Mgr 
Decelles, le 3 mai 1893. Il fut ensuite vicaire à Iber- 
ville deux ans, chapelain au juvénat des Maristes de 
la même localité, quatre ans ; et, depuis, il est profes- 
seur à son aima mater. 

Les seuls aspirants de Saint-Denis au sacerdoce 
sont actuellement les abbés Ernest Vézina et Philéas 
Jalbert. Le premier est le frère des précédents abbés 
et Père Vézina. En sorte que bientôt ils seront dans 
cette famille, comme dans celle des Leblanc, quatre 
frères prêtres ; leurs deux sœurs sont entrées en reli- 
gion. Il ne leur reste plus dans le monde qu'un frère, 
nommé Josaphat, qui succédera au père dans le com- 
merce. 

L'abbé Jalbert, né le 22 juin 1883, iils d'Isidore 
Jalbert, cultivateur, et d'Odile Girard, est entré au 
séminaire de Saint-Hyacinthe en 1897, après avoir été 
élève interne au collège de sa paroisse natale pendant 
trois ans. Actuellement il poursuit sa préparation 
ecclésiastique à l'université de Louvain, en Belgique. 



e>v^\«\^A^ 



CHAPITRE XXVI 



Vertus de M. Chérrier : son humilité, son amour de 

Dieu et du prochain. Son influence sur la 

paroisse. Confiance de ses évêques 

en sa sagesse. 1769-1809. 



Si Tabbé Charrier a imprimé dans la paroisse, qu'il 
a dirigée pendant prës de quarante ans, un souvenir 
aussi durable, c'est qu'il a été dans la force du mot un 
homme de Dieu. Quel respect, quelle vénération 
même pour sa mémoire encore un siëcle après sa dispa- 
rition ! 

En première ligne de ses vertus nous remarquons 
sa profonde humilité. Jamais prêtre ne fut mieux 
convaincu de son indignité et il était toujours sur- 
pris de voir son évêque le consulter dans ses embarras, 
puis lui confier des missions délicates. Apres avoir 
donné son avis par obéissance, il ajoutait presque tou- 
jours des phrases comme celle-ci : ^' Je laisse ce sujet 
susceptible de bien des objections, c'est aux sages à 
les tirer et non pas à moi " (1). 

Mais ses plus vives alarmes lui sont venues avec la 
charge de grand-vicaire, le 9 décembre 1797. Il ne l'ac- 
cepta et ne la conserva qu'au milieu des plus sincères 
appréhensions. Mgr Denaut, qui avouait n'avoir point 
de secrets pour M. Chérrier, ne pouvait écouter ces 
craintes, qui d'ailleurs n'existaient que dans l'esprit 
du bon curé. A la mort de l'évêque, l'humble pasteur 



(i) — Lettre de l'abbé Chérrier à Mgr Hubert, en date du 6 juillet 
1 793. Archives de réviché de S, -Hyacinthe» 



276 HISTOIRE DE 



de Saint-Denis vit tomber son pesant fardeau avec 
d'autant plus de plaisir qu'il ne croyait pas qu'on le 
relèverait pour lui, vu son manque de capacités. 
Encore une fois, sa vertu le trompait sur sa valeur 
réelle. Mgr Plessis, qui connaissait son sujet, ne voulut 
pas le réintégrer dans ses fonctions sans lui présenter 
en même temps toutes les pièces à conviction pour le 
forcer à en reprendre l'exercice. *' Voici, dit-il, des 
lettres de grand-vicaire. Jamais il n*en a été donné 
avec plus de confiance, raison de plus pour que vous 
surmontiez une répugnance que je respecte, parce que 
j'en connais le motif, mais à laquelle vous ne devez 
pas exiger que je souscrive. L'amour du bien public, 
le zèle de la gloire de Dieu, l'intérêt que vous prenez 
à une église où le Soigneur a encore des élus, le besoin 
incontestable d'un évêque qui se trouve à la tête d'un 
troupeau quinze ans plus tôt qu'il ne comptait, l'ap- 
plaudissement universel avec lequel je sais que vous 
avez précédemment rempli cette mission, tout cela 
m'engage à vous la renouveler, et le <liocèse no me 
pardonnerait pas d'en agir autrement. Recevez-les 
donc comme venant de Dieu, car si vous êtes persuadé 
qu'il donne son esprit à ceux qu'il cbarge de gouver- 
ner les autres, vous devez croire aussi qu'il les inspire 
sur le cboix de ceux qu'ils doivent s'associer dans l'ad- 
ministration soit particulière soit générale " (1). 

L'humilité de M. Cherrier lui persuadait qu'en 
occupant un emploi aussi important, il était un obsta- 
cle à tout le bien qu'aurait opéré un autre à sa place. 
Il se redoutait lui-même extrêmement. " A tout 



(i) — Archives de Vii^éché de S.- Hyacinthe, — L*abbé Cherrier 
répondit à cette lettre de son évéque : *• Quoique vous ne donniez pas 
avec les pouvoirs la grâce et les talents, je vois qu'il faut obéir sans 
réplique ". Ibid , , 



SAINT-I>qri8-SlTR-RICHBLIBn 277 

moment, dit-il, je peux faire . des fautes irrépara- 
bles" (1). 

Toujours est-il qu'après avoir assumé de nouveau 
les responsabilités de grand-vicaire, en 1806, il deman- 
dait instamment deux ans plus tard d'en être relevé à 
cause d'infirmités sans cesse croissantes (2). Il espérait 
bien être exaucé cette fois, mais l'évêque se contente 
de lui répondre : " Effacer votre nom de la liste de 
mes grande- vicaires serait faire une tache à mon épis- 
copat. Vous auriez beau dire que c'est vous qui avez 
résigné cette place, vous ne crierie:J pas assez haut 
pour empêcher de croire que vous avez été destitué. . . 
Le seul parti que je puisse prendre. . . ., c'est do vous 
donner. ... un adjoint sur lequel vous pourrez vous 
décharger de toutes les affaires qui peuvent embar- 
rasser votre conscience dans l'exécution de votre 
emploi.-... Quant à reprendre les pouvoirs que je 
vous ai donnés, c'est un sacrifice auquel je ne saurais 
me résoudre et que, j'espère, vous n'exigerez pas de 
moi " (3). M. Conefroy, curé de Boùcherville, déjà 
grand-vicaire, lui fut accordé comme auxiliaire, le 
25 novembre 1708. Le curé de Saint-Denis aurait 
bien voulu lui remettre toutes ses affaires de la com- 
pétence du grand-vicaire et pour toujours. L'évêque 
répondit à celte demande : " Je compatis bien sincè- 
rement à vos infirmités et ne saurais trouver mauvais 
que vous renvoyiez à M. Conefroy toute affaire propre 



(i) — Lettre de l'abW Cherrier à Mgr Plessis, en date du 29 mai 
1808. Archives de r archevêché de Québec^ Registre VI, page 256. 

(2) — Le 29 mai i3o8, l'abbé Cherrier écrivait à Mgr Plessis : "Je 
sollicite ma retraite du grand- vicariat auprès de Voire Grandeur, me 
flattant qu'il n'y a plus d'obstacle apparent.... J'exerce de plus en 
plus avec perplexité et répugnance " cet emploi. Archives de Vévcchi 
de S, - Hyacinthe, 

(3) — Archives de Varchei'êchc de Québec^ Registre F/, page 256. 



278 HISTOIRE D 



^ 



à V0U8 fatiguer, sauf k reprendre, si Dieu vous envoie 
des jours sereins " (1). 

Le suppliant mourut soumis à cette sentence. Il 
faut se rappeler qu'alors le fardeau du graud-vicariat 
était onéreux, à cause de l'éloignement de Tadminis- 
trateur diocésain et des nombreuses questions dont le 
règlement lui échéait. Le titulaire de cette position, 
dans son arrondissement, était un véritable évêque- 
coadjuteur, moins les pouvoirs d'ordro (2). 

Un prêtre aussi humble que l'abbé Cherrier pou- 
vait-il ne pas reporter sur les autres et particulière- 
ment sur Dieu l'estime qu'il se refusait à lui-même? 
Plus le serviteur se repetisse, plus il voit son maître 
grand, et lorsqu'il s'agit du Souverain Maître, plus il 
Le considère digne de tout honneur. 

La piété de M. Cherrier fut exemplaire. Il était 
homme d'action, mais aussi homme de prière^ Son 
amour envers Dieu se traduisait surtout par son zèle 
pour la maison du Seigneur. Lorsque c'était pour 
celle-ci, rien n'était assez beau, mais il fallait bien pro- 
portionner les dépenses aux moyens de ses paroissiens. 
Alors il payait de sa personne et de sa bourse. C'est 
ce que l'on a admiré au milieu des travaux do cons- 
truction de l'église actuelle. Pour la splendeur du 
culte, il ne se montra pas moins libéral. Il a acheté, 
par exemple, de ses propres deniers, plusieurs chapes 
et dalraatiques. Aussi fréquemment que les circons- 
tances le permettaient, il ne manquait paa de se servir 
de celles-ci en célébrant solennellement des messes 
avec diacre et sous-diacre. 

De Dieu la charité du curé de Saint-Denis descen- 



( I ) — Archives de P archevêché de Québec^ Registre F/, page 302. 

(2) — En 1804, les grands- vicaires du diocèse de Québec étaient les 
abbés Desjardins, à Québec, Roux, à Montréal, Noiseux, aux Trois- 
Rivières, Burke,en Acadieet Cherrier, à Saint-Deni?. Neilson, Almanach 
de Québec pour r année 1804, dans le Propagateur, de Montréal, XI, 382. 



BAIKT-DBNIS-SUR-EICHELIBU 279 

dait sans effort vers le prochain, qu'il tâchait non seu- 
lement de porter vers le ciel, mais qu'il s'étudiait aussi 
à rendre en ce monde le plus heureux possible. Les 
misères du pauvre l'émouvaient, et il lui distribuait 
volontiers une part de ses épargnes. C'est surtout 
pendant la disette de 1788 et de 1789 qu'a éclaté sa 
compassion à l'égard des malheureux. Il alla, en ces 
jours de privation, jusqu'à emprunter pour soulager 
l'indigence. 

Et que ne proclament point ses œuvres du couvent 
et du collège classique ? En consacrant ses économies 
k répandre l'instruction, il savait à quelles dépenses 
d'utilité publique il pourvoyais, et rien n'y fut épargné. 
Même eu dehors de sa paroisse, que n'a-t-il pas accom- 
pli en ce sens ? Il a alimenté des pensions en faveur 
d'enfants pauvres dans les séminaires, et quand, en 
1806, le couvent des TJrsulines aux Troîs-Rivières fut 
incendié, il a souscrit soixante-quinze piastres pour son 
rétablissement (1). A cette époque, c'était une offrande 
considérable, pour lui spécialement, qui avait déjà 
d'autres entreprises coûteuses à sustenter. 

Il est impossible qu'un tel curé n'ait pas exercé 
une profonde influence sur sa paroisse. On la cons- 
tate encore partout dans l'esprit de foi des gens, dans 
leur piété et leur générosité pour Dieu. Aussi, pen- 
dant ses quarante ans, M. Cherrier s'est-il constam- 
ment appliqué à bien pénétrer de ces vertus chacune 
de ses ouailles. Le succès a été si complet que ceux 
qui sont venus après lui n'ont eu, pour ainsi parler, 
qu'à maintenir le mouvement qu'il avait créé. Sans 
être d'une éloquence qui électrise les masses, il ins- 
truisait bien et surtout il prêchait, comme son saint 
patron, autant par ses exemples que par ses paroles. 

(I) — Les Ursulines des Tr hUivières, II, 9. 



280 HISTOIRE DE 



Les vieillards, qui eurent le bonheur de vivre sous sa 
houlette, répétaient encore à sa louange, ces années 
dernières, qu'"il n'y avait rien de mieux que ce 
curé-là " ; ce sont ici leurs propres expressions. 

Les évêqucs de Québec n'apprécièrent pas autre- 
ment ce prêtre modèle. Ils savaient ses. succès comme 
pasteur et la sûreté de son jugement. Ils n'igno- 
raient pas non plus que ce n'est qu'après avoir prié 
Dieu fervemment qu'il donnait son avis. Aussi recou- 
raient-ils fréquemment à ses lumières. Des cinq évo- 
ques, qui administrèrent le diocèse pendant son règne 
curîal, le premier, Mgr Brîand, après l'avoir ordonné, 
lui prodiguait la plus franche amitié ; sous Mgr 
d'Esglîs, il accompagna son coadjuteur en visite pas- 
torale ; Mgr Hubert le consulta sur une foule de ques- 
tions épineuses de son épiscopat ; Mgr Denaut et Mgr 
Plessis le nommèrent leur grand- vicaire. 

De 1791 à sa promotion comme grand- vicaire, il 
a souvent exercé l'office d'archidiacre dans diverses 
paroisses. Une des plus difficiles missions qu'il ait eu 
à remplir en cette qualité est celle de la fondation de 
Saint-Marc, en février et mars 1792. II y rén*ssit si 
parfaitement qu'il s'attira en cette occasion les plus 
chaleureuses félicitations de son supérieur. " Je me 
mettrais, lui écrit Mgr Hubert, en frais de vous faire 
des remerciements des soins que vous vous êtes don- 
nés pour l'avancement et le succès de toute cette 
affaire, s'il n'y avait au ciel un Dieu juste, qui récom- 
pense ses ministres fidèles des travaux qu'ils entre- 
prennent pour l'accroissement de la religion " (1). 

Outre la question des prêtres français, M. Cherrier 
eut à envoyer son avis sur celle de la fondation d'une 
université mi-protestante et mi-catholique, que dési- 



[l) — Anhh^s di ra^-c/iez'i'chc Je Québec y Registre /, pp. 303 et 315. 





L',iI.1jé iJëfonie (|). 164). I.'al.bc I.aflamme (p. lùù . 




l.'al>bé Guertin (p. 169). 





IL Gr.ïvc: (|.. 270]. k. 1*. Uich.i((l (p. 271). 



r 



V 



SAINT-DBNI8-SUR-RICHBLIBU 281 



rait on groupe anglais pour la ville même de 
Québec (1). Par la sagesse de sa réponse, il n'y a pas 
de doute qu'il aidât beaucoup son évêque à s'en tirer 
avantageusement (2). C'était en novembre 1789. 

Sous prétexte d'exécuter la volonté du roi et de 
ramener ou de maintenir le peuple dans l'obéissance, 
le procureur-général du Canada, an commencement 
du dernier siècle, avait inauguré toute une série d'exi- 
gences vexatoiree à l'égard du clergé ; il semblait, en 
tout cela, ne viser d'autre but que de révolter les 
catholiques habitants des rives du 8aint*Laurent con- 
tre^ le gouvernement de la métropole pour mieux 
^'arroger ensuite le droit de lés tyranniser. Daûs ces 
conjonctures, Mgr Plessis écrivit à plusieurs curés, 
entre autres à celui de Saint-Denis, pour leur demander 
quelle ligne de conduite serait opportune. M. Cherrier 
répondit, le 24 novembre 1806 : " Je prôcherai la 
s(»umission, le respect, la fidélité à notre gracieux sou- 
verain en sa personne et en ceux qui la représentent ; 
mais je ne me crois pas obligé de respecter et de sui- 
vre les caprices de ceux qui chercheront à nous rendre 
insupportable la protection d'un prince généreux qui 
ne veut que le bien, la paix et le contentement de tous 
ses nouveaux sujets. Le zèle prétendu pour défendre 
les droits de la couronne de notre bon prince, qui 
n'est employé qu'à tourmenter par des chiniëres ses 
plus fidèles sujets en ce pays, n'est qu'un fanatisme 
raffiné qui ne doit point épouvanter des hommes qui 
savent se tenir dans les justes bornes du devoir : 
à Dieu ce qui est à Dieu, à César ce qui est à 
César "(3). 

Continuellement sur ses gardes pour ne pas bles- 

(i) — Têtu, Les hiqttes de Québec^ 392 à 397, et 459. 

(2) — Arekwes de Pévéché de S.- Hyacinthe. 

(3) — Ibid.. 



28Z BIBTOIKX DB BAIHT-DINIS 

ser an gouTerDement ezceseivement ombrageux, Mgr 
Pleaeis .consulta M. Cherrier, eu octobre 1808, sur la 
msQÎ^re dont il deviùt ueer île sou droit d'étaUïr 
de QouTelles circoDscriptionB ecclésiastiques ot d'y 
mettre des pasteurs. La répouse futausû catégorique 
que bien appuyée (1). 

Avisé de la sorte, l'érêque jouissait plus de moyous 
pour passer & travers les embarras, que ne cessait de 
loi susciter le civil. A un reproche qu'on adressait 
cependant à Mgr Plessis d'agir trop selon ses propres 
idées, celui-ci pouvait un jour répliquer : " Vous séries 
étonné ai je vous donnais une liste de mes consulta- 
tions, encore plus si j'y tyoutids la liste des réponses 
qui me sont venues " (2). 

Beaueoup de ces réponses étaient du curé deSfùut- 
Denis. Nous n'avons pu donner ici que les principa- 
les ; mus nous en avons dit suffisamment pour fiùre 
comprendre toute la confiance dont M. Cherrier était 
le dépositaire de la part de son évâque. 



ïS^. 



- Arekntt de tMiki <U S. ■ ItyaciiHke. 

- Dionne, yieJt Cf. PainehauJ, 94. 



(CHAPITRE XXVII 



Les vicaires de M. Cherrier : les abbés Thavenet, 

Lètang, Germain et Brouillet. Maladie, 

mort et obsèques du curé. 1897*1809. 



Jusqu'en 1797, moins quatre semaines, en 1766, il 
n'y avait pas eu de vicaire à Saint-Donis. L'abbé Fri- 
chef, ce mois 02;eepté, était toujours resté seul dans 
Texercice de son ministère, et M. Cherrier Timita 
tant que ses forces le lui permirent. Ce n'est pas 
que l'oavrage ait manqué à ce dernier pour employer 
un assistant ; mais il se multipliait et suffisait ainsi à la 
besogne. Dans les commencements, il eut à desservir 
même les gens de la colonie naissante de M. Delorme 
k Saint-Hyacinthe ; plus longtemps, il garda le soin 
des habitants de Salvail sur le territoire actuel de La 
Présentation. Et, à la mort de Tabbé Youville, il 
suppléa ce voisin à Saint-Ours, de la fin de janvier 
1778 au 4 octobre snivant (1). Cela sans compter que 
ses propres paroissiens, déjà nombreux, augi^ientaient 
rapidement d'années en années. Encore, s'il se fût 
contenté du travail nécessaire, mais son ardent désir 
de produire sans cesse une plus abondante moisson 
le poussait à se créer une foule d'occupations de 
simple utilité. Il tenait ainsi continuellement sur le 
métier quelqu'entreprise surérogatoire. Eh bien ! en 
dépit de toute cette activité, sa santé a pu se soutenir 
pendant vingt^huit ans, mais alors sa robuste consti* 
tution était considérablement ébranlée ; la maladie 
allait maintenant en avoir raison assez facilement. 



(I) — Registres des àaptémes, mariages et sépultures de Saint- OuVs^ 



284 HISTOIRE DE 



A l'approche du carême de 1797, il se trouva 
gravcinetit indisposé et demanda de l'aide. Mgr 
Hubert, sans sujet disponible dans le moment, s'adressa 
aux Sulpiciens pouf ce besoin aussi pressant qu'im- 
prévu, et l'un d'eux, l'abbé Jean-Baptiste Thavenet, 
fut envoyé à l'invalide le dernier jour de février. Cet 
assistant était né en France, l'an 1763, y avait été 
ordonné dans la compagnie de Saînt-Sulpice, le 11 
avril 1789, et, depuis 1794, il se dévouait en Canada. 
Sur nos rives, jusqu'à son arrivée à Saint-Dénrs, il 
avait été employé à la cure d'Oka. Prêtre zélé, il 
assuma volontiers sur ses épaules tout le fardeau 
pastoral de son confrëre. Malheureusement, il ne 
peut lui rester longtemps ; sa communauté, qui no 
pensait l'avoir prêté que pour quelques dimanches, le 
réclamait au bout de deux mois. L'abbé Thavenet 
quitta en effet la paroisse .\ la fin d'avril. II. fut' 
ensuite occupé à Notre-Dame de Montréal, puis en 
octobre 1815 il se rembarquait pour l'Europe. Notre 
pays ne tressa pas alors de bénéficier de ses services. 
A Rome et à Paris, il se constitua charitablement 
l'avocat de nos - congrégations de femmes et' parvint 
après bien des dénfiarches à leur faire recouvrer des 
sommes considérables, qu'elles croj'aient avoir perdue» 
sans retour au milieu des bouleversements de la Révo- 
lution française (I). Il est décédé dans la Ville Eter- 
nelle, le Ift décembre 1844 (2). 

L'indisposition de M. Cherrier se transformant en 
infirmités chroniques, qui pouvaient se prolonger de 
nombreuses années, l'évêque fut obligé de remplacer 
M. Thavenet par un vicaire régulier. Ce prêtre fut 
M. Théodore Létang, né à Montréal le 9 novembre 
1773, fils de Dominique Létang et de Catherine Paré, 

(I) — Les Ursulines des Trois Rivières, II, 336. 

(o) — Tanguay, Répertoire général du cicrgé canadLo, 160. 



SAINT-DBNIS-SUR RICUELIBU 285 



et ordonhû le 11 mars 1797. II arriva à Saitit-Denis, 
à la mi-mai suivante. 

Ce fut avec cet aide que le cure riSussit à se réta- 
blir tant bien (^uo mal. Quelques jours avant la Tous- 
saint de 17i98, il en avait assoz regagné pour le remet- 
tî'e à révoque. 

M. Létang remplît ensuite divers emplois et, de 
1814 à BU mort, fut curé de Beaumont. II est décédé 
k rage de soixante-quatre ans, le 8 avril 1838 (1). 

Pendant un an, M. Cherrier put ensuite demeu- 
rer seul. Mais à l'automne de 1799, il sentit de nou- 
veau ses forces faiblir, et redemanda du secours :\ Mgr 
Denaut. M. Charles Qermain, frëro des abbés Louis- 
Antoine et Pierre-Olivier, lui fut aussitôt accordé. 

Ce prêtre, fils de Louis Langlois-Qermain et de 
Catherine Sauvageau, était né à Québec, le 2 octobre 
1772. Ordonné le 17 août 1798, il avait été d'abord 
lin an vicaire à la cathédrale de sa villu natale avant 
de le devenir à Saint-Donis, h la Saint-Michel de 1799. 

Il ne séjourna qu'un an auprès de M. Cherrier, 
qui aurait souhaité jouir de ses services plus long- 
temps ; mais le jeune lévite, qui n'était pas heureux 
dans le ministère paroissial, soupirait après un chan- 
gement et c'est ce désir d'un déplacement Xjue l'évêque 
exauçait en lui assignant le vicariat des Trois- Rivières, 
à la fin de septembre 1800. 

Une anncc passt^e à ce dernier poste, il devint 
curé de Saint Sulpice un an, de Lachenaie quatre 
ans, de Saint-Jean-Baptiste-deRou ville huit ans et de 
Lachine un an. Puis il est entré dans la Société de 
Jésus à Laval, en France. Enfin il avait trouvé sa 
place. Il est mort à Laval même après trei/se ans de 
vie religieuse, le 12 décembre 1828 (2). 



(1) — Tanguay, Répertoite ^néral du cUrgf canadien^ 164. 

(2) — Ibid., 165. 



28v3 UISTOIRB DB 



L'abbé Charles- A riibroiae Brouîllet a été le euc- 
cesseur de Tabbé Germain dans le vicariat de Saint- 
Denis. Né h la Pointe-aux-Trembles, près Montréal, 
le 4 mai 1768, de Charles Brouillet et do Marie Jean- 
nette, ce noavel auxiliaire a été ordonné à Saint- 
Denis même, le 21 septembre 1800, en même temps 
que Mgr Lartigue. Apres de courtes vacunces, il est 
revenu auprès de M. Cherrier. Bon prêtre, con- 
servant la ferveur de ses débuts dans le sacerdoce, 
il est demeuré cinq ans k ce poste. Il ne l'a quitté 
que pour aller prendre possession de la cure de Saint- 
François-du-Lac, vers le milieu de mai 1805. 

n a occupé cette position pendant douze ans ; 
puis, devenu infirme, il a été vicaire à Saint-Philippe- 
de-Laprairie huit ans et à Marieville le reste de sa vie. 
Il est décédé en cette dernière localité à l'âge de 
soixante-un ans, le 20 novembre 1829 (1). 

L'état de santé de M. Cherrier s*étant amélioré 
pendant le long séjour de M. Brouillet à Saint-Denis, 
le pasteur éprouvé crut devoir essayer de suffire encore 
seul à la desserte de sa paroisse ; il y tint environ un 
an et demi. Après quoi, fléchissant plus que jamais 
sous le fardeau du mal, il reçut l'abbé Pierre Martin 
comme vicaire Ce compagnon de labeur arriva au 
commencement de septembre 1806 et lui resta d'abord 
jusque vers le 20 novembre suivant. 

M. Jean-Baptiste Kelly, récemment ordonné, le 
remplaça aloi*8. Le curé appelait ce jeune confrère 
son '* charmant lieutenant vicaire " (2), Au départ 
de M. Kelly sur la fin d'août 1808, M. Martin revint. 
La plus grande expérience de celui-ci et les progrès de 
la maladie de M. Cherrier requéraient ce retour. En 



(1) — Tanguay, Répertoirt f^énéral du àergé canadien^ 167. 

(2) — Lettre de l'abbé Cherrier à Mgr IMesais, en date du 14 oct, 
1 S06. A rchives d€ /Vr cihê de S, ■ flyacintht. 



SAINT-DBNIS-SUR-RICnBLIBU 287 



oif^^t, des le 16 février 1809, le pauvre invalide écri- 
vait k l'évêquo : *^ Tout le poids du ministëre e$t 
tombé sur Ti^bbo Martin qui 8*en acquitte avec zële 
et succès, malgré son faible tempérament" (1). Ce 
prêtre, qui lui procurait si pleine satisfaction, fut l'ap- 
pui des derniers jours du curé de Saint-Denis. 

C'est durant Tété de 1806 que le mal, qui devait 
conduire M. Chcrrier au tombeau, entra dans sa 
période aicrnë. Le 7 août do cette même année, il en 
parle k Tévêque pour la première fois, en le priant 
de ne pas le priver plus longtemps du secours d'un 
cnnfrëre. L'infirmité dont il se plaint est la stian- 
gurie (2), ap|>elée communément le tranchement 
d'urine. Le 14 octobre, il écrit incidemment à son 
Ordinaire : ** Je souffre à Saint-Denis des gros temps 
d'automne " (3). Comme Mgr Plessis demandait à 
recevoir souvent des nouvelles de son cher collabora- 
teur, celui-ci lui adresse une autre lettre au bout d'un 
mois : ^^ Ma santé, y dit-il, n'est ni des pins mauvaises 
ni des meilleures. Elle est un almanach assez incom- 
mode des gros temps ; gare l'hiver" (4). 

L'année 1807 fut une année de répit. Mais à la 
fin de l'été, il y eut rechute ou plutôt les douleurs, un 
instant endormies, ne réveillèrent plus redoutables que 
jamais. Mgr Plessis, qui aimait tous ses prêtres et 
tout iiarticulièrement son grand-vicaire de la vallée du 
Richelieu, s'émut vivement ; il en écrivit à la pauvre 
victime pour la consoler et lui réitérer son désir d'être 
tenu au courant de ce qui se passait au sujet d'une 



/ 1 ) _ ArckMS de Ph^écké dt S.Uyacinthe, 

(2) — I-eltre de Tabbé Cherrier à Mgr Plessis, en daio du i6 fév. 
1 809. A rth ht s dt /' éviché de S. - Hyaeinthe. 

(3) — Arckti'es de CMché dt S^Ifytuiuthe, 

(4) — lettre en date du 12 ni>v. 1806. Archnes de Vé-'êcké de S,' 
liyaeinthe. 



288 HISTOIRE DE 



sftntiJ auBsi précieuse ; il priait fervemmeut pour mi 
conservation. 

M. Cherrîer répondît le 25 novembre 1808 à 
cette marque d'attention de la part de son Ordinaire : 
" Vous êtes plein de charité, lui exprîme-t-il, de prendre 
tant d'intérêt à ma santé, j'en suis des plus reconnais- 
sants : priez le Dieu des miséricordes de m'aecorder le 
bonheur dé souffrir avec résignation et mérite, car je 
ercûs que c'est le seul bien qui me reste pour la suite 
^e mes journ. Je ne suis plus appliqué et applicable 
maintenant qu'à la langueur et à la douleur. La dou- 
leur pouitant depuis un certnîn temps est tolérable, 
mais la racine n'en est nullement déti^uite, en sorte 
qu'au premier moment je suis exposé aux plus crueU 
excës. Dieu soit loué I Je sais qu'il faut souffrir. 
Depuis le 17 novembre, je n'ai pu aller à l'église. Je 
suis déterminé à me faire apporter cette semaine la 
sainte communion au presbyifere" (1). 

Cette dernière partie de la lettre provoqua le 
privilège suivant, le 19 décembre 1808 : " PlutAt, 
répliqua l'évêqne, que d'être si longtemps privé de la 
consolation d'offrir le snint sacrifice, vous feriez très 
bien d*élever un petit autel dans votre chambre et de 
célébrer autant de fois que votre état de souffrance le 
pourrait permettre. Je f»rie Dieu de vous con&erver 
pour sa gloire et pour le bien des fimes " (2). 

Le 16 février 180!^, M. Cherrier entrevoit une 
lueur d'espérance et trace ces mots à l'adresse de son 
évêque : *' Je suis mieux et il me semble pour le 
moment être hors de danger, mai:» je crains d'être 
tout-îVfait inutile ". Un mois et demi se passe, puis 
il reprend la plume le jour de Pâques, 2 avril : '* Depuis 
plus de deux semaines, dît-il, j'ai renoncé à la méde- 



( I ) — Anhhes de Vèvhhé de S»- Hyacinthe. 

(2) — Archives de r il rihiiti ht- de QiifheCy Re^jUtrc; VI, p. 302. 



SAIMT-DBNIS-SUK-RICIIELIRU 289 



cine et aux médecins, qui ont bien réussi à purger 
lua bourse et non mon corps. ... Je serai donc mon 
médecin moi-même. J'ai le bonheur de dire la messe 
en une chapelle intérieure presqne tous les jours et 
le Jeudi Saint j'ai eu celui de communier à l'église. 
J'entends tous les jours quelques confessions. Je ne 
chante pourtant pas victoire, car mon ancienne infir- 
mité continue, mais avec moins de douleur" (1). 

A la fin d'août 1809, la maladie s'est de nouveau 
aggravée. Le 27 de ce mois, il écrit pour la derniëre 
fois il son évêque, d'uhe main ferme encore : " Une 
langueur continuelle m'nccablft, j'aifaîblis tous les 
jours. Je n'ai pas même hasardé de monter à l'autel 
cette somaine dernière, à cause de la faiblesse de mes 
jambes " (2). 

S'étant alité peu apr&s avoir expédié cette lettre, 
il expirait lundi, le 18 septembre 1809, à dix heures 
et demie du soir, en répétant qu'il comptait sur la 
miséricorde divine. Jusqu'à l'annonce de l'heune 
suprême il avait envisagé la mort et le jugement de 
Dieu avec la plus désolante frayeur. Toujours il 
avait présentes à l'esprit ces paroles peu rassurantes 
du livre de la Sagesse : *' Judicium durissiraum his 
qui prœsunt fiet " (ceux qui commandent les autres 
seront jugés avec une extrême rigueur) (3). Mais 
à la fin le calme était revenu h cette âme tourmentée, 
et le moribond ne songea plus qu'avec confiance à la 
sentence de celui pour qui il avait été un bon et fidële 
serviteur; n'avait-il pas droit de se dire avec l'Apôtre : 
" J'ai bravement combattu, j'ai soigneusement fourni 
ma course, j'ai gardé ma foi " (4) ? Sans doute qu'il 



(1) — Archivas de r/téche de S,-J/ytumtAi\ 

(2) — Ibia.. 

(3) - VI. 6. 
(4).~llTii«., IV, ;. 



290 HIgTOIRE DS SAINT-DENIS 



aurait pu s'encourager par ces pensées, mais son faumi- 

Ht6 le lui interdisait, et il ne parlait que de pardon à 

son Maître. Aussi a-t-il probablement été surpris à 

son entrée dans l'éternité de s'entendre appeler plus 

haut. 

Trois Jours après sa mort, jeudi le 21 septembre 

1809, M. Cherrior était solennellement inhumé sous 
le sanctuaire de son église, du côté de l'épître. Le 
grand-vicaire Rocque, de la compagnie de Saint-Sul- 
pice à Montréal, célébra le service, et l'abbé Pouget, 
curé de Berthierville et condisciple de collège du 
défunt, prononça l'oraison funèbre. Outre un immense 
concours de peuple, il y avait aux funérailles vingt- 
cinq prêtres (1), dont vingt, à part le célébrant, ont 
KÎgné Tacte mortuaire. Ce sont les abbés î^ouget ; 
Déguise, curé de Varennes ; Prévost, curé de Saint- 
Math ias ; Conet'roy, grand-vicaire et curé de Bou- 
cherville ; Eeller, curé de Sainte-Elizabeth, du nord 
de Montréal ; Arsenault, euro de Contrecœur ; Hébert, 
caré de Saint-Ours ; Yallé, curé de Saint-Charles ; 
LajuR, curé de Saint-Jean-Baptiste-de-Rouville ; Cha- 
boillez, curé de Lon^^ueuil ; Kimber, curé de Verchè- 
res ; Robitaille, curé de Saiut-Philippe-de-Laprairic ; 
Deguire, curé de Lavaltfie ; Papineau, neveu de M. 
Chcrrier ; Germain, son ancien vicaire ; Joyer, curé 
de Saint-Sulpice ; Girouard, curé de Saint* Hyacinthe ; 
Bardy, curé de La Présentation ; Boissonnault, curé 
de Sorel ; et Martin, vicaire (2). 

M. Cherrier est le premier prêtre décédé et in- 
humé à Saint-Denis (3). 

(1) — lettre (le l'abbé Juyer à Mgr Plessis, en date du 21 sept. 
1809. Archives de V archevêché Je Mouttéal, 

(2) — Registres des baptêmes^ tnarùtges et sépultures de Saitii-Dertis. 

(3) — L'abbé Cherrier légua sa magnifique bibliothèque de 400 
volumes au collège de Nicolet. l/abbé Compain, son voisin de Saint- 
Antoine, avait fait prendre la même voie à ses 164 volumes, 3 ans aupa- 
ravant, en 1806. Douville, Histoire du collège -^e m inaire de A'ic*f!et, 1, 

63- 



CHAPITRE XXVIII 



Coup-d'œil sur la paroisse à la mort de l'abbé Cher- 
rier. Les nouvelles familles : l-haneuf. Loi- 
seau, Hamelin-Laganière, Benoit, Jalbert, 
Valin, Bergeron, Huard, Besse, Jean- 
son, Bonin, Morisseau, Laflamme, . 
Angers, Durocher et Charron. 

1809. 



Quand, sur son lit de mort, l'abbé Cherrîer eut 
repris confiance en la miséricorde de Dieu, il a du 
entrevoir au ciel la phalange des élus, qui lui étaient 
redevables de leur éternelle félicité ; il a pu constater 
également en quel excellent état il laissait son champ 
d'opération ici-bas, tant 80:1 s le rapport matériel que 
spirituel. Non seulement sa paroisse était '' discipli- 
née de longue main " (1) dans sa marche vers le bou- 
hcni' buns fin, comme Tévêquc lui en rendait le témoi- 
gnage uu lendemain de sa disparition ; mais Dieu la 
bénissait visiblement aussi dans les biens terrestres. 
Tout y avait progressé énormément depuis quarante 
ans ; c'était maintenant l'âge d'or qui s'ouvrait. Le 
village promettait d'être bientôt une florissante petite 
ville. S'y dressaient fièrement l'église actuelle, un 
bon presbytère, le couvent et une école prospère pour 
les garçons ; y naissaient des industries prenant tous 
les jours une plus large importance. Enfin l'ancien 
bourg dyonisien, débordant de toutes parts, contenait 



(I) — Lettre de Mgr Plessis à l'ahW Kohitaille, curé de Saint- 
Philippe -de* Laprai rie, en date du 25 déc. 1809. Archives dt l arc ht- 
vické de Qm/beCf Registre VII, page 79. 



292 HISTOIRE DE 



déjà soixante-dix familles. La campagne, de son côté, 
ne s'était pas peu|.»lée avec moins de rapidité ; le haut 
et le bas du. Bord-de-l'eau comptaient quatre-vingts 
familles, à TAmyot en vivaient soixante-dix, au qua- 
trième rang quatre-vingt-dix et au cinquième vingt 
environ. Dans toute la paroisse le recensement rele- 
vait deux mille trois cents âmes et le nombre de mille 
trois cents communiants. 

M. Cherricr n'avait pas été étranger, tant s'en 
faut, k tout ce progrès ; v«>lontiers lui en artrîbuaît-on 
la plus forte parrie du mérite, et l'affluence du peuple 
à ses funérailles a publié éloquemment la gratitude 
dont on était rempli à Bon égard. 

Jusque dans la oultui'e des terres il avait prSché 
d'exemple. Il avait acheté quelques propriétés et en 
avait reçu plusieurs en concession (1). 11 lea avait 
constituées autant de foyers de stimulation pour les 
pauvres colons qui peitiaient sur les leurs. Si le curé 
n'y a pas réalisé sa propre fortune, c'est quMl était 
obligé de les exploiter à prix d'argent. D'ailleurs, 
visait-îl à ce but ? Il îie voulait que mettre les autres 
sur le chemin de la prospérité, et l'on peut affirmer 
que rarement l'on a contemplé un succès aussi entier. 

Sous son règne, beaucoup de familles nouvelles 
.sont venues se joindre aux anciennes. Rien de s!ir- 
prenant datïs cette immigration. L'espace ne man- 
quait pas et les brilhints résultats obtenus par les 
devanciers attiraient de ce cftté. La vallée du Riche- 
lieu était, du reste, à cette époque, ce que sont aujour- 
d'hui les bassins des lacs Saint-Jean et Témiscamin- 
gue. On s'y jetait avec la perspective du travail ardu, 
mais aussi avec celle plus encourageante de sa récom- 
pense. Parmi ceux qui ont alors abordé a Saint- 

(I) — Archii'cs sfi^n^ttrHiUSf cliez le Dr H. -A. Mignault, de S.- 
Hyaciiuhe. 



8AINT-DBNI8-8UR-BICHBLIBU . 293 



Denis, notons les vigoureux bncherons : Phaneuf, 
LoiseaUy Hamelin-Laganiëre, Benoit, Jalbert, Yalin, 
Bergeron, Huard, Besse, Jeunson, Bonin, Morisseau, 
Laflamme, Angers, Durocher et Charron. Tous ces 
valeureux chevaliers de la hache ont dépassé les bornes 
de leur attente ; ils ont fait souche dans la paroisse, 
et leur descendance s'y perpétue dans le bonheur, 
vénérant la mémoire des braves ancêtres qui le leur 
ont préparé. 

: Les premiers de ces aïeux su les rivages dyoni- 
siens ont été les Phaneuf. Petits-fils de l'Anglais 
Claude-Mathias Phaneuf ou Fanef, ils sont traversés 
plusieurs, les uns après les autres, de Saint- Antoine 
à Saint-Denis, à partir de 1770 (1). Leur aïeul avait 
été un captif pris dans la Nouvelle- Angleterre par les 
guerriers sauvages du Sault-au-Récollet. Amené par 
ses ravisseurs sur l'île de Montréal, il fut arraché de 
leurs mains grâce à la charité de M. de Belmont, Sul- 
picien, le 19 juillet 1711, et installé par le même 
sur une concession de trois par vingt arpents à la 
Biviëre-d es-Prairies. Il s'y est marié plus tard avec 
Catherine Charpentier, fille de son voisin. Sur la fin 
de sa vie, il possédait au même endroit trois arpents 
et demi par quarante, qu'il légua à son fils Pierre. 
Mais celui-ci ne fut pas retenu par ce bel héritage et 
s'en alla avec sa femme, Catherine Biais, s'établir à 
Saint-Antoine (2) avec ses frères Jean et Claude. C'est 
de là que leurs fils se sont dispersés dans toute la 
vallée du Richelieu. Les chefs de cette famille, au 



(1) — Frs Phaneuf se faisait concéder 9 x 40 arpents an IV rang, le 
23 mars 1772 ; Claude, père, 2 x 38 au III, le 12 mars 1773 ; et Claude, 
fils, 3 X 40 au IV, le 17 mars 1774. ArcAwes seigneuriaUs, chez le 
Dr Mignault, de S.*Hyacinthe. 

(2) — Archives du palais dt justice de Montréal, Greffes des 
notaires: Kaymbault, 19 juil. 1711 ; Senez, 14 sept. 1713 ; Coron, 27 
ao&t 175 :. ; Kacicot, 4 août 1766. 



294 HISTOIRE DB 



nombre de neuf à Baînt-Denis en 1801, y sont aujoar* 
d'hai exactement dix : Jean-Baptiste, Lëvi, Joseph, 
Alphonse, Amëdëe, François, Louis, Henri, Eugène 
et Dame Toussaint ; Jean-Baptiste (1) a été maire de 
1882 à 1885 et est propriétaire dé la scierie du village. 
Parmi les anciens, il y a eu deux victimes des malheu- 
reux événements de 1837 : un tué et un prisonnier, 
de plus des institutrices, un prdtro (2) et trois marguil- 
liers : Claude en 1795, François en 1825 et un second 
Claude en 1833. Elle compte actuellement . deux 
religieuses dans l'institut des Sœurs Orises à Saint- 
Hvacinthe. 

Jean Loiseau, forgeron, originaire de Rochefort, 
près La Rochelle, en Aunis, France, est venu au 
Canada à peu près en même temps que Claude- 
Mathias Phaneuf. II se maria deux fois, en dernier 
lieu avec Catherine Oauthier k Québec, où il passa le 
reste de sa vie(3). Sju tils Augustin, marié avec 

(I) — Voici la généalogie canadienne de J.-Bte l'haneuf : I — Claude- 
Mathias, marié avec Catherine Charpentier ; Il — Jean et Madeleine 
Lauzon ; III — Frs, qui épouse Madeleine Goddu à Saint -Antoine, le 
29 mai 1769 ; IV — Pierre, qui épouse Françoise Bousquet à S.-Denis, 
le 14 juil. i8o3 ; c'est le fils de son frère Frs qui fut tué en 1837 ; V — 
Ls qui épouse £mélie Laporte à S.-Denis, le 4 oct. 1836 ; VI — J.-Bte. 
qui épouse Emélie Charron à S.-Denis, le 10 janvier 1S60 ; maire durant 
3 ans ; VII — Alphonse, Louis et Henri. Rtgisires des baptêmes, ma- 
rûiges et sépultures, de S.* Antoine et de S.-Denis. 

(2) — Ce prêtre est Tabbé Ls-Alphonse Phaneuf. Voici sa généa- 
logie depuis l'arrivée de la famille en Canada : I — Même ancêtre que 
le maire Je.in-Bte Phaneuf ; H ~ Claude, marié avec Marie Bousquet à 
S.-Denis, le 25 nov. 1743; domicilié à S. -Antoine ; III — Claude, 
marié avec Félicité Mignault à S.- Antoine, le 18 janvier 1768 ; mar- 
guillier à S.-Denis, en 1795 ; IV — Paul, forgeron au IV rang en 1801, 
marié à S.-Denis avec Josephte, fille du notaire Christophe Michau, le 20 
sept. 1802 ; V — Christophe, marié à S.-Djiiis avec Constance Michon, 
sœur de l'abbé Jacques- Dâiiis, le 11 février 1833 ; fait prisonnier par les 
Anglais en 1837 ; VI — L*abbi Ls-Alphons*. Registres des baptêmes, 
mariages et sépultures, de S - Aiiioine et de S.-Denis. 

(3) — Tanguay, Dict, gén.. 



SAINT-DENIS-SDA-RICHBLIBU 295 

Marie-Anne Chevaudreuil, est accosté à Saint-Denis 
dans le cours de Vété do 1770 ; l'automne suivant, le 
6 décembre» il y apportait au baptême trois jumeaux, 
nés la veille (1). Sa postérité, autrefois nombreuse 
dans la paroisse, eu est réduite aujourd'hui à un seul 
chef du nom de Jean-Baptiste. 

François Hamelin-Laganiëre, venu de France au 
Canada vers 1680, a ensuite vécu aux Grondines (2). 
C'ef»t de là que son petit-fils Joseph, issu du mariage 
de René Hamelin-Laganiëre et de Marie-Louise Du- 
montier, est arrivé à Saint-Denis, auâsi en 1770. Ce 
dernier est le përe de tous les Hamelin et Laganiëre 
de la paroisse ; ils y composent aujourd'hui quatre 
familles, dont l'une porte le nom de Hamelin et les 
trois autres celui de Laganiëre (3). 

Parmi les nombreuses souches de Benoit eu 
Canada, c'est celle dite Livernois, qui a poussé des 
rejetons à Saint-Denis. Son fondateur, nommé Paul, 
charpentier de sa profession, est arrivé de France sur 
nos rivages vers 1655 (4) ; il a vécu à Longueuil (5) 
et dans ses environs ainsi que ses enfants. Sa des- 
cendance en est venue dans la paroisse de Saint-Denis, 
de 1770 à 1785, par quatre frëres, tous cultivateurs, 

( I ) — Registres des baptêmes, mariages et sépultures de S, Denis» . 

(2) — Tanguay, /?iet, gin,, 

(3) — Ces familles sont celles de Paul Hamelin, de Toussaint, de 
Philéas et d'Herménégilde Laganiëre. L'ancêtre Jos. Hamelin- I^ga- 
nière a été syndic pour la construction de l'église actuelle, en 1793 ; 
Frs et Cyrille ont été marguilliers comptables, en 1862 et 1870. Archi- 
ves de r église de S. -Denis. 

(4) — Tanguay, Dict, gér^,. 

(5) — Voici ce que le recensement de 1681 nous apprend sur le 
compte de Paul Benoit, alors cultivateur à Longueuil : '* Paul Benoist, 
60 ans ; Elizabeth Gobtnet, sa femme, 42 ans ; enfants : Laurent, 21 
ans ; Hélène, 14 ans ; Marguerite, 12 ans; Geneviève, 10 ans ; Etienne, 
9 ans ; Jacques, 8 ans ; Frs, 5 ans ; Ives, 2 ans ; 5 bêtes à cornes, 12 
arpents en valeur ". Jodoin et Vincent, Histoire de Longueuil, 65. 



296 HISTOIRE DB 



fils de Jean-Baptiste Benoit-Livernoîs et de Marie- 
Anne Giboaloux. Aujourd'hui il y a dans la localité 
dix- sept -membres de cette famille répartis sous quatre 
chefs :' iEphrem, Julien» Amédée et Wilfrîd* (1). 

Le fondateur canadien de la famille Jalbert, 
Mathurin Gerbert de la Fontaine, de Nantes en 
France, est débarqué à Québec, vers 1656. Il s'y est 
marié trois ans plus* tard avec Isabelle Targé, récemf- 
ment arrivée de La Rochelle. Il a ensuite passé le 
reste de sa vie sur Tîle d'Orléans (2). C'est son 
pctit-iils François,' maître-charpentier, né du mariage 
(le Joseph Gilbert et 'de Marguerite Aubertin, qui 
a implanté cette famille à Suint-Denis en 1772 (3). 
Celui-ci a travaillé à la construction de l'église actu- 
elle ; on l'appelait alors Chalben Comme on le voit, 
rarement un nom a autant souffert dans son ortho- 
graphe ; il a lentement évolué de Gerbert .à Jalberl. 
Le fumeux patriote^ à qui on a intenté un procès reten- 
tissant à l'occasion des événements. de 1837, était fils 
de François et se nommait lui-même François (4). 
Aujourd'hui il y a dans la paroisse cinq . familles de 
ce nom, descendantes du mattre-cbarpentier de 1772 : 
ce sont celles de Dame Isidore (.5) et de q^s quatre 
fils : Isidore, Emile, Amédée et Victor. 



(1) — Les Benoit marguilliers à S. -Denis sont : en 1790, Joseph ; 
en 1826, un second Joseph ; et en 1866, Séraphin. Archives de T église 
de S, -Denis, 

(2) — Tanguay, Dict. gén,, 

(3) — Il était parrain à S. -Dents l'année suivante, le 8 janvier. 
Registres des baptêmes^ mariages et sépultures de S, -Denis, 

(4) — Il est décédé à Saint-Denis, en mai 1854, et y a été inhumé 
le 8 de ce mois. Lui-même en 1824 et son père en 1796 ont été les 
seuls marguilliers de cette famille dans la paroisse. Archives de C église 
de S,- Denis, 

(5) — Cette dame Isidore, née Odile Girard, est la mère de l'abbé 
Philéas. Voici la généalogie complète de ce dernier, depuis l'arrivée 
de sa famille en Canada ; I — Mathurin Gerbert ; II — Jos. Gilbert ; 



LES PRÊTRES VÉZINA (Page 270). 





r.iil.liô J.-ArtliiM-A. R. 1'. J.-Will.ni.l 




^;■Mn■ J.-Albort I/al.l.é Kri.cst 



\- 



SAINT-DBNISkSUR-RICHBLIBU 297 



La famille Valin a couquk sa place dans la 
paroisse de Saint-Denis, en 1773, par l'ancdtre Nicolas* 
Jacques Vaaltii (1), fils de Nicolas Yasliaet de Marie- 
Louise Faquette. L'aïeul de ce dernier était venu de 
France à Québec, vers 1680 (2). Il n'y a plus main- 
tenant qu'Orner, corame représentaat de ce nom dans 
(a localité. 

La descendance d^ And ré Bergeron et de Mar- 
guerite Dumas, deux immigrants français aussi de 
1680 <8), s'est ingtallée à Saint-Denis en 1778 avec le 
colon Philippe, fils de Jean-Baptiste Bergeron et de 
Thérèse Qrenier. Cette famille, nombreuse autrefois 
dans la paroisse, est aujourd'hui presque toute disper- 
sée de par le Canada, il n'en reste plus qu'une tige 
sur place pour y rappeler son passade et son antique 
prospérité, 

La famille Huard remonte à Tannée 1780 dans la 
paroisse de Saint-Denis. Jean, procureur fiscal de la 
seigneurie de Lauzou à Lévis sur la fin du dix-septiëme 
siècle (4), l'avait amenée en Canada vers 1668 ; il 
était originaire de Courson, diocèse de Chartres en 
France, et marié avec Marie-Anne Amyot. C'est son 

III — Frs Chalber, maUre-menuisier ; IV--Frs Jalbert, ]it patriote ; V — 
Jos., époux de Marie I^perle ; VI — Isidore, ^poux d'Odile Girard, 
décédé en 1905 ; VII— L'abbé Philéas ; les deax Frères Viatears Adé- 
iard et Osias ; l'avocat Wilfrid, de Montréal ; et feue Sœur Saint- 
Isidore-de-Séville, de la Congrégation de Notre-Dame. .Tangimy, Dut* 
j^én,^ et Registres des boptèmess marmgcs et sépultmres de S^-Denis, 

(1) — Il se fait concéder un emplacement au village de Saint> 
Denis, le 36 ftv. 1774. Archives seigneuriales^ chez le Dr Mignault, de 
S.-Hyacinthe. — Ses 2 pelils-fils, Théodule et Aagustin, respectivement 
âgés de 12 et de 10 ans, fils de Chs Valin et de Josephte Benoit, se sont 
noyés dans le Richelieu devant Saint- Denis, le 7 juin 185 1. Registres 
des baptêmes y mariages et sépultures de S.- Denis, 

(2) — Tanguay, Diet. gén,, 

(3) — Ibid.. 

(4) — Roy, Histoire de la seigneurie de Lanzon^ I, 471 et dans 
l'appendice LXX ; II, 9 et 52. 



29e5 HI8T0IRB DB 



arriëre^petit-fils Joseph, qui en a acclimaté une des 
tiges sur les rives dyonisien nés. Celui-ci venait de 
Saint^Nicolas, près Québec ; il s'est marié deux ans 
plus tard avec Geneviëve Gkitien. Aujourd'hui les 
quatorze chefs de sa descendance dans la localité mon- 
trent qu'elle s'y est fortement attachée au sol ; ce sont 
TouBsaiut, Dosithée, trois Amédée, Donat, Adjuteur, 
deux Louisy Napoléon, Avila, et Dames Damase et 
Dosithée (1). 

Le premier ancêtre du bedeau Besse (2) est venu 
de Delamarque, près Coudom, en Gascogne, France, 
vers 1752 (8). C'est son fils Pierre, qui a introduit 
sa descendance à Saint-Denis en 1784. 



(1) — Dame Dosithée Huard, née Marie Laperle, est la mère 
d'Avila Huard, qui vient, en 1905, de terminer ses études philosophiques 
an collège de S. -Hyacinthe. Vuici la généalogie de ce dernier depuis 
l'arrivée de sa famille en Canada : I — ^Jean ; II — ^Jacques, de S. -Joseph- 
de-Lévîs ; III — Jean-Marie» époux de Marguerite Demers, domiciliés 
d'abord à S.-Nicolas, puis à Sainte-Croix ; IV — Jos., qui épouse Gene- 
viève Catien à S. -Denis, le 30 srpt. 1782 ; V — Jos., qui épouse Marie- 
Anntr Vigeant à S. -Denis, le 20 juillet 1807 ; VI — Louis, qui épouse 
Rosalie Gaudette à S. -Denis, le 29 sept. 1835 ; V 1 1 —Dosithée, qui 

^ épouse M. Laperle à S. -Denis, le 6 juin 1881. Tanguay, DUt, giêi,, et 
Registres des baptêmes^ mariages et sépultures de S. -Denis, 

(2) — Voici la généalogie du bedeau Besse drpuis l'arrivée de sa 
famille en Canada : I — Pierre, de Delamarque, où il était ** gardien au 
palais ", épou>e à Québec Thérèse Maranda ; il a ensuite voyagé entre 
cette dernière ville, Saint* Pierre -du -Sud et Saint-Roch-des-Aulnaies ; 
plusieurs cités en France portent le même nom de Besse ; II — Pierre, 
arrivé célibataire à S. -Denis, s'y maria à Page de 24 ans, le 26 sept. 
1786, avec Frse Drolet, âgée elle-même de 21 ans ; devenue veuve, celle- 
ci épousa plus tard le frère du curé Cherrier, le négociant Jean- Marie ; 
Pierre, sachant lire et écrire, fut un des premiers abonnés du journal **Le 
Canadien" ; III — Edouard, menuisier ; IV' — Edouard, potier, épouse 
Marguerite Deschamps à S. -Denis, le 19 juin 1838 ; noyé à Montréal 
vers 1860 : V — Alexandre, bedeau, marié le 21 oct. 1878 à S. -Denis ; 
une de ses filles, Eugénie, a été institutrice en bas du Bord-de-Peau. 
Tanguay, Dict. gin,^ et Registres des baptêmes, mariages et séputiures dt 
S,- Denis. 

(3) — Tanguay, Diet, gén.. 



8AINT-DBN19-SUR-RICHBLIBU 299 



Pierre JeansoD-dit-Lapalnie, né en 1661 et venu 
de Paris à Québec en qualité de tailleur de pierre V»u 
1688 (1), est le premier ancêtre canadien des Jeanson 
de Saint- Denis. Ce sont ses arriëre-petits-fils Louis et 
Joseph, qui ont implanté cette famille dans la paroisse 
en 1785 ; ils étaient issus du mariage de Louis Jean- 
son et de Marguerite Beau regard, de Verchëres (2). 
Il y a aujourd'hui à Saint-Denis six familles de cette 
descendance, celles d* Alexandre, de Magloire, d'Au- 
gustin, de Jean-Baptiste et de deux Joseph. 

Les Bonin, de Saint-Denis et des environs, ont 
pour père commun Nicolas Bonin, venu au Canada de 
l'île de Rhé sur les côtes de France, vers 1682« Fer- 
mier d'abord de Boucher de La Broquerie à Boucher- 
ville, il se maria ensuite et alla s'établir à Contre- 
cœur (3). De là son fils Pierre, ayant épousé Made- 
leine I^aporte, se transporta sur le territoire de la 
future paroisse de Saint- Antoine ; il y était capitaine 
de milice en 1759. Par ses six fils, il est l'ancêtre des 
Bonin do Saint-Antoine, de Saint-Ours et de Saint- 
Denis. Le premier d'entre eux, qui se soit fixé 
en* cette dernière paroisse, est Antoine, marié avec 
Josephte Goulet et arrivé en 1788 (4). Aujourd'hui 
cette famille vit sur la plage dyonisienne sous quatre 
chefs : CallixtCy Joseph, Rodolphe et Avila. 

La £EtmilIe Morisseau, traversée de France sur nos 
bords vers 1674, y eut pour trait d'union Vincent 
Morisseau, marié avec Marie-Anne Beaumont. C'est 
à la troisième génération canadienne qu'elle étendit 
ses conquêtes jusqu'à Saint-Denis en 1788 par le colon 



(X) — Gosselin, Henri de Hernières, 83. 

(2) — Archives de Viglise de S^- Denis, 

(3) — Tanguay, Diet, gin., 

(4) — Antoine Bonin était marguillier comptable à Saint-Denis, en 
1798. Registres des dilibérations de la fabrique de S.- Denis, 



I 



909 KISTOIRS Dr 

Louis M orisseau, qui y a épotiae Ji>sepbte' Darcy deas 
uns plus tard. Ce dernier T«ji>ait de Bepentrgny (1|. 
Il' compte aujoard't>ui dèus femilles de descendant» 
datt» m partHEse adopttre, celles de Narcisse et de 
Victor. 

François Quenwneur, Kenttcr on Kemeleup^tt- 
Lafiamme, fils d'on notaire royal tm p»rieraent deBre- 
tagne^ est te fondateur' de toute» tes fouiltes canadi- 
ennes qui porteirt cette dcrmfere àppeltatîon. Il était 
de Place-Daniel, au diocèse de Ljon en France, lors- 
qn'il Tint s'établh- but l'île d'Orléans, vers 1697 (2). 
Ce sont ses arrîire^petîts-fils Antoine et Jacques, qui 
ont doté Saint'Ant<M[>e d'une partie de sa descen- 
dance, et Michel, leur consiii, plus tard marié avec 
Françoise Jonbert, en a feit autant pour Saint-I^enis, 
en 179^. Aujonrd'buï cette famille, nrie des mieux 
partagées de la localité sooe le rapport d» nombre et 
soDs bien d'antres points de vue, j compte dix-sept 
chefs différents : Misaël, deux Jean-Baptiste, dëiix 
Josepb, Israël, Trefflé, Philéas, Jacob, Touaeaint (3), 
Léon, An>édée, Magloire, E^zéar, et I>an>ea Ambroîse. 
Jean-Bapliste et Léon. 

La famille Anger^ deSaiiit-Denis, reconnaît pour 

(I) — Tanguiy. DUt.gêi.. 

(1) — Ibid,, Vi, 473^1474. 

(3f _ Toa»saînI est 1c frire ifc l'aMrf;. -Magloira Laflamme, oirt Je 
rarnhaiTi. Voici 11 géoéalogie de ce iltrnier depuis l'arrivtede la (■mille 
en Canada : I — Fr>, untque louche de- tous les LaflomiDe auMdieiu, 
épouse Madeleine Cliamberland, en 1700, à Saint'Frangois'd'Oiléans, 
où il décide en 1728, à l'ftge de 56 uns; II— Un des 3 ftUdeFra, «Ubiis 
à SBHil't'rançoiE-du-Sud ; III— Michel, é{XHtx de Claire Blanchetler 
domicilié à Saint-PrerreiluSud ; IV— Miche), établi d'abord k Saim- 
Chnrlesîur-Richeliel», ïc marie, le 28 ocl. r793, avec Ktançoin; Jonbert, 
de Sp-Dciih, el vieni se fiier en cïlle dernière paroisse aussiiOt aprè» son 
eiiitee cil mén^e ; V— J.-Bie, bedeau ; VI — L'abW J.-Magloire. T«n- 
yuu)', l'ict. gin., et Rtgisirts da baftlnus, niariagti ti i^fullnm dt S. 
Vn,,,. 



SAIMT-DBNIS-SUB-RIGHBLIIU 301 



premier aacâtre canadien 8imo» Lefebvre. Ce n'est 
qu'à aes enfants, qu'on aoommencé à appliquer le sobri- 
quet d'Angers. Une jçrande partie de sa descendituce 
a accepté celui-ci, l'autre l'a repoussé pour conserver 
le nom de Lefebvre seul ; en Forte que le radrae Simon 
se trouve être le père d'Angers et de Lefebvre égale- 
ment. Venu de Tracy-lerbas en Picardie, France, vers 
1664, il demeura d'abord à Québec ; puis il alla finir ses 
jours à la Pointe-aux-.Trerabl«8, quelques lieues plus 
haut que la ca[»itale. Trois ans après son arrivée au 
Canada, il s'était marié avec Charlotte ^Pothter (1). 
C'est à Joseph, son arrière-petit-fils, fixé à Saint-Denis 
en 1799 et époux d'Angélique Messier, qn'est due la 
paternité de tous les Angers de la paroisse. Aujour- 
d'hui ils sont plus de soixante-dix, distribués sous dix- 
sept chefs : Elle, trois Jean- Baptiste, deux Pierre, deux 
Toussaint, Louis, François-Xavier, Noël (2), Augus- 
tin, François, deux Joseph, Amédée et Edmond. 

Le fondateur canadien de la famille Durocher de 
Saint-Denis est Louis Brien-dit-Desrochers. • Ce ne 
sont que les deux dernières générations, qui se sont 
avisées de changer Desr/><rliers en Durocher. Trans- 
planté au pays vers 1680 (3), ce rameau de France 
l'a été à Saint- Donis en 1800. Aujourd'hui lui appar- 
tiennent les chefs Azarie, Eugène et Donat. 

Pierre Charron, jeune Français originaire de 
Sainte Martin, au diocèse de Meaux, est arrivé à Mont- 
réal vers 1662 ; trois ans plus tard, il épousait Cathe- 
rine Pilliar, et le recensement de 1681 le trouvait cul- 



(1) — Tanjuay, Dict, gin,. 

(2) — Noël Angers a été raarguillier en 1898. Ses pré<lécesseurs 
du même nom de famille dans le banc-d'œuvre ont été : en 181 2, Joseph, 
père, aussi syndic pour le second presbytère <en 1854 ; en 1853, j.-Uie ; 
en 1876, Joseph, fils ; et en 1891, Toussaint. f^^gLHres dfs déli'yétatio'ts 
de la fabriqué de S. -Denis. 

(3) — Tanguay, Diet. gin.. 



302 HI8T0IRB DB SAIN1VDBNI8 



tivateur à Longaeail, entoaré de six eii&nts, possé- 
dant une vache et deux arpents en valeur (1) sur une 
terre nouvellement acquise. Ce sont les quatre fils 
de son arriëre-petit-fils LouisEustache Charron, marié 
avec Judith Hogue, de Saint-Charles, qui ont intro- 
duit cette &mille dans la paroisse de Saint-Denis, k 
partir de 1806 seulement. Aujourd'hui elle y compte 
vingt chefs différents : deux Joseph, Adolphe, Fran- 
çois, Lévi, Amédée, Edmond, Jean-Baptiste, Charles, 
Ambroise, Hormisdas, Olivier, Philéas, Arthur, Avila, 
Edouard, David, et Dames Eustache, Ambroise et 
Pierre (2). 




(I j — Jodoîn et Vincent, Histoire de Longueuil, 65. , 
(a) — La famille Charron a fourni 4 marguil.liers à la paroisse : 
Easuche, en 1834 ; Ls-Eustache, en 1873 ? Ambroise, en 1880 ; et 
Ignace en 1881. Registres des délibérations de la fabriqué de S,- Demis, 



CHAPITRE XXIX 



M. Martin, desservant. Les embarras dans la suc« 

cession de la cure. M. Kelly, troisième curé de 

Saint- Denis ; ses antècèdants, son court 

passage dans la paroisse. Ses vicaires. 

Son départ et la suite de sa vie ; sa 

mort. z8o9«x8x7. 



L'abbë Pierre Martin, après avoir fermé les yeux 
à son vénérable curé, M. Cherrier, resta desservant de 
Saint-Denis. Il pensa d'abord ne l'être que peu de 
temps, mfds toutes les prévisions se changèrent devant 
la difficulté de trouver immédiatement un successeur. 
On commença par offrir le poste à Mgr Panet, coad- 
juteur de l'évêque de Québec et curé de la Rivière- 
Quelle (1). C'était la reprise du projet de fixer un 
évêque dans le district de Montréal. Le plan avait 
manqué, quelques années auparavant, par la faute de 
la ville de ce dernier nom ; cçtte fois son échec lui vint 
du refus de Mgr Panet. L'autorité religieuse songea 
alors à M. Bardy, curé de La Présentation. Celui-ci 
ne crut pas devoir accepter non plus, mais à cause 
seulement de sa faible santé et de sa crainte de n'être 
pas à la hauteur de la position. Ses raisons furent 
également Agréées. Le curé de Saint* Philippe-de-La* 
prairie, M. Pierre Robitaille, voyaut l'embarras de son 
Ordinaire et croyant qu'il serait peut-être le sujet 
propre à remplir cette vacance, se mit avec empresse- 



(I) — Lettre de Mgr Plessis à Mgr Panet, en date du 24 sept. 1809. 
Archives de P archevêché de Québec. 



304 HISTOIRE DX 



ment à ]a disposition de son évêque. Mais Mgr 
llessis ne jugeait pas ses capacités aussi favorable- 
ment que sa bonne volonté et lé remercia de sa préve- 
iiunee (1). 

Apres tous ces efforts, le 15 novembre 1809, M. 
Martin, fut officiellement nommé desservant de Saint- 
Denis pour un temps indéterminé. 

Ce prêtre, fils d'Antoine Martîn-Béatilîeu et 
d'Angële Damien, était né à Saint-Laurent, pvhê Mont- 
réal, le 22 janvier 1781. Ses études terminées, il fut 
ordonné par Mgr Plessis le 8 juin 1806. Puis il débuta 
dans le ministère paroissial comme vicaire à Saint- 
Enstaehe. ' De ]h il vint< une première fois à Saint- 
Denis, ensuite retourna à Saint*Bustache jusqu'à ce 
qu'il fut l*etivoyé auprès de M. Cberrier. Evidemment 
ceux qui avaient eu l'avantage de l'apprécier se i'arri^ 
ehaient: 

Les héritiers du curé défunt ont été sans pitié à 
son égard, dès que les biens leur furent échus. 
'Tout s'enleva du presbytère et le desservant tem- 
poraire n'y fut bientôt plus que dans une maison cotn- 
plètement dépourvue d'ameublement. H dépeint son 
état A l'évêque, à la date du 9^ novembre 1809 : •' Je 
suis, dît-il, seul dans le presbytère, n'ayant pour tous 
meubles que cinq méchantes chaises que Madame 
Lecavalier a eu la complaisance de me laisser. Elle 
m'a prié, de plus, de prendre liies repas chez oHé ; 
maib je sens combien je dois la gêner : tI y a d^à un 
mois entier qit'ellémé nourrit' " (2). 

Il va sans dire que dans ces conditions son séjour 
à Saint-Denis ne fut pas gai. N'étant pas sûr du len- 
demain, il ne pouvait encourir les dépenses de s'ins- 



(I) — Archives de P archevêché de Québec ^ Registre VII, page 79. 
(a) — Archives de Féviché de S.- Hyacinthe. 



SAINT-DENIS-SUR-RICHBLIBU 305 



taller chez lui. Si au moins il avait en la certitade 
<le ne pas retourner viraîre ailleurs, mais il ne lui 
était permis de compter sur aucune promesse. 

Pour surcroît d'ennui, il avait à peine rendu les 
derniers devoirs à son curé qu'une épidémie cruelle 
s'abattit sur la paroi^so, l'obligeant, malgré sa santé 
délicate, à un ministère auf^si pénible qu'actif Le jour 
même qu'il était officiellement nommé à cette des- 
serte^ il écrivait à l'évâque : '* Depuis pr^ de deux 
mois, la mort fait ci des ravages alarmants : en quinze 
jours elle a enlevé quinze adultes ; depuis samedi, le 
11, treize ofit été administrés et pres<{ne tous annon- 
cent une fin prochaine " (1). 

Un mois plus tard, lé 17 décembre, if traçait de 
nouveau ces lighes au même : ** Les fièvres d'automne 
n'étendent bien au-delà de Saint-Denis : âaint-Hya- 
cinthe, Saint-Charles, Saiiit-Marc, Saint-Hilaire et sur- 
tout Sain t-.0ur6 n'en ressentent que trop les malignes 
influences. Cette maladie est contagieuse et occa- 
sionnée probablement par les mauvaises eaux que les 
habitants des concessions ont été obligés de boire jus- 
qu'à présent, et aussi par les brumes épaisses qui ont 
régné ici et aux environs presque continuellement 
depuis près d'un mois. Elles s'annoncent chez les uns 
' par un grand mal de tête, chez d'autres par le vomis- 
sement et chez tous par un point de côté dont la 
violence paratt être extrême. En quatre mois, soi- 
xante adultes ont été enterrés presque tous victimes 
de ces mauvaises fièvres " (2). 

Ce n'est qu'à la fin de j[anvier que l'ange exter- 
minateur a quitté la place. 



( I ) _ Archives de Vivécké de S. - Hyacinthe. 
(2) — Ibid.. 



1 



806 HISTOIRB DE 



Le 18 octobre 1810, M. Martin était enfin rem- 
placé par un curé, et loi-même s'en allait prendre la 
direction de la paroirae de Lachine. Il y resta trois 
ans ; après quoi il fut transféré k celle de Saint-Luc, 
près Saint-Jean. A l'automne de 1819, il en est passé 
à celle de Saint-Solpicê, où il e:<t décédé le 21 février 
1826, à l'âge de quarante-cinq ans (l). 

Le troisième curé de Saint-Denis fut l'abbé Jean- 
Baptiste £elly, né à Québec, le 5 octobre 1783. II 
était fils de Jean Eelly ot de Marguerite Migneron. 
Sa ville natale^ lui procura ses études ; il fut fait 
prêtre à son aima mater ^ le 9 novembre 1806, et envoyé 
aussitôt à Saint-Denis comme vicaire. Quand il oét 
parti do ce poste, c'était pour s'en aller missionnaire 
au Madawaska. Le nouveau genre de vie, qu'il était 
tenu de mener dans ce pays aussi neuf que lointain, 
convenait parfaitement à ses aptitudes. Sa nature 
robuste avait besoin d'activité. C'était pour lui une 
jouissance de voyager de missions en missions, par 
monts et par vaux, par bois et par rivières. Malheu- 
reusement il a été arraché trop tôt à ce ministère pour 
être transplanté en rase campagne, sur le théâtre res- 
treint de Saint-Denis ; ce qui ne l'a pas enchanté du 
tout. Il s'y rendit le 18 octobre 1810 et, quatre jours 
plus tard, transmettant ses premières impressions à 
son évêque, après avoir à peine jeté un regard autour 
de lui, il soupirait : *^ Je ne sais pas comment je m'en 
retirerai ici " (2). 

( I ) — Tanguay, Répertoire général du clergé canadien^ 1 70. 

(2) — II ajoutait dans la même lettre : ** Le trop f^rand vent 
m'ayant empêché de traverser mercredi à Sorel, je ne me suis rendu ici 
(à S. -Denis) que jeudi, (le 18 octobre) : en y arrivant, j'y ai vu des 

figures un peu empruntées je prends la résolution de faire tout ce 

qui dépendra de moi pour le bien, et ensuite de m'abandonnera la divine 
Providence ". Archh'es de révêchi de S.- Hyacinthe» 



8AINT-DBNI8-8UBrRICHBLIBU 807 



Le rhgne de M. Eelly fat assez bien rempli à 
Ssint-Denis. Dès le 27 novembre 1810, il écrivait à 
Mgr Plessis : ^^ Depuis que je suis ici, je suis telle- 
ment occupé que je n'ai point le temps d'avoir de 
mauvaises pensées ; les anniversaires ou les grand'- 
messes, quatre à cinq par semaine, ça ne rate pas, sans 
compter les confessions et les malades, qui, depuis un 
bout de temps, ne m'occupent pas peu.... Je n'ai 
pour ainsi dire que le soir à moi pour étudier un peu 
et préparer mes prônes " ( k. 

En outre, pendant tout le mois d'octobre 1812, il 
dut ajouter à la dessorte de sa paroisse celle de Saint- 
Charles, alors que le curé, M. P. Robit aille, transféré 
de Saint^Philippe à ce dernier poste, en était absent 
pour remplir l'office d'aumônier auprès des milices 
canadiennes, dans le haut Richelieu, au début de la 
guerre avec les Etats-Unis (2). 

Du 16 mai au .26 juillet 1811, il accompagna Mgr 
Panet en visite pastorale, depuis la Malbaie jusqu'à 
Québec (3). Il suivit de même Mgr Plessis dans le 
Uaut-Oanada, du 11 mai au 4 août 1816. 

A Saint-Denis, les événements, qui ont plus par- 
ticulièrement marqué son passage, sont des travaux 
de réparation à l'église, des difficultés à propos . de la 



(I) — Archives de tévichéde S.-Hyacmike. 

(3) — M. RobttaiUe fut nommép le 29 sept. 181 2, aumdnier du 
bataillon de milice incorporée stationnant à Ptle aux Noix et à Saint- 
Jean. Le lendemain, M. Kelly était chargé de le remplacer dans le 
soin de sa cure ; il avait pour cela permission de biner chaque dimanche. 
Au bout d'un mois, le curé de S.*Charles recevant un desservant attitré 
dans la personne de Tabbé Ls Marcoux, son voinn de Saint- Dents, eut 
sa décharge. Archives de P archevêché de Québec, 

(3) — A la demande que lui avait faite l'évéque de l'accompagner 
il avait répondu, le 19 avril précédent : "Je suis toujours prêt aux ordres 
de Votre Grandeur, non seulement pour la Blalbaie, mais encore pour le 
golfe et pour toutes les fois que vous me requerrez et que ma santé me le 
permettra ". Archives de Pévéché de S, -Hyacinthe^ 



808 HISTOIBB DB 



salle publique (1) et l'agonie de Técole latine, qu'il a 
cependant courageusement soutenue autant qu'il lui a 
été possible. 

Pendant son séfour dans la paroisse, M. Eelly a 
eu plusieurs aides, mais nul n'a fait long stage auprès 
de lui. Ils y venaient ordinairement du voisinage 
pour le suppléer durant ses courtes absences ou des 
maladies passagères. Ceux dont il a joui des services 
le plus longtemps sont les abbés Joneph-Edouard 
Morisset et Hyacinthe Hudon (2). 

Le premier, né à Sa: nt-Micbel-de-Bol léchasse en 
1790 et ordonné le 22 octobre 1815, a été d'abord 
vicaire à Varenues, pcfis de M. Kelly de la mi-mai au 
commencement d'août 1816. Il a été ensuite mission- 
naire datis le Nouveau-Bruuswick, curé des Eboule- 
roents, d'Iberville, de Salnt^yprien et do Saiut-Jean- 
sur-Richelieu, où il est décédé le 21 juillet 1844, à 
l'âge de cinquante-trois ans (S). 

(I) — Dans le premier presbytère de S. -Denis, il avait été réservé 
une salle publique. Sous M. Cherrier, on la lui céda pour agrandir son 
logemeni. A l'arrivée de M. Kelly, les paroissienj se disposaient à la 
réclamer. Le 27 nov. iSio, le curé écrit à l'évêque : *' Tous les diman- 
ches, je m'attends à un assaut de la part des habitants pour la salle ; ils 
doivent s'assembler pour me la demander. Ma réponse est prête. ... ; 
je ne sais pas trop comtnem ça tournera ". Après bien du tapage, il ne 
fut rien changé pour le moment. La salle publique ne ressuscita plus 
qu'avec le second presbytère, en 1834, et moumt avec lui pour j^mab. 
Archives Ji Péviché de S.-ffyacinthe et de Péglise de S.-Denis. 

{2) — Voici la list& complète des aides du curé Kelly à S.-Denis : 
les abbés A. Leclerc, vicaire, du 9 mai au 17 juin i8i,f ; J.-Ls Beau- 
bien, vicaire, du 19 juin au 22 juillet 181 1 ; Ls Marcoux, du. il au 18 juin 

1812 et du 16 au 29 juillet 1S13 ; W. Arsenault, Bardy, P. Gagnon, 
Hébert et Robitaille, du 3 août au i sept. 1813 et du .19 juillet au 6 oct. 

1813 ; P. Gagnon, du 12 sept, au 10 oct. 1813 \ ^- Bçarget, desservant, 
du 30 janvier au 6 fév. 1815 ; Morisset, vicaire, du II mai au ,3, août 
1816 ; Hudon, vicaire, du 14 mars au 28 mai 181 7 ; P.-M. Mignault, 
Robitaille et Alinotte, du 8 au 17 oct. 181 7. Registres des baptêmes^ 
mariages et sépultures de S.-Denis, 

(3) — TiLTïgvL^y^ Répertoire générai du cierge cana^ji^t 17^* 



SAINT-DBNI8*SUR*RICHBLIBU 309 



Quant à l'abbé Hudon, né à la Riviëre-Oaelle en 
1792 et ordonné le 9 mars 1817, il a fait ses premières 
armes à Saint-Denis, du 13 mars 1817 à la fin de mai 
suivant. Le cnré écrivait de lui à Tévâque, des le 19 
mard : ** M. Hudon n'a point perdu de temps depuis 
qu'il est ici, il ne manque pas de pénitents ; il est sur 
son deuxième cent " (1). Les confessions pascales 
étant finies et la vivifiante température printaniëre 
ayant ramené M. Kelly à la santé, son auxiliaire fut 
transféré au vicariat de Québec. Il a ensuite occupé 
plusieurs postes de confiance, entre autres celui de curé 
de Boucherville ; puis il a été mêlé à l'administra- 
tion diocésaine* de Montréal, à l'évêché, où il était 
viciiire-gédéral et chanoine, quand il tomba victime de 
son dévouement au cours de l'épidémie du typhus, le 
12 août 1847 (2). Il avait alors cinquante-quatre ans, 
dont trente de sacerdoce (8). 

M. Kelly n'était à la tête de la paroisse de Saint- 
Denis que depuis sept ans, lorsque, le 15 septembre 
1817, il reçut sa lettre de mission pour la cure de 
Sorel ; il en prit possession au commencement d'oc- 
tobre suivant (4). Ce poste allait mieux convenir à 
ses goûts et à son zèle. Aussi n'y sera-t-il rien moins 
que trente-deux ans. Véritablement homme de la 
position, il y a opéré un bien considérable (5). C'était 
un vaste champ, en effet, qu'on lui offrait alors ; outre 



(1) — Archives Je téviekf de S.- Hyacinthe, 

(2) — Tanguay, Répertoire général du cierge canadien ^ i8o. 

(3) — Annales du Bon-Pasteur d* Angers à Montréal^ I, 51 à 57. 

(4) — M. Kelly fut le dix-neuvième curé de Sorel, sans compter 
les 24 missionnaires d'avant 1720. Archives de léglise de SoreL 

(5) — Barthe, ancien paroissien de Sorel, a laissé de Tabbé Kelly 
ce portrait : " Notre curé était un homme de belle et grande stature, 
très distingué de manières ; il était admiré pour son savoir et res- 
pecté de tous les citoyens, catholiques et protestants ''. Drames de la vie 
réelle^ 54. 



310 HISTOIRE DB SAINT-DBNIS 

le territoire actuel de Sorel, il couvrait ceux de Saint- 
Joseph, de Saiote-Anne, de Sainte-Victoire et de 
SaintpRobert. De plus, jusqu'en 1881, il comprenait 
aussi l'île du Pads. Et encore, de 1820 à 1823, 
acoepta-t-il le soin de la fondation de Drummond- 
ville (1). II y avait matière à surménage ; mais c'est 
cette sorte d'existence qui lui plaisait. A la charge 
de curé, il ajouta plus tard celles d'archidiacre d'abord, 
puis de grand-vicaire et ensuite de chanoine de la 
cathédrale de Montréal (2). 

C'est au milieu de ce déploiement «l'activité que 
le surprirent les infirmités de la vieillesse, à l'âge de 
soixante-six ans. Malade maintenant, il passa à un 
autre sa chëre cure de Sorel et se retira chez les Sœ^irs 
de la Providence à la Longue-Pointe. Il s'est éteint 
dans cotte pieuse retraite, à l'âge de soixante-dix ans, 
le 24 février 1854 (8). Sorel lui ayant procuré les 
plus belles années de sa vie, il avait exprimé le désir 
d'y dormir son dernier sommeil. Il y fut eu effet 
inhumé dans le caveau de l'église, quatre jours après 
son décès. 




(1) — Il y allait régulièrement faire la mission 2 fois Tan durant 
ce temps. Saint-Amant» UAvenir^ 26 et 27. 

(2) — M. Kelly fut nommé architUacre le 26 mai 1835, grand- 
vicaire en 1836 et chanoine, le 6 sept. 1843. 

(3) — Tanguay, Répertcirt général du cUrgé canadien ^ lyoet 171. 



.CHAPITRE XXX 



Les derniers seigneurs dyonisiens : Taschereau, 

les Deschambault, et Mignault. Pin de la 

tenure seigneuriale. 1810-1905. 



A peu près au temps où M. Eelly recueillit la 
succesaioD de M. Cherrier, le vieux seigneur Joseph 
Boucher de la Bruère de Montarville mourait dans 
son aristocratique village de Boucherville. Ses deux 
héritières, Françoise et Gilles, avaient épousé, la pre- 
mière, Thomas-Pierre-Joseph Taschereau et la seconde, 
Louis-Joseph Deschambault ; ce furent ces deux gen- 
dres qui le remplacèrent dans sa possession seigneu- 
riale de Saint-Denis. 

Taschereau était l'oncle du cardinal de ce nom, 
fils de conseiller législatif et de seigneur, conseiller 
législatif et seigneur lui-même (1). Devenu co-sei- 



(I) — Voici la glorieuse généalogie du seigneur T.-P.-J. Tasche- 
reau : I — Ths- Jacques, originaire de la Touraine, France, était fils de 
Christophe Taschereau, conseiller du roi, directeur de la monnaie et tré- 
sorier de la ville de Tours. Etant passé dans la Nouvelle-France au 
commencement du XVIII siècle, il devint lui-même trésorier de la ma- 
rine. Le 28 janvier 1728, il épouse Marie-Claire, fille de Jos. Descham- 
bault. 11 contribua avec F.-E. Cugnet à la fondation des forges Saint- 
Maurice. En 1736, il obtint sur la Chaudière une seigneurie de 3 x 2 
lieues de profondeur de chaque côté de la rivière. Il fut membre du 
Conseil Supérieur. A sa mort en 1749, il laissait 8 enfants, dont Jos., 
officier d'armée, est mort à S.-Domingue, dans les Antilles, et Chs- 
Antoine, major à Québec et chevalier de l'ordre de S. Louis, est décédé 
en Touraine, après la cession du Canada aux Anglais. Tous ses fils, 
moins Gabriel -El zéar, se sont éteints sans postérité. II — Gabriel -Elzéar, 



312 HISTOIRE DB 



gneur da domaine dyonisîen par la mort de son beau- 
përe, il n'a guëre gardé plus que onze ans son héri- 
tage des rives du Richelieu ; il céda sa part, vers 
1821, à son beau-frëre Deschambanlt (1). 

Celui-ci, lieutenant-colonel de milice, était fils de 
Joseph Deschambanlt (2), agent général de la Com- 
pagnie des Indes. Son bisaïeul (3), fondateur de la 



(le talents distingués, mais surtout d'une piété émînente, fut un des hom- 
mes les plus marquants et les plus utiles de cette époque. Par ses 
lumières et un dévouement sans bornes, il tira les Ursuline^ de l'état de 
gène dans lequel elles se trouvaient. Après avoir été promu au grade 
de colonel du second bataillon de la milice, il fut tour à tour conseiller 
législatif, grand voyer et surintendant des postes. Il était seigneur de 
Sainte-Marie, de Linière et de Joliet, lorsqu'il termina sa vie en son 
manoir, le i8 sept. 1809. Parmi ses enfants sont : Tabbé (Jabriel- 
Elzéar, Jean-Ths, père du cardinal, et Ths-Pierre-Jos. ; Jean-Ths a été 
emporté par le choléra de 1832, il était alors juge. Daniel, Nos gloires 
naf., I, 218 à 2ZI ; Tanguay, Dict. gén,^ VII, 263 ; Suite, Histoire des 
Canadiens-Français, VIII, 13 et 14. 

(I) — Parmi les enfants de T.-P.-J, Taschereau sont : i — Pierre- 
Elzéar, Patné, qui, marié en 1834 avec Catherine- Hénédine Dionne, de 
Kamouraska, fille de PHon. Amable Dionne, eut 6 enfants, entre autres, 
Henri- Elzéar, avocat, membre du parlement provinciil, et Eugène- 
Arthur, avocat ; 2 — ^Jos.-André, juge ; 3 — Ths-Jacques, notaire et shé- 
rif de la Beauce, père de Gustave, notaire, et de Jules, médecin. Daniel, 
Nos gloires nat,, I, 220 et 221. 

(2) — Jos. Deschambanlt naquit le l mai 1709. Il ** dirigea un 
immense commerce. On parle de ses maisons princières et de la géné- 
rosité avec laquelle il dépensait ses revenus. Vers la fin de la guerre de 
Sept-ans, il sacrifia tout ce qu'il possédait pour soutenir l'armée de Mont> 
calm ; on lui doit ainsi une large part de la gloire qui a rejailli sur le 
Canada dans cette défense prolongée *\ Parmi ses enfants, Etienne fut 
capitaine dans les Volontaires canadiens royaux, et Catherine épousa le 
troisième baron de Longueuil. Suite, Histoire des Canadiens- Français, 
VIII, 89 ; Bibaud, Le panthéon canadien, 90 et 91 ; Daniel, Nos gUires 
nat,, I, 265 à 270. 

(3) — Ce bisaïeul, nommé Jacques- Alexis, est né en 1642 à Mon- 
tatgu, près Luçon, au Poitou, en France, où il a été conseiller du roi, 
docteur es lois et avocat au parlement. En Canada, où il passa vers le 
milieu du XVII siècle, il fut d'abord procureur du roi à Montréal. Quit- 
tant ensuite la toge pour le mousquet, il se signala, à la tète des milices. 



8AINT-DBNI8-SUR-RICHBLIBU 813 



famille en Canada, et son aïeul (1), qui occupa la 
même position que son fils dans la Compagnie des 
Indes, étaient seigneurs de Deschambault. 

Elevé à Montréal, Louis-Joseph (2) avait une 
sainte pour mëre (à). La vertu d'ailleurs était de 

dans la grande expédition de Frontenac contre les Iroquois. Plus tard» 
il fut baillt, puis lieutenant général civil et criminel de la juridiction de 
Montréal, en 1704. Il laissa son nom à la seigneurie de Deschambaulti 
dont il hérita de sa femme Marguerite de Chavigny. Mort en 1715. 
Bibaud, Le panthéon canadien^ 88 ; Suite, Histoire des Canadiens- Fran- 
çais^ VIII, 88 et 89 ; Daniel, Nos gloires nat,, I, 251 à 256. 

(1) — Cet aïeul, né 4 Montréal 1^23 mai 1673, épousa en 1702 
Claire Jolie!, 611e du découvreur du Mississipi, alors âgée de 22 ans, 
morte en 1760. Il était en 1722 un des principaux négociants du Canada 
et devint même agent général de la Compagnie des Indes. Beauharnois 
lui concéda en 1736 une seigneurie de 3 x 2 lieues de profondeur sur cha- 
cune des deux rives de la Chaudière, en même temps qu'en recevaient 
de semblables au même endroit ses gendres 'l*hs-Jacques Taschereau et 
Pierre-Frs Rigaud de Vaudreuil. Caractère décidé et homme d'entre- 
prises, il aimait les vastes opérations commerciales. Sept de ses 32 
enfants survécurent. Quand il est décédé, il était, comme son père, 
seigneur de Deschambault. Bibaud, Le panthéon canadien^ 88 à 90 ; 
Daniel, Nos gloires nat,^ I, 257 à 265 ; Suite, Histoire des Canadi^itS" 
Français^ VIII, 89. 

(2) — Ls-Jos. Deschambault, **néà Montréal le 20 février 1756, 
fut conduit en ?>ance par le chevalier de Vaudreuil, étudia au collège de 
La Flèche, fut page de Louis XVI et servit comme officier dans le régi- 
ment dit de la Couronne. Rappelé par son père lors de la Révolution 
française", il se maria, le 6 octobre 1792. -'et fut nommé.... enseigne 
dans le 24e régiment anglais.... 11 devint plus tard major, puis lieute* 
nant colonel du 109e régiment. Carleton Tavait nommé inspecteur de 
là milice, en 1777.... Milnes le nomma député agent des Indiens, et.. . 
Prescott, surintendant des Abénaquis de S. -François et de Bécancour. 
Enfin il fut surintendant despoFtes'' lors de la guerre de 1812, " il fut 
créé par.. . Prévost quartier-maître général de la milice, se trouva avec 
6,000 hommes sur le chemin du général en chef des Américains Dear- 
born, et le vit renoncer à son invasion après le combat infiniment glo> 
rieux de Lacolle ", Bibaud, Le panthéon ranadien^ 91 et 92. — Le même 
"servit en 1775 au fort Sainl-Jeand'lberville*'. Suite, Histoire des 
Canadiens- Français^ VIII, 89. — Daniel, Nos gloires nat., I, 271. 

(3) — Cette sainte mère se nommait Marie Catherine de Grandmes* 
nil. *' Jeune fille, dit l'abbé Daniel, elle avait, par la distinction de ses 



814 HISTOIRE DE 



tradition aux divers foyers de cette descendance. 
Dieu en récompense la comblait autant des biens 
de la terre que de ceux du ciel. La famille Boucher 
avait donc contracté avec elle une de ses alliances les 
plus honorables, en même temps qu'elle s'assurait un 
digne continuateur dans sa seigneurie de la viallée du 
Richelieu. 

Ce dernier propriétaire, pas plus que ses prédé- 
cesseurs, ne vint demeurer dans son domaine dyoni- 
sien. Il est mort à Montréal, le 24 juillet 1824 ; mais 
il a tenu à être inhumé à Saint-Denis, ce qui eut lieu 
cinq jours aprës son décès (1). 

Privés de leur chef, sa veuve et ses trois fils, 



manières, son esprit cultivé, autant que par ses grâces extérieures, Hxé 
sur elle l'attention. Devenue épouse et mère, elle fut la gloire et Torne- 
ment des personnes <le son sexe. Toute entière à ses devoirs de maî- 
tresse de mràson, elle trouvait encore du temps pour visiter les pauvres 
et les assister dans leurs besoins. Elle leur consacrait tous les moments 
qui lui restaient, apiès les soins donnés à sa famille. C'est dans la pra- 
tique de ces touchantes vertus que se passa la plus grande partie de sa 
vie. Kl le était arrivée à une extrême vieillesse, lorsque la ville toute 
etitièie lui donna une preuve de son estime et de >a confiance. D'épais- 
ses ténèbres, accomp«ignées de coups de tonnerre, avaient tout à coup 
changé le jour en nuit. Commencée à une heure, cette obscurité pro- 
fonde, appelée la Gnxnde tioiut:ui\ durait encore à 4 heures du soir. 
Cro>ant pusque touchera la hu du monde, chacun tremblait pour soi. 
Kn un in^tnnt les enlises se remplirent. La foule se poiia surtout à 
IVtjlisede Noirc-Dame-dc-Honsecours. Cependant les ténèbres se con- 
tinuaient toujours. A loi s une pensée vint à ces pieux fidèles : *' Allons 
cheiclicr Mme Deschambault, s'éciia-t-on «le toutes parts, aHn qu'eHe 
unisse SCS piièrcs aux nôtres". La vertueuse octogénaire demeurait 
Alors à l'enthoii i»Ci a été lâli depuis le m.îrché Honsecours, sur la nie 
Saint- Paul, tjuolquo dames >c reiuleni dt)nc à son domicile, et la con- 
juunt de \cnu. Ccdani à leurs instances, Mme Deschambault se rend 
^ la chaprlle, a;»j>u\ce >ui leurs bras. Anivée dans l'antique sanctu- 
Aiie, e.»e Cvounience Icn piit^ie-? auxqueLes toute l'assistance répond. La 
,.or.nanoc n.' l'ut îm*- \.une. Ces puères n'étaient pas encore achevées, 
•i;e le soie»'. ir^wuMl à riionN^vi» faisant renaître la joie dans tons les 
v\K.'u: N '". .\ .V ^•.'. r 'S '/»..'., 1. 200. 



SAINT-DBXIS-SUR-RICHELIEU SI 5 



Louis-François, George et Charles-Honrî, respective- 
ment âgés de vingt-quatre, de vingt-un et de dix-huit 
ans, quittèrent la ville pour le bourg de leur seigneu- 
rie, en automne suivant. Ils venaient y chercher une 
vie plus tranquille et moins coûteuse. Une humble 
maison fut achetée au coin des rues Yamaska et du 
Lion, et ils la convertirent sans cérémonie en premier 
manoir de la localité (1). 

Seule héritière de son mari, Gilles Boucher effec- 
tua elle-même, à sa mort en 1850, le partage de la 
seigneurie en trois. George et Charles-Henri en reçu- 
rent chacun un tiers, et Louis-George, fila de Louis- 
François décédé, eut le reste. Le legs avait été fait 
par indivis. 

Louis- François, avocat et marié avec Marie- Anne- 
Elizabeth Noyelle de Florimont, perdait déjà son 
éi;(»use, le 20 janvier 1835 (2), et lui-même la suivait 
dans la tombe le premier février 1840, à Tâge de 
quarante ans, laissant son fils unique Louis-George 
pour héritier. Celui-ci (3), entré au collège de Saint- 
Hyacinthe en 1842 et marié vers 1856 avec Caroline, 
fille de l'Honorable Louis Lacoste, se dessaisissait de 
sa part de seigneurie en faveur de son oncle Charles- 
Henri, le 16 février 1864. 

George, aussi bien doué que son père pour l'ad- 
minietration des affaires commerciales, avait égale- 



nt) — Plus tard, ils ont demeuré sur la rue Saint-Denis, en bas du 
village. 

(2) — Cette épouse est décédée à l'âge de 33 ans. Registres des 
baptêmes^ mariages et sépuituies de S.-Denis. — Son mari, que Suite recon- 
naît avoir résidé comme avocat à S. -Denis {Histoire des Canadiens- 
Français^ VIII, 89), est le seul membre du barreau, qui a séjourné dans 
la paroisse en cette qualiié. 

(3) — Ls-(ieo. Deschambault •• a élé quelque teuïps secrétaire de 
l'Institut de Boucherville et lieutenant du premier bataillon du comté " 
de Chambly. Daniel, Kcs gloires nat,^ I, 272. 



r 



316 HISTOIRE DB 

ment céàé la sienne au mSme, vers 1853, pour devenir 
associé de la florissante Compagnie de ta baie d'Hud- 
son. En cette qualité, il alla n'établir dans les [ilaines 
du Nord-Ouest, où la fortune le favorisa (1). Géné- 
reux comme l'avaient été ses ancêtres, il fut souvent 
lA-bae de la plus grande utilité aux miBsionnaireB en 
leur procurant, à toute occasion, des moyens gratuits 
de transport (S). 

Charles-Henri, le plus jeune des trois fHres, en 
fut aussi le dernier survivant dans la posseasion de la 
seigneurie ; il la ^arda jusqu'en 1877, année où il la 
vendit au Dr Henri-Adolphe Mignault. Avocat et 
collecteur des douanes de Ba Mnjesté k Charobly, il 
alla, en quittant Saint-Denis, se fixer eu cette localité 
et y demeura jusqu'à son décès survenu soudaine- 
ment, le 27 février 1878. Comme tous les membres 
de sa famille înbuiaés dans la paroisse de leur domùue, 
il l'a été dans le caveKu de l'église, sons le banc sei- 
gneurial, cinq jours aprbs su mort (3). H était marié 
avec Léocadie Proulx et laissait trois enfanta : Arthur, 
son exécuteur testamentaire, Marie, UrsuUne à Qué- 
bec, et Alexandre (4). 

C'est vers 1845 que la famille Deschambault a 
quitté Saint-Denis. Oîlles Boucher retournait alors à 
Boucherville, sou pays natal. La vieille seigneuresse, 
née le 30 octobre 1776 et mariée dans cette dernière 
localité, y est également décédée, le 20 décembre 1850, 
à l'£ge de soixante-quatorze ans. Six jours plus tard, 
clic était aussi inhumée à Saint-Denis (5). 

(1) — llitaud, Lt PanthiBtuanaiiin, gs; Suite, Hûtam des Cana- 
ai^ii'.-Fi'aafai', VIll, 89. 

[î) — Daricl, A'os gloiiei nat.. I, 27a.— Benoît, VUdt Mgr Tachi. 
(jl — KtgUtrii dti b-iptimts, mariages tt séfalluns dt S.'DenÛ. 
(4| — Daniel, A'ff! g/cires Hat., I, aya. ■ 
(î) — Rrgiitits d/s bnptimts, mnriagrs et lépaltara de S.-Denii- 



flAIKT-DEKI6-SUR-KI0HELIEU 817 



Le Dr Mignault, qui a remplaces la famille Des- 
chambault dans la poddessioii do la seîgtiearie dyoni- 
eienue, a pay^S celie-oi huit-mille-cinq-cents piastres, 
somme qui rapporte aujourd'hui la rente annuelle 
de neuf-eent^quatre-vingt-deux piastres (1) ; pour un 
magnifique placement, c'en est un. 

A la suite de cette mutation, il y eut contesta- 
tion entre l'ancien propriétaire et le nouvel acquéreur 
À propos du banc seignouriaL A qui appartenait-il ? 
Il était assez difficile de s'entendre. Ou en vint cepen- 
dant à un arrangement sans se présenter devant les 
tribunaux. M. Mignault se désistait -de tous les droits 
qu'il prétendait détenir et Deachambault abandonnait 
les siens à la fabrique moyennant la fondation d'une 
grand'roesse annuelle, à perpétuité, le 4 mars, pour les 
membres défunts de sa famille. L'acte fut signé le 9 
novembre 1879 (2). Le banc en question est mainte- 
nant à l'usage des Sœurs Grises de la paroisse. 

Avec la famille Deschumbault s'est éteinte la 
génération des seigneurs proprement dits de Saint- 
Denis, puisque c'est de son temps qu'on a aboli la 
tcnure féodale en Canada. L'œuvre de cette tant 
vieille institution était finie sur nos bords, 9it-on ; 
oui dans les antiques paroisses bien déboisées, mais 
non dans les endroits encore neufs. Il eût mieux valu 
améliorer que détruire. L'orgiinisation des commen- 
cements, affirme Suite, ** offrait plus d'avantages que 
les nouveaux systèmes " (3). . .." Ayons recours à la 
tenure seigneuriale, ajoute-t-îl en parlant de nos forêts 

(1) — Greffe du notaire E. Lafontaine, de Saint-Hugues, à la date 
du 15 sept. 1877. 

(2) — Par-devant notaire A. Durocher. 

(3) — Suite, ffistoitr aes Canadiens- Français^ II, 97 et 98. 



818 HIETOIBE DE BAIKT-DBNIS 

da Dord, et noas renoavelleroQs les miracles des défri- 
cheurs d'aatrefoU " (1). 

Si, depuis 1859, on continue & décerner le titre de 
seignenre aux snccesseurs des pereonneB qui )e furent 
réellement, ce ii'eat que par manière d'acquit Le 
gouvernement, en rachetant tous les droite féodaux, 
moins ceux des cens et rentes capitalisés, a anéanti la 
race à part, qu'ils avaient créée, et à sa place il n'a 
constitué qu'un groupe de simples percepteurs (2). 



, (I) — Suite, f/ureirc att Canaaitni-ftaitfàii, II, 105. 

L (1) — IbiJ., VIII, 137 et 138 î Tuicotle. It Canada ttm rCm 

^- M. 33' * «371 e< 3ÏS- 



CHAPITRE XXXI 



La guerre de x8x2. Sa conscription à Saint-Denis. 
Le village, poste de stationnement. 

18x2-1815. 



Avant l'abolition de la tenare seigneuriale, il fallut 
passer au Canada par bien d'autres ëvëneraents, en 
particulier par la guerre de 1812. Alors le canon gron- 
dait depuis déjà plusieurs années par deli les mers ; il 
allait prolonger ses repercussions jusque dans notre 
pays. L'empereur Napoléon, au milieu de ses luttes 
homériques, voyait avec peine l'Angleterre, son euu^ 
mie, s'approvisionner à loisir au Canada ; il impor- 
tait de fermer cette source. L'Américain est ambi- 
tieux, pensa-t-il ; il le soulèvera et le poussera vers 
cette colonie anglaise par l'appât de sa conquête ; il 
lui fera ainsi accomplir inconsciemmeut la besogne 
désirée et couper toute communication entre l'Amé- 
rique septentrionale et l'Europe. Le fameux général 
ne s'était pas trompé ; la république, notre voisine, 
se constitua avec complaisance son docile instru- 
ment (1). Le 18 juin 1812, sous prétexte d'être lésée 
dans certains de ses droits, elle nous déclarait la 
guerre. Heureusement que nos përes ne reculèrent 
pas devant cette provocation. 

Aussitôt ils se préparèrent à la résistance. 



(I) — Suite, dans Le courrier du livre ^ de Québec, III, 389 et 
390. 



Uéds 



320 BlflTOIBI DK 

A celte date, on relovait trois-ceDt-qQaraiit»- 
quatre miliciens à 9aint-I>ein9 (1), il 7 en avait troia- 
cent-dix-buît en état de marcher ; maïa ceux-ci no 
disposaient que de soixante-sept fusils. RiSparlia en 
quatre compagnies, ils obéissaiont aux capitaines Louis 
Courtemanche, Jean-Baptiste Cadîeux (2), Charles 
Gariépy et Joseph Leblanc (3). La division de Saint- 
Denis, dont ils formaient partie, comprenait aussi le» 
paroisses de Saint-Antoine, de Suint-Charles et de 
Saint-Marc. Louis Bourdages en était le major et 
Jacques Cartier, le lieutenant-colonel (4). Celui-ci, 
marchand de Saint- Antoine, était de plus un vétéran 
de la guerre de 177â. A la tête de la division était 
le colonel Jean-Bapi ipte Boucher de In Bruire de 
Montarville, qui demeurait à Boucherville (5). 

Le colonel éoiit à son lieutenant, le 12 septemlH-e 
1812 : " Que tons les miliciens de Saint-Denis, Saint- 
Antoine, Saint-Marc et Saint-Cbarlea soient comman- 
dés immédiatement, depuis l'âge do seize ans à soi- 

(I) — Dans le mime temp», il y «vaii iji miliciens à S.-ChBr1«» 
et 464 dant le) deux paroiaseï r^niei de S.-Anioine et de S.-Marc. 

Kecensement de Ls Bourdages. Archiva it M. Jaiquti Carlitr, de S.- 
Antoine. 

(3) — La famille Cadieux date H'i peu près 1785 dans la paraisse. 
Elle y arriva avec Jean-Baptiste et ion paient Pierre. Au recensement 
de iSoi, le |iremie[ «tait Âgé de 45 ans, marié avec Jeanne Boanier de 
34 !in^ cniourê de 6 enfatits. dont i jumelLes de ; ans, et demeurait au 
m rong. Pierre, ag* de 59 ans et marié avec Marcueiile llourqiie de 
II Bord-de-t'eau avec j enfants, dont deux jumeiuX de % 
Augu'^iin, tiU de J.^Bte. fut un dra principaux violonittei de l'abbé 
Uédaid. Rtiisliis des baflimts, maiiagn et sipitUurts dt Saint-Dtnû, 
(3! — CouTtemanche avait en disponibilité dans sa compagnie 56 
3 fufils ; Cadieui, 90 h., 10 f. ; Gariépy, So h., 27 f. ; et 
X*blanc, 9ï h , 17 f,. Archivas de M. Jacguti Cartier, de S.-Anloine. 
Le 13 féïriet 1813. Cartier est transféré à la nouvelle divi- 
de Verehére», et Bourdages le remplace dans celle de S. -Denis, 
eçaxcte lieutenant- colonel. ArcAives de M. jfac^. Cartier, de S.-Antuine. 
(J) — Arekiï-ei de M. faeqves Cartier, de S,-.*nloine. 



SAINT*DENI8-STJR-RI0HELIBU 321 



xante ans,. . de se tenir prêts pour marcher à la pre- 
mière alarme : et ils se rendront avec diligence à la 
paroisse de CharaWy. Là,, .ils seront immédiate- 
ment formés en bataillon et procéderont pour Saint- 
Jean et se mettront sons les ordres de l'officier com- 
mandant ce poste. Il parait qne c'est aussi la volonté 
dé Son Excellence que le major Bourdages soit, comme 
leplusjeunede vous, chargé de cette expédition'* (1). 
De plus, il était spécifié d'apporter los armes que l'on 
aurait et des vivres pour deux jours. 

Le lendemnin, le colonel ajoute qu'ils se pour- 
voient " de poudre et de balles de calibre et qu'ils 
prennent avec eux pour huit jours de provisions " (2), 

Cartier répond le 15 : ^* J'ai le plaisir de vous 
dire que tous les miliciens sont pleins de courage et 
de bonne volonté. . . Les uns ont fait faire du biscuit, 
les autres des balles et ont fait raccommoder leurs 
fusils chez les Cyclopes. . . Ce commandement général 
a réellement électrisé les cœurs de ces gens-là'* (3). 

Quelques jours plus tard, partait en effet le pre- 
mier contingent de Saint-Denis. Il ne comprenait 
néanmoins qu'une minime partie de ceux que pouvait 
fournir la paroisse. Avis était toutefois laissé à la 
réserve de s'assembler tous les dimanches après vâpres 
pour être disciplinée pas plus que trois heures chaque 
fois (4). Ceci avait lieu le 23 septembre 1812. La 
première recrue de Saint-Denis fut adjointe au second 
bataillon, à Laprairie (5) ; Louis Edouard Hubert, 



(1) — Archives de M, Jacques Cartier^ de Saint -Antoine. 

(2) — Ibid.. 

(3) — Ibid.. 

(4) — Ibid.. 

(5) — Suite dit que la guerre déclarée, ** dans le Bas-Canada où 
plaça un cordon de troupes régulières et de milice, depuis Vamaska 
jusqu'à Saint-Régis ". Ilûioire des Cauadtens- Français ^ VIII, 85 à 90. 



822 HISTOIRB DB 



de Saint-Denis et marié avec Cécile, fille du lieutenant* 
colonel Cartier, en fut nommé le quartier-niattre (l). 

Le 7 octobre, nouveau départ de miliciens, sous 
les ordres du capitaine Pierre Saint-Jacques, de Saint- 
Antoine. Sur dix-neuf cinq sont de Saint-Denis (2), 
ce sont : Dominique Rousseau (8), Joseph Lajoie, 
Florentin Laperle, Charles Bousquet et Jean-Baptiste 



(f) — Ls-E. Hubert a été un personnage à Saint -Denis par son ins- 
truction, ses alliances, ses diverses positions et ses grands revers de for- 
tune après avoir été très riche. II est né en 1765. Ses père et mère 
étaient Pierre Hubert et Marie Chartier, mariés à S. -Antoine, le 3 août 
1750; ses aïeuls étaient Pierre-Paul HuEîert et Suzanne Laporte. Il 
avait reçu ses études au séminaire de Québec. On remarquera au cours 
de oe chapitre quHl ne lui coûtait pas de tenir la plume pour écrire des 
lettres. A 31 ans, le 22 nov. 1796, il épousa Cécile Cartier, tante de 
Sir Geo.-Ktienne. Quatre ans plus tard, il était à la tète d'un commerce 
important au bourg dyonisien. Après la guerre de 181 2, comme récom- 
pense de ses services, la Couronne lui a accordé des terrains considéra- 
bles dans les Cantons de l'Est. La rébellion de 1837, quoiqttHl n'y ait 
pas participé, lut a apporté son lot de désagréments. Il se plaint, un 
peu après, qu'il lui faut réparer ** divers meubles en partie brisés dans le 
désastre causé par les soldats ". Plusieurs de ses en&nts sont morts 
jeunes entre autres : Cécile et Marguerite ; celle-ci avait fait son ins- 
truction chei les Ursulines des Trois- Rivières, d'où elle adressait une 
lettre au cher ^^/ Jacques Cartier, le 13 novembre 18 13. Ceux qui ont 
snrvécu étaient, le 18 octobre 1834 : Jacques-Edouard, né en 1800, cul- 
tivateur & S.-Césaire : Josepbte, de S.-Denis ; David, entré an collège 
de S.-liyacinthe en 1822. résidant à Montréal ; Richard, entré au col- 
lège de S. -Hyacinthe en même temps que le précédent, étudiant en droit 
à Montréal ; et Jean-Krs-Xavier, encore mineur, de S. -Denis. Ls- 
Edouard Hubert est mort à l'&ge avancé de 77 ans, le 9 nov. 184a ; son 
é|)ouse est décédée au même âge, le 6 avril 1849. Tous deux ont été 
inhumés dans le caveau de l'église de S. -Denis. Registres des baptêmes^ 
mit litiges et si/uUnreSf de S.-Diiùs et de S. -Antoine ; ArckntsJi Af» 
yitci/ues Citriier, de S. -Antoine. 

(2) — Arckites Je M. j^ict/ues Cartier, de S. -Antoine. 

t3) — D. Rousseau, à^é de 19 ans, était fils d'Hyacinthe Rous- 
seau, cultivateur du Boni -de -Peau, et de Marie- Anne Papillon, qui 
s'étaient mariés à S. -Ours, le 17 sept. 1792, et étahUs à S. -Denis quel- 
ques années plus tard. .4 "ckr: es des églises de S. -Denis et de S.-Omrs, 



SAINT-DBNIi»-SUR-RICHBLIBU 828 

Brodour (1). Tous s'en vont en petites charrettes 
par mauvais chemins d'automne (2) jusqu'à ^ la tra* 
verse du roi à Longueuil " (3), puis ils abordent à 
Montréal pour y *^ faire partie d'une septième compa- 
gnie, qu'on forme dans le cinqui&me bataillon de 
milice d'élite et incorporée sous les ordres du colonel 
Patrice Murray " (4). Montarville écrivait, de Bou- 
chervUle, à Cartier, le 8:/^ Tous les miliciens sont 
passés ce matin à dix heures en chantant à haute voix 
les chansons du bon père Bacchus " (5). Avec ces 
gais militaires était Joseph Chatel (6), qui se rendait au 
camp de Laprairie pour remplacer Basile Oloutier (7), 
jugé incapable de servir à cause d'iulinuités (8) ; tous 
deux étaient de Baint^Denis. 



(1) — Ces miliciens étaient respectivement âgés de 19, rS, 24, 21 
et 23 ans. Archives Je M, Jacq. Cartier, de S. -A m oint*. 

(2) — Archives de M» Jacq, Cartier, de S. Ant'-tne. 

(3) — Ibid.. 

(4) ~> Ibid.. 

(5) — Ibid.. 

(6) — Jos. Chatel, âgé de 19 ans, était fils de Jor. Chatel, culti- 
vateur du V rang, et de Marguerite Fortin. II s*est marié le 6 oct. 1817 
arec Marie Saint-Germain 4 S.-Denis. Sa famille établie au Canada 
en 168S lors de son arrivée de France (Gosselin, Henri Je Bemières, 83), 
est venue plus tard se fixer à S. -Ours. L'aïeul de Jos., nommé aussi 
Jos. et marié avec Josephte Giard, y vécut, et son fils Jos. ne passa de 
là 4 S.-Denis qu'à son mariage, en 1788. Cette descendance s'est 
éteinte dans la paroisse avec le milicien de 18 12 et ses frères Pierre et 
Jérémie. Registres Jes baptêmes^ mariages et sépultures^ de S.~Denis et 
de S.- Ours. 

(7) — Basile Cloutier, âgé de 24 ans, était fils de Basile Clouti;r, 
cultivateur de l'Amyot, et de Madeleine Pelletier. Il a plus tard épousé 
Marie Varrieur. Son père, fils d'un autre Basile et d'Angéliqne Jean- 
notte, fîit le premier de cette famille à S.~Denis, où il arriva vers 1780 
et se maria le 29 janvier de l'année suivante. Pierre, un des fil» du 
milicien de 1812, a épousé Elise Guertin à S.-Denis, le 10 janvier 1854. 
Descendance aujourd'hui éteinte dans la localité. Registres Jes baptêmes^ 
mariages et sépultures Je S. -Denis. 

(8) — Archives Je AL Jacq. Cartier, de S. -Antoine. 



824 HISTOIRE DE 



Vers la mî-octobre, le second bafaillon, qnî ren- 
fermait la plupart des hommes enrôlés dans Saint- 
Denis, a été appelé à piquer une excursion da côté 
des lignes américaines : voici comment le quartier- 
maître Hubert en rend compte à son beau-përe Car- 
tier, le 10 novembre 1812 : " Ma longue absence de 
Laprairie sans pouvoir communiquer avec personne 
de nos endroits, pas mem^ ceux de Laprairie, m'a 
absolument empêché de vous écrire ainsi qu'à Cécile. 
J'ai été vingt-cinq jours absent de Laprairie en divers 
quartiers. Nous avons premièrement logé à Saint- 
Claude, une des concessions de Saint-Ph]lippe ; ensuite 
au ruisseau des Noyers, une des concessions de Blair- 
findie ; ensuite dans le rang de T Acadie, le long de la 
rivière ; et enfin dans le bois qui mène à la rivière de 
Lacolle, et tout près des embarras et à huit lieues de 
distance de Laprairie, et c'est là que nous sommes 
restés neuf jours pas trop à notre aise, car nous étions 
sous des cabanes de branches de prnche et nos lits 
étaient aussi composés de branches de pruche, avec 
un grand feu au-devant de la cabane tant pour nous 
réchaufibr que pour faire cuire nos provisions. Nous 
avons eu pendant que nous étions là tous les temps, 
le vent froid, la neige, la pluie et les mauvais chemins. 
Nous étions dans une savane, vous pouvez juger un 
peu de notre misère. Nous avons toujours couché 
habillés, enveloppés d'une couverte et notre hftvresac 
pour oreiller, toujours prêts à partir à la première 
aliirme. Nous avions des piquets et des gardes de 
tous côtés et outre cela des patrouilles continuelles. ... 
M. Robitaille est venu nous faire une visite pastorale ; 
il a dit la messe dans notre maison de garde, il a con- 
fessé, prêché et donné l'absolution générale et fait des 
prières publiques. . . Il est surprenant qu'après et pen- 
dant un tel voyage, il n'y ait pas eu un seul homme 



SAINT-DENIS su R-RICHBLIBU ' 825 



de malade. Nous avons pourtant fait des marches 
longues et précipitées dans de trës mauvais chemins. 
Nos jeunes Canadiens sont trës vigoureux pour les 
voyages. Les Anglais et autres ne peuvent pas les 
suivre. Dans la marche ils ont toigours montré un 
grand zële, une grande obéissance et un grand désir 
de rencontrer l'ennemi . . . Aussi notre bataillon a eu 
les compliments les plus flatteurs des deux généraux 
et des autres officiers supérieurs et inférieurs. Vous 
avez vu sur la gazette les compliments qu'on nous fai- 
sait sur notre départ de Laprairie pour aller à la ren- 
contre de l'ennemi. Il n'y avait pas d'exagération, le 
tout était vrai, et nous en sommes revenus. Nous 
sommes après incaserner nos gens " (l). 

Vers le commencement de novembre 1812^ le 
quatrième bataillon de milice, sous les ordres du colo-^ 
nel Jacques Voyer (2), est venu de son côté station- 
ner au village de Saint-Denis. 

Il ne semble avoir quitté la place qu'en octobre de 
l'année suivante. Tout catholique, il apporta un bon 
surcroît d'ouvrage au curé, quoiqu'il n'y eût pas que 
des dévots dans ses rangs (8). 

Le 2 avril 1818 (4), Hubert est encore à Laprai- 



(1) — Archives de M. Jacques Cartier^ de S. •Antoine. 

(2) — Le quartier- mattre Hubert ne formule guère d'éloges à 
l'adresse de J. Voyer : <* C'est, dit-il, un drôle d'homme, il serait appa- 
remment mattre partout parce qu'il est colonel» c'est un original sans 
copie, il est le seul de son espèce ". Archives de M. Jacq* Cartier ^ de 
S. -Antoine. 

(3) -— M. Kelly écrit à l'évéque, le i juin 1813 : «« Mon bataillon 
me donne peu d'occupation, les miliciens fréquentent plus les cantines 
que le confessionnal ". il voyait néanmoins à les placer dans l'église 
pour la messe. Archives de Cévêché de S»- Hyacinthe, 

(4) — Dix jours auparavant, le 23 mars, Hubert avait écrit de 
Laprairie : ** J'ai toujours ici beaucoup d'occupation et je vais en avoir 
encore bien davantage, car nous avons 400 et quelques hommes d'arrivés 
nouvellement de Québec à Laprairie, pour lesquels il faut que je pour- 



I 



OW HISTOIRE DE 

rie, d'où il écrit A «on beau-pfere : " II paruît que le 
gouvernement a grande confiance maintenant dans 
les Canadien», puisqu'il leur réaerve k eux seuls la 
défense dn Bas-Cannda. Il ne rei^tera pas plus que la 
valeur d'un régiment de troupes réglées dans tout le 
Bas-Canada. Il n'aurait pus fait cela l'été dernier. 
Il paraît que depuis qu'il a mis la milice k l'épreuve 
l'automne dernier, il en a été satisfait et se repose 
maintenant sur elle. C'est un grand compliment lui 
faire " (1). 

Dix-neut jours plus tard, nouvelle lettre de Hubert 
au même parent : " Nous devons, aussitôt l'arrivée 
des troupes d'Angleterre, lui apprend-il, aller loger à 
Longueuil pour l'été, car il doit y avoir un camp de 
deux mille hommes de troupes lég&reR à Laprairie à 
notre place " (2). Le deuxième bataillon de l.,aprairie 
comprenait alors cinq cents miliciens. En dépit des 
prévisions, il n'a pas eu à se diriger vers Longueuil ; 
la prise d'York, dans le Haut-Canada, par les Améri- 
cains a dérangé tons les projets (3i et il est parti 
plutôt pour Cbîimbly. Hubert écrit de ce dernier 
poste A son beau-ptre, le 18 septembre 1818 : " Nous 
sommes un peu faibles en troupes réglées dans le Bas- 
Canada, mais on se He fort sur les milices et surtout 
sur la milice sédentaire" (4). 

voie de logemenl», <l'haljil*, tic [lrtlvî^i.llls, nrmcs et accoulremenls ". 
En même iimj», il rend cc>ni|.te il'une enquête Faîte dans ton dtpane- 

'.awillon. Us irnjui-:itiiir5 ■' onl f lit leur taii|.c.rl, dil-il, que tout «tait 
tnen correct et liien c\ncL ". .i<,Jii:c.<d/ M. Jn'q. Caitirr, de S.-AntoÎDe, 
II) — ^rchi-.fi Jf M. y,u;!. <',i-li>: de S.-Aiitoine. 



a}unte d:in5 la n 
depuiï >]ueique 1 



ï 



SAINT-DENIS-SUK-RICHELIKU 327 



Tous les Dyonîsieiij», qui n'avaient pas été 
incorporés dans la milice d'élite, — et c'était le grand 
nombre, — ont été licenciés, le 4 juin 1813. Une partie 
des autres ont reçu leur congé à la fin de novembre 
suivant, et le reste n'eut le sien que dans le cours 
de l'année 1814 (1). La guerre tirait alors à sa fin. 
Les succës ou les revers de Napoléon en conduisaient 
la hausse ou la baisse. Quand celui-ci, aprës la bataille 
de Waterloo en juin 1815, fut tombé entre les mains 
de ses ennemis, les Américains virent choir toute 
chance de conquête (2), et l'on recouvra enfin la paix 
après quarante mois de luttes ou d'incertitudes (3). 



.(^§^ 




ciens, qui sont venus d'Angleterre, cette année, tout faits, mais si mal 
faits et si hors de proportions qu'il est nécessaire qu'ils soient entière- 
ment refaits, de sorte que j'ai continuellement 12 tailleurs occupés à 
refaire ces habits". Ibid.. — Un mois plus tard, le 21 oct., il écrit 
encore : *' Je suis toujours très occupé pour préparer notre quartier 
d'hiver". Ibid.. 

(1) — Archives de M. Jacq. Cai-tier^ de S. -Antoine. 

(2) — Suite, Histoire des Canadiens- Franc ait ^ VIII, 95. 

(3) — Suite, dans Le courrier du livre^ de (>uébec, III, 387. 




l'reiiiicr manoir »lo S.-]>L'iiis (Page ■Hi'}). 



CHAPITRE XXXII 



lyf. Bédard, quatrième curé de Saint-Denis ; sa 
naissance et sa famille. Sa carrière sacerdo- 
tale. Ses talents comme musicien. Ses 
aides. Sa mort. 1817-1834. 



M. Jean-Baptîste Bédard, quatrième cure de 
âaint-Denie, appartenait h une illustre famille de Qué- 
bec. Les auteurs se plaisent à la reconnaître ** fertile 
€n hommes de talents" (1) et comme ayant " donné à 
la patrie des serviteurs éprouvés" (2), Disons tonte 
suite que ce sont surtout les frères et les neveux de 
l'abbé Jean-Baptiste, qui ont provoqué ces paroles si 
^logieuses. 

Leur premier ancêtre au Canada, nommé tsaac, 
charpentier de sa profession et époux de Marie Girard^ 
venait de la ville de Paris, capitale de la France. C'est 
son descendant de la quatrième génération, Pierre 
Bédard, qui est le père du curé de Saint-Denis (3) ; 
marié avec Josephte Thibault, cet arrîère-petit-fils 
s'est bientôt vu entouré de nombreux enfants bien 
doués, qui tous ont reçu une solide instruction tant au 
séminaire de la capitale que chez les XJrsulines de la 
même ville. Pierre, l'aîné, a été plus tard le célèbre 
défenseur de nos droits, à l'aurore de nos luttes parlc- 



(1) — Bibaud, Lg Pantht^on aiMaJh'n^ 17, 

(2) — Lareau, Histoire de in iitteratin-e canadienue^ 65. 

(3) — Voici la généalogie de l'abbé Bédard, curé de S. -Denis : 
I — Isaac J3édard et Marie Girard ; U — ^Jacques Bédard et Isabelle Bou- 
cinet ; ÏII — Chs Bédard et Elizabeth Huppé ; IV — Pierre Bédard et 
Josephte Thibault ; V — L'abbé J.-Bic Bédard, Tanguay, Dict. gén.. 




330 BISTOIRB DE 

mentaires (1) ; parmi ses IîIb Ëlzéar a été jugo (2) et 
Isidore, député de Chicoutitni en mâme temps que 
l'un de nos plus vaillants journalistes (3). Joseph est 
le cadet de Kerre, et l'abbé Jean-Baptiete son deo- 
xiëme trhre. Louis est mort cnré de la Baie^u-Febvre, 
en 1806 (4). Jean-Charles fut Sulpiuien ; il est décédé 
k Montréal en 1827 (&). Thoiuas, le plus jeune de» 
garçons, a vécu à L'Assomption (6). Il y avait eotre 
autres deux lîlles, Josephte et Louise. La première 
a épousé Pierre Bruaeau (7), qui a été, la majeure 
partie de sa vie, marchand ou bourguoU à Saint- Denis ; 
ses deux seules enfants sont entrées en religion dans la 
congrégation enseigiiante des Saints-Noms- de- Jésus- 
et-de-Marie ; il est décédé à Verchères en 18t>4, 
vingt-un ans après son épouse {&). Quant à Louise, 
elle a uni son sort à Joseph Pratte, qui fut quelque» 
années inslil utuur à Saint-Denis ; son fila Jo^seph a été 
longtemps médecin à Saint-Vincent-de-Puul, île Jésus. 
Jean-Baptiste est né le 25 septembre 1772, De» 
qu'il fut d'£ge k entrer au séminaire, il tie tarda pa» 
k en bénéficier largement avec ses frères. L'élève 
obtint surtout dans les lettres et la musique ses plu» 
brillants succès. Sa philosophie terminée, il revêtit 
la soutane sans héaitatioii et resta à son aima mater 

(i| — Daniel, /Vbi gloirei mil., I, 249 et 167 ; Uujrin, petit Où- 
lionaaire, supplimenl, 9 ; Gaspé, Mlmeirti ;. Uibaud, Ltpantliian tana- 

{i,\ — Guérin, iiclil Dulùnnaiie, su|>]i., 9 ; Daniel, A'or glnrer 
Hal., 1, 149 et 267 î 1 urcolte, Lt Cnmi-iii soui l'Union, 11, 40, 

(II) — Ignotus, dans La pretit, de Monlrinl. J Tév. 1898 ; Latciq, 
Hi$tpirf de la lilUralMrt camuiùiiar, 71. 

(4| _ Tamjuay, Kipirtoirt géniril du clergi canadien, 159. 

(5) — Dibaud, Le panthéon canadien, 17 } Tanguay, Riptrtoirt 
^in. ■!" tlirgé eanaditH, IS4 i Daniel, Nos gloires nal., II, 267- 

({,) — Daniel, JVosgMicsn.it., II, 167. 

i7| — Krèredu curéde Verchèrei, l'abbé R.-O. Branea», 

IB) — fiegiifres des baptimts, mariages et sépulturet de S,.Denit. 



SAINT-DENIS-SCR-RICHELIEU 331 



tant comme étudiant en théologio que comme profes- 
seur. Mgr Hubert Péleva à la prêtrise, le 11 octobre 
1795 ; le jeune lévite venait alors d'atteindre sa vingt- 
troisiëme année (1). 

Il fut d'abord vicaire à la cathédrale de Québec 
deux ans, puis curé-fondateur de Saint- Jean-Baptiste- 
de-Rouville, où il a célébré la première messe, le 
jour de la Toussaint 1797. Il a travaillé au delà de 
six ans à ce poste. En janvier 1799, vu l'étendue 
de sa ])arois8e, il en a détaché Saint-Hilaire, dont il a 
néanmoins gardé la desserte pendant les trois années 
suivantes. De Saint-Jean-Baptiste il est passé à la 
cure de Chambly, au commencement de janvier 
1804 (2). Belle promotion k la vérité (3), mais dans 
laquelle la confiance de son évSque allait être chère- 
ment payée ; il y avait alors dans la localité seize cents 
communiants, sans compter la garnison, qu'y entre- 
tenait le gouvernement et qui devait être considéra- 
blement augmentée k l'occasion de la guerre de 



(1) — Mgr Hubert lavait tonsuié au séminaire de Québec, le 6 
oc*t. 1792 ; promu flux ordres motncires, le 25 mai 1793 > ^" ^^^^ diaco- 
nat, le II mai 1794 ; et au diaconat, le 13 mai 1795 ; tous ces ordres 
lui ont été conférés dans la cathédrale de Québec. Archwts de Carckt- 
Tichi de Quéù/c. 

(2) — L'abbé Bédard était tenu de payer annuellement à son pré« 
décesseur, l'abbé Dubois, 200 miiiots de blé et 120 chelins en argent. 
Archkfts de rarckfi'fchédf MotitréaL — Ce rentier est mort rétine à l^eiœil, 
le 5 ièv. 1805, ^ ^'^g^ ^^ 55 ^i^^' 

(3) — Uabbé Raimbault, menacé de la cure de Nicolet en 1806, 
écrit au mois de septembre de cette année à Mgr Plessis en lui proposant 
3 coofrères pour l'y remplacer, parmi lesquels rabl)é Bédard, de Cham< 
bly. L'évêque répond le 18 du même mois : •* Des trois messieurs que 
vous m'indiquez, nul ne me convient, si ce n'est peut-être J.-B. Bédard. 
Mais premièrement il doit 500 louis, deuxièmement son église vient de 
brûler et demande tous ses soins. Ce n'est pas un bon moment pour le 
changer ". Douville, Histoire du collège-siminairt de Nkoîety I, 26 à 29. 



332 HISTOIRE DE 



1812 (1). AuBsi M. Bédard étaît-il bien fatigué, lara- 
qii'il fut déchargé de cette cure en 1817 et transféré k 
celle de Saint-Denis. C'est le 17 octobre de cette 
même année qu'il arriva à sa îiouvelle mission, dont 
l'importance le surprit. Le lendemain, il écrivait h 
son évêque : *^ Votre Grandeur m'a imposé, je croîs, 
un fardeau plus pesant que celui dont elle m'a soulagé ; 
ce qui me console, c'est que je ne l'ai pas demandé, 
que j'entends la langue du pays (allusion aux Anglais 
de la garnison de Chambly) et que mes travaux seront 
accompagnés de plus de consolation et peut-être de 
fruit " (2). 

M. Bédard a été fort estimé à Saint-Denis. En 
181 &, le 17 mars, il pouvait écrire k son Ordinaire : 
" Je ne sais pas si la paroisse est contente de moi ou 
non, je ne m'en informe pas. . . Pour moi je ne puis 
m'en plaindre. . . ; je remarque dans les paroissiens 
une grande attention à ne rien dire ou faire qui puisse 
me déplaire " (3). 

Il était d'accès facile, même grand causeur ; 
excellent prédicateur, il se montrait souvent pathé- 
tique au plus haut degré : à tout cela il joignait une 
vive piété, qu'il tâchait de communiquer aux autres 
par un ministëre actif et la solennité du culte. 

Le 25 mars 1818, s'adressant à l'évêque, il lui 
ouvre son Ame : '* J'ai ici de grandes et trës grande» 
consolations dans l'exercice do mon ministëre. Oh ! 
qu'un homme de vertu, je le dis en gémissant en moi- 



(I ) _ I/évê ]ue écrit à M. IJédani, le 3 sept. 1814 : ** Vons êtes 
surchargé de votre fardeau, et je n'en siûs nullement surpris, sachant de 
quelle multitude de survenants votre paroisse a été assai)lie depuis 
181 2**. Archives de r<xrchci'êcht de Québec, Registre Vlll, p. 225. 

(2) — Archives de r archevêché de Montréal, 

(-) — Archives de Vci'êihé de S, -Hyacinthe. 



BAIin-DIINI&*SD1l-RICfi8LISI7 SâS 



même, ferait de bien ici " (1) ! Heureusement qu^il 
«ecomplissait lui-même ce qu'il désirait d'un autre 
jpomr ses ouailles. 

Alors qw les exercices des quarante-heures 
«'étaient que des instituticMis isolées dans le pays, il 
*en attirait la &veiar à son église par letti^es épiseo- 
pales datées de décembre 1829. Avec quelle pompe, 
il les célébra «fisuit« cliaqve anu^e, «n juillet, jusqu'à 
la fin de son règne l 

Il a vu ériger sa cure oanoniquement, le 22 jan- 
vier 1832, par Mgr Pan«t ; l'exécution des règles 
ecclésiastiques sur ce point avait été fort difficile aupa- 
ravant À oause de Thostilité <du gouvernement. Trois 
ans plus tard, le 11 juin 1835, ces démarches étaient 
reconnues au civil par proclamation de lord Aylmer^ 
A cette époque, les limites paroissiales étaient exacte^ 
tnent celles de la seigneurie. Depuis lors^ en 1845, on 
a retranché la partie sud du cinquième rang en faveur 
de La Présentation et, vingt-huit ans après, on lui a 
enlevé une lisière inégale, du côté sud encore, au 
bénéfice de Sainte-Charles. 

M. Bédard, amateur enthousiaste de la splendeur 
du culte, possédait justement les talents et la culture 
voulus pour la satisfaction de ce penchant^ puisqu'il 
ëtait aussi habile musicien que superbe chantre. On 
parle encore avec éloge dans la localité des grandioses 
et fréquentes fêtes, dont la large part de mérite lui 
revenait. En ces jours lointains, on ne disposait pas 
de l'orgue, pas même du plus 'faible harmonium^ La 
partie musicale ne so remplissait qu'à coups de flûtes 
et d'archets. Que de peines s'imposaient pour l'orga- 
niser ! L'infatigable curé se constituait de longs mois 
professeur de chant et de musique* Plusieurs foie la 



{ I ) — Archives de Vivicki de S,- RyaHnthe. 



ââ4 HISTOIRE Dfi 



seifiàîné, surtout à l'approche de la cérémonie visée, 
on se réàntssaît au presbytère, eaf c'était le lieu olrdi- 
naire des leçons et des répétitions, et l'on ' recommen* 
çait patiemment. 

Ce fat sûrement l 'fige d'or de l'harmonie dans la 
paroisse. Non seulement en ces années il y avait. sur 
place tous les éléments pour favoriser les vues du 
pasteur,, niflîs Dieu semblait y avoir préparé mâme un 
groupe tout exprès pour le plus brillant épanouisse- 
ment S^^u? ce rapport* 

Si la musique çt le ohai^t des joiMrs de fêt-e étaient^ 
ravissants, Qn peut supposer; que le .rest^ n'était pas 
négligé, surtot^t à TauteU ■■■ Après; Noël, Pâques etila 
Saint^Denis^ passait la Saiii|- Jean-Baptiste, fôte patro- 
nale du curé. Même avant la fi^j^dation des sociétés 
Saint-Jean-Baptiste, iolle était chômée dans la localité 
avrec le plus, vif éclati M, Bédard aimait spn patron 
et no désirait rien, tant que de. le vpir honorer d© tous. 
C!est ainsi qu'il a pu s^. réjouir de l'avoir dpnqé: comme 
titulaire.à sa première core. 

Pendant qu'il était à Chambly, il ^'est-aussi, Qçcppé 
des niênTies beaux-arts,, quoiqu'avec naoinç d'entrain. 
Son ministère lui laissait là. moin» de loifti,rs. Toute- 
fois, ri a trouvé le temps de collaborer à un, recueil de 
cantiques, dcpït on préparait la publication à. Québec. 
Le 26, avril 1809, il en écrit à Mgr Plessis : •'•J'ai 
appris indirectement que le recuieil de-cantiques d^ M. 
Boucher allait être ex;aminé. Bon Dieu ! s'il faut. que 
les censeur^ aperçoivent ceux, que j'y ai fi^it insérer, 
que vont-ils devenir ? Je voulais des ci^ntïques sur àe^ 
airs un peu nouveaux et qui, je crois, plaisent . géné- 
ralement ; ne pouvant en faire, j'en ai défait de bons, 
à la vérité, mais sur des airs inconnus, difficiles et d'un 
goût un peu passé. La perte de ceux-ci ne serait pais 
grande, si la poésie de ceux-là était passable ; tout ce 



r'/'!.N 



SAINT-DBNI&-S9I^-BiqHELI£n 885 



qu0 je pu^is assareiv.ç^est qa'ils, vpnt bieu, sur les^aipa, 
«nr .lesquels je les ai mis ; c'est i^ommagi; que 1» 4*111)6 
7 combatte tim^ «.vec 1er bon. sens;- mais; je n,çt ^pîs 
qufy fwre. \.8l j'eusse eu. plus de temps, j'en^a|Ur^is 
^pyoyéf .plus ; à\x motus on en aurait eu plus à ^4P9^^~ 
treou àTej«terV'(l). , .« 

.. Jusqu^aa printemps de 1882, M; Bédard n'a pas 
eu 4e vicaire ; pendant un peu plus d'un an, ^ avait 
néanmoins. I]^énéficié de l'aide d'un confrërc,q^i s'était 
réfugié chez Ipi en qualité do pjdpsioonaire. , G^ prêtre 
était l'al^bé Bené-FIavien Ligus, heau-frère de son frère 
Pie?rei :N4 ^ Québec en 1785 et ordonné, en 18.08, il 
, était . enppre jefinq. -.Quoiqu'il ne pût pas se livrer à 
n'importe quel gen;re de ministère, il .fu,t toutefois 
d'une notable utilité . h «son hôte. Il ne confessait 
pas» ni ne' prêchait, mais se montrait tout d^évoué.à 
catéchiser les enfants. . C'est ce en quoi il a reqdu 
le. plus de services. Arrivé à, là fin de décembre 
. 18^8, il est parti v^rs la mi-février 1830. J[l n'avait 
étéjusqu^-là que vicaire à Saipt-Eustache, à Sain t- 
]paurent;pFès-Montré^l,'à f /Assomption, à âaint-Hya- 
cipthe et au Cap-Santé. Il est allé mourir à Sain t- 
Eierre-d'Orléans, le 13 février 183"9, à l'âgé de ciu- 
quapte-trpis ans (^). , .^ , . / 

, M. Birs, nommé vicaire à Saint-Denis au com- 
me^cemen.t d'avril 1832, est le s^nl prStr4f que M. 
Bédard a eu auprès de lui en cette qualité. Depuis 
qjuelq]ie temps déjà, celui-ci demandait du secours 
en vain! ".A, soixante à^is, ftoupîrait-il, on veut que 
je fasse le double et le triple de ce que j'ai fait à 
trente" (3^. . En effet, , son ' embonpoint, qui avait 
au'j^^menté avec l'âge le rendait maintenant pluslpurd ; 

' ' '{x"^ -*• Archives dt P-archevêchi'de M9htrêak 

(2) — T9.ngM2iy^ Répertoire gén, du clergé canad Un f i"]!. 

(3) — Archives de Vlviché de ^,' Hyacinthe, 



380 BISTOIRX DE 

Ta rieillesee l'avait aua« courbé en même temps. 
L'ôrSqne, entendant enfin ses cris de détresse, ordonna 
Pabbé Etienne ISrs, le premier avril 1832, et te lui 
envoya immédiatement. Ce jeane abhé était né à 
Boucberville, le Itj octobre 1808. Courageux et de 
robuste complexion, il a assisté M. Bédard à son 
entière satisfaction pendant ses detix derni&res années, 
puis l'a supftiéé complMcment dans le soin de la 
paroisse depuis son tUcë» jusqu'à l'arrivée du succes- 
aeur, à ta Saint-Michel de 18S4. Ensuite il a exercé 
le saint ministère en divers ei>droit8 surtout comme 
enré. Il est mort relire à Varennes, en mai 1883, et 
a été inhumé a» séminaire de Saint-Hyacinthe, dont 
il avait été autrefois le procureur. 

Le 21 octobre 18$1, Mgr Panet expédie k M. 
Bédard des lettres d'archidiacre. Mais eolui-ci lea 
retourne aussitôt, se déclarant incapable de remplir 
les fonctions de cette charge. L'évdque les lui réa- 
dreese dans le coore de l'hiver suivant et cette fois le 
curé les accepte. Deux ans plus tard, ce dernier fut 
créé grand-vicaire aux applaudissements des curés du 
district. Seize ans auparavant, eux-mêmes on leurs 
prédécessGurs avaient f»it des démarches pour obtenir 
cette faveur, trouvant fort incommode iie n'avoir pas 
de successeur à M. Cberrier dans le grand-vicariat (I). 
C'est le 28 avril 1834 que M. Bédard reçut sa nomi- 
nation. 

Mais tontes ces distinctions arrivaient à la dernière 
heure ; à(;]k les instants du bon curé étaient comp- 
tés. [I avait pu passer, avec le secours de son vicaire, 
à travers l'épidémie du choléra de 1832, mais le retour 
ilo la coi>tagion en 1834, quoique moins désastreux 
•ine sa première apparition, devait s'attaquer à lui et 

(1) _ AicÀhfi de FMihl de S.Hyacinthi. 



SAINT-DENIS-6UR-RICHBLIBn 387 

l'emporter. Un jour, en revenant du chevet d'un 
moribond, il se sent frappa. Quelques heures aprës, 
ses prévisions s'étaient réalisées, le terrible mal l'avait 
foudroyé. La plupart des gens apprirent sa mort 
avant sa maladie. C'est le 23 aoât 1884 qu'il a ainsi 
rendu son âme à Dieu, au milieu des plus atroces dou- 
leurs, qui cependant n'entravërent point sa prépara- 
tion à l'éternité. Il fut secondé dans cette œuvre 
suprême par son vicaire et parle curé de Saint- Antoine, 
accouru à la première alarme. 

Des le lendemain, on procéda aux funérailles sans 
apparat. Quelques-uns mâme des paroissiens étaient 
d'avis qu'on ne devait pas entrer le cadavre dans 
l'église, tant était profonde la terreur en ces jours 
d'épreuve ; mais la majorité se prononça en faveur 
d'une exception pour le pasteur, et on lui célébra un 
service le corps présent. M. Antoine Manseau, curé 
de Contrecœur, le chanta au milieu d'un nombreux 
concours de peuple ; dans le chœur, on remarquait 
tons les prêtres que la précipitation des événements 
avait permis d'avertir. Ces représentants du clergé 
étaient MM. Alinotte, curé de Saint-Antoine ; Bélan- 
ger, de Saint-Ours ; Demers, de Saint-Marc ; Blan- 
chet, de Saint-Charles ; Cusson, de Saint-Jude ; Prince, 
directeur du collège de Saint-Hyacinthe ; Ménard, 
vicaire à Sorel ; et Birs, desservant (1). 

M. Bédard était décédé à l'âge de soixante-un 
ans, dont trente-huit de sacerdoce et dix-sept consa- 
crés à Saint-Denis. Il est le deuxième curé de l'en- 
droit mort dans l'exercice de ses fonctions et inhumé 
dans la paroisse. 

Ses restes mortels ont été déposés dans le caveau 
de l'église, à côté de ceux de son illustre prédéces- 
seur, M. Cherrier. 

(I) — Registres dit baptimts^ mariages et sépultures de S,- Denis . 



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ÇHAPITR]Ç XXXIII 



Les jourè de* prospérité matérielle de Saint-Denis. 

Son commerce. Ses diverses industries. 3a 

première banque. Lg navigsition. 

1792-1837. 



A la fin du règne de M. Bédard et à la veille des 
désastres de 1837, Saint-Denis était au faîte de sa 
prospérité matérielle. Jamais pareille abondance de 
vie n'avait coulé dans ses veines. L'endroit était en 
réalité la métropole de tout un district, qui vers l'est 
allait jusqu'à renfermer la ville actuelle de Saint- 
Hyacinthe. A cette époque, ce n'étaient pas les che- 
mins de fer qui déterminaient les centres, il n'en exis- 
tait nulle part au Canada ; ce rôle était dévolu pres- 
que exclusivement aux cours d'eau navigables, et 
le village dyonisien a dû à son port ses années de 
si grande importance. La construction des voies 
ferrées a malheureusement dérangé bien des plans 
d'autrefois, et Saint-Denis, pour sa part, en a été une 
des victimes (1). 

Aujourd'hui c'est Saint-Hyacinthe qui possède ce 
dont Saint-Denis a connu les brillants débuts. 



(i) — Saint-Denis, en 1887, a un moment nourri l'espoir d'être 
doté d'un chemin de fer. Cette année- là, en efTet, le 16 avril, le conseil 
municipal votait un bonus de $io,oûoau Grand-Oriental pour l'engager 
à traverser le village dyonisien sur son parcours de Montréal à Nicolet. 
liCS contribuables ont approuvé cet acte d'heureuse politique, les 12 et 
13 mai suivants ; mais au grand désappointement de tous la montagne 
en travail ne produisit rien. Archives de la municipalité civile de S,' 
Denis. 



340 HISTOIRE DE 



L'ancienne place, d'ailleurs, manquant de pou- 
voirs hydrauliques, devait s'attendre à être tôt ou 
tard dépouillée de ses industries ; mais les néfastes 
événements de la révolution à main armée a précipité 
les prévisions. 

Le gros commerce de Saint-Denis, avant l'instal- 
lation de ses différentes industries, a consisté en celui 
du grain, surtout du blé et des pois (1). Le long de 
la rivière s'étalaient de vastes entrepôts. Pierre Gné- 
rout, Henri Laparre (2), Joseph Cartier (8), Olivier 

(1) — Voici quelques chiffres donnant une idée de la production du 
grain dans les limites de S. -Denis à ses divers âges : en 1769, blé 13,000 
minots, pois 200 m., avoine 1,400 ra., orge 60 m. ; en 1834, blé 19,000 
m., pois 8,000 m., avoine 11,000 m. ; en 1846, blé 11,000 m., pois 
1,600 m., avoine 2,700 m., orge 8,000 m.. Archives de Péglise de S,- 
DenU, 

(2) — Henri Laparré, né en 1758, était déjà marchand à S.-Denis 
en 178t. Sa femme, Josephte Hubert, est décédée, le 20 mai 1805, à 
l'âge de 44 ans. Lui-même l'a suivie dans la tombe, le 1 1 janvier 181 6. 
Il laissait 4 enfants : i—Perrine, mariée le 15 octobre 181 1 avec Joseph 
Cartier, marchand de S. -Antoine, fils de Joseph Cartier, marchand de 
S. -Hyacinthe, et de Marie- Anne Cuvillier ; noyée â S.- Antoine dans le 
Richelieu, près de sa résidence, le 25 mai 1834, victime d'un accès de 
somnambulisme ; 2 — Angélique, épouse de Frs Paré, marchand de 
Saint-François-du-Sud ; 3 — Luce, épouse d'Ignace-Gaspard Boisseau, 
notaire à Montmagny ; 4— Hubert, né en 1792, marié à S. -Denis avec 
Esther Bettez le 23 décembre 181 7, successeur de son père dans le com- 
merce ; décédé le 30 janvier 1836. Sa femme est morte, le 19 fév. 1844, 
à l'âge de 50 ans. Registres des baptêmes^ mariages et sépultures de S^- 
Denis, 

(3) — Jos. Cartier, fils d'un marchand de poisson de Beauport, vint 
d'abord s'établir à S. -Denis, pendant que son frère Jacques se fixait à 
S. -Antoine. Tous deux commencèrent par être les agents de leur père. 
Plus tard ils trafiquèrent à leur seul bénéfice. Jos., voyant ses entreprises 
prospérer, transforma son comptoir de S. -Denis en succursale et trans- 
porta son principal centre d'affaires à S. -Hyacinthe vers 1793. Frs 
Coupy, que Cartier appelle joyeusement son *< courtier contrôleur dans 
la vice-amirauté du bureau des finances de S. -Denis", fut son commis 
sur les bords du Richelieu. Dans la suite, Cartier a abandonné ce com- 
merce compliqué pour devenir simple marchand ordinaire à S. -Antoine. 
Il est le grand-oncle de Sir Geo.-Etienne Cartier et le bisaïeul du sei- 



SAINT-DENIS-8UR-RICHBLIEU 341 



Chamard et Nicolas Mënéclier (1) en dîrîgërent 
les principaux, mais on en compta aussi plusieurs 
autres (2). Des magasins considérables étaient par- 
tout annexés à ces établissements, et Ton venait de 
loin s'y approvisionner, en apportant ses céréales (3). 
C'est au printemps seulement, à l'époque des eaux 
hautes, que s'effectuèrent d'abord les échanges avec 
l'étranger ; des chalands remontaient de Québec pour 
vider les hangars et remplir leurs comptoirs de mar- 
chandises nouvelles. Ce trafic créait déjà passable- 
ment d'animation dans la localité ; mais il y entraîna 
bientôt beaucoup d'autres sources d'activité. 

Vu la prospérité grandissante du village, ses 
moyens de comrauniciition ne tardèrent pas à s'amé- 



gneur Jos. Cartier, de S. -Antoine. Archives de Aï, Jacq, CartieTf de 
S. -Antoine. 

(1) — Nicolas Ménéclier de Moranchaud, âgé de 32 ans et négo- 
ciant de S.-Uenis, y épouse Angélique Meyer, Âgée de 29 ans le 5 fév. 
ï 793* Registres des baptêmes ^ mariages et sépultures de S.- Denis, 

(2) — Voici la liste du plus grand nombre des marchands de Saint- 
Denis depuis sa fondation jusqu'en 1840, avec l'année de leur entrée 
dans le commerce à notre connaissance : 1742, Jos. Roy ; 1750, notaire 
Jehanne ; 1752, Jos. Paradis ; 1753» Chs Beaurivage ; 1759, Michel 
Battu ; 1761, notaire Courville et Chs-Frédéric Curtins ; 1763, Pierre 
Brunet ; 1769, Frédéric-Ls Hlackford ; 1770, Samuel Jacobs ; 1780, 
\Vm Gunn ; 1781, Henri Laparre ; 1782, Ths Jacobs et Chs Maillet ; 
1^87, Jos. Cartier ; 1791, Germain Lespérance ; 1793, Nicolas Méné- 
clier ; 1794, P. -G. Guérout ; 1797, Ls-Edouard Hubert ; 1802, Séra- 
phin Cherrier ; 1804, Jos. Thibodeau et J.-Bte Masse ; 1807, Donald 
Fraser ; 1817, Hubert Laparre ; 181 8, Olivier Chamard ; 1824, Jos. 
Raymond ; 1828, Pierre Hruneau ; 1833, Chs Olivier ; 1838, Nazaire 
Thibodeau ; 1840, Geo. Steiger. 

(3) — Bouchette dit en 1815 qu'à S. -Denis, *' entre la principale 
rue et la rivière, il y a de vastes magasins, qui servent principalement 
de greniers, où l'on amasse une grande quantité de blé des seigneuries 
adjacentes pour l'exporter, attendu que les terres, à plusieurs lieues des 
environs de cet endroit, passent pour les terres les plus fertiles en grain 
de tout le district de Montréal ". Description topograpkique de la pro- 
vince du Bas-Canada^ 217. 



342 



HISTOIRE DB 



lîorer ; ce progrès s'imposait. Les barges du com- 
mencement durent donc se résigner à subir de la com- 
pétition (1). Dès 1884y trois bateaux à vapeur même 
se faisaient ambitieusement concurrence, en exécutant 
chacun régulièrement deux fois par semaine, aller et 
retour, le voyage entre Saint-Denis et Montréal. Ces 
navires, de modestes proportions à cause du peu de 
profondeur du chenal, étaient ^' La félicité du Biche- 
lieu ", Le Montréal " et " L'Edmond-Henri '' (2). 

Cet heureux état de choses ne s'est toutefois 
maintenu qu'un petit nombre d'années ; le calme plat, 
qui suivit 1837, a achevé d'y mettre fin (8). En 1845, 



(I)' — Le vrai progrès néanmoins sous ce rapport ne s'est opéré qu'à 
partir de 184S, après la construction de Técluse de S. -Ours, qui a relevé 
le niveau de la rivière jusqu'à Beloeil. Le canal de Chambly, creusé en 
même temps, a achevé de transformer tout le cours du Richelieu en une 
excellente voie navigable entre le S. -Laurent et les Etats-Unis. Le 
canal de Whitehall permet même à nos divers navires richelois d'aller 
aujourd'hui jusqu'à New-York par la rivière Hudson. Aussi le traBc, 
qui s'effectue par cette voie entre les deux pays voisins, est-il assez con- 
sidérable. C'est par là que s'expédie une grande partie de nos riches- 
ses forestières. Turcotte, Le Canada sous rUnion^ II, 156. 

(a) — Vécho dupays^ journal publié à S. -Charles -sur- Richelieu", 
I mai et 12 juin 1834.— Le capitaine de <* La félicité du Richelieu " était 
alors Christophe Decelles, et celui du ** Montréal ", Ed. Lespérance. 
Ibid.. — Ces bateaux, dans le temps des eaux basses, avant la construc- 
tion de l'écluse de S. -Ours, ne pouvaient accoster à S. -Denis qu'à un 
quai de l'Ile Madère, où l'on se rendait du village dyonisien à gué. 

(3) — MM. Jodoin et Vincent, dans leur Histoire de Longueuil (ip\^, 
548 et 549), racontent qu'en 1833 il se forma une compagnie presque 
exclusivement longueuilloise, qui construisit le vapeur ** Union canadi- 
enne"* Bâti expressément pour la traverse de Longueuil, il a tenu cette 
ligne, Içs saisons 1834 et 1835. Puis la compétition le forçant de déguer- 
pir, il s'en alla prendre le service entre Chambly, S. -Denis et Montréal 
en 1836 ; Victor Chénier en était alors le capitaine. Incendié peu après 
au quai de Chambly, l'infortuné vaisseau vit ses machines achetées par 
un Dyonisien, qui les installa comme pouvoir moteur dans un moulin à 
farine. Evidemment les machines en question jouaient de malheur, le 
moulin fut à son tour détruit par le feu, et elles-mêmes furent vendues pour 
retourner à la navigation sur *• le David- Ames", qui a repris le service 



SAINT-DBNIS-SUR-BICHELIEU 343 



les habitants de la vallée, étant retombés en souf- 
france, se formaient, avec Sincennes à lear tête, en 
une puissante association, connue sous le nom de 
" Compagnie du Richelieu ", pour fie doter indépen- 
damment d'une ligne de navigation. De la sorte ils 
ont aussitôt rétabli les anciennes relations avec Mont- 
réal (1) et les ont même étendues à Québec (2) ; 
aujourd'hui, s'étant amalgamée avec une concurrente 
du Haut-Canada, sous la raison civile de **' Compagnie 
Richelieu et Ontario ", la société domine en maîtresse 
sur tout le réseau du Saint-Laurent. 

Livrée par ce dernier arrangement à une majorité 
d'actionnaires étrangerp, la compagnie n'a pas tardé à 
se montrer sans égards envers ses promoteurs riche- 
lois. Les prix de billets et de transports devinrent 
exhorbiiants pour eux. Si bien qu'on en arriva à les 
exaspérer et à les déterminer de fonder une compa- 
gnie en opposition avec la première. Son organisa- 
tion terminée, ils achetèrent le ^* Cultivateur" (3) 
pour la somme de quarante-huit mille piastres, dont le 



de la traverse de Longueuil en 1843. Ce vaisseau devenu vieux fut radoué 
et rebaptisé du nom de ** Sainte- Marie ". Enfin tumbé de vétusté, il a 
passé ses vieilles machines au remorqueur ** Hector ". Telle est l'odys- 
sée des endurantes machines de 1' *' Union canadienne *', — Après ce der- 
nier bateau, c'est le •* Trois- Rivières *', qui desservit la rivière Riche- 
lieu, jusqu'à Torganisation de la *< Compagnie du Richelieu *\ 

(i) — Le premier bateau, que la compagnie nolisa pour relier le 
Richelieu avec Montiéal s'appelait le ** Rich.lieu". Il fai remplacé par 
le **Chambly"en 1871. 

(2) — Turcotte, Le Canada sous P Uninn^ II. 374 et 384. 

(3) — Le ** Cultivateur " étant d'un trop fort tonnage pour le Riche- 
lieu, la compagnie antagoniste le mit de service entre Mtmtréal et Trois- 
Rivières au bout d'un an, et loua le '^Milford" pour le Richelieu en 
1876. Pendant ce temps là, on construisait le '< Héros " au prix de 
$10,000, dont S. -Denis fournit le cinquième. Ce dernier bateau fît 2 
ans de service. Après quoi la plus puissante compagnie acquit tout le 
matériel des opposants à 50 sous dans la piastre. 



344 HISTOIRE DE 



quart fut payé par les gens de Saint-Denis et, en 1875 
ils le placereîit sur le chemin du " Chambly " (1), qui 
occupait déjà sa ligne actuelle depuis quatre ans. Les 
mécontents ne purent soutenir la lutte plus que quatre 
ans. La vieille compagnie détenait les droits du 
plus fort, puisqu'elle était mieux appuyée par ses capi- 
taux ; elle alla, pour tuer sa rivale, jusqu'à transpor- 
ter les passagers à Montréal depuis n'importe quel 
point des rives du Richelieu pour dix sous. L'autre 
maintenait ses prix à quarante sous et entendait être 
encouragée. Les embarquements ne s'effectuaient 
qu'au milieu des bravos et des huées, dans tous les cas 
au milieu de scènes toujours désagréables. Ces désor- 
dres ne cessèrent qu'avec la liquidation de l'associa- 
tion antagoniste, en 1879. Alors ses courageux 
actionnaires perdirent la moitié de leurs déboursés. 

Le résultat de tonte cette affaire fut que la compa- 
gnie combattue n'exigea dans la suite que des tarifs 
modérés et ne tyrannisa plus ses voyageurs même 
pour les paquets qu'ils portaient sous leurs bras. 
Actuellement de toutes les paroisses richeloises on va 
à Montréal pour le prix asse^ peu élevé de soixante- 
quinze sous. 

Le branle, imprimé à la prospérité du village de 
Saint-Denis par le commerce de grain, créa vite comme 
un affolement parmi les Dyonîsiens. On croyait à la 
fondation d'une florissante ville en peu d'années. 
Sous ce rapport, on a certainement présumé, mais on 



(I) — Le "Chambly", qui faille service sur la rivière Richelieu 
depuis 1871, est un joli bateau de 657 tonneaux. — Outre le "Chambly", 
il y a pour l'accommodation de S. -Denis le " Saint-Antoine ", élégant 
l^etit vapeur, propriété particulière de M. Fecteau de S. -Antoine, qui, 
depuis une d'zaine d'années, exécute le trajet, aller et retour, tous les 
lundis, jeudis et samedis, entre S. -Denis et Belœil, correspondant avec 
les trains ré^ulierb du Grand-tronc, le malin et le soir. 



Vmt. MEI.SOW a cie. 
■j 













Un dos ;i8âigiKit!^ (le la ilistillerie de Sainl-Deiil 



SAINT-DENIS-SUR-RICHELIEIJ 845 



calcalait sans le soulëvement de 1837, qa'il était dif- 
ficile de prévoir. 

Les industries ont débuté lentement.à Saint-Denis 
par diverses boutiques particulières, où ne travailla 
d'abord qu'un maître en son métier et plus tard un 
patron avec un ou plusieurs apprentis ; c'est le com- 
mencement inévitable de tous les centrep. Le cor- 
donnier arriva le premier en 1738, puis le menuisier 
en 1767 (1), le forgeron en 1772 (2), le sellier en 
1795 (3) ; les maçons, lestanneurs/les orfèvres, même 
tes photographes vinrent ensuite. 

Mais la première industrie qui a pris une certaine 
extension dans la localité est celle de la poterie. A 
son âge d'or, en 1837, fumaient jusqu'à une vingtaine 
de ses fourneaux dans le bas du village. Il n'y avait 
toutefois le plus souvent qu'un ouvrier par établisse- 
ment. On y fabriquait des terrines, des cruches, des 
plats et des pots de toutes dimen^ions. Ce sont les 
grandes usines de grés et de ferblanterie de Montréal 
et de Saint-Jean-sur-Richelieu, qui ont administré de 
coup de grâce à cette industrie dyonisienne. 

Vers 1825, se construisit à Saint-Denis la plus 
considérable chapellerie du Canada. On n'y confec- 
tionna d'abord que des coiffures de haute forme 
nommées castors ; c'était le couvre-chef favori de nos 
ancêtres pour les circonstances solennelles. Inutile de 
se demander après cela pourquoi il était plus répandu 

(I) — Le premier menuisier île S. -Denis a été Michel Langlois- 
Germain ; le second, Ignace Bourassa, en 1773. venu de Qrébec ; le 
troisième, Jos. Gauthier, en 1776, marié en secondes noces avec Marie- 
Ursule Allaire, fille du capitaine de milice Etienne Allaire* 

(2) — Les premiers forgerons ont été Antoine et Chs Urolet ; 
Antoine Masse en a été le troisième, en 1774. Alors ils faisaient crier 
le dimanche, à la porte de Péglise, quel jour ils banderaient les roues, 
afin de ne pas allumer leur feu pour rien. 

(3) — L; premier sellier de S. -Denis a été Jacques Thomclette. 



346 HISTOIRE DB 



dans notre région que dans les antres parties du pays. 
Mais les chapeaux de feutre ayant h la fin commencé 
à sMntroduire dans nos cam^iagnes, il fut jugé à pro- 
pos de leur accorder une place dans la manufacture 
à cAté de la marchandise primitive. (Det établisse* 
ment, dû à l'initiative de Charles Saint-Germain (1), 
aidé d'une compagnie organisée à Saint-Denis même, 
employait une trentaine d'hommes. Les soldats anglais 
l'ont incendié en février 1838. On l'a relevé de se.*^ 
ruines quelques années plus tard, mais ses succès 
étaient finis. C'est vers 1852 que le feu, rasant de 
nouveau l'édifice, a finalement ruiné cette industrie sur 
les rives du Richelieu. 

Et la distillerie ; il faut bien en dire nu mot aussi, 
puisque l'on ne peut entendre parler de la rébellion de 
1837 à Saint- Deîiis sans apprendre qu'il en fonction- 
nait une dans la localité. Bâtie par Nelson, Kiniher, 
Louis Deschambault et compagnie, vers 1830, elle 
était alors en pleine activité. L'eau de vie qu'elle 
fournissait grattait fort, paraît-il, le gosier de nos 
aïeuls, et elle a gi'andement servi à stimuler certains 
courages défaillants lors de l'échauffburée. Ses excel- 
lentes affaires jusque-là lui avaient permis d'émettre 
des assignats pour remplacer le nurnéraire sonnant, 
qui manquait à cette époque. Ces billets promissoi- 
res étaient reçus partout dans le district à l'égal de 
garanties des plus solides banques. Dans ceci encore 
les malheureux troubles ont tourné les cartes, et le» 
gens subirent autant de pertes qu'ils avaient de ces 
valeurs nominales en mains. L'usine, qui employait 
continuellement une douzaine d'hommes, a été réduite 
en cendres par la soldatesque anglaise en 1837. Sous 



^1) — Un autre Saint-Germain, son parent, dirigea aussi à S.-Denis 
un "jnculin à cardes", ver^ 1837. 



SAINT-DBNI6-SUR-RICHELIEC 847 



le rapport matériel, c^étaît une calamiti^, ruais non au 
point de vue moral. Heureusement que la prédica- 
tion de la tempérance a bientôt combattu le mal, 
qa'avait trop favorisé rétablissement. L'industrie ne 
s'est pas relevée de ses ruines. 

François Gad bois, habile et entreprenant menui- 
sier, se laissant entraîner par le courant du progrès, 
ouvrit tine importante carosserie dans le voisinage de 
la distillerie, à peu près en même temps. Une dizaine 
d'ouvriers y travaillaient continuellement. On n'en 
wrfit h l'origine que des cabs, puis toutes sortes de 
voitures. En 1837, cette maison jouissait, pour l'écou- 
lement de ses produits, de magnifiques débouchés tant 
à Montréal et à Québec que dans le Haut-Canada. 
Survivant à l'insurrection, elle a continué de subsister 
jusque vers 1873, mais avec des alternatives de succès 
et de revers ; elle ne pouvait éviter de se ressentir de 
la dépression des affaires dans la localité. 

A côté de 068 manufaotun^s plus considérables, il 
y en avait une d'huile de lin, dirigée par le père (1) 
de Mgr Sabin Raymond, derrière le presbytère ; on en 
voyait également une d'horloges antiques, toutes 
en bois, et de rouets. Ces deux dernières industries 
étaient la propriété de la famille Paradis. 

Sous l'empire de l'enthousiasme qu'engendrait le 
progrès constant de Saint- Denis, on se demanda s'il 
ne fallait pas dans la future ci:é une place publique 
pour les grandes comices, un marché pour la régula- 
risation du commerce de denrées et un bon bateau tra- 
versier ? Deschambault, Séraphin Cherrier, Nelson et 
autres résolurent les deux [premières questions en ache- 
tant un joli terrain central et en y élevant aussitôt un 



(i) — Ce père de Mgr Raymond, nommé Joseph, tint également 
une potasserie pendant quelque temps à S. -Denis. 



348 HISTOIRE DB SAINT-DENIS 

élégant abri avec étaux^ comptoirs et bancs. Tout 
cela s'est exécuté au moyen de souscriptions volon- 
taires, vers 1832. 

Quant aa projet de faciliter le passage de la rivière, 
il fut confié aux soins de Christophe Marcbessaull, de 
Saînt-Ântoine. Celui-ci imagina une plate-forme sur 
deux robustes chaloupes accolées, pouvant embarquer 
deux voitures à la fois. Pour mettre cet échafaudage 
en mouvement entre les deux rives, il lui avait adjoint 
deux roues palmées, que faisait fonctionner un cheval 
sur un manège. Et dire que l'invention a été environ 
dix ans en honneur ; ^es pouvoirs moteurs, Fampand 
et Riquette, que la dureté du métier tint toujours fort 
maîgres, n'eurent pas lieu de s'en réjouir, car c'est à 
eux qu'échut le plus long service pendant ce laps de 
temps. 

Alors on ne songeait pas aux fils de fer comme 
aujourd'hui pour simplifier la besogne. 




CHAPITRE XXXIV 



Antécédents et arrivée du cinquième curé. M, 
* Demers. Son refus de l'épiscopat. 
I«e deuxième presbytère. 
1834- 1836. 



L'abbo François-Xavier Domcrs, fils d* Alexis 
Deniers et de Catherine Roy, est né à Montréal, le 
vingt-deuxième jour du mois de Marie 1791. Dieu, 
qui avait des vues particulières sur cet enfant, lui avait 
choisi une excellente mère. Aussi, quand il entra au 
collège de sa ville natale, à Tftge de treize ans, était-il 
parfaitement préparé à bénéficier des exemples et des 
enseignements du corps professionnel de cette institu- 
tion.. Dès lors il acheva de poser les bases de sa vie 
constamment édifiante. Sa régularité était irrépro* 
chablc. Sachant par ses prières attirer la rosée du 
ciel sur son heureuse mémoire et son jugement plus 
sûr encore, il a obtenu des succès aussi solides que 
brillants durant les années de sa formation tant comme 
écolier que comme ecclés^iastique. 

Pendant sa cléricnture, il fut tout à la fois élève 
et directeur de dusse à son aima mater. Ayant revêtu 
la soutane à l'automne de 1811, il a été tonsuré dans 
l'église paroissiale de Montréal, le 17 septembre de la 
même année, et ordonné prêtre dans la cathédrale de 
Québec, le 9 octobre 1814, fête de saint Denis (1). 

Le surlendemain, il se rendait à Saint-Charles-sur^ 



(I) — Archives de P archevêché de Qufbec. — M. Demcrs a été promu 
aux ordres moindres à l'Hôpital -Général de Montréal, le 27 sept. 181 2) 
et au diaconat dan» l'église de Nicolet» le 24 sept. 7^14. Ibid.. 



350 HISTOIRE DE 



Bichelieu avec le titre de vicaire, mais en réalité pour 
âtre aussitôt desservant, le curé, M. P. Robitaille, étant 
déjà absent comnie aumônier des troupes. Il fit donc 
bravement seul ses premières armes dans le saint 
ministère. II réussit si bien qu'au retour du curé, à 
la fin d'avril 1815, il fut envoyé à Châteauguay dans 
les mêmes conditions. II fut desservant de cette 
paroisse jusqu'à la fin de juillet suivant. 

Alors le jeune prêtre, encore dans sa première 
année de sacerdoce, ayant fourni les preuves de son 
esprit sérieux, on lui demanda sans retard celles de 
son amour pratique pour Dieu en lui confiant la mis- 
sion de toute la côte sud-est de la Oaspésie, depuis 
Bonaventure jusqu'à Percé. Il fallait être jeune et 
vieux tout ensemble pour remplir ce poste, avoir la 
force corporelle et l'ardeur du jeune bomme en même 
temps que le savoir et l'expérience du vieillard. Peut- 
être l'évêque ne fit-il jamais un choix plus judicieux. 
M. Demers fut muni de pouvoirs extraordinaires et 
partit pour le golfe dans le cours du mois d'août (1). 

Là-bas, il fut quatre ans censé résident à Boua- 
venture ; mais de fait il fut la plupart du temps en 
courses apostoliques. Vie épuisante pour la santé, 
existence à laquelle les missionnaires ne pouvaient le 
plus souvent tenir que quelques années. M. Demers, 
qui ne jouissait ]>as d'une très robuste constitution, 
revint malade à l'automne de 181!^ 

/ Il lui aurait fallu du repos après ces fatigues, mais 
il ne le demandait pas, et l'évêque de son côté n'avait 
pas à lui offrir un poste, où il eût pu se remettre 
doucement de son surménage tout en n'arrêtant pas 
complètement. Dans ces conjonctures, l'autorité lui 
assigna la cure de Baint-Luc, dans le haut de la vallée 



(I) — Archives de P archevêché Je Québec n 



8AINT-DBNI&-SDR-RICHKLIBn 851 



du Richelieu. Le territoire que l'on mettait sou» ea 
juridiction n'était guère peuplé, mais il était vaste. 
Les gens des paroisses embryonnaires d'ibervillc et de 
Saint- Jean en relevaient. Il fut deux ans à cette 
position, où il no recouvra qu'en partie ses forces per* 
dues. Il n'en fut tiré toutefois qu'à son extrdûie cha- 
grin dans l'automne de 1821 pour être placé sur un 
véritable champ de bataille, à Saint-Grégoire, près 
Nicolet. En effet, il y avait dans cette paroisse un 
groupe de lutteurs décidés, qui ne semblaient avoir 
d'autre but que d'entraver le bien de leur pasteur, des 
Gros Jeans qui voulaient en montrer à leur curé. M. 
Desforges avait précédemment occupé la peu enviable 
position pendant seize ans. L'évâque avait écrit à 
celui-ci en l'y nommant : *^ Ménagez l'esprit turbu- 
lent de ce peuple ; méritez sa confiance ; soyez ferme 
et doux, vous aurez Hvec lui la paix, et vous en ferez 
de fervents chrétiens " (1). Ces conseils, peu faciles à 
traduire en pratique avec des gens qui ne cherchaient 
qu'à être désagréable^^, ont-ils été suivis ? Nous l'igno- 
rons ; mais ce qui est parvenu à notre counnaissance, 
c'est qu'il n'avait obtenu aucun succès dans l'œuvre 
de la pHcification dos paroissiens mal disposés. M. 
Desforges remettait sa cure à l'évêque dans les der- 
niers jours de septembre 1821 et s'en allait chercher 
aux Trois-Riviëres, dans la retraite, le repos qu'il 
n'avait jamais trouvé à Saint-Grégoire. II partait 
la douleur dans l'âme et en est mort un an plus tard, 
le 17 décembre 1822, à Tâge de ciuquaiite-neuf ans. 

M. Demers, toujours défiant de ses propres capa- 
cités, ne recueillait sa succession à Saint-Grégoire 
qu'avec crainte, persuadé que là où son prédécesseur 
avait échoué, il ne manquerait pas d'empirer Tétat de 

<i) — Archives de Parchet'hhé de Québec* 



352 HISTOIRE DE 



choses déjà si peo fert île en attraits. Mais ses prév^is^atis 
ne se sont pas réalisées. Esprit coneilinteur au plus 
haut point, H a vu ses efforts couronnés. Continuel- 
lement sur ses gardes, il semblait toujours dire oui, 
tout en ne baissant jamais i^avillon, quand ii s'agissait 
de quelque droit à sontenir. En moins de dix ans, il 
avait fermement ramené la paroisse dans la ferveur 
do ses premiers jours. 

L'évèque avait eu Vosi\ ouvert sur ses succès et 
n'en avait pas attendu lo plein épanouissement i>our 
apprécier celui qui les obtenait. Aussi quand, au bout 
de quatre ans, Mgr Panet a eu besoin d'un succes- 
seur dans sa paroisse de la Rivi&re-Ouelle, qui con> 
portait un grand-vicariat, a-t-il pensé aussitôt :\ M. 
-Dcmers, malgré la jeun esse de ce dernier ; celui-ci 
n'avait encore que trente-quatre ans. Sur les rangs 
également étnient : les curés Mignault, de Chambly, 
Oaulin, de L'Assomption, et Bruneau, de Yerchëres. 
Le curé de Saint-Grégoire, ayant refusé pur motifs 
d'humilité, ses rivaux se virent supplanter par M. 
Vian, de Saint-François-dn-Sud. 

M. Demers passa encore six uns à Saint*Qré- 
goire, aprës quoi il reçut sa nomination à la cure de 
Boncberville, en septembre 1881. Excellente promo- 
tion, humainement parlant. Boucherville, l'ancienne 
])aroisse préforée des seigneurs, la riche colonie du 
pins noble de nos ancêtres canadiens, le centre catho- 
lique de haut renom, allait être un agréable séjour et 
une consolation surtout pour un enfant de Montréal, 
qui n'avait été jusque-là appelé qu'à travailler au loin. 
Quel rêve d'or pour le nouvel olu ! pensa-t-on ; mai» 
on se trompait, il n'eut qu'un cauchemar. L'état 
avancé d'instruction et de vertu de cette localité l'ef- 
fn«ya ; il ne se croyait pas capable d'en être le direc- 
teur. Tout de même sur la volonté de son Ordinaire, 



8AINT-DENIS-SUK-RICnBL1 EU 858 



H se résigna. Mais à peine y était-il installé qu'il sen- 
tit renaître son ancienne débilité physique. Le 9 
février 1832, il écrit à Mgr Panet : " Je croîs témoi- 
gner à Votre Grandeur l'inquiétude que je continue à 
ressentir sur l'état de ma santé. Quoique je n'éprouve 
plus aucune douleur, mes forces sont diminuées, et 
l'expérience du passé doit me faire craindre que cet 
état de faiblesse ne dure longtemps. C'est la quatrième 
ou cinquième fois depuis cinq ans, que je passe par 
cette maladie. Cette année elle a été plus violente que 
jamais. Les médecip.s sont certains que, des que 
j'éprouverai trop de fatigues, je retomberai" (1). 
Puis il exprime le dénir d'un changement. L'évoque 
lui répond, le 5,5 suivant : " Il m'aurait été bien 
agréable de vous voir conserver votre poste ; mais 
comme vous ne pouvez l'occuper qu'au détriment de 
votre santé, je me ferai un devoir de vous placer dans 
un endroit où vous pourrez jouir du repos dont vous 
avez besoin pour rétablir vos forces. Je vais en con- 
séquence négocier ce changement avec Mgr de Tel- 
messe, et vous recevrez bientôt une lettre de mission 
pour une autre paroisse " (2). Mgr Panet songeait 
alors à Lanoraie, mais ce ne fut pas du goût de Mgr 
Lartigue, qui parla de plusieurs autres postes au curé 
malade ou qui aurait préféré même lui accorder un 
vicaire pour n'être pas dans la nécessité de le déplacer. 
A la suite de toutes ces propositions, M. Demers 
écrit à Mgr Panet : " Quoique le docteur me défende 
de travailler, je croirais cependant être capable de des- 
servir une paroisse de six cents communiants.. . . Ce 
serait avec une extrême répugnance que je retourne- 
rais à Saint-Luc. .. • Je continue à craindre qu'ici 
même avec un vicaire je ne succombe sous le fardeau.. 

(1) — Archivts de Cévéché de i>,- Hyacinthe. 

(2) — Arihives de Parehnéché de Québec^ 



854 HISTOIRE DS 



Si la chose est possible, je prierais Votre Grandear de 
me laisser avoir la cure de la Longue-Pointe . • • • ou 
encore la petite cure de Sainte-Anne " (1). 

En fin de compte, au commencement de mars, il 
fut nommé à la cure de Saint-Marc et mis ainsi au 
comble de ses vœux. 

A Boncherville, M. Deraers avait remplacé M. 
Antoine Tabean, appelé auprès Je Mgr Lartigue à 
Montréal on qualité de gran(l-vii*aire ; le successeur 
était tenu do lui payer aniuiellemcnt un tierà sur la 
dîme. 

Malgré la brièveté de son rëgnc en cette paroisse, 
Taiicien curé de Saint-Qrégoire a en le temps de faire 
décider la reconstruction du preabytëre, vieux de cent 
ans. On lui permit de prendre douze cents piastres sur 
le trésor de la fabrique pour cet objet. Mais à peine 
avait-il dressé les plans de la nouvelle bâtisse que 
déjà il était résolu qu'il partirait. 11 a abandonné 
à son succoéseur le 8oin de les exécuter, ce qu'a en 
eflTet accompli Tabbé Hyacinthe îludon (2). 

C'est le 7 murs 1832, le mercredi même des Cen- 
dres, que M. Demers s'est transporté de Boucherville à 
Saint-Marc. La joie qu'il ressent ce jour-là est tout à 
l'honneur de la place qu'il quitte, puisque c'est la 
haute opinion de la vertu de ses habitants qui avant 
tout l'en éloigne. D*un autre côté, l'avantage est à la 
paroisse qui le reçoit. Malheureusement cette derniëre 
ne jouira pas plus que deux ans de son privilège. 

A l'expiration de ce terme, la cure de Saint-Denis 
étant devenue vacante par la mort de M. Bédard, il y 
fut transféré. Le changement ne s'effectua pas sans 
résistance de la part de M. Demers. Saint-Denis, 



( I ) — Archives Je Parchn^ichi de Montréal, 

(2) — Lalande, Une vieille seipteurie^ HcuchervilU^ il 8. 



SAINT-DENIS-8UR-RICHBLIBU 355 

c'était pour lui un nonveRu Boucherville ou plutôt une 
nouvelle Riviëre-Onclle, puiB(|U'il y avait également là 
un grand- vicariat attaché à la cure, et il avait été pré- 
venu que la charge ne manquerait pas de lui retomber 
sur les épaules. Sou humilité s'alarma encore; mais 
cette fois sa santé, B*étant améliorée, ne put pas lui 
servir de prétexte pour fuir comme elle s'y était déjà 
prêtée avec tant de succès Sur les instances pressantes 
de Mgr Lartigue, il accepta et se rendit à son nouveau 
poste, jeudi le 2 octobre 1884. Les gens de Saint- 
Marc, qui avaient eu le temps de le connaître et de 
l'apprécier, le pleuraient comme on pleure un. përe. 
Ils avaient beau répéter à leurs voisins de Saint-Denis 
ce qu'était cet homme de Dieu, ceux-ci ne croyaient 
jamais de leur côté retrouver en lui le si bon M. 
Bédard. La suite leur a néanmoins prouvé que le 
curé enlevé leur avait été effectivement redonné avec 
un surplus considérable. 

M. Demers arriva à Saint-Denis avec la lettre de 
grand-vicaire, dont on lui avait parlé. Que de motifs 
n'avait-il pas allégués pour échapper à la dignité ! 
Mais ils n'ont pas été assez puissants pour détourner 
le coup qu'il redoutait. L'évèque lui écrivait en lui 
expédiant le document peu désiré : ^^ Malgré toutes 
les raisons que vous a suggérées votre humilité pour 
vous empêcher d'accepter le grand- vicariat, je ne puis 
me dispenser de vous le conférer, conformément à un 
projet que je préméditais depuis longtemps et auquel 
avait pensé plus d'une fois mon prédécesseur. ... La 
vue du bien de la religion . . • • m'engage à passer 
par-dessus vos répugnances. . • • Croyez. . . . que la 
divine Providence vous appelle à ce poste qui vous est 
confié et qu'elle vous accordera tous les secours dont 
vous aurez besoin pour vour> acquitter dignement des 



090 HlBTulRE DK 

devoirs qui vous sont imposûd" (1). M. Dimiera a 
exercé les imporlaiites fonctions de grand-vicaire tout 
le temps qu'il a été curé de Saint-Denis. 

La plus difficile mission qu'il eut à remplir en 
cette qualité a été celle de la fondation de Saint-Bnr- 
nitbé, démembrement de Saiiit-Jude, quelques mois 
seulement après sa nomination. Mgr Signay en u pro- 
fité pour encourager son trop craintif iieuteniintet se 
féliciter du bon uboix qu'il oh uvait fuit. Il lui écrit, 
le 7 février 1835 : " Je suis charmé, quoi que vous en 
disiez dans votre humilité, d'avoir trouvé l'occasion de 
mettre à profit \es ressources que la divine Providence 
me fournit dans mon nouveau grand -vicaire de lu 
rivière Chambly, et je suie loin de ni'engager à laisser 
le chandelier sons le Imisaeau " (2). 

Mgr Lurtigue, qui connaissait plus intimement le 
curl' de Suin't-Dcnis, n'en >iédait pas k Mgr Signay dans 
la bonne opinion qu'il en avait, et il ne tardera pas de 
lui en iiccorder le plus éloquent témoignage. Dès le 
5 août 1826. il uvait écrit k Mgr Panet pour le rensei- 
gner sur sou compte: "C'est, dit-il, un prêtre tris 
pieux et édifiant dans sa conduite, toujours docile à 
se» supérieurs, et se faisant aimer de tout le monde ; 
d'un génie peu commun et d'un excellent jugement ; 
très instruit, studieux et s'înstruisitnt tous les 
jours" (3). Quelques semaines plus tard, il ajoutait 
que ce prêtre, à son avi?, serait dans la suite un des 
mombroa les plus éminents du clergé canadien (4). 

A la fin de l'été 1835, il s'sgit de remplacer aux 
Trois- Ri vibres le graml-vicaire Noisenx, décédé au 
mois de novembre procèdent. L'év5que de Québec 

II) — .1-.i,:YiJir.ir,àeiV,At Je i^wZ-ft. 



SAINT-DENIS-SUR-aiCHELIBU 8ô7 

amène M. «Demers à accepter ce poste. Toutefois, 
avant de clore cette affaire, il en confère avec Mgr 
Lartîgue, sans lequel il ne veut rien décider dans le 
district de Montréal. Mais déjà ce dernier entretenait 
un tout autre plan au sujet du curé de Saint-Denis ; 
il lui fallait donc le garder dans sa circonscription. Il 
répond à Mgr Signay, qui le consulte : " Pourquoi 
déplacer de Saint-Denis M. Demer?, qui a fait tant de 
sacrifices pour s'y rendre ?» . . . Si l'on devait absolu- 
ment me l'arracher, lui quia des droits particuliers à 
mon district, où il est né et a reçu son éducation, 
pourquoi ne pas le remplacer, à Saint-Denis par M. 
Viau ?. . . . Je crois que M. Deraers ne saurait se sou- 
tenir par lui-même aux Trois-Riviëres, et que si l'un ou 
l'autre est capable, ce serait plutôt M. Viau. . . Après 
avoir engagé raoî-mêrao M. Demers à accepter Saint- 
Denis, malgré sa répugnance, il ne me conviendrait en 
aucune manière de faire la moindre démarche pour 
l'en déposséder'* (1). 

Après cela, Mgr Signaj ne donna pas suite à ses 
projets, et M. Demers resta dans sa paroisse. 

Mais quels étaient les plans de Mgr Lartigue? 
Ils sont faciles à deviner, quand on sait qu'il venait 
de perdre un coadjuteur élu, mais non consacré, dans 
la personne de M. Tabeau. Depuis l'arrivée de ses 
bulles, ce prêtre avait vu sa santé décliner rapidement 
et il était mort, le 18 mai 1835. C'est sur le curé de 
Saint-Denis que les yeux étaient ensuite tombés. 
Mgr Lartigue, devenu évêque en titre de Montréal le 
8 septembre 1836, lui apprend son choix vers la rai- 
novembre suivante, avant d'expédier son nom à Rome. 
Quel coup de foudre que cette nouvelle pour le pauvre 
grand-vicaire ! " La lettre de Sa Grandeur, répond-il 



(I) — Archives de t archevêché de Montréal, 



30B HISTOIRE DE 

le 21 du même mois, a iqU le comble k mes inquiéta- 
des et à mes autres afflictioDS, et me p4iiëlre d'an sen- 
timent de douleur qu'il m'est impossible de vous 
exprimer,... Je'iie puis m'exptiqner comment il 
soit question de moi .... Vous ne me cnnnuisacz pas. 
Monseigneur, voim mo croyez avoir plus de capacités 
que je n'en ni. Je n'iii pus Mé asanz formé, les occupa* 
lions du ministère ne m'ont jamais donné lo temps 
d'acquérir les connaissances et la science nécessaires à 
mon état. Ne snis-je pas U daii!4 l'impossibilité d'adhé- 
rer à ce qui pourrait m'être proposé ? La conscience 
ne me fuit-elle pas un devoir sacré de m'y refuser?, . . 
Je vous prie de bien faire attention au tort qu'une 
telle démarche de votre part feruît à l'Eglise" (1). 

Après cotte lettre, M. Deniers reprend le cours de 
ses occupations de curé, croyant bien finie toute cette 
affaire, lorsqu'il reçoit de l'évêque liii-raâme une invi- 
tation spéciule de se rendre h l'anniversaire de sou 
sacre, à la date du 21 janvier suivant. Le billet 
réveille tout le pusse un peu endormi et le pieux curé 
répond sous le poids de ta plus profonde douleur, deux 
jours avant de s'embarquer pour Monlréal : "Je vois 
que mon nom a été envoyé k Rome. Si l'on eàt. . , . 
demandé mon consentement, les plus vives instances 
mêmes n'auraient jamais pu me décider k accepter, et 
je n'aurais pas considéré mon refus comme le fruit 
d'une obstination que lo Ciel ne saurait approuver. 
C'est ne pas m'avoir connu que d'avoir pensé à m'éle- 
ver aux dignités et-clésiastiques. On doit comprendre 
sans doute que ce serait me rendre coupable de la plus 
grande témérité que de me charger de fonctions qui 
requièrent dos talent!', des qualités et des connaissmices 
<|iiu je n'ai point et que je sens parfaitement ne pou- 

(1) — A'ihk::' Ji rivcih/iit S.-ifyatin/k/. 



SAINT-DENIS-SUR-RIGHELIBU . 359 



voir plus avoir. Je croirais mes prières pleinement 
exaucées, s'il plinsait au Ti)nt-Fuissant d'inspirer à mes 
supérieurs de plus salutaires conseils ; mais si, par un 
secret jugement de Dieu, il en arrive autrement, j'aurai 
à craindre que ce malheur ne me soit imputé pour ne 
m'être pas assez fait connaître. On n'a jamais senti la 
force de mes raisons ; je crois pourtant les avoir pesées, 
non à la balance de la sagesse humaine, mais au poids 
du sanctuaire " (l). 

Le 21, il est à Montréal. L'évêque lui annonce 
qu'il n'y a pas encore de démarches faites auprès du 
Saint-Siège, mais qu'elles vont avoir lieu incessam- 
ment et que c'est lui qu'il va demander pour coadju- 
teur. Alors M. Deniers se jette spontanément aux 
genoux de son supérieur et, sanglottant comme un 
enfant, il le supplie au nom de tout ce qu'il a de plus 
cher de n'en rien exécuter. Mgr Lartigne, vaincu 
cette fois, ne crut pas devoir insister davantage. Jus- 
que-là il avait toujours trouvé son curé rempli d'autant 
d'obéissance que d'humilité, muis ici il no put fléchir 
sa volonté demeurée inébranlable. Peut-être craignit-il 
de le faire mourir de chagrin, comme M. Tabeau, s'il 
persistait, et il abandonna la partie. M. Demers 
retourna alors content dans sa bonne paroisse de Saint- 
Denis, qu'on ne lui parlera plus de laisser. 

La coadjutorerie échut ensuite au non moins 
remarquable Mgr Bourget, élu et sacré en 1837. 

La première œuvre importante dont M. Demers 
eut à s'occuper à Saint-Denis, fut la construction du 
presbytère. Déjà elle était décidée à son arrivée (2). 

(1) — Archives de tarchei'échf de Montréal. 

(2) — Le 3 mars 1834, la requête des francs- tenanciers à Tévêque 
disait au sujet de l'ancien presbytère qu'il était ** très vieux, trop petit, 
et qu'il faudrait nécessairement en construire un nouveau, plus grand et 
plus commode *'. L'archidiacre, M. Kelly, envoyé de Sorcl par l'Ordi- 



360 HISTOIRE DE SAINT-DENIS 



Il y mit toute son attention et, dans le cours de la 
belle saison suivante, en 1835, on vit rancienne mai- 
son curiale céder la place à la deuxième. La bâtisse 
nouvelle mesurait trente-huit pieds de large sur une 
longueur de soixante-quatorze pieds, dont quarante- 
deux pour le logement du prêtre et le reste pour la 
salle publique. En cailloux, bas et avec immense toi- 
ture, il avait cependant jolie apparence (1). 

Le premier étage n'a été longtemps que tempo- 
rairement terminé, et dans le grenier il n'a jamais 
existé que deux chambres étroites, dont Tune pour le 
vicaire et l'autre pour les visiteurs. 

Ce. presbytère, qui n'avait pas coûté plus que 
trois mille piastres (2), n'a aus^i duré que quarante- 
trois aufl. Il était l'ouvrage du maître-entrepreneur, 
Augustin Leblanc, sculpteur de sa profession et ancien 
paroissien du curé à Saint-Grégoire (3). 




nairc le 22 mai suivant pour vérifier ces allégués, les confirma et ajouta 
en substance que la maison n'était plus susceptible de réparations, qu'une 
neuve s'imposait. — L'approbation épiscopale fut accordée à ce rap- 
port, le 30 suivant. Anhhrs Je revécké de S,- Hyacinthe, 

(1) — Son site était exactement celui du presbytère actuel. 

(2) — Le deuxième presbytère fut bâti au moyen d'une répartition 
tK)mologuée le 2 mars 1835. Archives de Peglise de S.-Deftis. 

(3) — Greffe E. iMi^iauU^ 16 mars 1835, au palais de justice de 
S.-lIyacinilie. 




L'ablhî Bédard 

4'' curé tic 8.-l)i!iiis 

(r. 330). 



L'iib1>é Domors 

ù- ctin'î de S.-l)oiiis 

(P. 350). 




2« pre^^ln-ti-ry de S.-lJciiis (P. 300). 



CHAPITRE XXXV 



Prélude des troubles de 1837 à Saint- Denis. 
Le malaise dans les esprits. Les perturba- 
teurs de Tordre. Nelson. Le monu- 
ment Marcoux. 1834-1837. 



Lorsque l'abbé Demers foula le sol de Saint- 
Denis pour la preniîëre fois en qualité de curé, il 
tourbillonnait dans Tatmosphëre comme un souffle 
d'orage. On ne passait plus les soirées en famille 
aussi paisiblement qu'autrefois ; les hommes aimaient 
à se réunir et, dans ces cancus improvisés, ils discu- 
taient avec indignation les affaires politiques. A vrai 
dire, le fanatisme le plus arbitraire régnait en maître 
dans la gouverne du pays. L'Angleterre, déjà fort 
disposée à nous métamorphoser en Anglais et en pro- 
testants, était représentée dans sa colonie par des 
gens qui s'aventuraient plus loin qu'elle encore sur 
ce terrain si hérissé de difficultés (l). " On a cru, 
s'exclamait un journal français de cette époque (2), 
que la conquête pouvait faire des nationalités au gré 
d'une diplomatie sans entrailles, que la terre pouvait 
se diviser comme une pièce d'étoffe, et les peuples se 
partager comme des troupeaux ; parce que l'invasion 
et les combats ont livré un territoire et une population 
au vainqueur, celui-ci s'est cru en droit de se les appro- 
prier, de leur imposer ses lois, sa religion, ses usages, 



(1) — David, Lc5 patriotes de 1837-1838, 5. 

(2) — La gazette de France^ dans Garneau, Histoire du Canada, III, 
339 et 353. 



362 UISTOIRB DE 



son langage ; de refaire par la contrainte tonte l'édu- 
cation, toute l'existence d'un peuple, et de le forcer 
jusque dans ce qu'il y a de plus sacré parmi les hom- 
mes, le sanctuaire inviolable de la conscience ". 

Aussitôt aprës la cession du Canada parla France, 
l'oppression en effet avait commencé. Jusqu'à sortir 
de prison un criminel ignorant pour l'installer à la tête 
de la justice comme juge de la cour suprènoe (1) plutôt 
que d'y placer un eniànt du sol. Que d'actes égale- 
ment invraisemblables, mais aussi véridiques.! C'est 
après la guerre de 1812, que le ciel s'est particu- 
lièrement assombri pour nos pères. On savait main- 
tenant leur peu d'inclination à s'annexer aux Etats- 
Unis, on était sûr de leur faiblesse dès qu'ils seraient 
seuls et on résolut cette fois de les écraser en pressant 
l'exécution des vieux projets de la nouvelle mère- 
patrie (2). C'est de ce triste état de choses que l'on 
s'entretenait dan& chaque réunion de Canadiens. 

Mais à Saint-I>enis il y avait plus de surexcitation 
qu'ailleurs. Pourquoi cette différence? Ah 1 c'est 
que cette localité est la paroisse du fameux tribun 
Bourdages. Ce député luttait énergiquement en 
Chambre, et, quand il ert était revenu, il publiait ses 
résistances, les menées de ses adversaires, qui s'en» 
gi*aissaient aux dépens du peuple et qui ensuite riaient 
de lui en perpétrant sa ruine. Ces récits avaient con- 
sidérablement monté l'opinion du Dyonisien. Bour- 
dages mourut, le 20 janvier 18â& ; mais il continua de 
vivre par l'impression qu*il avait créée. De plus^ 
Papineau, l'oracle des opprimés, avait des liens qui le 
ramenaient souvent dans la paroisse. Séraphin Cher- 



(1) — Lettre du gouverneur Murray au premier mlnistTede VAm- 
gleterre^ dans Suite, Histoire des Canadiens-Français ^ VII, ia« 

(2) — Suite, Histoire des Canadiens- Français^ VIII, 107. 



8AINT-DBNIS-SUR-RICHBLIBU 363 



rier était son oncle et il y comptait bien d'autres 
parents. Au village, il avait fréquemment adressé la 
parole, on connaissait son dévouement à la cause des 
siens, et ce n'est pas dans la localité qu'il jouissait de 
moins de prestige. 

Cependant n'eussent été d'autres inflnences, il n'y 
aurait pas eu de sang répandu sur ce terrain d'ailleurs 
si bien préparé pour une révolte armée. Il fallait un 
audacieux qui prît eu quelque sorte les mécontents 
dans ses bras pour les porter aux excës. Cet homme 
a été Wolfred Kelson, de déplorable mémoire à Saint- 
Denis. Ce n'est pas en cet endroit qu'il siérait de 
célébrer sa prétendue gloire. 

Arrivé au bourg dyonisien en 18 IJ comme méde- 
cin, il n'avait alors que dix-neuf ans. On dit qu'il 
possédait une certaine habileté dans son art (1); mais 
il était bien trop remuant pour ne s'occuper que de ses 
malades. Pour lui, c'eût été cependant ce à quoi il 
eût été préférable de s'appliquer uniquement. 

S'exprimant en français avec peine et étant pro- 
testant (2), il ne semblait pas devoir réussir sur les 
bords dyonisiens. Mais rien de moins exigeant qu'un 
Canadien-Français sous ce rapport ; on no regarda pas 
à sa nationalité ni à sa religion, et l'esprit insinuant 
du nouveau venu gagna le reste. Mêlé à tout, très 
actif et naturellement officieux, il ne cherchait qu'à 
obliger. Rien de repréhensible dans cette conduite, 
s'il avait ensuite mieux usé de son influence ainsi 
acquise. Mais l'estime dont il se vit entouré lui 
tourna la tête. Peut-être crut-il qu'il serait un per- 
sonnage partout où il se montrerait. Son élection de 



(1) — De 1844 à 1864» il fut le médecin dévoué des religieuies du 
BonPasteur à Montréal. AnnaUs dn Bon- Pasteur d* Angers à Montréal^ 

(2) — David, Biographies et portrait Sy 288. 



364 HISTOIRE DB 



1827 contre un ministre du gouverment à Sorel n'avait 
pas dû contribuer à le détromper. Toujours est-il que, 
lorsqu'il surgit une chance de révolution, il s'y jeta 
avec toute l'ardeur dont il était capable, croyant 
trouver enfin l'aliment désiré de son ambition. 

Bourdages n'avait pas prôné une levée de bou* 
cliers, quoiqu'il se fut un jour écrié en Chambre : 
" C'est bie», messieurs les consiitutionnels, . . . four- 
uissez votre carrière de haiue et d'iniquités, vous légi- 
timez par 1{\ tous nos naoyens de défense " (1). Papî- 
neau, de son côté, ne l'avait pas suggérée non plus (2); 
mais Nelson la voulait. Une simple agitation politi- 
que n'eût pas favorisé ses projets. Il n'avait pas d'ar- 
mes, mais tout de même il tenait à la fumée des 
batailles, où le sang ruisselle. 

Sans trahir ses aspirations, il n'entretenait ses 
co-paroissiens que de la nécessité pour le peuple cana- 
dien de se constituer en une formidable armée, devant 
laquelle les faibles et lâches bataillons de la Couronne 
seraient bien obligés de retraiter ou de se laisser bat- 
tre. Il ne manquait pas pour cela de leur assurer que 
tout le pays Tentondait de la sorte et, comme à cette 
époque les communications étaient lentes et coûteuses, 
un bon nombre ne pouvant vérifier l'affirmation ne 
refusaient pus d'y croire entibrement. Théorie enthou- 
siasmante ! C'est en la chantant sans relâche, pendant 
de longs mois, que Nelson finit par en endormir plusi- 
eurs, qui ne se réveillèrent que dans le cauchemar du 
23 novembre et cela sans avoir à s'éloigner de leur 
village. 

Tandis que le chef improvisé façonnait ainsi l'opi- 
nion pour parvenir à ses fins inavouées, arriva à Sorel 



(1) — Darthc, Souvenirs ti*un demi-sudey 129 et 130. 

(2) — Lusignan, L\i;ffaire de S.-DcniSy dans le Canada- f tançais ^ 
revue autrefois publiée à t^>uébec ; 1890, page 215. 



SAINT-DBNI8-SUa-BIGHBLIEU 365 



un accident, dont il crut devoir profiter pourTavance- 
raent de sa cause. 

A la suite du vote des quatre-vingt-douze résolu- 
tions par la Chambre basse et du peu de succës d'une 
délégation en Angleterre pour leur ratification par la 
mëre-patrie, les élections de 1834 se dérouleront au 
milieu de la plus vive animation. Comme il s'agissait 
partout du maintien ou du redressement de griefs, 
c'étaient dans chaque comté les Anglais et les Irlan- 
dais, d'une part, contre les Canadiens, de l'autre. A 
Sorel, on tint le bureau de votation ouvert durant six 
jotirs, et, comme dans ce bourg les deux partis étaient 
alors également puissants, la lutte ne se poursuivait 
pas sans beaucoup de provocations et de rixes quel- 
quefois sanglantes. C'est an milieu d'une de ces 
Ijagarres, non loin du presbytère, que fut tué un cer- 
tain Louis Marcoux. Chaud patriote dans la force de 
«es trente-six ans, il ne craignait pas de répéter à ses 
adversaires ce qu'il pensait d'eux ; cette intrépidité 
lui valut sa mort. Dans le feu d'une discussion, le 10 
novembre 1834, un nommé Isaac Jones lui déchargea 
son pistolet dans la nuque (1). 

On inhuma Marcoux en présence d'un nombreux 
concours de fidèles ; c'était une éclatante expression 
de sympathies. A ce consolant témoignage devaient 
se borner les démonstrations ostensibles, lorsque 
Nelson, au mois d'août de l'année suivante seulement, 
entreprit d'exploiter ce meurtre pour attiser le mécon- 
tentement populaire. Il en conféra avec les Sorelois, 
et un programme fut bientôt élaboré et adopté (2). 
Voici comment il l'expose à Mgr Lartigue, à qui leur 
curé l'avait renvoyé pour les articles de la partie reli- 



(i) — Garneau, Histoire du Canada, III, 314. 
(2) — Sorti illustré, colonne 3. 



366 HISTOIRE DB 



gieuse : " Un certain nombre d'amis de feu M. Louis 
Marcoux, désirant faire chanter une grund'messe pour 
lui et aussitôt après ériger sur son tombeau une pierre 
monumentale comme marque do respect pour sa 
mémoire, je prends la liberté de m'adreaser à Votre 
Grandeur pour savoir s'il j aurait quelqu'objectîon de 
sa part à ériger un monument de cette nature dans le 
cimetière de Sorel (l) ?" 

L'évêque référa la question à son grand-vicaire de 
cette région, M. Demers (2), et, avisé par ce dernier, 
il répondit qu'on ne s'opposerait pas à la réalisation 
du projet, pourvu qu'il n'y fût pas prononcé de dis- 
cours et que l'inscription ne renfermât que des paroles 
de paix. Ces restrictions de l'autorité religieuse ne 
convenaient guère aux organisateurs. Tout de même, 
ils commandèrent le monument chez le marbrier. Ce 
devait être une colonne pyramidale d'un beau granit, 
d'environ huit pieds de hauteur. A la mi-octobre, la 
pièce était presque terminée. M. Demers écrit à Mgr 
Lartigue, à la date du 14 : ^' Ce monument sera une 
pyramide surmontée d'une croix. On y mettra cette 
inscription : Marcoux, mort pour la défense des droits 
de la patrie ; ou bien cette autre : Marcoux est mort ! 
Vive la patrie !, . . . M. Kelly, ayant eu veut du des- 
sein de ces patriotes^ me dit qu'il ne consentirait point 
à ce qu'on plaçât dans le cimetière de son église ce 
monument " (3). La réponse de l'évêque ne fut pas 
longtemps attendue : ^^ Je défends, dit-il, qu'on mette 
sur la pierre l'une ou l'autre inscription mentionnée, 
ou qu'il y soit fait aucune allusion aux causes politi- 
ques de la mort de Marcoux. . . La seule que je trouve 



(1) — Archives de révêchi de S,- Hyacinthe, 

(2) — Lettre du 7 août 1835. Archives de Vivichi de S.-Hyacitiihe, 

(3) — Archives de fciéche' de S.- Hyacinthe. 



SAINT-DBNIS-SUR-RICHKLIBU 867 



digne du lieu où repose son corps est celle-ci : Ci-git 
Louis Marcoux, décédé. . . novembre 1834 ; il mourut 
en chrétien et pardonna'* (1). 

Devant cette persistance épiscppale à ne pas lais- 
ser profaner une terre bénite, les promoteurs du mou- 
vement prétendu patriotique se ravisërent, et tout 
rentra dans le silence pour le moment. 

Mais comme la fête d'inauguration n'était que 
modifiée dans son programme et remise au commen- 
cement de l'été suivant, M. Demers en apprit indirec- 
tement quelques détails dans la première semaine de 
juin 1836. Le 8, il informa Mgr Lartigue des nou- 
veaux projets : " Depuis le mois d'octobre, dit-il, je 
n'avais pas entendu parler du monument Marcoux. 
Comme on craint qu'il ne soit pas laissé debout à 
Sorel, il est question. . . de le placer ailleurs ; et Saint- 
Denis sera choisi comme le lieu le plus central du 
comté. 11 m'a été rapporté aujourd'hui que la céré- 
monie aurait lieu, le 23 courant, et qu'on demande- 
rait un service ce jour-là pour Marcoux " (2). 

En effet, les ^révi^ions de M. Demers se réali- 
sèrent ; mais la fête fut toute civile. Dans l'avant- 
midi, on dévoila solennellement le monument sur la 
place publique de Saint-Denis. Deux ou trois cents 
personnes y assistaient. A côté du granit commémo- 
ratif avait été dressée une estrade, et, pendant une 
couple d'heures, on pérora à qui mieux mieux sur le 
martyre de Marcoux, sur l'oppression anglaise et sur 
la nécessité de fondre ses cuillers pour en confection- 
ner des balles. S'il en coula des flots d'éloquence ! 
Mais ce ne fut pas tout. On partit ensuite pour un 
pique-nique dans le Petit-bois-des-pins, situé à une 



(1) — Arckivei de P archevêché de MontriaL 

(2) — Archives de V hic hé d< H.-Hvachtthe. 



368 HISTOIRE DE SAINT-DBNI8 

Tibgtaitie d'arpents du village, vers l'Amyot. Là on 
mangea, on dansa, et de nouveaux orateurs élevèrent 
la voix. C'est ainsi que l'on voulait manifester tout 
le respect dont on était pénétré, pour la mémoire de 
l'infortuné ou glorieux Marcoux. 

On signale bien d'autres aasembléea do ce genre & 
Saint-Denis durant les années 1836 et 1837. C'était 
l'épanouissement de ce dout on se grisait tous les soirs 
dans de plus petites réunions, où tout le monde opinait 
et rien ne se concluait, parce que n'y présidait pas un 
véritable cbof. Nelson était bon pour déchaîner l'ou- 
ragan, mais non pour le diriger. 

Le monument Marcoux n'a subsisté qu'un an. 
lies soldats anglais s'y acharnèrent à leur retour, après 
le 23 novembre 1837 ; ils le culbutèrent et le brisèrent 
si bien qu'il n'en resta qu'un monceau de pierres 
informes, dont il n'y eut plus qu'à déblayer l'endroit. 

L'antre grande fête, qui marqua la préparation 
éloignée de la prise d'arme?, est celle de la démons- 
tration en l'honneur des juges de paix destitués parle 
gouvernement en 1837(1). Ce fut une réédition du 
pique-nique de l'année précédente. ' 



-id,i Ca-i.iJ.i. tn, 337, 



CHAPITRE XXXVI 



Les derniers préparatifs de la bataille de 1837 à 
Saint- Denis. Condamnation du mouvement. 
<< Les fils de la Liberté ". L'attitude du clergé- 
Refonte des cadres de la milice. Projet d'achat 
d'armes avec l'argent de' la fabrique religieuse. 

1B37. 



Au milieu de la marée montante de son mécon- 
tentement, quel but se proposait le peuple dyonîsîen ? 
D'abord pas d'autre que celui d'imiter l'enfant impuis- 
sant sous l'étreinte d'un përe brutal ; il s'efforçait 
d'émouvoir ses maîtres en manifestant sa douleur. 
Mais l'indignation est mauvaise conseillère, et il s'en- 
gagea malheureusement trop loin devant l'obstination 
du gouvernement. Désiraît-il une révolte armée ? 
Non, nul n'y songeait, excepté l'ambitieux ou peu 
réfléchi Nelson. 

Si donc on déplora l'effusion du sang à Saint- 
Denis, c'est uniquement la faute à ce dernier. A lui 
toute la responsabilité. Puisqu'il assumait de penser 
pour les autres, il u'avait pas le droit de se tromper. 
Mais est-ce bien vrai qu'il a erré ? Examinons la ques- 
tion à la lumière des sains principes et des événements 
de l'époque. Premièrement, pour donner raison à un 
peuple de prendre les armes contre un pouvoir légiti- 
mement constitué, il faut que celui-ci soit tellement 
tyrannique qu'il soulève la nation en masse contre lui. 
Ceci est-il arrivé en 1837 ? On souffrait de graves 
injustices sans doute, mais les Canadiens si loyaux et 
si endurants répugnaient en majorité considérable à 



370 HISTOIRE DE 



user des mesures violentes pour s'en afFrancbîr. Sept 
ou huit comtés seulement sur une cinquantaine les 
désiraient (1), et encore n'était-ce que partiellement (2). 
II n'y avait donc pas le nombre voulu pour crier que 
tous abondaient dans ce sens, et pourtant il fallait 
cette unanimité ou cette quasi-unanimité pour justi- 
fier les projets de Nelson. 

La condition d'entente générale eut-elle été rem- 
plie qu'elle n'eût cependant pas suffi. Il était néces- 
saire de plus que le p)euplc disposé à secouer le joug 
fût assez fort ou assez aidé pour entrevoir une chance 
sérieuse de réussir. Autrement c'était provoquer une 
boucherie inutile. Or en Canada, en 1837, il n'exis- 
tait Aucun espoir de triomphe. Sans assistance c'était 
chose impossible, et requérir le secours des Etats-Unis 
ou de la France, ce n'eût été agir que pour ch5ingor 
de bourreaux. Après cela, il est facile de comprendre 
qu'une levée de boucliers était condamnable (3). 
** Monsieur, nous disait ug ardent patriote de ces mau- 
vais jours, nous n'avons eu tort que parce que nous 
étions les plus faibles" (4). C'était bien assez pour 
ne pas avoir raison. II aurait dû le savoir avant de 
se jeter dans le combat du pigmée contre le géant. 

Le clergé, àe son côté, ne se laissa pas aveugler 



(1) — Laçasse, Le prêtre et ses détracteurs^ 3^ à 36, et 47. 

(2) — Suite, Histoire des Canadiens' Français, VIII, 123. 

(3) — La Vérité, de Québec ; vol. XVII, No 45, page 2.— «« C'est 
une petite minorité surexcitée par des chefs ardents et courageux, mais 
d'un équilibre intellectuel assez peu sûr, et d'une iinpiévoyance égale à 
leur courage, qui se jeta inconsidércmsnt dans celte aventure sans issue, 
où l'on pouvait tout perdre sans une chance même problématique de 
gagner quelque chose ". Goiithier, Manifeste libéral, 47 et 48. 

^4,) — De Lorimitrr, dans son testament, faisait résonner la même 
note : ** Le cri m s de votre père, y dit-il à ses enfants, est dans rirréut- 
si le, si le succès eût accompagné ses tentatives, on eût honoré ses actions 
d'une mention honorable". David, Les p.itriotes de 1837-1838, 253. 



SAINT-DENIS-SUB-RIGUELIfiU 371 



par les déclamations révolutionnaires. Moins un de 
ses membres, il se groupa autour de se^ évêques et 
déploya toute son influence pour conjurer Torage. 
Mgr Lartîgue écrivait à ses ouailles, le 24 octobre 
1837 :." Depuis longtemps, nos très cbers frères, 
nous n'entendons parler que d'agitation, de révolte 
même, dans un pays toujours renommé jusqu'à pré- 
sent par sa loyauté, son esprit de paix et son amour 
pour la religion de ses përes. On voit partout les frè- 
res s'élever contre leurs frères, les amis contre leurs 
amis, les citoyens contre leurs concitoyens ; et la dis- 
corde, d'un bout à l'autre de ce diocèse, semble avoir 
brisé les liens de la charité, qui unissaient, entre eux 
les membres d'un même corps. . . Ne vousbiissez donc 
pas séduire, si quelqu'un voulait vous engager à la 
rébellion contre le gouvernement établi. . . Avez-vous 
jamais pensé sérieusement aux horreurs d'une guerre 
civile ? Vous êtes- vous représenté des ruisseaux de 
sang inondant vos rues et vos campagnes, et l'innocent 
enveloppé avec le coupable dans la même série de mal- 
heurs (1) ? " Le .curé de Saint-Denis lut cette lettre 
pastorale, le dimanche suivant, 29 octobre. Tous 
l'écoutèrent avec attention ; nul ne sortit de l'église, 
comme on l'a fait pour protester en certaines autres 
paroisses moins chrétiennes. 

M. Demers, au cours de ses instructions en chaire, 
était souvent revenu depuis deux ans sur les avanta- 
ges do la paix et de la plus parfaite concorde, mais 
toujours il avait touché le sujet fort discrètement. Il 
apportait moins de ménagement dans les conversa- 
tions particulières. Cependant, dans un prône du com- 
mencement d'août 1837, il s'était trouvé dans la 
nécessité de dire clairement à ses paroissiens à quelles 



(I) — Lamarche, Mandements des évêques de Montréal, I, 20. 



372 HISTOIRE DE 



rigaenrs ils s'exposaient en persistant dans leurs sen- 
timents hostiles du gouvernement. L'Ordinaire du 
diocèse venait d'intimer à ses prêtres l'ordre de refuser 
les sacrements et la sépulture ecclésiastique à quicon- 
que favoriserait l'agitation insurrectionnelle (1): 

Les évêques et les prêtres agissant ainsi étaient 
donc des bureaucrates? Pas du tout. Les bureau- 
crates étaient les oppresseurs. Or le clergé ne parta- 
geait aucunement leurs idées et leur conduite. Il était 
plus patriote (2) que Nelson et Brown, deux Anglais, 
plus patriote que le Suisse Girod et que le Canadien 
sans prestige nommé Chénier. Ils ont été, ceux-ci, les 
quatre chefs de la rébellion dans le Bas-Canada ; ils 
s'intitulaient infatueusemcnt les plus sincères amis des 
opprimés et tâchaient de le leur persuader. Les éga- 
lés ou les trompeurs! leur patriotisme était de 
l'égoïsme mal déguisé. 

Ce que souhaitait le clergé, c'est une fcimplô agi- 
tation sur le terrain politique, et par ce moyen le 
redressement des griefs. Sur ce point il était d'accord 
avec la presque totalité des Canadiens, avec tous les 
hommes bien équilibras, en particulier avec Parent et 
même Papineau, qui, à la dernière heure, criait plus 
fort que jamais qu'il n'avait jamais prêché la révolte 
armée (3). Ce parti s'appelait celui des Opposants (4), 

(1) — Poirier, Le Père I.efcbvre^ 56 et 57. — Cet ordre fut donné 
au banquet de la fête patronale du diocèse de ^loutréal, à l'évèché, le 25 
juillet 1837. M/moires de Tabbé Paquin, dans Poiiitr, Ibid., 305 et 
306. — La Vérité, de Québec. I oct, 1898. . 

(2) — Sir G.£. Cartier *' a été le premier i reconnaître que la ligne 
de conduite que le clergé a tenue dansTéchaufTouiée de *' 37 '* — c*est le 
mot dont il s'est servi une fois en ma présence — étaii la seule qui pût 
donner quelques chances de salut aux Canadiens : il e^t facile de le 
prouver". Laçasse, L.t pi ftre rt ses détraiteurs, 53 et 54. — Ibid., 59. 

(3) — Lusignan, Vaffain de Saint-Denis, dans le Canada-français, 

HT. 2IS. 

(4) — Laçasse, Le prêtre et ws détracteurs, 33 à 35, 46 et 47. 



8AINT-DENIS-6UR RICHELIEU 373 



et c'était le seul bou dans ces circonstances malheu- 
reuses. Celui des rebelles était le groupe des exaltés, 
qui tenaient à se briser la tête contre un mur de pierre, 
parce qu'ils ne pouvaient l'escalader. Les rebelles 
étaient des braves dans leur sens, mais les opposants 
ne l'étaient pas moins (1). 

A quel parti maintenant appartenaient les gens de 
Saint-Denis ? Jusqu'au 17 novembre 1837, ils étaient 
tons des opposants, moins Nelson, qui nourrissait tou- 
jours ses projets. Plusieurs parlaieut de guerre, mais 
personne réellement ne la voulait ou ne oroyait qu'elle 
éclaterait jamais. Il avait déjà plané dans l'air tant 
de menaces sans résultat que l'on se flattait qu'il en 
serait toujours ainsi. La lettre de Mgr Lartîgue et 
les instructions de M. Demers, de même que les peines 
infligées par T Eglise, avaient amorti bien des ardeurs. 

Mais voilà qu'il va falloir se prononcer carré- 
ment. Les " Fils de la liberté ", après avoir précipité 
les événements à Montréal, doivent être arrêtés en 
vertu de mandats, lancés le 16 novembre contre un 
certain nombre d'entre eux (2). Nelson et quelques 
autres chefs insurrectionnels sont également frappés 
du même coup (3). Que faire, puisque la frasque 
était commise ? C'était de se livrer à la justice ou 
de s'enfuir aux Etats-Unis, où ils ne pouvaient être 
atteints. Mais ce n'est pas ce qu'ils ont jugé à pro- 
pos d'exécuter. " Venez chez moi, leur fit dire Nel- 
son, les paroissiens de Saint-Denis vous élèveront des 
remparts de leurs personnes "• Dommage que les gens 
de cette localité n'aient eu rien de mieux à accomplir 
que de protéger des perturbateurs de l'ordre public. 



( I ) — Laçasse, Li prêtre et ses détracteurs ^ 46, 54 et 55. 

(2) — David, Les patriotes de 183 7- 18 78, 70. 

(3) — I.eblond, Histoire populaire de Moutrêalf 345 à 351. 



374 HISTOIRE DE 



Papineau, O'GalIaghan, rédactear du journal 
révolutionnaire de Montréal le " Vendîcator ", A.-I. 
Desrivi&res (1), B. Vîger (2), aprës son coup du che- 
min de Longueuil (3), G.-O. Perrault, Ls Lussier, 
le futur Sir George^Etienne Cartier (4) et plusieurs 
autres répondirent à l'appel du docteur dyonisien (5). 
A leur arrivée, on convoqua une grande assemblée. 
De pathétiques discours furent débités par les pros- 
crits, qui déterminèrent bientôt la formation de deux 
groupes. Presque tous les auditeurs néanmoins restè- 
rent opposants. Ne se rangèrent décidément parmi 
les rebelles qu'un petit nombre de villageois, sur 
qui Nelson avait exercé plus d'influence. Combien 
étaient-ils ? De vingt-cinq à trente, tout au plus. 
Mais ils suppléèrent au nombre par leur intrépidité. 
C'étaient des sujets déterminés. Us entamèrent aus- 
sitôt une propagande, qui ne souffrait pas de résis- 
tance. Au besoin, pour réussir, ils étaient prêts à tuer 
et à détruire par le feu. Ils ne se portaient pas à 
ces excès, mais on les en savait capables, et Ton 
pliait (6). En réalité, ils commandaient le pays. 

(1) — Dr Adélard- Isidore Desrivières a étudié sous Wolfred Nel- 
son. Enrôlé dans l'association des *• Fils de la liberté ", il a combattu 
à S. -Denis et à S. -Charles. La presse^ de Montréal, 15 fév. 1898. 

(2) — Benjamin Vîger arrivait directement de L'Assomption, où 
un bureaucrate avait promis $500 pour sa capture. David, Les patriotes 
de 1837-1838, 131 et 132. 

(3) — David, Les patriotes de 1837-1838, 25 à 27. 

(4) _« Alors étudiant en droit, Cartier était le grand compositeur 
des chansons patriotiques de 1837. On lui attribue le chant national : 
** Avant tout je suis Canadien". David, V union des deux Canadas^ 
90 et 91. 

(5) — David, Les patriotes de 1837-1838, 37. 

(6) — Le curé Deniers écrit à Mgr Lartigue, le 21 nov. 1837 : 
** Par les menaces on fait prendre les armes aux gens malgré eux **. Le 
I déc. suivant, le même écrivait encore au même : •• Les combattants 
marchent tellement sous l'impression de la terreur que je ne les regarde 
pas mourir in fi.ip-anti deîicto " Archives de PMcA/ de S,'lfyacimiÂe, 



SAIMT-DBNIS-SUR-RICHBLIBU 875 



C'est après cette propagande que le caré a pu écrire : 
** Presque tous à Saint-Denis ont coopéré publique- 
ment à l'insurrection, par paroles ou par actions, même 
les femmes ;. . . presque tous les hommes ont marché 
contre la reine, mais le plus grand nombre par la 
crainte de la prison, de la confiscation de leurs biens, 
ou même parce qu'on menaçait de les tuer " (1). 

Alors toutes les commissions de la milice furent 
renvoyées au gouvernement et on en refondit les 
cadres en nommant les plus ardents aux principaux 
postes (2). On ordonna de réparer tous les vieux 
fusils (3) ; les forgerons Jean-Baptiste Mignault et 
Julien Gaouette (4) se constituèrent armuriers pour 
la circonstance. Beaucoup d'autres les aidèrent à con- 
fectionner des balles (5). Tout était en activité. Mais 
où se prennent les exercices militaires, il n'y en a 
pas (6). Oh s'élève le camp retranché, nul n'y songe. 
Il y a bien d'autres détails auxquels on ne pensera 
pas. Les jnédecins, les avocats et les journalistes ne 
naissent pas plus guerriers que le commun des mor- 



(1) — Archives de Vévichidt S,- Hyacinthe, 

(2) — David, Les patriotes de 1837-1838, 162. — Parmi les nou- 
veaux capitaines étaient J-Bte MaiUet, Frs Mignault, Chs Olivier, Krs 
Jalbert et J.-Bte Lussier. 

(3) — Les fusils devaient être tous apportés au village et, après 
réparations, y être laissés en réserve dans quelqu'arsenal improvisé. Ce 
qui fut exécuté en partie. 

(4) — Julien Gaouette demeurait place actuelle de Dme Pascal 
Ârchambault, en face de sa boutique. Il y est mort le 16 déc. 1874, à 
rftgc de 84 ans. Son épouse, Ëmélie Paré, sœur du chanoine Jos.- 
Octave, est décédée le 24 mars suivant, à 77 ans. Ils ont tous deux 
leurs monuments funèbres au fond du cimetière de S. -Denis. 

(5) — Parmi ceux qui ont aidé à confectionner des balles on note 
Geo. Saint-Germain et Lévt Lame. Celui-ci, peu difficile, se servait 
d'un moule fait de patates. Ordinairement on mettait 2 balles par car- 
touche. 

(6) — Lusignan, Vaffaire de Saint-Denis^ dans le Canada-fran- 
çais^ III, 213. 



^ 



tels ; il leur faut à eux aussi des teçoiie, et ceux qui, 
en 1837, ee hissent lifirdimeut à la tète des bataillons 
de révolte n'ont pas reçu leur initiation. Aussi on en 
verra de fameuses au jour de la raâlée. 

Le manque d'armes ayant attiré l'attention des 
rebelles, ils avisent à la dernière houre de F>'en procu- 
rer. Quelques-uns se rendent auprès du uuré pour en 
obtenir les deniers de la fabrique dans ce but. On sait 
bien ; selon les vieilles idûes, ce qui appartient à celle- 
ci est la propriété de tout le monde. Elle ne possède 
pas, on ne lui a que prêté, quoique l'on ait reçu pour 
la valeur de ce qu'on lui a mis en mains. Pourquoi 
les émissaires de Nelson n'out-ils pus étô également 
chez le marchand pour en retirer comme leurs les 
paiements, qu'ils y avaient eftyefn^s en achetant ? 
Non, ce n'est qu'à l'Eglise qu'ils s'adressent. Après 
avoir raconté à l'évèque une première tentative dans 
ce sens par les paroissiens (1), M. Demers ajoute, le 

(I) — Voici comment le cur« D.-mcrs raconte celle première tenti- 
liïe à Mgr Lartigiie, le 17 nov, 1837 : " Mardi, le l«, vers une heure, 
au moins 300 hommes remplissaient les salles et le devant du presbytère. 
On.. , m'avenil qu'i/i vraoûilàe passer une.. . risolulion, portant que 
le curé, ainsi que les marguilUL-rs, donnait sou consentement * ce que 
l'on prit des argents de lu fubrique pour acqi>i<;i lions d'armes etc.,,. Je 
courus i l'assemblée et je déclarai.., que je n'avais donné aucun con- 
sentement que ma conscience ne me permettait pas de le.. ,, don- 

net..,, ; qu'en employant ainsi ces derniers. ... sans la permission de 
l'évèque. On méprisait son autorllé, que ce serait de l'insulter que de la 
lui donner. , ,, pour l'objet en question ; que, puisqu'un ciaignail que le 
coffre-fort courût des risques au presbytère, en cas de pillage, je.... 

demandais qu'un le mit dans un lieu plus sûr ; que le margutflier en 

charge en était seul responsable..., ; que pour èlre e ni iè remeut éttanget 
il leur mauvaise :il1'airc, et.,,, éviter les voies de fait, je remettais aux 
marguilliers. . .. présents, )>our en user selon leur prudence, celle des 
clefs du colTre.,,, ijac /ni'iiM en maiiii. J'ai.... fait prendre par un 
notaire acte de cette déclaraliiin ailirnifeau pied d'icelle par plu- 
sieurs ciloyeus et jubilants de la pami^se. ... Le coffre n'a pas encore 
éI4 ôté d'ici ni ouvert, J'espèie que /ri 4 m.irguii/ùri Je fauvre réûste- 




Xelsoii (p. 36iî). 




Forteresse Sjiiiit-G<'niiiiiii {\i. 



i 



SAINT-DBNIS-SUR-RICHBLIRir S77 



mardi, 21 novembre : *^ Samedi matin (le 18), ayant 
entendu murmurer qu'il était question d'enlever, de 
nuit, du presbytère le coffre de la fabrique, j'exigeai 
des marguîlliers qu'ils le missent ailleurs. Hier matin, 
un capitaine vint me dire que, pour éviter un crime, 
nous devions prêter cet argent, sans dire pourquoi, et 
que le prêt serait garanti par de bons billets. Je refu- 
sai mon consentement à la chose. Cette nuit dernière, 
six ou sept hommes masqués et armés, vers minuit, 
sont allés au quatrième rang chez le marguillier en 
charge (1), et lui ont fait donner la clef et indiquer 
la maison où était le coffre, qui a été ouvert et vidé. . . 
Le coffre avait été caché, samedi soir, dans la maison 
du second marguillier " (2). Comme on le voit, ceci 
ne se passait que deux jours avant le combat. L'argent 
ainsi obtenu ne put être utilisé. Nelson, à qui on le 
porta, l'enfouit dans sa cave, près de la masse de la 
cheminée, où on le retrouva intact après l'incendie de 
la résidence, le jour des Bois 1838 (3).^ 



ront aux menaces ; ils ont eu le temps de réfléchir", Les mots en itali- 
ques dans la présente citation sont de nous pour abréger. Archives de 
révécki de S.- Hyacinthe, 

(i) — Parmi ces six ou sept hommes étaient David Bourrages, 
F.-X. Rolland, Ls Mondor et Ducharme. Avant de se rendre au IV 
rang, ils s'étaient adres&és au presbytère, où ils avaient menacé de tuer 
le curé s'il ne leur déclarait |>as où était le coffre fort. M. Demers, ne 
se laissant pas intimider, ne leur livra pas son secret, et ils partirent avec 
de simples conjectures. Roordages a été ensuite de longues années sans 
s'approcher des sacrements, Ducharme ne s* est converti que sur son lit 
de mort. 

(2) — Archives de Pévéchi de S^-Hyacmthe^ — Le marguillier en 
charge était Jos. Chenette et le second Chs Lebeau* Registres des délibé- 
rations de ta fabrique de S, -Denis, 

(3) — David Bourdages avait été accusé d'avoir détourné cet 
argent. Pour s'en disculper, il alla à Montréal trouver Nelson, qui lui 
indiqua exactement la cachette. 



I . 



/ > 



CHAPITRE XXXVII 



Envahissement de la vallée du Richelieu par les 
troupes anglaises. Le camp patriote de Saint- 
Denis. Meurtre de Weir. La désertion du vil- 
lage. Les premiers coups de feu. 1837. 



L'autorité civile, ne se relâchant en rien de sa 

« 

tyrannie, comprit bientôt qu'elle aurait à croiser le fer 
avec les mécontents. Dans cette perspective, les 
troupes régulières, stationnées au Nouveau-Brunswick, 
avaient été appelées, et elle les avait sous la main à 
Montréal, lorsque sonna l'heure critique. 

A peine ces militaires avaient-ils mis pied à terre 
dans la province de Québec qu'ils reçurent instruction 
de cerner les rebelles de la vallée du Richelieu. Envi- 
ron quatre cents d'entre eux y furent envoyés sous 
la conduite de Gore (1) et trois-cent-trente sous celui 
de Wetherall. Les deux détachements accompagnaient 
des huissiers (2), chargés d'exécuter les mandats 
d'arrestation du 16 novembre et des jours sui- 
vants (3). 



(1) — Garneau {Histoire du Canada^ III, 342 et 343) dit : " 5 com- 
pagnies de soldats " ; David (Les patriotes de 1837-1838, 28) affirme 
qu'il y avait 5 compagnies de fusiUiers et un détachement de cavalerie ; 
Suite {Histoire des Canadiefis-J^rançais, Vlll, 123) mentionne **un corps 
de troupes royales fort de 500 hommes ", Sorel illustré assure que 
** Gore partit de Sorel avec 5 compagnies d'infanterie.... et un piquet 
de police à cheval ". 

(2) — Le huissier, qu'accompagnait Gore, était Juchereau-Duches- 
nay. David, Z«/tf/r*j/« «/^ 1737 -1838, 28. 

^3) — Garneau, Histoire du Canada^ III, 342 et 343. 



380 HI6T0IKB DS 



Qore devait descendre en batean jusqu'à Sorel (1) 
et Wetherall prendre le chemin de Chambly ; ensuite 
tous deux longeraient le Kiehelieu de manière à se 
rencontrer (2) à Saint-Cbarles. La première partie du 
programme fut remplie à la lettre. Mais après surgi- 
rent des contre-temps. On pouvait d'ailleurs les 
prévoir, puisqu'on était alors en plein pajs de révolte. 
Wetherall, à cause de ponts coupés (3) et de divers 
autres obstacles, n'avança qu'avec lenteur, si bien qu'il 
atteignit Saint-Charles une journée ou deux en retard. 
Quant à Gore, il se heurta à de plus graves difficultés. 

Parvenu à Sorel, mercredi, le 22 novembre 1837, 
il se mit en route le soir même pour Saint-Denis. Il 
avait à sa disposition quelques cavaliers, également 
quelques voitures de bagage et une pièce de campa- 
gne (4). Il marcha presque toute la nnit, se hâtant 
pour que l'éveil ne le précédât pas. Afin de mieux 
réussir dans ses projets de surprise, il évita le village 
de Saint-Ours. Ainsi, au lieu de suivre la rivière tout 
le long, ce qui est la voie la plus courte, il la quitta à 
la montée de Sainte- Victoire et continua ensuite par 
le Pot-au-beurre, la Petite-basse et le Ruisseau ; puis 
il rejoignit la rive du Richelieu. Les chemins boueux 
de la fin de novembre étaient abominables. On se 
reposa un peu, près du pont Laplante, à l'extrémité 
sud de la paroisse de Saint-Ours ; mais, lorsque les 
troupes touchèrent le village de Saint-Denis, elles n'en 
étaient pas moins exténuées, après avoir franchi aussi 



(1) — David, Les patriotes Je 1837-1838, 154 et 155. 

(2) — Lusignan, L'affaire de Saint-Denis, dans le Canada-franfais^ 
m, 215 et 216. 

(3) — Garneau, Histoire du Canada^ III, 343. 

(4) — Lusignan, Vaffaire de Saint-Denis^ dans le Canada -français* 
III, 215; David, Les patriotes d{ 1837-1838, 28; Garneau, Histoire du 
Canada, III, 342 et 343. 



8AINT-D8MIS-SUR-RICHELIBU 331 



rapidement et dans d'aassi mauvaises conditions une 
disUmce de sept lieuee. 

Malgré tontes les précautions dont s'était entouré 
le colonel Gore, on fut prévenu à Saint- Denis de sa 
prochaine arrivée. Des amis de Sorel avaient d'abord 
apporté la nouvelle, puis elle fut officiellement confir* 
mée sur la fin de la veillée du 22 novembre par le pri* 
sonnier Weir (1). 

Celui-ci avait été dépêché en avant comme éclai- 
reur (2). Pour son malheur il tomba entre les mains 
des insurgés quelques arpents avant d'entrer dans le 
village de Saint-Denis. Aussitôt il fut traîné devant 
le grand conseil de la rébellion. Indigné de se trouver 
au pouvoir de prétendus inférieurs, il les menaça du 
courroux de Sa Majesté britannique. Mais Su Majesté 
britannique, c'est précisément d'elle qu'on se moquait 
le plus en ce moment. Il alla avec une extrême mala- 
dresse jusqu'à leur dévoiler toutes les mesures adoptées 
contre eux et à leur communiquer mâme ce qu'on en 
avait déjà réalisées ; son but était de les eftrayer. Les 
papiers, dont on le dépouilla, convainquirent les 
témoins qu'il n'avait aucunement faussé lu vérité. 

On plaça donc le prisonnier sous bonne garde (3) 
et l'on procéda aux derniers préparatifs avec la plus 
grande diligence. Le temps était fort limité, et il res- 
tait encore beaucoup à organiser. 

La famille Saint-Germniii ayant déserté sa rési- 
dence sur ces entrefaîtes, on résolut de transformer 
celle-ci en forteresse inexpugnable. En effet, le choix 



(1) — David, Lis patriotes de 1837-1838, 28. — Weir arriva vers lo 
hrs. Ibid.. 

(2) — 11 avait été amené par le charretier Lavallée, de Sorel, pro- 
bablement Toussaint Lavallée. 

(3) — Sous la garde du Dr Kimber. David, Les patriotis de 1837- 
1838, 28. 



3^ HISTOIRE DB 



lie pouvait être eflfectwé »vee plue de dextérité. Sise h 
Pextréroité Ho»â da village, du côté de Saint-Ours,, elle 
eommandaît à Va foi» et le chemin royal et la rivi&re. 
Toute neuve et éonstruite aTee des mura de quatre- 
pieds d'^épaissenr, bnute et spaeieûse, elle ne semblait 
avoir été édifiée que pour l'éventualité d'une atta- 
que (1). On CH> renverBs» la plupart des cloisons et oa 
y transporta des boulets, des balles et de la poudre* 
Pe plus, sur le n>atin,. on crut opportun^ d'y monter 
plueieurs ebnrgeg de eailloBx eu ea». d'assaut ; à leur 
aide oa pourrait mi nKitus assomn^r ceux de& ennemis 
qui se hasarderaient .sous les fenêtres. 

Pendant que. ee travail se poursuivait par le» 
volontaires du voisinage, des émissaires toujours aussi 
énergiques qu'ûtfatigubles parcouraieot les campagcea 
pour recruter les guerriers. On en envoya à Saint- 
Ours, à Saint^Antoine, à La Présentation et jusqu'à 
Saint*Bariiabéy à Ssiint-Hyaeinthe et à Yerchëres. 11 
arriva ainsi des combattants toute la journée. Même 
un certain nombre furent mandés sous les armes telle* 
ment tard qu'ils furent obligés de rebrousser chemin 
à la nouvelle que tout était fini. Quelquefois les invi- 
tés répliquaient qu'ils n^avaientpas de fusils, " Venez 
quand même, disait-on, il vous en sera fourni là-bas ; 
pour plus de sûreté apportez votre faux ou votre 
fourche ". Xe pouvant résister à la détermination 
des officiers recruteurs, ils aiguisaient les instru- 
ments mentionnés, adressaient leurs adieux à leur 
épouse, à leurs enfants, et partaient pour Saint-Denis. 
Dans la famille, on pleura souvent jusqu'au retour du 
mari ou du père, quoique, en maintes circonstances, 



(ij — Cette maison, ne laissant que l'espace de la galerie entre 
elle et le chemin, mesurait 84 x 40 pieds. Cave bien sortie de terre ; 
dans la façade, au premier i)lanchcr 2 portes avec 6 fenêtres, en haut 8 
fenêtres, au grenier plusieurs lucarnes. 



«AraT-DBNI*-SUR-RICHELIEU 388 

'Celui-cî n'ait pa« atteint le champ de bataille. Dan« 
-certains cas, il D'oeil eut pas le temps», dans d'aatres il 
^attardait volontairement oa se cachait pour n'avoir 
pas à agir oontre ses convictionsv. 

n se compta envÎTon mille patriotes sur le théfttre 
lie la guerre, au moment de leur pins grand nombre. 
Une centaine disposaient de fusils. 

Lorsqu'on signala Pappiroche cle?cnnemi,l'ûniqne 
-canon des rebellées était poste devant la maison Saint- 
Germain, et deux ou trois cents d'entre eux «étaient 
logés tant dans cet édifice que dans les constructions 
«voisinantes, notammeiit dans la distillerie située 
un peu en arrière. Dans ce dernier retranchement, on 
avait eu le«oin de laisser deux lapides onves de bonne 
eau-de-vie. L'intention était' de se servir do cette 
liqueur pour stimuler les faibles à cette heure déci- 
sive. Elle n'avait pas été inutile pour les prépara- 
tifs, pourquoi ne pas compter sur elle jusqu'à la fin ? 
Seulement on crut devoir se montrer plus scrupuleux 
pendant le combat. Jean-T>af»ti8tc Archambanlt fut 
préposé commis de bar» et il avait ordre de n'être pas 
généreux. Aussi trouvait-on Kelson un peu ménager 
ce matin-là (1). Grâce à cette précaution on déplora 
moins d'accidents. Les chefs d'ailleurs ne pouvaient 
pas se passer de ce nerf pour la défense si mal prépa- 
rée de leur mauvaise cau^e. 

C'est vers la neuvième heure du matin que Qbre 
se présenta à l'entrée du village. Il ne s'était plus 
pressé après son arrôt au pont Laplante, y ayant appris 
par deux prisonniers canadiens qu'on l'attendait à 
Saint-Denis (2). L'important avait été alors de pro- 
curer le plus de repos possible à ses soldats, sans 



( I ) — Laçasse, £^ prêtre et ses ditractet^rs^ 50 et 5 1 » 
(2) — David, Les patriotes de 1 837- 1838, 29» 



384 HISTOIRE DB 



tontefoiB laisser aux patriotes le loisir de trop bien se 
préparer à le recevoir. 

La boue du chemii) s'étant un peu durcie sous 
l'action de la gelée^ les troupes marchaient sur toute 
la largeur de la voie avec plus ou moins de discipline. 
Cependant elles se tenaient sur leurs gardes. Avant 
de se rendre aux premières demeures du village, elles 
avaient même essayé leurs carabines et tué le patriote 
André Mandevîlle. Celui-ci avait en effet manqué de 
prudence au point de courir seul à la rencontre des 
ennemis. Remarquant son allure provocante, ils n'hé* 
sitërent pas à le coucher enjoué. Après l'avoir occis, 
ils jetèrent son cadavre à la rivière. Il n'en fut repê- 
ché que le 7 avril suivant et fut inhumé à Saint-Denis 
le lendemain. C'était un jeune peintre de la paroisse, 
âgé de vingt-trois ans, fils d'Alexis Mandeville, culti* 
vateur, et de Marie-Anne Jarret (1), de Saint- 
Antoine. II était récemment revenu des Etats-Unis. 

C'étaient bien là les prémices de l'échauffourée. 

Mais, à cet instant, se déroulait au centre du 
village une scène non moins regrettable. Le prisonnier 
Weîr venait de monter en voiture pour être conduit 
en lieu plus sûr à Saint-Charles. L'hôtelier François 
Mignault, accompagné do Jean-Baptiste Maillet et de 
Pierre Guertin, était chargé de sa translation. Assis 
à l'avant du quatre-rones, le conducteur avait l'Ecossais 
h sa gauche. Derrière lui était Guertin ; Maillet occu- 
pait l'autre place. Sur promesse do Weir de ne point 
bouger, on fit presque aussitôt descendre Guertin (2) 
pour continuer trois seulement à cause de la difficulté 
des chemins pas assez gelés pour devenir beaucoup 
meilleurs que la veille. Puis sur les instances du cap- 



( i) — Registres des baptêmes ^ mariages et sépultures de S, IMttis, 
(2) — David, Les patriotes de 1837-1838, 156. 



SAINT-DBNIS-8UR-RICHELIEU 385 



tif on consentit à lui délier les mnins et les pieds ; 
mais, en revanche, on le ceintura d'une solide courroie, 
dont Maillet reçut les extrémités. On était à peine 
reparti que Ton entendit la fusillade, dont Mandeville 
fut la victime. Bon ! les voilà, pensa Téclaireur de la 
veille, si je pouvais m'échapper et les rejoindre ! Et, 
peu soucieux de sa parole jurée, il s'élança do sm 
mieux hors du véhicule. Mais il comptait sans Mail- 
let qui retenait ses liens plus vigoureusement qu'il ne 
croyait, et ils furent cause de sa chute à côté des roues. 
Cette tentative fut le signal d'une explosion de colère 
contre lui. Maillet (l), le premier, le frappe du plat 
de son épée. Survient Joseph Pratte, instituteur, qui 
y va plus rudement. Il ne lui inflige pas moins que 
dix entailles tant à la tête et au cou qu'à la poitrine et 
au dos. Ces b'essures, porte l'acte d'accusation, étaient 
toutes mortelles et, après les avoir minutieusement 
décrites, il ajoute qu'à la suite de chacune d'elles 
" George Weir mourut instantanément là et alors ". 
Toujours que la victime se débattit et cria jusqu'à ce 
que Louis Lussier lui eut accordé le coup de grâce 
avec son fusil (2). C'est au bruit de cette détonation 
que l'acte d'accusation, déjà cité et daté du 27 août 
1838, redouble d'éloquence : ** Louis Lussier, y lit-on, 
avec un certain fusil valant cinq chelins sterling, et 
chargé de poudre et d'une balle de plomb, lequel dit 
fusil il tenait de ses deux mains, félonieusement et avec 
malice préméditée, tiré sur le dit George Weir, et le 
dit Louis Lussier, avec la dite balle de plomb sortie 



(1) — J.-Bte Maillet, à la suite des événements de 1837, se mit à 
l*abri des vengeances anglaises en se sauvant à Burlington, dans le Ver- 
mont. Il y a vécu une dizaine d'années. Après quoi, il est revenu jouir 
de l'amnistie de 1844 à S.-DeniF. 

(2) — Témoignage de F'rs Mignault. David, Les p.t triâtes de 1837- 
1838, 156 et Î57. 



k 



3Bd histoire SB 

par Tefièt de la dite poudre flti dit fieil, qu'il tenait 
de ses deux mains, fiJ1ni)ieiiBeraent et avec malice pré< 
méditée, y iaa, pressa ladétentedu dit fusil, et attei- 
gnit \h et alors le dit George Wcir, au c<^té gauche du 
ventre, infligeant au dit George Weir là et alors aveo 
lai dite balle de plomb sortie par l'effet de la dite pou- 
dre du dit fusil qu'il portait et alors dans ses deux 
mains, au côté gauche du dit George Weîr, dans l'âme 
d'icelui, une blessure mortelle d'une profondeur de sis 
pouces et d'une largeur d'un ponce et demi, à laquelle 
dite blessure, le dit George Weir succomba instanta- 
nément là et alors " (l). Eii effet, le vîvaoa prison- 
nier était bien mort là et alorn. 

Quand François Jalbort, qui avait crié avec la 
foule deracliever, eut étu exaucé, il s'approche, trempe 
son Gpée dans ta marc de anng et part triomphale- 
ment à cheval par le village en rt'pétant de regarder 
une arme teinte du sang anglais. Ceci insinua qu'il 
était l'auteur du meurtre et lui attira dans la Suite les 
ennuis d'un proc&s resté célèbre (2). 

Cet assassinat se perpétrait à c{>té du couvent. 
Ou glissa augRil6t le cadavre jusqu'au bas de la c6te, 

(1) — Acie il 'accusation contre les meuHtîers de Weir. signé par 
C.-K. Call, procureur giSnéral, et A. -M. Delisk. greffier de la Cou- 
ronne. Cr document, copié dans les Archh-csda Ptiliiis de juiliee, de 
Montréal, a été reproduit en pallie Aum, L<t firitie, de l> même ville, 
le 17 féï. 1898. Ffg Jallieil y est le piincîpal incriminé, niait il n'en ta, 
pas moins >orti indemne. Les autres accusés s'étaient nlors mis bors 
d'alluiiite du bi.is de la justice canadienne en fuyant aux Elals-Unia. Le 
ûnuiment contient environ 3,500 mois. Ces mêmes actes se rédigent 
^<U.i9urd'liui en 3 li|;nes. l^ prtste, de Montréal, 17 fév. 1898. 

(2) — J.illitrt subit son procès du 3 au 10 sept. 1839, après envi - 

t'iitife dans le niuuvemenl révolutionnaire. 11 était intelligent, mais 
irop anient. I.e procès, qui lui a fait recouvrer sa liberté, est longue- 
ment an.Ui-i; dans David, Les palrielii dt 1837-1838, Ija à 166, 



SAINT-DBNIS^SUa-RIGHELIEU 887 



OÙ on le cacha à la hâte sous un amas de groa cailloux 
sur le bord de l'eau (1). 

Pratte et Lussier, dans leur long exil aux Etats- 
Unis, durent amèrement regretter ce méfait, qu'aucune 
raison ne justifie, puisque le prisonnier ne pouvait nul- 
lement s'esquiver malgré tout le désir qu'il en mon- 
trait (2). Lussier n'est passé dans la république voisine 
qu'ûprës avoir été assez heureux pour tromper la sur- 
veillance des geôliers do la prison de Montréal, où il 
a été d'abord quelque temps détenu (;i). 

Pendant le dramutîque meurtre de Weir, les 
troupes anglaises avançaient. Entre elles et la maison 



(1) — L* cadavre de Weir, au retour des Anglais à S. -Denis, après 
la bataille, a été réclamé par eux et transporté à Montréal, où il a été 
inhumé au cimetière militaire de la rue Papinenu. Sur sa pierre sépul- 
crale, entourée d'une clôture de fer, on lit : ** Beneath this stonc arc 
deposited the remains of George Weir, Esq. of Kames, in Berwickshire, 
Scotlandy late lieutenant in lier Maje&ty's 32nd of Cuinwall régiment, 
agcd 29 years, who was barbarously murdered at St Denis, Lower Canada, 
on the 23rd of november 1837 "; traduction : ** Sous cette pierre sont 
déposés les restes de George Weir, écuyer, de Kames, comté de Ber- 
wickshire, Ecosse, ci-devant lieutenant dans les troupes de Sa Majesté, 
au 32e régiment de Cornwall, lequel, à l'âge de 29 ans, fut tué avec 
barbarie à S. -Denis, dans le Bas-Canada, le 23 nov. 1837 ". Voir La 
patrùf de Montréal, 11 juin 1904. page 20. 

(2) — Lusignan, Vaffairt de S. -Denis, dans le Canada- français^ 
III, 218. 

(3) — Ls Lussier était épicier à Montréal depuis 2 ou 3 ans, lors- 
qu'éclatèrent les troubles de 1837. Incarcéré à Montréal à leur suite, 
il parvint à s'échapper giâce à la condescendance du chien de garde, qui 
consentit à Tendurer dans sa loge une partie de la soirée. A la ronde du 
geôlier, l'animal gronJa bien un peu ; mai^, amadoué depuis plusieurs 
jours par les caresses de son nouveau compagnon, il n'éveilla pas de 
soupçons. Quand on s'aperçut de l'absence du prisonnier, celui-ci avait 
déjà escaladé la murai le de la cour et presque traversé le fleuve ; sou 
escapade était assurée. Réfugié aux Etats-Unis, il s'en fit rejoindre par 
son épouse, alla rouvrir épicerie à Saint-Louis- Missouri et y amassa une 
jolie fortune d'environ $12,000. Au bout d'une quinzaine d'années, il 
en revint à Montréal, où il niouilit vers 1880. Il n'a eu qu'une fille, 
née en exil et mariée avec un Ouimet. 



â88 . HISTOIRE DE 



Saint-Germain, il ne re&tait plus que six demeures et 
leurs dépendances, celles de Lamothe, de Bélanger, 
de Chalifoux, de Ouerlin, de Dormicour et de Page ; 
cette dernière était voisine de la forteresse improvisée. 
Toutes étaient échelonnées sur la langue de terre 
séparant le chemin royal de la rivière. Avant d'enva- 
hir la première, Oore lança quatre éclaireurs. Ils attei- 
gnaient déjà la maison Oucrtin, lorsqu'éclata une 
décharge de la résidence Page. C'était l'œuvre d'un 
peloton de patriotes embusqués en cet endroit (t) ; le 
Dr Joseph Allaîre, de Saint- Antoine, David Bour- 
dages, Lévi Larue et Lévi Guertin en faisaient partie. 
Ayant réussi à tuer un des quatre Anglais et à mettre 
les autres en fuite, ils s'empressèrent eux-mêmes d'aller 
grossir le groupe des leurs dans la maison Saint-Ger- 
main. Maintenant sûrs de l'endroit où commençait 
la résistance, les ennemis ne tardèrent pas à s'emparer 
des premières résidences pour s'en constituer des points 
d'appui et gagner du terrain graduellement. 

A cette heure, les dernières familles achevaient 
d'évacuer le village pour n'y laisser que les combat- 
tants. Combien triste cet exode précipité ! Ce n'était 
rien moins qu'une cohue, une débandade vers la pro- 
fonrleur des terres. Il semblait aux fugitifs qu'ils ne 
seraient jamais assez loin pour être à l'abri. Avant 
de partir, ils avaient déposé le plus d'effets possible en 
sûreté. Puis les ouvertures de la maison et des autres 
bâtiments avaient été barricadées avec soin. La mort 
paraissait de la sorte avoir établi domicile dans le vil- 
lage, avant d'y entrer réellement. Les femmes et les 
enfants se sauvèrent ainsi à la deuxième, à la tnnsième 
et à la cinquième concession, même dans les paroisses 



(I) — Ainsi le feu fut ouvert par les patriotes, malgré les recom- 
mandations de Nelson. Le Dr Allaire fut le premier qui lira. 



SAINT-DfiKIS-SUR-RICHBLIBU 889 



voisines, d'où ils entendaient les coups meortrierSy se 
demandant chaque fois s'ils n'étaient pas frappés dans 
leurs plus vives affections. Quelles heures d'angoisse ! 
La plupart les passèrent en prières, et qui sait si ce 
n'est pas à celles-ci qu'on est redevable de n^avoir pas 
enregistré un plus grand nombre de victimes. 

Le bedeau Edouard Lnssier, lui, contin^uait à son- 
ner les cloches do l'église pour appeler au combat (1). 
Le curé le lui avait défendu, mais ce matin-là il se sen- 
tait plus fort que son pasteur et, comme si ce jour ne 
pouvait pas avoir de lendemain, il se jouait de son 
devoir d'obéissance. 

Lorsque les Anglais pénétrèrent dans les premiè- 
res maisons du village, le propriétaire Pierre Laraothe 
se trouva, parleur arrivée soudaine, surpris à enterrer 
quelques objets dans sa cave. Que faire ! Il était 
maintenant trop tard pour tenter de fuir. A la hâte, 
il referme sur lui un banc-lit, déjà descendu, et ne 
«bouge plus. Les soldats allèrent souvent s'asseoir sur 
ce meuble dans le cours de la journée. Il les entendit 
vociférer contre ces patriotes, qui fauchaient sans pitié 
dans leurs rangs. Il renouvela alors plusieurs fois son 
acte de contrition et avec quelle ferveur ! mais, comme 
il n'avait pas le rhume, il put conserver le secret de 
son frêle asile et éviter la mort ou au moins d'autres 
sérieux désagréments. 

Qore, éprouva une longue hésitation en considé- 
rant l'heureuse position des patriotes. Il se trouvait 
presque en face d'une forteresse, qu'il croyait encore 
mieux défendue qu'elle ne l'était effectivement. Lui, le 
vieux décoré de Waterloo (2), qui aimait à se vanter 

(ï) — Lusignan, V affaire Je S.-DeniSy dans le Canada- frattçais, 

III, 214 ; Garneau, Histoire du Canada^ III, -^42 et 343 ; David, Les 
patriotes de 1837-1838, 29. 

(2) — David, Les patriotes de 1837- 1838, 29. 



890 HISTOIRE DB SAINT-DBNIS 

d'avoir fait trembler l'aigle impériale de la France (1), 
ne savait plus de quelle mauiëre il s'en tirerait. Il 
fallait donc qu'il y eût des faibles parmi les puissants 
ennemis de Napoléon, ou que ceux-ci eussent perdu de 
leur ancienne bravoure, pour que l'un d'eux se mon- 
trât aussi embarrassé devant si peu. 

Pendant que Gore combinait son plan d'attaque, 
ses soldats tiraient à l'aventure, et les patriotes leur 
répondaient avec guëre plus d'ordre. Enfin, un com- 
mandement général est signifié aux Anglais, vers dix 
heures. La moitié d'entre eux demeureront au milieu 
des bâtisses où ils sont déjà, et le reste s'en ira à une 
grange de l'autre côté du chemin, vis-à-vis de ces rési- 
dences. 

C'est à cette nouvelle position, donnant bien sur 
l'angle nord-est de la maison Saint-Germain, que fut 
installé le canon. 



e>v^V^/v^ 



(I) — J.-O. Bourgct, dans le Monde illuslré, de Montréal, XV, 
357- 



CHAPITRE XXXVIII 



Le combat. Sa durée et ses langueurs. Tentatives 

d'assaut par les Anglais. Leur retraite. 

Morts et blessés. 1837. 

Les soldats des troupes royales s'étant partagés 
entre la droite et la gauche du chemin, les fusiliers 
continuërent de part et d'autre à se brûler de la poudre 
sans beaucoup de résultat. Pendant ce temps-Là, les 
Anglais bourraient leur canon derrière la grange. Oh ! 
les dégâts qu'ils comptent lui voir vomir ! Quand il 
est prêt, l'artilleur le braque sur la forteresse. Mais 
avant que celui-ci ait terminé sa besogne, il s'afiaisse 
percé d'une balle. Un de ses frères d'armes lui succède, 
puis un troisième, et tous deux ne tardent pas à subir 
le même sort (1). Ce sont les francs-tireurs David 
Bourdages et Augustin Laflèche, qui leur procurent 
dextrement leur passe-port pour l'autre monde. En 
dépit de ces avertissements, un quatrième se présente ; 
rien ne l'arrête ni ne l'eflFraye, il tient bon, et le feu va 
bientôt enflammer la poudre. Quel éclat de foudre 
que ce premier coup ! Le boulet se rue contre le cadre 
d'une fenêtre du second étage de la maison Saint- 
Germain et y pénètre avec fracas, terrassant quatre 
patriotes et en blessant plusieurs autres (2). *^ Descen- 
dez d'ici, crie Nelson, car vous allez tous vous faire 
tuer ". C'étaient bien là des paroles inutiles ; on ne 



(1) — David, Les patriotes de 1837- 1838, 31. 

(2) — Parmi les blessés fui le père de Mgr Gravel, de Nicolet. Il 
reçut un éclat de pierre sut une épaule, qui resta longtemps doulou- 
reuse. 



392 HISTOIRE DB 



les avait pas attendues pour se précipiter vers Tesca- 
lier. On s'y jetait éperdument. D'autres, n'ayant 
pas assez vite leur tour, sautaient par les ouvertures 
opposées. L'un d'eux, s' étant accroché un petit doigt 
en s'y glissant, lui dit : " Reste, si tu veux, moi je 
m'en vais ", et il se lâcha. Heureusement que le petit 
doigt préféra suivre, mais il le sacrifiait plutôt que de 
retarder une seconde, tant il avait peur de perdre da. 
vantage. Voilà le lever du rideau sur une partie de 
la bravoure et de la discipline des prétendus sauveurs 
du pays. 

Les quatre victimes, que le fameux coup de canon 
enveloppa dans un commun trépas vers onze heures, 
sont : Bouthillet, Dudovoir, Phaneuf et Saint-Germain. 

Honoré Bouthillet était de Saint-Antoine ; il a eu 
les intestins ouverts et dispersés. Le lendemain, il a 
été inhumé dans le cimetière de sa paroisse (1). 

Joseph Dudevoir, un des plus ardents rebelles de 
Saint-Denis, a eu l'épaule gauche et le crâne emportés. 
Agé de quarante* trois ans, il était marié avec Scholas- 
tique Mongeau (2) et përe de famille. Il demeurait en 
haut du village. Peut-être occupait*il le grade de ser- 
gent. Le curé témoigne qu'avant d'exhaler le der- 
nier soupir il ^^ a donné des marques de repentir " (3). 

Eusëbe Phaneuf, âgé de vingt un ans, était fils de 
feu François Phaneuf et de Marguerite Bousquet (4). 
La publication des bans de son mariage était déjà 



(1) — Registres des baptêmes^ mariages et sépultures de Saint- Antoini. 

(2) — Registres des baptêmes, mariages et sépultures de S^-Denis, à la 
date du 25 nov. 1837. — La veuve s'est plus tard mariée avec \t pairiûte 
Pierre Allaire. 

(3) — Lettre du curé Deniers à Mgr Lartigue, à la date du i déc. 
1837. Arch ives de Févécké de S. - Hyacinthe, 

(4) — Registres des baptêmes^ mariages et sépultures de S.- Denis, à la 
date du 25 nov. 1837 




(Voir page 389). 



SAINT-DBKIS-SUR-RIGHBLIEU 893 



commencée, lorsque le malheur coupa court aux pré- 
paratifs des noces et couvrît des livrées du deuil son 
inconsolable fiancée. II a eu comme Dudevoir toute 
la partie supérieure de la tête enlevée.. 

Charles Saint-Germain, fils de la propriétaire du 
château-fort dyonîsien et cardour de son métier, était 
âgé de vingt-cinq ans et murié avec Esther Du- 
charme (1). Il a été frappé dans la poitrine et tué 
instantanément. L'ancien hôtelier Henri Saint-Ger- 
main était son fils. 

Le canon a tonné ensuite jusqu'au départ de ses 
maîtres; mais Fans être une cause de nouvelles pertes 
de vie. Ne pouvant avec lui viser assez promptement 
sur les têtes qui se montraient pour disparaître aussi- 
tôt, on ne crut devoir Tutilieer que pour tâcher de 
démolir la maison qui les protégeait. Son point de 
mire fut donc constamment l'entourage de la même 
fenêtre du second étage. Mais l'entreprise dépassait 
les forces de l'assaillant, et il ne parvint à causer que 
des brèches insignifiantes aux murs qu'il voulait ren- 
verser. 

D'un autre côté, pour répondre au langage étour- 
dissant du canon anglais, n'y avait-il pas celui des 
patriotes ? Où est l'individu qui doit lui mettre la 
parole en bouche? Pierre Bourgeois, aubergiste du 
voisinage et non le moindre d'entre les hardis, on est 
chargé ; mais la mort des premiers artilleurs de Gore 
l'a immobilisé. Il estime qu'il finit trop s'exposer pour 
en allumer la mèche ou l'aller quérir et, comme il n'y a 
pas de chef pour lui en intimer l'ordre, cet important 
engin de guerre reste muet toute la journée du combat, 
en face du principal retranchement de ses propriétai- 
res. Il était rempli d'assez de chaînes pour balayer 

(I) — Regisirei des baptêmes^ maria f^es et sépultures de Saint- Denis, 
& la date du 25 nov. 1837. 



394 HISTOIRE DE 



sans pitié tout le détachement ennemi. Comme il 
avait fait rêver une prompte délivrance, lorsqu'on 
l'avait pointé le matin ! Mais quand il n'y a pas d'or- 
ganisation, il y a bien des espérances qui s'évanouis- 
sent comme des illusions. 

En «ffet, qui donc est à la tête de ces mille hom- 
mes réunis pour repousser l'Anglais ? Qui donc assi- 
gne à chacun sa place ? Qui y aura-t-i1 pour comman- 
der au moment suprême, pour résister à une dernière 
étreinte ou profiter de la victoire ? i — Mais Nelson, 
pensez-vouff. Ne le croyez pas. Il n'a pas même de 
fusil pour exciter par l'exemple. Demandez aux sur- 
vivants où il était. Apres avoir réfléchi, ils avouent 
qu'ils ne l'ont presque pas vu au milieu d'eux, quoi- 
qu'ils fussent aux avant-postes, dans la maison Saint- 
(li't laain et la distillerie. Ainsi il était loin de se pro- 
diguer comme les bons généraux. Il semble plutôt 
s'être esquivé le plus possible pour ne pas risquer une 
vie qu'il évaluait probablement pour la patrie au même 
prix que celle de Papine^u. Il avait dit à ce dernier 
la veille : " Mettez-vous en sûreté. Nous aurons besoin 
de vous aprës la victoire ''. Sur ce, il avait contraint 
son ami de fuir. îl s'efforçait maintenant de se ména- 
ger autant tout en tâchant de n'êtrç pas trop un sujet 
de scandale. 

Aussi entrez dans le camp des insurgés, c'est le 
désordre complet ; chacun n'est pas libre de se retirer 
quand il le veut ; s'il a un fusil, il est bien obligé de 
s'en servir au moins un peu ; mais il l'emploie de la 
manière et à Teiidroit qu'il l'entend. Cependant sur 
les cent environ qui sont pourvus d'armes à feu, il n'y 
en a pas plus qu'une trentaine qui les utilisent. Les 
autres? — Ils se tiennent à Tabri comme leur chef. 
Plusieurs même d'entre eux ont été jusqu'à jeter furti- 
vement leur arquebuse à l'eau pour n'avoir pas à agir. 



SAINT-DENIS-SUR-klCtlELIEU 393 



Les plus habiles tireurs sont sans contredit David 
Bourdages (1) et Augustin Lniiëche (2). Tous deux 
occupent les petites fenêtres du grenier. Ils disposent 
chacun de trois fusils^ que de moins adroits leur char- 
gent. Vers raidi, le premier, pas plus émotionné que 
s'il eftt tire à la cible, a allumé sa pipe pour ne se 
gêner en rien {i). Les autres bons secondeurs, cha- 
cun à sa place de choix, ont été Lévi Guertin et 
Augustin Carignan danâ la chapellerie voisine, Joseph 
Courtemanche à la distillerie, le capitaine Blanchard 
des Voltigeurs de 1812, le Dr Allaire (4) avec sou 
frère Pierre (5), Pérodeau, Lévi Larue et Louis 
Page (6).. Ce dernier n'a échappé à la mort que grâce 
à une main de papier, que sa femhie lui avait ajustée 
sur la poitrine en guise de bouclier ; une balle s'y est 
en effet logée assez profondément durant le combat (7). 

La plupart des fusils, que maniaient les Cana- 
diens, étaient à pierre. Ils rataient souvent, repous- 
Si'iient et ne portaient pas à plus que cinq ou six 



(1) — David Bourdages, après avoir fait ses études à Nicolet, a reçu 
$a licence d'arpenteur royal. Plus tard, il a été l'agent des Deschambault 
dans leur seigneurie de Saint-Denis, où il a d'ailleurs passé toute sa vie 
{AUmorial nécrologique^ .dans Le Courrier de Saint- Hyacinthe^ i mai 
1883). Tout en exerçant les fonctioos ci-dessus, il a été constamment 
cultivateur à IrAmyot. Le 30 juillet 1855, il ouvre la liste des maires 
de la nouvelle municipalité de sa paroisse. Il est décédé le 9 avril 
1883, à Vâge de 83 ans. De ses deux mariages avec Emélie Gaouette et 
JuUe'Ledoux, il a eu de nombreux enfants, parmi lesquels Louis, époux 
d'Elmire Bousquet, mort k S. -Denis vers 1900, à l'&ge d'environ 50 ans. 
Soeur Saint-Théodoric, de la Congrégation de Notre-Dame, née Alexkn- 
drine Bourdages, est la fille de ce dernier. 

(2) — Ils avaient tous deux fait leur apprentissage comme chas- 
seurs dans les bois des IV et V rangs, 

(3) — David, Les patriotes de 1837- 1838, 33. 

(4) — Le Courrier de Saint- Hyacinthe ^ i mai 1^83. 

(5) — Pierre Allaire est le père de Tabbé Pierre-Olivier Allaire. 

(6) — David, Les patriotes de 1837*1838, 32» 

(7) — Ibid., 33. 



l 



396 HISTOIRE DB 



arpenta. Lee Anglais au moins possédaient tous de 
bonnes carabines. 

En dépit de ces appréciables disproportions, 
l'avantage appartenait aux plus mal partagés. Le 
capitaine Roussford racontait plus tard à l'appui de 
cette assertion que, se trouvant derrière un bâtiment, 
il vit s'affaisser un de ses compagnons, blessé mortelle- 
ment. Avant de se traîner sous l'œil des ennemis 
pour le secourir, il crut utile de constater jusqu'à quel 
point il y aurait danger à rendre ce service. Il montra 
donc un instant sa casquette à la pointe de son épée ; 
l(»r.si|u'il la retira, elle avait déjà été criblée d'une 
demi-douzaine de trous (1). 

Environ un quart d'heure après le fatal coup de 
canon, les insurgés eurent à dép)lorer une nouvelle 
perte dans la personne de François Dufault. C'était 
un menuisier du village, âgé de vingt-deux ans, fils 
d'Augustin Dufault et de Marie Gauthier [(2), du 
quatrième rang. Comme il traversait la rue un peu 
plus haut que la maison Saint-Germain en s'y rendant, 
il fut atteint et tué instantanément par une balle, que 
lord Cochrane lui avait expédiée avec sa canne à air 
comprimé. . 

Vers le même temps, Nelson, voyant de ses gens 
s'exposer inutilement dans les résidences de l'autre 
côté de la voie publique, demanda à un de ses lieu- 
tenants, Charles-Ovide Perrault, d'aller les avertir de 
n'être pas aussi imprudents. Ce dernier était un bril- 
lant avocat de Montréal (3) ; malgré ses vingt-huit 



(1) — David, Lfs patriotes de 1837-1838, 33. 

(2) — Registres des baptêmes^ mariages et sépultures de S,'Dtnis^ à 
la date du 25 nov. 1837. 

(3) — Kn société depuis l'année précédente avec André Ouimet, 
chef des Fils de la liberté, La Mitteii'e , de Montréal, 18 fév. 1899. — 
David, Les patric/es de iS^yiS^^, 146. 



SAINT-DENIS-SUR-RIGHBLIBU 897 

— - Il - ■■!■ Il ■--.-._■— 

ans seolemeDt, il était déjà membre du Parle- 
ment (1). On eut tort de confier une mission si péril- 
leuse à un homme de cette valeur. ^ Pour comble de 
malheur, pendant qu'il se trouvait au milieu du che- 
min, il aperçut une si belle occasion de faire le coup 
do feu qu'il pensa pouvoir en profiter saris inconvé- 
nients (2). Mais il paya cher sa faiblesse devant 
la teptation, il fut lui-même aussitôt frappé de deux bal- 
les ; l'une le blessa au talon, l'autre à l'abdomen (3). 
Il n'eut plus ensuite que la force de se traîner jusqu'à 
la maison du seigneur, un demi-arpent plus haut. C'est 
là qu'il a succombé à son mal au milieu de douleurs 
atroces, le lendemain matin. Vers trois heures et 
demie, après le départ des Anglais, M. Demers est 
allé le visiter. Il l'a confessé en pleine connaissance, 
lui a administré l'extrêrae-onction et appliqué l'indul- 
gence in articula mortis. Puis il est resté près de son 
chevet à le consoler jusqu'au coucher du soleil. Le 
mourant paraissait aussi résigné que souffrant. Il a 
été inhumé à Saint-Antoine dans le caveau de l'église, 
le lendemain de son décès (4). Il était marié avec 
Mathilde Roy (5) et frère de la mère de Mgr 
Fabre (6). 

M. Lagorce, vicaire de M. Demers et moins impo- 
pulaire que son curé auprès des patriotes^ s'est tenu 



(1) — Garneau, Histoire du CanaJa, III, 342 et 343. 

(2) — Lusignan, L* affaire Je S.- Denis, dans le Canada-franfais^ de 
Québec, III, 216. 

(3) — David, Les patriotes de 1837-1838, 32. 

(4) — Registres des baptêmes^ mariages et sépultures de S,- Antoine, 
à la date du 25 nov. 1837. 

(5) -. Ibid.. 

(6) — David, Les patriotes de 1837- 1838, 74. — David, Biographies 
et portraits, 291 à 301. A lire particulièrement la lettre du curé Demers 
à M. Hector Fabre au sujet de Toncle de ce dernier, le 26 fév« 1856 } 
page 298. 



398 HISTOIRE DB 



une grande partie de la journée avec cenx-cî, surtout 
dans la maison Saint-Germain et la distillerie. Surve- 
nait-il quelqu'accident, il accourait vers la victime 
pour lui prodiguer les secours de son ministère (1). 
Ce n'est pas qu'il approuvât l'insurrection, il n'était 
que là où son devoir le requérait. 

Vers midi, Pierre Minette, figé de trente-un ans, 
époux d'Emélie Allard (2) et cultivateur du quatrième 
rang, est tué par une balle dans la maison Saint- 
Qerraaiil, en s'y montrant à une fenêtre (3). 

Un instant après, Antoine Lusignan, âgé de 
soixante ans, époux de Marie Petit (4) et cultivateur 
aussi de la paroisse, est atteint de la même manière. 
Mais il n'est pas foudroyé. M. Lagorce a le temps de 
lui conférer l'extrême-onction, avant qu'il expire (6). 

Enfin, ennuyés des lenteurs du siège, les Anglais 
décident l'assaut du camp des patriotes. Markham est 
mis à la tête d'un contingent de braves et il se lance 
résolument do la grange dans la direction de la maison 
Saint-Qeruiain. Les projectiles sifflent à ses oreilles, 
mais n'importe, il fond toujours. Déjà il a franchi 
plus que la moitié de la distance, lorsqu'il s'arrête 
blessé par une balle ennemie (6). Ses camarades le 

(1) — Lusi^nan, Vcip'aire de S.- Denis, dans le Canada-franfaiSy 
de (^)ii6l>ec, III, 216. 

(2) — Rf^istrti dfs bapUmes^ mariages et iipuUures de S.-Denis^ à 

l;i date du 25 nov, 1837. — Le véritable nom de famiUe de Pierre 

Minette est Montii^ny dit Minet ou Minette. M. Ovila-Pierrc de Mon- 

lij^Mv, luaichanvl A Montréal sur la rue Sainte-Catherine, est «on petit- 

til>. 

(;) - Uavivl, I (s patricUs de 1S37-1S3S, 31. 

j^) — /Cegtsffi's des t,:ptêmeSy fM,jn\iges et sépultures di S,-Denù, à 
l.\ d.xu* du :!5 nov. 1S37. 

(5\ - I.ii>ij;iian, / \:f^'.:i'r de S.-Zh' tif^ dans le Cana-ia-fraMçais, à^ 
<h;o\ co» 21K — lettre du curé Heniers à Mgr Lariigue, en date du I 
l'.eo. 1 S ;'. .-î '\h:: es de re: /. ht Je S. H\ .wint he. 

y[\\ — (.;ainc.\u. Jli.rt-e du l\:'::j.\ III, 342 et 343. Da^id, Les 
/.:.' .'.•.o de 1S37 lv^;8, 33 el 34. 



SAINT-DBNISSIÎRRICHELIEU 399 



saiRisRent dans leurs bras et se retirent avec lui derrière 
une grange plus proche, celle de Jean-Baptiste Pha- 
Tieuf aujourd'hui (1). L'attaque s'exécutait à pied, 
vers une heure de raprès-midi. 

Pendant que les retraitants délibéraient s'il n'y 
avait pas moyen de se reprendre autrenaent, il arriva 
encore un accident fatal pour les insurgés. Benjamin 
Durocher, qui ne s'était pas aperçu du pas fait par les 
Anglais, crut en entendant du monde parler à la 
grange nouvellement occupée que c'étaient les siens qui 
avaient gagné du terrain et partit de la distillerie k la 
course pour les rejoindre. Lorsqu'il reconnut son 
erreur, il était trop tard, déjà les ennemis le tenaient ; 
il est tombé & mi-chemin pour ne plus se relever. Il 
était cultivateur de Saint-Antoine, où il a été inhumé 
le surlendemain (2), 

Du renfort ayant été fourni aux réfugiés de la 
grange Phaneuf, ils résolurent au nombre de cent-cin- 
quante environ de pénétrer directement dans le village 
pour cerner la position des rebelles. Par deux fois ils 
s'ébranlent pour réaliser ce dessein, mais les deux 
fois ils reculent. C*est qu'une cinquantaine de non 
moins vaillants sous la conduite d'André Beauregard 
leur coupent le passage. Il y a donc des fusils encore 
là ? — Oui, trois ou quatre, juste assez pour persua- 
der aux assaillants que les bâtons de clôture que 
manient les autres en sont aus^i. Le feu mal nourri 
de cette troupe improvisée suffît pour empêcher le 
bataillon d'avancer. Evidemment les lunettes d'appro- 
che étaient rares à cette époque. C'est à l'extrémité 
nord de la rue du Lion, que la Compagnie des bâtons 



(1) — Lusignaii, V affaire de S.-Djuis^ dans le Canada- Français, 
III, 2i6. 

(2) — Rentres des baptêmes, m%riages et sépultures de Saint- Antoine^ 
à la date du 25 nov. 1837. 



400 HISTOIRE DB 



de clôture accomplit sou exploit. Il était alors près 
d'une heure et demie. 

A part les groupes Saint-Germain et de la rue du 
Lion, il 7 en avait un troisième, que quelques histo- 
riens se sont plus à qualifier de réserve (1). Vraiment 
ce ne sont pas gens exigeants. S'il n'y a jamais eu 
d'autres réserves pour sauver une position risquée ou 
perdue, il ne fallait pas fonder beaucoup d'espoir sur 
leurs secours. Cent-vingt-ciiiq hommes environ se 
tenaient en effet derrière l'église ou la maison Bru- 
neau (2), mais ils étaient sans chef, comme sans disci- 
pline. Ils s'étaient installés là d'eux-mêmes, et si les 
balles ennemies, qui sifflaient jusque-là, ne les avaient 
pas gênés, ils n'y seraient pas restés longtemps. Le 
danger étant devenu imminent, c'est là surtout que 
l'on se serait servi de la meilleure poudre dans la cir- 
constance, de la bonne et peu coûteuse poudre d'escam- 
pette. 

Mais, dans son ensemble, quelle est la physiono- 
mie de l'action ? Quand on se représente un combat, 
on s'imagine de la fumée en abondance et du bruit à 
ne pas s'entendre. Ici rien de ce tableau. Pas de feu 
roulant. Le canon gronde deux ou trois fois l'heure 
et les autres détonations ne résonnent que lorsqu'il se 
montre quelque tète d'un côté ou de l'autre. Tout 
languit, et c'est là le grand combat, la lutte si vive, le 
feu de la mémorable journée de Saint-Denis. 

Ce n'est que vers deux heures de l'aprës-midî 
qu'il y a eu un peu plus d'activité. Alors une centaine 
de patriotes^ recrutés à Verchères et à Contrecœur, 
viennent de débarquer derrière la distillerie. Une 
décharge de mousqueterie à leur adresse, durant leur 



(i) — Lusignan, Vaffaire de S, -Denis, dans îc Canada-franfaiSf 
de Québec, III, 215, — David, Les patriotes de 1837-1838, 29. 
(2) — Située à un arpent environ au sud-est de réalise. 



8AINT-DBNI8-SUR-RI0HELIBU 401 



passage de la riviëre, a excité lear coarage (1). Us se 
répandent qd peu à tons les coins, derriëre les cordes 
de bois et les clôtures, ils ne craignent pas de prêter 
parfois le flanc à l'ennemi pour lui procurer les émo- 
tions d'un chaud quart-d'heure. Ceux-ci ripostent avec 
autant d'entrain. Pendant une heure environ, l'af- 
faire eut l'apparence d'une bonne fusillade à la lisiëre 
d'un bois. 

Gore, considérant qu'avec tout cela il ne gagnait 
rien, résolut de ne pas insister davantage. De plus, il 
prévoyait que la nuit l'envelopperait bientôt de pro- 
fondes ténèbres, et il ne voulait pas coucher ûlleurs 
qu'à Sorel. 

Toute la journée avait été sombre. Peu de soleil 
et fréquemment des brouillards. En différentes repri- 
ses, il était même tombé à peu près un pouce de neige. 
A ne pas bouger on grelottait. Cette température 
n'avait pas été sans favoriser les rebelles. Il soufflait 
aussi un fort vent d'ouest. 

Vers trois heures et quart, la retraite fîit sonnée 
dans le camp anglais. Les soldats étaient à bout de 
forces, et il leur fiEtllait encore retourner à Sorel à pied 
avant de se reposer. Après avoir entassé dans leurs 
voitures les deux tiers de leurs morts et de leurs bles- 
sés, ainsi que le gros des munitions qui leur restaient, 
ils se remirent en route pële-mèle. Les chemins étaient 
un peu plus mauvais que dans la matinée, étant moins 
durs. 

Il ne leur fut pas possible de rouler leur canon 
plus loin que le ruisseau Laplante, tant la boue adhé- 
rait à ses roues. Là ils s'en débarrassèrent en le cul- 



(i) — Le passeur était un Roberge, de S. -Antoine ; le coup de 
canon, dirigé contre son embarcation durant cette émouvante navigation, 
en a brisé le pont. David, Les patriotes tU 1837-1838, 34. — Garneau, 
Histoire du Canada^ III, 342 et 343. 



402 HISTOIRE DE 



butant au fond de l'eau, ainsi que cent-cinquante bou- 
lets. En deçà, ils avaient laissé dans les fossés plu- 
sieurs boîtes de cartouches. 

Bendus au village de Saint-Ours, les retraitants 
furent assez heureux pour rencontrer à son quai un 
bateau à vapeur, qui attendait la fin de la bataille 
pour continuer à remonter la rivière. On l'obligea de 
tourner la proue pour transporter à Sorel les mili- 
taires, qui ne se sentaient plus capables de marcher. 

Les patriotes auraient pu tirer le meilleur parti de 
cette fatigue des soldats en les poursuivant sous un bon 
commandement. Bourdages, aidé de quelques compa- 
gnons, les a bien harcelés jusqu'à leur sortie de la 
paroisse, mais sans infliger beaucoup de mal aux fugi- 
tifs. Quant à lui, il y perdit deux de ses camarades, 
Lévi Bourgeois et François Lamoureux, qui furent 
victimes du feu ennemi. Le premier était de Saint- 
Antoine (1), l'autre de Saint-Ours (2). 

Mais quelles ont été les pertes anglaises dans cette 
malheureuse journée du 23 novembre 1837? — Cent- 
seize, dit-on, manquaient à l'appel fait à Sorel le même 
soir. Sur ce nombre une trentaine étaient morts (3), 
et paiini les blessés six étaient restés sur le champ de 
bataille. Ceux-ci, qui s'attendaient à expirer sous les 
coups barbares des vainqueurs, ont été fort surpris de 

(1) — Lévi Bourgeois était fils de TAcadien Pierre Bourgeois venu 
des provinces maritimes à S. -Antoine ; sa mère se nommait Marie- 
Désanges Liitlefield. £n mourant, il laissait une veuve (née Chabot), 
une fille et un fils, appelé hévi, que S.-Aimé-sur-Yamaska compte au 
nombre de ses carossiers. Par son frère François, le malheureux /a/W<>/<r 
est le grand-oncle de Tabbé Joseph Bourgeois, curé dans le diocèse de 
Providence, E.-U.- A., Archambault, Généalogie de iafamiUe Archam- 
âau/t,^2 et 33. 

(2) — F. Lamoureux n'était âgé que de 17 ans. David, Lespairiû' 
Us de 1837-1838, 35. 

(3) — Lusignan, Vaffaire de S.-Denis^ dans le Canada-français^ de 
Quél)ec, III, 217. — David, Les patriotes de 1837-1838, 36. 



SAINT-DBNIS-SUR-RICHELIEU 403 



s'en voir charitablement traités. Ils ont été aussitôt 
confiés aux demoiselles Dormicour (1), qui ont rempli 
auprès d'eux l'office de dévouées Sœurs Grises. Ceux 
qui ont survécu ont été ensuite rendus à leur famille 
ou à leurs amis. 

Leurs morts trouvés après le départ des troupes 
ont été jetés à la rivière au nombre d'environ dix. On 
affirme que Tes clercs-médecins les ont repêchés et en 
ont fait leurs délices. Un seul paraît plus tard avoir 
reçu les honneurs de la sépulture à Sorel. 



e>V^\*\^\A^ 



(I) — David. Les patriotes de 1837-1838, 36. — Filles du Dr Dor- 
micour, elles se nommaient Marie-Louise» âgée de 53 ans, et Thérèse, 
âgée de 49 ans. L'une d'elles a passé toute la journée du combat blot- 
tie sous le pont de l'Amyoi, où, le soir, elle fiit trouvée à demi-morte de 
peur et de froid. 



CHAPITRE XXXIX 



Les patriotes après leur victoire. Leurs craintes 
du retour des ennemis. Divers travaux de for- 
tification contre eux. Sépulture des victimes 
dyonisiennes. La bataille de Saint- Charles. 
La débandade générale. 1837. 



Combien tristes parmi les patriotes furent les 
heures qui suivirent le départ des troupes ant^laises ! 
C'est que douze morts fauchés dans leurs rangs et une 
dizaine de blessés les avaient désillusionnés pour un 
grand nombre. En vérité, il n'en fallait pas faut pour 
enfoncer de plus en plus profondément dans les plaies 
du cœur les avertissements si clairs et si rigoureuse- 
ment réalisés de l'autorité religieuse : " Avez-vous 
jamais pensé sérieusement aux horreurs d'une guerre 
civile ? Yous êtes-vous représenté des ruisseaux de 
sang. . . .? " Sous le poids de ces poignantes impres- 
sions, tous, moins les plus ardents, eussent voulu 
retourner à leurs foyers ; mais les mains de fer qui les 
avaient amenés en retinrent plusieurs. ^^ La patrie, 
leur répéta-t-on, a encore besoin de vous ". Les autres 
purent s'en aller. 

On so procura un peu de repos, de nourriture 
surtout, car depuis le déjeuner, dégusté à la hâte, on 
n'avait rien accordé à son estomac affaibli. 

Puis le conseil provisoire de la future république 
se réunit chez Nelson. Il n'y avait plus l'entrain des 
jours précédents. C'est à peine si quelques-uns osè- 
rent prononcer le mot victoire. On avait bien repoussé 



406 HISTOIRE DE 



les forces ennemies, mais on sentait aisément que la 
résistance ne pourrait se prolonger longtemps. Tout 
de même ou tâcha deTecouvrer un peu de sa vigueur 
d'autrefois, et l'on ilfscuta la ligne de conduite à 
adopter. 

Nelson présidait ; autour de lui se tenaient tous ces 
compagnons de la veille, moins Papineau et Perrault. 
Ce dernier était mourant dans une maison du voisi- 
nage ; l'autre filait vers les Etats-Unis par la voie de 
Saint-Hyacinthe, de Saint^Césaire et d'Ibervîlle (l). 
Plus tard, celui-ci est allé résider à Paris, où dans ses 
relations avec Lamennais^ Bérenger et Michelet (2) il 
acheva ^e fausser son esprit déjà avancé. 

Sir George-Etienne Cartier, alors étudiant en 
droit, assistait à l'assemblée ; mais lui, qui ne perdait 
pas une occasion de souligner par une chanson impro- 
visée les faits courants, n'eut pas le courage ce soir-là 
d'en composer une sur la retraite de Gore, On y remar- 
quait aussi Philippe-Napoléon Pacaud (3) qui aurait 
bien voulu traiter de l'émission des billets de ssf future 
banque nationale ; mais on avait d'autres questions 
plus pressantes à régler. 

Comme tous étaient persuadés que Gore ne tarde- 
rait pas à revenir avec des troupes plus considérables 
et que, du côté opposé, pouvait poindre à chaque 
moment le détachement de Wctherall, on débattit la 
proposition de savoir s'il ne serait pas plus sage de 
lâcher prise et de se sauver aux Etats-Unis. Après 
longues hésitations, la majorité décida que l'on ne 
devait pas reculer, et Ton avisa aussitôt aux moyens 
de garder sa position au moins telle qu'on se Tétait 

(I) — Dnvid, L<rs /:fn\^frs di 1S37-1838, Il 8. — $4,000 étaient. 
promises par le gouvernem^ni à quiconque le livrerait moitoa vif. Ibid.. 
^2) — Ii;iKtus tians Lj Fessf, de Montréal, 2 déc. 1899. 
(3) — lM\ii, L.'s /.:f ;'. .Vi Jf 1S37-1S3S, II4 à 13a 



SAINT-BBNIS-SUR-RICHELIBU 407 



créée. En résumé, voici ce qui fut convenu. La 
maison Saint-Germain serait conservée comme forte- 
resse, mais on la protégerait au nord pas. une palis- 
sade. Les chemins du Bord-de-I'.eau seraient obstrués 
le plus possible par des arbres renversés ; les ponts, 
coupés ; et dans tous les sens il serait posté des sen- 
tinelles pour prévenir des approches de rennemi. Des 
résolutions on se hâta ensuite do procéder aui^ actes. 

Tout le reste de la nuitf oi^ travailla activement à 
la construction de la palissadç. Elle fut surtout con- 
fectionnée des plançons et .planches 4e ^^ première 
grange occupée par les Anglais ainsi que de diver» 
autreid mç^tériaux que réunissait . Madame Saint-Ger- 
main en vue de la prochaine érection de nouveaux 
bâtiment^. . A sa base extérieure on avait creusé un 
fossé et disposé sa terre de manière à consolider la 
muraille. Haute de sept à huit pieds, celle-ci courait 
sur une longueur d'environ un arpent.; . 

En marne temps, quelqu'un alla affaiblir les lam- 
bourdes du pont Laplante de façoil qu'il ne e'éf- 
fondrât que sous une charge aussi ionrcïe que' c^Ilë 
d'une tète de bataillon, 'tin nommé Baron fut efnvôyé 
en exécuter autant au pont 'du bas de l'Amyot. '•• 

La plus forte partie dés. ormes et des peuptièrs 
du haut du village furent culbutés* sur la voie publi- 
que. Les environs de la route furent également 
embarrassés. lJne\grange, dans lé même endroit, fiit 
de plus percée de meurtrières et transformée en petite 
forteresse pour l'éventualité d'une attaque de la part 
de Wetherall. Puis on. prodigua les gardes sur diflfe- 
rents points du haut et du bas de la paroisse, et. . . • 
ce fut tout. 

Quand ces mesures de notre bureau de guerre 
eurent été prises, il se reposa avec confiance, car il se 



408 HISTOIRE DE 



croyait suffisamment prêt à recevoir n'importe quelle 
belliqueuse visite. 

Le surlendemain du combat, pendant l'attente, eut 
lieu la cérémonie funëbre de l'inhumation des morts de 
Saint-Denis. Rien de pins attristant que le spectacle 
alors offert aux parents et amis. Pas de priëres à 
l'église. On transporta les corps directement en terre, 
pendant que le vicaire rédigeait à la sncristie les attes- 
tations officielles de leur sépulture (l). Tous, au 
nombre de six, ils ont eu leur fosse commune dans la 
partie non bénite du cimetière. Le septième les y a 
rejoints au printemps. 

Quant aux blessés des différentes paroisses, ils se 
rétablirent, moins un. Lévi Larue a été atteint à la 
hanche gauche et à la main du même côté, Augustin 
Garignan à la figure. Pierre Allaire a reçu dans la 
bouche une balle qui lui est sortie par la joue droite. 
Jean-Baptiste Dupré et Jean-Baptiste Patenaude ont 
été frappés chacun à la jambe. Larue et Patenaude 
seulement étaient de la paroisse. La gangrène s'étant 
introduite dans la plaie de ce dernier, ce fut lui qui 
mourut à la fin de l'hiver. Carignan était de La Pré- 
sentation, Allaire, de Saint-Antoine, et Dupré, de 
Saint-Ours. Les autres blessés n'ont emporté dans 
leurs personnes que d'insignifiants souvenirs de 
réchauffourée. 

Le jour même de l'enterrement des patriotes 
dyonisiens, se jouait au village de Saint-Charles le 
suprême enjeu de la révolte dans une bataille aussi 
meurtrière que décisive pour le résultat général de 
la néfaste entreprise (2) ; l'écrasement fut complet. 
Heureusement pour Suint-Denis que peu de ses hom- 



( I ) — Rf^istres dis baptêmes^ mariages et sipuUures de Saint' Denù^ 
2$ nov. 1837. 

(2) — David, Les patriotes de 1837-1838, 37 à 42. 



I. - MAIRES DE a-DENIS (Page 448). 




SAINT-DENIS-SUR-RICHELIEU 409 



mes y prenaient part. Néanmoins l'un d'eux, Isaae 
Fontaine, âgé de vingt-deux ans, fils de Louis Fon- 
taine et de Geneviève Dandenault, y fut tué (1). 

Brown, après sa défaite, s'en vint coucher au 
quatrième rang de la paroisse, chez Toussaint Angers, 
beau-père de l'ancien rebouteur Dragon. 

Ce jour-là, samedi, 25 novembre, les religieuses 
de la Congrégation, dans la crainte d'une irruption 
des troupes de Wetherall, envoient leurs élèves en 
sûreté à Saint-Antoine, et elles-mêmes partent pour le 
troisième rang (2), où une famille leur a oiFert l'hos- 
pitalité. Le soir, le curé se dirige aussi vers le troisième 
rang. Il se retire de son côté, avec sa mère, chez 
Séraphin Bourque. Avant de s'éloigner du presby- 
tère, il avait enfoui les va^es sacrés et caché non 
moins soigneusement les autres argenteries et les orn^ 
ments de l'église, ainsi qu'une partie du linge et les 
archives (3). 

Le lendemain, dimanche, il n'a pas été célébré 4e 
messe dans la paroisse (4). 

M. Demers, en s'exilant, fuyait autant h^patriotes 
que les Anglais. Il n'avait jamais cherché qu'à les 
dissuader de leur folle entreprise et était même par- 
venu à en détacher un bon nombre de leur parti. 
Jamais il n'avait consenti à leur accorder l'argent de 
la fabrique. Ensuite : ^^ Depuis dix jours, écrit-il à 
son évêque le premier décembre, j'ai continué à m'at* 
tirer l'indignation de certains /^a^n'o/e^, parce que j'ai 



( I ) — Rf^tres des baptêmes^ mariages U sépultures dÀSaiht- Charits^ 
27 nov. 1837. 

(2) — LeUre du curé Demers à Mgr Lîirtigue, à la date du 9 déc. 
1 837. A rchrvfs de Pévêché de S, - llyacintke» 

(3) — Ibid.. 

(4) — Lettre du curé Demers à Mgr Lariigue, à la date du i déc. 
1 83 7. A rch izes de Vévhhé de S, - Hyacinthe, 



410 HISTOIRE DE 



refusé que mon garçon prît les armes, et qne je n'ai 
voulu prêter ni mon cheval. . ., ni pioches, ni bêches 
pour les retranchements " (1). 

De plus, dans l'après-midi du dimanche qu'il a 
passé au troisième rang, il a tenté une nouvelle dé- 
marche, qui a encore mcmté contre lui l'opinion des 
partisans de la rébellion. *' Dans l'intérêt de l'huma- 
nito, déclare-t-îl, et pour sauver le village de sa ruine 
entière, je fis communiquer aux combattants une let- 
tre de M. Gugy par laquelle il me demandait d'em- 
ployer mon influence pour engager les gens à retour- 
ner dans leurs foyers, s'ils ne voulaient pas que les 
plus grands malheurs tombassent sur le village. Cette 
lettre eut un tel effet que, le lundi matin, tous les 
piquets étant désertés, et très peu de gens restant, 
les chefs crurent devoir prendre la fuite. Les armes 
furent serrées, les ponts réparés et les retranchements 
détruits" (2). 

Le curé n'avait pas attendu les dernières consé- 
quences de son acte pour se mettre à l'abri des coups 
de ses adversaires. D'ailleurs il avait été informé dès 
le vendredi précédent que l'on devait le piller. En 
proie à ces pénibles impressions, pas plus tard que le 
dimanche soir, il s'enfuyait à Saint-Aimé (3). 

Le premier décembre, de cette dernière paroisse 
il écrivait à Mgr Lartigue : " On me fait dire que je 
fais bien de me tenir éloigné.... Aussitôt que cette 
fureur sera passée, je retournerai à mon poste. Pour 
comble de malheur, M. Lagorce, sur qui je comptais 
pour avoir soin du troupeau désolé,. • . s'est sauvé de 
terreur " (4). 

(I ) — Archives Je rhêché de S,- Hyacinthe. 

(2) — Lettre du curé Deniers à Mgr Lartigue, à )a date du i déc. 
1S37. Archnes de rhêché de S.- Hyacinthe, 

(3) — Ibid.. 

(4) — Ibid.. 



SAINT-DENIS-SUR-RIGUBLIBir 4 1 1 



• 



Néanmoins' Nelson, qui s'était éclipsé avec Mes 
antres chefs de l'insurrection, reparut le mardi matin, 
28 novembre, et réussit à assembler encore un petit 
groupe d'hommes, qu'il continua à tenir sur pied jus- 
qu'au samedi, 2 décembre (1). Alors, sentant sa 
cause irrémédiablement perdue, il déguerpissait pour 
ne plus revenir. A tous les compagnons d'infortune 
qu'il rencontrait sur la route, il se contentait de répé- 
ter : ** Courage, mes amis ". A l'un d'eux il ajouta 
que s'il avait seulement encore vingt hommes avec lui 
il ne s'en irait pas. 

Au cours de ses dix longs jours de pén'grîna- 
tions, " il eut à supporter toutes^ les tortures du froid, 
de la faim et de l'inquiétude, déambulant la nuit à 
travers les bois, dans l'eau et la boue jusqu'aux genoux, 
se cachant le jour, obligé quelquefois de revenir sur ses 
pas pour ne point tomber au pouvoir des volontaires, 
d'avoir recours à toute espèce de subterfuges p«»ur se 
procurer un peu de vivres. Une couple de fois, il 
faillit périr en traversant des ruisseaux ou des 
marais " (2). Malgré toutes ces précautions, \l fut 
capturé le 12 décembre. Il a été ensuite quelque 
temps incarcéré à Montréal, puis il a été exilé aux 
Bermudes (3), d'où il a pu passer aux Etats-Unis et 
de là au Canada, en 1844. Il est mort à Montréal, 
en 1863, aprës y être constamment resté depuis son 
retour au pays (4). 



(1) — I-ettre du curé Deniers à Mgf Lariigue» à la tlate du 9 déo* 
1837. Arckivts de l'évhhi de S.-llyacintke, 

(2) — David, Biographies et portraits, 283. 

(3) — David, L^nnion des deux Canadas^ 57. 

(4) — David, Biographies et pûrtmils^ 283 à 290. 



CHAPITRE XL 



Lia. revanche anglaise. Sa cruauté barbare. Les 
incendiaires. Les prisonniers. Le contre-coup 
des troubles, en 1838. Appréciation générale 
de la rébellion ; ses conséquences. 1837-1838. 



Pendant qwe \eQ patriotes étaient si loin de jouir 
de leur victoire, lea Anglais préparaient la revanche. 
Qore et ses soldats, furieux de l'échec du 23, brûlaient 
d'en ensevelir la mémoire sous un amas de cruautés de 
leur acabit (1). Ce n'est pas par des actes de bra- 
voure, en effet, qu'ils veulent racheter leur couardise, 
c^eût été montrer trop de noblesse ; ils demandent du 
renfort, et c'est quand ils seront onze cents qu'ils 
s'avanceront avec întrépi<lîté sur un village désert (2). 

Ils sont entrés de plain-pied dans Je bourg de 
Saint-Denis, dimanche, le 3 décembre. Il n'y avait 
plus personne pour leur opposer de la résistance. 

Dès leur arrivée, les officiers, comme gens chez 
eux, parcourent les rues en marquant les maisons du 
nombre de militaires qu'elles devront loger. Ils ne 
consultent pas, ils crayonnent les chiffres sur les por- 
tes ; et les propriétaires n'auront qu'à voir pour se 
soumettre. Le couvert et la nourriture seront gratuits. 
La plupart n'ont pas même eu la politesse de remercier 
en partant. Dans la localité l'on n'était guëre habitué 
à ce sans-gêne. 



(1) — Lusignan, L'affaire de Saint- Denis^ clans le Canada'^ français,, 
de Qnébec, III, 219. 

(2) — Garneau, Histoire du Cattada, III, 347. 



414 HISTOIRE DB 



Maîrt, dans les circonstaitces, il ne fallait pas s'at- 
tendre à recevoir seulenjent de.-î mal-élevéa ; les intrus 
étaient, avant tout, des orgueilleux blessés au plus 
sensible de leur être. Dans ce eus, ce n'était certaine- 
ment pas à eux d'user de la vorge, ou du raoîns ils ne 
devaient pas la suisir si vite. Est-ce quand un père est 
encore aveuglé pur la colère (|u'il doit châtier son 
enfant maintenant soumis ou impuissant? Non, il 
n'est pas assez niisoimable k ce moment ; et cepen- 
dant c'est bien ce que n'a pas craint d'exécuter le gou- 
vernement de 1837. 

De plus, il avait formulé des promesses eu faveur 
de ceux qui abandonneraient la partie, et presque 
tous s'étaient rendus à son invitation ; mais quand il 
s'est senti maître, il n'a plus tenu compte de ses enga- 
gements. Le curé, qui avait cru h sa parole, en fut 
fort attristé : *' Quoiqu'ai»rè8 le feu de Saint-Charles, 
déclare-t-il, M. Gugy m'eût écrit — et envoyé. . . une 
proclamation signée par Cl. Eden — d'employer mon 
influence pour qu'on ne fît aucune résistance, la lettre 
et la proclamation p(»rtant qu'on épargnerait le^ per- 
sonnes paisibles, et qu'on protégerait les maisons 
ouvertes et oii il n'y aurait point d'armes ; cependant, 
malgré que les troupes n'ait rencontré aucune résis- 
tance, Saint-Denis a été traitée comme une ville prise 
d'assaut. Des hommes paisibles, des femmes et des 
vieillards. .., contiants dans les promesses. .. faites, 
ont eu tout à craindre de la brutalité et de la férocité 
de CCS troupes, et plusieurs ont quitté leurs maisons par 
les mauvais traitements qu'ils }• ont reçus. Les mal- 
heurs de ce villaire sont extrêmes!,,. Toutes les 
maisons. . . ont été livrées au pillage, et plusieurs sont 
inlogeablos" (1). 



(I) — Ijcifedu exilé Ucipers à Nt^^r Laitij^ue, à U date du 9 dtcem- 



SAINT-DENIS'SUR-RICUELTEU 416 



Mercredi. 1j 6 décembre, M. Demers, revenu de 
Saint-Françtâ.-^-du-lac, où il s'était réfngî «près un 
court séjour k Saint- Aimé, rentre dans son prosbytëre, 
que les soldats avaient jusque-là occupé (l) comme les 
autres résidences. " J'ai été pillé considérablement, 
constate-t-il, et ils ont levé le plancher du grenier, et 
forcé les portes et les tiroirs. Si lé coiFre-fort fftt resté 
au presbytère, il n'y serait assurément plus. Par les 
précautions que j'avais prises,... l'église... ne souf- 
frira pas une grande perte. Les portes des taber- 
nacles ont été forcés, tons les coiFrcs et armoires 
ouverts " (2). 

Une journée avant l'évacuation du presbytère, le 
couvent avait été également remis anx religieuses (3), 
h leur retour du troisième rang. Leurs élèves no tar- 
dèrent pas à les rejoindre. 

Pendant que la massue des militaires s'amusait au 
village à torturer les habitants et à causer toutes sor- 
tes de dommages, des brûlots parcouraient la campa- 
gne la torche à la main. Une quinzaine de maisons 
de la f»aroi8se, sans compter les autres bâtiments, s'af- 
faissèrent au milieu des flammes allumées par leurs 
mains malfaisantes (4). Tous les édifices appartenant 
à Nelson ont été impitoyablement détruits et, comme 
par sa banque de lu distillerie, il détenait beaucoup de 
biens des autres, plusieurs perdirent avee lui du même 
coup. Sa résidence, au coin nord-est des rues Yamaska 
et Saint-Denis, et la distillerie elle-même ont été incen- 
diées le dimanche ; puis les constructions de ses qua- 
tre fermes du Bord-de-l'eau et de l'Amyot ont eu leur 
tour. Mais au préalable, chemin faisant, on avait 

(1) — Lettre du curé Deniers à Mjjr Lariigue, à la date du 9 décem- 
bre 183 7. Archives Je fhèché de S.- Hyacinthe^ 

(2) -- Ibid.. 

(3) — Ibid.. 

(4) — Ibid.. 



416 BISTOIRE DS 



mÎ8 le feu à la propriété du capitaine François Jalbert, 
un peu en bas du village. Quelques-unes des autres 
victinaes des incendiaires ont été Guillaume Dillaire (1) 
et François Lanibert, tous deux du village. 

Jean-Buptîste Masse (2) et Louis Page, quoiqu'ils 
n'aient pas eu la douleur de voir réduire leurn demeu- 
res en cendres, ont eu particuliërenient à souiFrir du 
vandalisme des ennemis. Leurs magasins out été litté- 
ralement dévastés. Tous les barils, remplis de liquides, 
ont été éventrés et vidés, excepté quand c'était do 
bon rhum ou d'autres boissons prisées ; alors on s'en 
enivrait pour mieux continuer son r61e de saltim- 
banque. 

Ce qu'on a exécuté au presbytère, on l'a fait ail- 
leurs en renchérissant. On déchirait les habits, on per- 
dait les chapeaux, on jouait du couteau un peu 
partout. 

C'est pendant ce premier séjour des Anglais à 
Saint-Denis qu'a commencé la chasse aux prisonniers. 
Toutefois ils n'ont pu alors arrêter que Christophe 
Phaneuf. Un nommé Fréchette, du village, est par- 
venu à leur échapper en fuyant dans les bois du qua- 
trième rang, après avoir eu son cheval tqé sous lui 
entre TArayot et le troisième rang. François-Xavier 
Rolland, pour sa part, a réussi à se sauver à Saint- 
Barnabe sous une légère charge de paille. Là-bas, il 
s'est tenu quatre mois caché chez Jean-Marie Richard, 
d'où il correspondait avec sa famille sous le pseudo- 
nyme de Garand. 



(1) — <-<? niliaiie était fils de Guillaume LHlIaire. Celui ci, veou 
d'AlIcTnnijne .\u Cam.i la en qualité île militaire à la tîn du l8e siècle, se 
m.ma à Montréal, où lî a ensuite vécu le reste de sa vie. Gaiilaume, 
tîU, est arii\e à S l>cnis» vers 1S25, et Guillaume Dillaire» troisième du 
nom. acluelienieni J'>niici!ié au village dyonisien. est son petit-fils. 

(2) — Lu<ii;nan. /\:f.:rr Ji: J.-ZV/ziV, dans le Canada -framçais, de 
t>i»eVcc, lll, 210. 



SAlNT-DKNIS-SUR-RICHBLtKU 417 



Dans la suite on a capture une vingtaine de prison- 
niers parmi les paroissiens de Saint-Denis. En voici 
la majeure partie de la liste avec la date de l'incarcé- 
ration : Phaneuf, le 4 déceînbre ; Pierre Bourgeois, le 
9 décembre ; Nelson et François Jalbert, le 12 décem- 
bre ; Modeste Roy, le 20 décembre ; et dans l'année 
suivante, Marcel Cordeau, Pierre Mondor et Edouard 
Besse, le 17 février; Louis Lussier, François Mignault, 
Jean-Baptiste Lussier et Jean-Baptiste Vallée (l), le 
30 avril ; Louis Brodeur et Joseph Fontaine, le 12 
novembre. Les autres nous sont inconnus (2). 

De tous les insurgés de Saint-Denis, un seul, 
Nelson, a été exilé. Mais beaucoup d'autres sont allés 
manger le pain de l'étranger pour éviter la détention. 
Le plus grand nombre d'entre ceux-ci est revenu après 
l'amnistie. 

Enfin, le vendredi 8 décembre 1837, les troupes 
jugèrent à propos de s'éloigner. Elles étaient demeu- 
rées six jours dans la localité. Sous prétexte de réta- 
blir la paix dans un pays tout pacifié, elles poursui- 
virent leur marche sur Saint-Hyacinthe par Saint- 
Charles, en suivant la rivière jusque-là (3), 

Il reparut ensuite plusieurs fois des détachements 
dans le cours de l'hiver, mais ils ne firent que passer. 
Aucun ne stationna dans la paroisse, quoiqu'on eût 



(1) — Borthwick, RêMlion de 1837-1838, 67 à 89. 

(2) — Tous les prisonniers sus-nommés furent relâchés, le 28 juin 
1838, moins N«lson, Jalbert, les deux Lussi:;r et Mignault. Ceux-ci ne 
recouvrèrent leur liberté que plus tard. Le même jour, Nelson était 
condamné à Texil, aux Bermudes ; Papineau et Cartier, qui s'étaient 
échappés, ne pouvaient plus remettre le pied au pays sans être sujets à 
la peine capitale. David, Les patriotes de 183 7- 1838, 63 à 70. 

(3) — **Tous les soldats qui étaient ici (à S. -Denis) sont partis, 
hier, pour le haut de la rivière ". Lettre du curé Demers à Mgr Larti- 
gue, à la date du 9 déc. 1837. Archives de Pévéchi de S,- Hyacinthe, 



418 HISTOIRK DE 



songé à cette vaine dépense (1).. Néanmoins les allées 
et venues des soldats étaient inévitablement accompa- 
gnées de vexations nouvelles. C'est ainsi que Ton a 
tué cinq ou six oies chez Jean-Baptiste Oaudette, de 
l'Amyot, pour s'en emparer ; que, chez son voisin 
Charles Lebeau, on d forcé le propriétaire à porter à 
Saint-Hyacinthe un beau bœuf à Tengrais, deux ou 
trois tinettes de beurre et deux quartiers de mouton. 
Tout cela s'ordonnait en vertu du droit du plus fort, 
sans indemnité. Et l'on accourait toujours à la pre- 
mière alarme, tant on éprouvait de plaisir à maltraiter 
cette population <léjà trop punie. Le juge de paix 
Finnin Perrin, de Saint-Antoine, les manda au moins 
une fois. 

Hélas ! quand donc sera expié le péché de la 
révolte ? Quand finira la ropression ? Ou y mêle tant 
de cruauté, tant de sauvagerie qu'elle achèvera bien- 
tôt de rendre le eoulèvcrnent excusable sinon justi- 
fiable (2). 

C'est par la répression que l'on a donné une 
importance capitale h ce qui n'avait été qu'une aven- 
ture de quelques-uns comparés à la masse de tout le 
peuple (3). 

Après le départ des troupes, les gens du village, 
remarque le curé, ne revenaient pas vite à leurs domi- 
ciles (4) ; miiis ils effectuaient tout de même leur 
retour. Que de ruines à relever avant de reprendre 
l'ancien train de vie ! Plusieurs ne retrouvèrent que les 



(1) — Le curé Deniers écrit à Mgr Lartigue, le 9déc. 1837 : ** Le 
commandant m'a dit qu'une compagnie devait rester stationnée ici, cet 
hiver", w rcA nrs de /Vr éché de S. ■ I!\ acinlke, 

(2) — Bourassa, dans La Presse^ de Montréal, 24 cet. 1899. 
(3) — Suite, Histoire des Canadiens-français ^ VIII, 124. 

(4) — Lettre du curé Demers à Mgr Lartigue, à la date du g décem- 
bre 1837. Archives de rêvêihé de S,- Hyacinthe, 



8AINT-DBNIS-SUR-RICHBLIBU 419 

* 

quatre murs détiudés de leurs demeures tant ils avaient 
été pillés avec acharnement. 

Durant le travail de réinstallation des gens, le 
curé était en correspondance avec son évêque pour 
connaître son devoir h leur égard au point de vue de 
la conscience. Combien il les plaignait de s'être 
jetés dans une pareille galëre ! Il semblait maintenant 
avoir pour eux plus de pitié que d'accusations, A la 
demande d'une ligne de conduite, l'évêque lui répond 
le 19 décembre : *' Le grand nombre de coupables. . . 
ne saurait être une raison pour ne pas les regarder 
comme grandement criminels et scandaleux. . . Quant 
à la réparation du scandale. . . donné en excitant à la 
révolte, ou y participant, elle peut se faire en signant 
une adresse commune à la reine, en témoignage de 
loyauté et de désapprobation de la rébellion. C'est ce 
que vous devez favoriser de votre mieux. . . •, comme 
la plupart des paroisses le font actuellement.,.. Ce 
n'est qu'une faible excuse pour ceux qui ont porté les 
armes contre le gouvernement de dire qu'ils y ont été 
forcés par menace.... Les menacés n'avaient qu'à 
s'entendre entre eux et à se coaliser contre les mena- 
çants pour se défendre " (1). 

Conformément à cette direction, quelques jours 
plus tard, une adresse fut unanimement signée à Saint- 
Denis pour porter à la connaissance de la reine le regret 
que ressentaient les gens de s'être soulevés contre 
elle. C'est ainsi que s'acheva la réaction tant dans 
les esprits que dans la conduite de chacun. 

Environ un mois après cet événement, les autori- 
tés envoyèrent des agents ramasser toutes les armes 
qui pouvaient rester entre les mains des habitants, 
mais c'était là une précaution inutile. A. Saint- 



(I) — Archives de P archevêché de Montréal, 



420 HISTOIRS DB 



Denis, ou ne songeait plus à répéter l'expérience ; ou 
eh avait assez. Les fusils confisqués n'ont jamais été 
restitués. 

L'hiver qui suivit los troubles a été bien pénible 
dans la localité dyonisienne (1). L'évêque avait bien 
raison de leur rappeler qu'on aurait tout gagné k 
l'écouter. A eux, comme à beaucoup d'antres, il 
écrivait dans un mandement, en date du 8 janvier 

1888: "Quelle migëre...., quelle désolation , 

depuis que le fléau de la guerre civile a ravagé cet 
heureux et beau pays, oi\ régnait l'abondance.... 
avant que des brigands et dos rebelles eussent, à force 
de sophismes et do mensonges, égaré une partie de la 
population....? Que vous reste-t-il de lenrs belles 
promessesj sinon l'incendie de vos maisons. . . ., la 
mort de quelques-uns de vos amis et de vos proches, 
la plus extrême indigence pour un grand nombre 
d'entre voua ! Mais surtout, pour plusieurs, la honte 
d'avoir. . . méconnu la religion sainte, qui vous défen- 
dait avec tant d'énergie de pareilles attentats, d'avoir 
été sourds à la voix de la conscience qui, malgré 
l'étourdissemeiit des i»a8sions, réclame toujours contre 
les désordres : ah! voilà spécialement ce qui doit 
répandre l'amertume dans vos fimes ; voilà ce que 
vous devez déplorer encore bien plus que la perte des 
biens matériels?" (2). 

La surexcitation du moment s'étant évanouie, 
on pouvait mieux comprendre. C'est alors que les 
diocésains éprouvés ont dû se retremper dans la réso- 
lution d'être plus obéissants à l'avenir. Quand Dieu 
en a placé sur la montagne pour voir plus loin et pré- 



Ci) — M. Deniers écrivaii à Mgr Lartigue, le 9 décembre 1837 : 
** La ijiiisère va être o.Treu>e dans ceite pauvre paroisse ". Ankives de 
Péi'Cihé de S,- Hyacinthe, 

(2) — Lamarche, Mande metitsAf» évoques de Montréal, i, 246125. 



SAINT-DBNIS-SUR-RICHBLIEU 421 

m 

venir du danger, ce sont ceux-là qu'il faut écouter et 
non pas ceux qui sont dans la plaine. 

C'est en 1849 qjie l'amnistie entière a été accordée 
à tous les inculpés de 1837, aussi bien qu'à ceux de 
1838 (1). La même année, a été votée l'indemnité 
pour la *^ destruction injuste, inutile ou malicieuse des 
habitations, édifices et propriétés des habitants " (2), 
ainsi que pour ^^ la saisie ou l'enlëvemcnt de leurs 
biens et effets " (3). A Saint-Denis, Page a reçu 
quelque chose et Dillaire, deux mille piastres. Plu- 
sieurs autres ont pétitionné, mais peu ont été assez 
heureux pour obtenir. 

Au commencement de l'automne 1838 eut lieu le 
contre-coup des troubles de l'année précédente. Cette 
fois on avait cru devoir préparer les plans et leur réa- 
lisation dans les antres ténébreux de sociétés secrètes 
organisées pour la circonstance. Saint-Denis eut son 
essai de loge ; mais, comme dans la paroisse on n'était 
pas d'humeur à se replonger dans le deuil, il ne fut 
pas couronné de succès. 

Le 16 octobre 1888, le curé renseigne l'évêque à 
ce sujet : " Je crains, dit-il, qu'il n'y ait eu ici des 
sociétés secrètes , cependant il n'en a pas encore assez 
transpiré pour que je puisse l'assurer. Il court tou- 
jours des bruits alarmants. Les gens veulent croire 
qu'il y aura, sous peu, quelque coup " (4). 

En effet, les habitants de Chambly, de Marieville, 
de Saint-Hyacinthe et des environs s'agitaient. Un 
jour leur avait été assigné pour la prise de Sorel, où le 
gouvernement entretenait une garnison et toutes les 
munitions nécessaires à l'armement d'un bataillon. 



(1) — Turcotte, Le Canada sous PUnion, I, 173 ; II, 65 et 90 

(2) — Ibid., II, 91 à 117. 
Î3) — Ibid.. 

(4) — Archivts de rêvickéde S,- Hyacinthe. 



422 HISTOIRE DE 



Le rendez-vous était fixé sur les bords du Richelieu, à 
Saînt-Charles, à Saint-Denis et à Saînt-Ours. Ils y 
arrivèrent dans la soirée du samedi 3 décembre. 

" Vous savez sans doute, écrit le curé à Vévêque, 
à la date du 5 suivant, que, depuis samedi, les patriotes 
de ces quartiers ont recommencé .leur agreHsiou 
armée. . . . Depuis plusieurs jours. . . ., il courait des 
nouvelles alarmantes. . . Avant-hier, le coup éclata, 
et... l'on nous rapporta qu'une troupe do six cents 
hommes occupait le village de Saint-Charles, et qu'ils 
y avaient fait prisonniers cinq ou six individus 
qu'ils regardaient comme nuisant à leur cause. 
Mais... cette troupe ne se montait qu'à deux cents 
hommes, partie armés ; et dans la nuit elle fut renforcée 
par une centaine d'autres. Dans cette nuit (du 3 au 4 
novembre), je cachai les Saintes-Espèces avec les 
argenteries de l'église et des argents de la fabrique. 
Les Sœurs et leurs enfants se rendirent au presbytère. 
Cette troupe que l'on croyait devoir venir coucher, 
cette nuit, au village, heureusement pour nous, s'ar- 
rêta dans les maisons du haut de la paroisse. On leur 
avait dit que deux mille hommes, d'autres endroits, 
couchaient au village, tandis qu'il n'y en avait pas un 
seul. Nous avons passé tristement le jour de la fête 
patronale (dimanche, 4 novembre). Je dis une basse 
messe, à sept heures et demie, où je consommai les 
Saintes-Espèces. Ces trois cents hommes sont restés 
dans les mêmes maisons, toute la journée du diman- 
che ; et chacun d'eux cette nuit (du 4 au 5), je crois, 
est retourné chez soi. Ce matin, on est venu m'an- 
noncer que la troupe avait quitté le haut de la 
paroisse. On faisait entendre à tout ce monde qu'on 
les armerait ici. Los habitants de Saint-Denis ont 
montré la disposition de rester tranquilles,. . et je les 
croîs sincères. Hier et aujourd'hui, on faisait monter 



8AINT-DENIS-SUR-RICHELIEU 423 



à cinq ou sise cents le nombre des combattants rendus 
au village de Saint-Ours. L'homme de la malle en y 
passant, ce matin, en a estimé le nombre à deux-cent- 
cinquante, dont peut-être la moitié armés. Je n'ai 
pas encore entendu dire qu'ils se fussent dissipés. 
Dans notre village beaucoup de personnes ont enlevé 
de leurs maisons leurs effets. Je n'ai encore rien fait 
sortir. On dit que les gens de Saint-Antoine ne veu- 
lent point s'insurger" (1). 

A Saint-Denis, on ne fut témoin de rien de plus. 
Même il n'y eut pas la moindre entreprise tentée con- 
tre Sorel. Tout dans le district est bientôt rentré pour 
toujours dans la douce paix d'autrefois. Ce second 
mouvement a eu plus d'importance dans les comtés du 
sud, notamment dans ceux de Huntingdon et de 
Châteauguay. 

Les résultats de l'insurrection de 1837 et de 1838 
ont été minutieusement discutés. Quelques-uns les 
ont déclarés bons, d'autres mauvais. Ce qu'il y a 
d'incontestable, c'est que la révolte a eu pour un de 
ses effets de bâter l'union des deux Canadas, que nos 
ennemis désiraient depuis longtemps (2). Par là le 
Haut-Canada, qui s'était soulevé comme le Bas, béné- 
ficiait de tout ce qu'on arrachait à celui-ci. O triste 

(1) — Archives de rh'êcké de Saint- Hyacinthe. 

(2) — Garneau, Histoire du Canada^ III, 351 et 353. — Tardîvel 
écrivit dans son journal La Vérité, de Québec : ** Si c'était possible, 
nous voudrions voir le Canada français retourner à la condition où il 
était avant la néfaste union de 1840 : colonie anglaise, mais indépen- 
dante et complètement séparée du Canada anglais. Sans la triste et 
coupable échaufTourée de 1837-1838, nous aurions peu à peu conquis, 
par l'agitation constilutionelle, notre liberté vis-à-vis de l'Angleterre, et 
enfin, dans la plénitude des temps, notre complète autonomie nationale ; 
et nous n'aurions pas été asservis, sous prétexte d'union, puis de confé- 
dération, à nos véritables ennemis, nos ennemis séculaires, les Boston- 
naiSf devenus les soi-disant Anglais du Canada. C'est en 1837 que la 
grande faute nationale a été commise ". XVII, No 16, p. 6. 



k 



424 HISTOIRE DE SAINT-DENIS 

justice humaine ! L'un avait mérité de grandir, l'au- 
tre de mourir, et cela exactement pour lo même 
mé&it (1). Car, ne l'oublions pas, ce mariage hybride 
des deux provinces avait pour but de donner le coup 
de grâce aux Canadiens-français ; si cette fin n'a pas 
été atteinte, ce n'est pas l'Union qu'il faut en remer- 
cier {2). 

Aujourd'hui quand les gens de Saint-Denis parlent 
do la journée du 2S novembre 1837, ils n'emploient 
jamais le mot de glorieux fait d'armes ; mais d'un 
autre côté on les entend souvent prononcer ceux 
d'échauffourée et de vilaine équipée. 

Un jour, dans le tempe où les victimes survivan- 
tes de l'épisode néfaste étaient nombreuses, se tenait 
une grande assemblée politique à la porte de l'église. 
Tout s'y passait fort paisiblement, lorsque l'un des 
orateurs voulant faire âëohes des souvenances d'aotan 
commença une longue période pour exalter ces cou- 
rageux, qui n'avaient pas craint d'exposer leur vie 
pour la patrie. Il n'avait pas terminé sa phrase que 
les huées l'obligaîent à descendre de la tribune (3). 

Voilà le jugement des paroissiens de Saint-Denis, 
les plus intéressée pourtant à n'être pas sévferes, dans 
l'appréciation de ce qu'un bon nombre voudraient 
coûte que coûte leur imputer à gloire. 



(l) — Turcotte, Le Ctiaa,/a lani rUnioa, I, 38. 

(2j — La Miati~vt, de Montréal, 26 ocl, 1893 ; Tardivel, (Uns La 
Viril/, de l^uébec, -VVltl, No 14, p. 1; Turcotte, Le Canada letit 
rUnhn, 11, 1)6. 

(3) — Lncassc, Le pr/lrei et tes dilrneteurs, 51 et 53. 



II. - MAIRES DE S.-DENIS (Pagre 461). 








chapitrï: XLt 



Les écoles de Saint- Denis. Difficultés de leurà 
débuts. Lr^s comxpissions scolaire3 ; leurs pré* 
sidents et secrétaires-trésoriers. Les institu- 
teurs et institutrices* 1817*1905, 



Si l'abbé Deniers n^a pas voulu de la lutte irré- 
fléchie de 1837, ce n'était pas par amour du repos ; la 
preuve en est dans le fait qu'il s'est jeté dans d'autres 
combats plus longs, pour lesquels il a mdme brave* 
ment assumé les fonctions de capitaine. Et oe qu'il 
a déployé de coq rage pour s'assurer la victoire ne res* 
semble nallement aux hésitations des patriotes. Le 
point à gagner pour lui était le dégagement de la 
question scolaire. Souvent arrêté, il ne se laissa 
jamais déconcerter. En dépit de son activité cepen* 
dant, il ne lui fallut guëre moins que vingt années 
de sa vie avant d'entrevoir le triomphe définitif. 

L'œuvre que le curé de Saint-Denis a accomplie au 
bénéfice de ses ouailles, la masse de ses confrères l'a 
l'exécutée dans les autres paroisses du Canada. Leurs 
champs étaient plus ou moins en vue, les résultats 
obtenus plus ou moins frappants ; mais tous évo- 
luaient dans le même sens avec succès, les évêques 
à leur tête. Nous pouvons en effet l'aflSlrmer sans 
Crainte, le clergé a créé dans notre pays le mou- 
vement de l'instruction populaire, et sans son con- 
cours, que fdt-on parvenu à édifier (1) ? Les sacri- 

. ' (I) — Un de nos écrivains a pu dire avec raison : *< II est aussi 
impossible de passer sous silence le rôle qu'a joué le clergé dans Tédu- 
(talion au Canada qu'il le serait de taire le nom de Christophe Colomb 
dans une histoire du Nouveau Monde, qu'il le serait de ne pas parler de 
Champlaîn quand on parle de Québec ''. 



426 EISTOIRS Dl 



fices ne loi ont pas coûté, il )ee a prodigués. Qaand 
dut être secouée l'apathie générale, c'est lui qui l'a 
prise énergîquement à partie pour la vaincre. Aujour- 
d'hui que la cause est sortie des langes de Tenfance, 
on ignore ou plutôt l'on feint de méconnaître le bien- 
faiteur. 

Ce nœud gordien eût été plus vite tranché si le 
pouvoir civil eût mieux compris son rôle de simple 
secondeur. Celui-ci a tardé à se présenter d'une façon 
efficace, et lorsqu'il eut fourni son faible apport, il 
accapara de plus en plus les rânes qui ne lui apparte- 
naient pas ; avec ses prétentions, il a entravé l'action 
ecclésiastique. • Sans son intervention outrée, le prc« 
grës eut été autrement plus rapide, et de nos jours on 
ne parlerait pas autant d'améliorations. Ia plus 
urgente des corrections^ qui s'impose actuellement à 
notre système scolaire, — celle qu'on n'appliquera 
pas, — est sans contredit le retrait de l'ingérence de 
l'Etat. 

Qu'a effectué l'Kglise à Saint-Denis par ses minis- 
tres ? Qui a fondé le couvent ? — Le curé au prix de 
toutes ses économies et de quelles peines I Qui a tenté 
rétablissement d'un collège classique dans les limites 
du même village ? — Le curé encore et toujours dans 
les mêmes conditions. Qui, après l'échec de cette ins- 
titution, lui a substitué une école modèle et Ta soute- 
nue? — Le ouré. Qui surtout est accouru à son aide 
pour l'expansion de l'instruction dans les campagnes 
par les écoles élémentaires? — La fabrique reli- 
gieuse. 

Il y a bien eu, en 1801, le piège tendu par le 
gouvernement à la majorité française et catholique 
pour l'anglifier et la protestantiser, la fameuse Insti- 



8Â1KT-DBNIS-SUR-RIGHELIBU 427 



înîion royale (1). Mais cet acte d'hypocrisie effrontée 
peut*il compter pour un effort loyal en faveur de t^îii»- 
tructîon du peuple ? A Saînt'Denî«, on n'en a point 
voulu. A peine d'ailleurs si de ses lointains échos y 
ont retenti. Leur seul effet fut peut-être de h&ter M. 
Ghcrrier dans la fondation de son collège, en 1805, 
pour mieux contrebalancer le mal qu*il redoutait de la 
part de l'inique loi 

En 1824, révSque, constatant que rien n'avançait 
effectivement dans la voie de l'organisation scolaire, 
).iermit aux fabriques religieuses de consacrer jusqu'à 
nu quart de leurs revenus pour établir et maintenir 
des écoles (2). C'est ce qui détermina enfin les repré- 
sentants de la Couronne à venir d'une manière prati- 
que à la rescousse du clergé ; de 1829 à 1836, ils 
accordëi*ent une allocation annuelle de vingt piastres 
pur classe. 

C'est pendant cette période, en 1831, que Saint- 
Denis ajouta à son couvent et à son école modèle 
deux écoles vacillantes dans le haut du quatrième 
rang et le haut du Bord-de-l'eau. Celles-ci, nées 
des libéralités du gouvernement, ne leur survé- 
curent pas. Les instituteurs Saint-Jacques et Clou- 
tier, ainsi que l'institutrice Luce Pitt, y enseignèrent. 
La fabrique n'aidant pas encore dans la localité, ces 
dévoués précepteurs pour tous honoraires ne perce- 
vaient avec l'octroi du trésor public que le vingt-cinq 
sous mensuel de chaque élève. 

En 1839, grâce à la générosité du curé l'école 
du haut quatrième rang ressuscite et il s'en ouvre une 



(1) — F«r]vid, Mgr F^-O, Pltssis \ Têtu, Lts M que s dt Québec, 
539 * Dionne, Vie de C.-F^ Painchaud, ii6 à Ii8 ; Suite, HUtoire des 
Canadiens-Français^ VIII, 63. 

(2) — Têtu, Les ii'fques de Québec, 540 ; Lalande, Une vieille sei* 
gtteuriCj Boucherville, 166 et 167. 



428 .. HISTOIRE DE 



autre en bas da même rang. Deux ans plus tard, le 
25 janvier 1842| M. Deraers écrit à Mgr Boiirget : 
" Il n'y a point ici d'école do fabrique. Jusqu'il les 
gens n'ont pas voulu entendre raison là-dessus. Ayant 
déjà deux fois échoué dans les efforts que j'ai fait^ 
pour les faire consentir à laisser prendre une partie du 
revenu de la fabrique pour le soutien d'écoles, je 
n'oserais leur proposer de payer sur les deniers de 
l'église les pensions d'instituteurs. C'est pitoyable de 
voir le peu de bonne volonté, le peu d'union et aussi 
le peu de moyens que le plus grand nombre ont pour 
l'éducation de leurs enfants ! Je doute que sans moi, 
depuis quelques années, il eût pu y avoir, dans le vil- 
lage même, une école de garçons. Je pourrais dire la 
même chose des deux écoles des concessions " (1). 

Ce n'est qu'en septembre 1842 que les margujil-; 
liers et les francs-tenanciers se décidèrent à puiser au 
coffre de la fabrique pour se [K>rter au secours de leur 
pasteur (2). 1 

Avec cet appoint, on put rouvrir l'anciennjSv 
école du haut Bord-de-l'eau et en fonder une autre; 
en bas de l'Amyot (3). 

Les écoles de la campagne, ainsi que celles des gar- 
çons et des filles du village, furent d'abord régies par 
le curé, les marguilliers et quelques syndics adjoints. 
La gouverne scolaire marcha de la sorte jusqu'en 
1849, année où un corps de cinq commissaires, obéis- 
sant à un surintendant de l'Instruction publique, la 
remplaça (4). 



. I 

* ê 



( 1 ) — Archives de révfché de S,- Ifyacintke. 

(2) — Registres des déiiàéraiions de la fabrique de S.'Denis, ' / 

(3) — Kegistres des diltbérations de la municipalité scolaire de ta 
campagne de S- Denis, 

(4) — Lalande, L^ne vieille scigfuurie, BouchervUle^ t66. 



8AINT-DBNI8-SUR-RICHBLIBn 429 



La fabrique paya en 1843-1844 la sorame de cent- 
cinquanto piastres pour fins scolaires (1). Nous igno- 
rons ses défooursi^s des autres années. 

Des avant le perfectionnement de la loi des com- 
missaires, quatre écoles, en 1846 (2), avaient été ajou- 
tées aux <îinq autres et au couvent, formant ainsi un 
total de dix écoles. Les derniëres-nées étaient au 
centre du quatrième rang, au centre et en haut du 
troieiëme rang, et en haut du cinquième rang ; aujour- 
d'hui celle-ci est enclavée dans La Présentation, depuis 
1857 (3). ^ 

Il n'exista d^abord qu'une municipalité scolaire 
pour toute la paroisse. Quatorze ans après son érec- 
tion, s'en détacha celle du village, entraînant avec 
elle le couvent, l'école modèle et l'école du bas du 
Bord-de-Feau, et au centre de l'Amyot assez de 
territoire pour y installer une quatrième école dans la 
euite (4). L'arrondisseinent du centre du quatrième 
rang ayant été aboli en 18S7, la vieille municipalité de 
la campagne ne comprit plus que Jes écoles du haut 
Bord-de-l'eau, du bas de l'Amyot, du haut et du cen- 
tre du troisième rang, du haut et du bas du quatrième 
rang. Ces classes n'ont pas toujours été en opération ; 
par exemple, en 1849, celles du haut Bord-dis-1'eau 
étaient fermées (5). 

Le premier corps des commissaires de Sàint^ 
Denis, élus par la voix populaire, le 16 juillet 1849, fut 



(i) — Registres des dilibi rations de ta fabrique de S,Denis^ 

(3) — Rapport de paroisse par Tabbé Demers, Archives de Vivhki 
de S,' Hyacinthe^ 

(s) — Registres des dilibirations de ta municipalité scolaire de la ca4u- 
pagne de S, -Denis. 

(4) — Registres des délibêraiioMS de la municipalité scolaire du vil^ 
iage de S,- Denis, 

t5) — Registres des délibéraiions cte U m unici^lUé scolaire de la ca/U' 
pagtte de S, -Denis, 



430 HISTOIRE I>B 



composé d'Ambroîse Gaudette, président, du curé, 
d'Antoine Saint- Jacques, de Lovi Larue et de Fran- 
çois Qirouard ; François-Xavier Laforce en fat engagé 
aussitôt comme secrétaire-trésorier. Les successeurs 
de celui-ci ont été Bomuald Saint- Jacques, de 1850 à 
1857 ; Amédée Saint- Jacques, de 1857 à 1858 ; Vic- 
tor Qareau, de 1858 à 1863 ; David Bourdages, de 
1863 à 1869 ; le notaire Marin, de 1869 à 1874 ; le 
notaire Durocber, de 1874 à 1886 ; le notaire Crevîer, 
de 1886 à 1894 ; et le notaire Dauray, depuis 1894. 

Les préHÎdents, successeurs d'AmbroiseGaudette, 
ont été : Jean-Marie Lespérance, Eusëbe Gaudette, 
François-Xavier Laforce, Augustin Leblanc, Pierre 
Paradis, S'arcisse Laporte, Jean-Baptiste Gaudette, 
Vabbé O^Donnell, curé, Louis Michon, Pierre Guertiu, 
Pierre Leblanc, Josepb Lussîer, Jean-Baptiste Archam- 
bault, Isidore Dragon, Josepb AUard, Victor Bous- 
quet, Théodore Arcbarabault, Eusëbe Richard, Jean- 
Baptisté Angers, Louis Gariépy, François Angers, 
Noël Angers, Louis-Edouard Guertin, Toussaint 
Angers, Misaël Richard, Josepb Laflamme, Amable 
Girard, François Gaudette et Louis Archambault (1). 

Le premier bureau des commissaires du village, 
élus le 3 août 1863, fut composé d'Olivier Gtedbois, 
président, d'Antoine Saint- Jacques, de Jïïerre Paré, 
de Magloire Desrosiers et de Jean-Baptiste Gaudette. 

Dans le fauteuil de la présidence ont succédé à 
Gadbois :' Jean-Baptiste-Elphège Maillet, le Dr H.-A. 
Mignault, l'abbé O'Donnell, Charles Saint-Jacques, 
Victor Gareau, Jean-Baptiste Gaudette, Magloire 



(i) — Registres des délibérations de la muniiipaîiti scolaire de U 
campagne de S.-Denis, 



SÂINISDBNIS-SUB-KIOHELIEU 431 

Vézina (1), Loais Landry, Toussaint Laflumme, Arthur 
Paré, et Jean-Baptiste Desrosiers, 

Les secrétaires-trésoriers de cette seconde corn- 
mission scolaire ont été : Victor Gareau, de 1863 k 
1866 ; le notaire Marin, de 1866 à 1874 ; le notaire 
Du rocher, de 1874 à 1886 ; le notaire Crevier, de 1886 
 1899 ; et M. Ëphrem Chaput (2), depuis 1899 (3). 

Il ne faut pas croire que, sous ces différentes 
administrations, le système scolaire ait toujours fonc- 
tionné k merveille. Les rapports des inspecteurs, qui 
ont visité la paroisse ës-qualités, ne l'affirment pas. 
Même aujourd'hui, après tous les progrès accomplis, 
il reste beaucoup de lacunes à combler. On se plai- 
gnait du peu d'assiduité des entants, de l'incompé- 



(i) — M. Véziiui, issu d^unc ancienne farnilk de Sainte- Rose-de- 
Laval, a vu le jour en cette paroi>çe, le i6 janvier 1836. Après avoir 
débuté comme marchand-tailleur sur la rue Notre-Dame, à Montréal, et 
s'y être marié, en 1S63, avec une fîtle originaire de S,-Denis Emélie 
Charron, née le 23 avril 1836, il s'en vint, en 1874, s'établir daui la 
{>atKe de son épouse comme marchand gétiéraL II y eut encore à jouir 
de l'estime de tous. 

(2) — Voici la généalogie de M, Chaput en Canada ; I — Nicolas, 
né en 1659, à Noadan, diocèse de Bc>ançon, en France, est tra- 
veràé en Amérique, vers 1686, et s'est aussitôt établi à la Potnte-aux- 
Trembles, près Monti«éal ; il s'y est marié avec Angélique Gauthier, en 
1689 ; six ans plus lard, il se transporiait à Varennes et y est mort vers 
1720 ; Il — Charles, né en 1695, époux de Josephtc Lemay ; de Varen- 
nes ; III — Basile, époux de Josephte Girard ; de Varennes ; IV — 
Louis, émigré à S. -Hyacinthe (territoire actuel de Sainte-Madeleine) 
vers 1800. y épouse en 1803 Thérèse Bonnette, née en 1788 ; en 
1810, il vient s'établira S, -Denis ; ses enfants sont : Emélie, épouse 
du notaire Narcisse Saint-Germain, Jean -Rémi, Florence, Joseph et 
Louis, entré au collège de S.-Hyacinihe en 1820; V — Joseph, époux 
de Léocadte- Virginie Gaouette ; V — Ëphrem, marié d'abord en 1887 
avec Joséphine Diagon, fille du rebouteur, puis avec Philomène Phaneuf 
en 1898. Tanguay, Die/, ^/w., et Kigistns drs baptiiues^ mariages et 
iipulturts de S, -Denis,, 

(3) — Registres des délibératiofts de la munie îpuliti seolait^ du c/j/* 
iage de S^-Denis, 




433 BISTMHB DE 

tence des tituUiree, de l'insuffisance de leur tnnte- 
ment, dn défaut d'ameublement, voire même du maih> 
que d'édifices scolaires praprement dite ; on n'a bâti 
ccuz-ci que fort leotemeut, l'avant-dernier le fut en bas 
du 6ord-de-l'ean, il y a onze ans seulement, et le ccn~ 
tro de l'Amyot n'a le sien que depuis 1897. 

L'inspecteur Arcbarabautt dit en parlaat de 
Saint-Denis, en 1856 : " Il y a une école primaire 
aupiSrieure de garçons, et huit écolea élémeotaircs. 
Le nombre de ces dernières est beaucoup trop considé- 
rable pour les ressources de la municipalité. A l'ex- 
ception d'une seule, toutea ces écoles élémentaires se 
tiennent dans des maisons louées et en trëe mauvais 
ordre. L'école primaire.... n'offre pas de rétinltats 
aussi satisfaisants que par le passé. Il n'y a jamais 
eu d'entente contre le systfame des éeoles publiques 
dans cette paroisae ; maïs malbeureusemenL il y a 
beaacoup d'apathie, ce qui laisse moins d'espérance 
selon moi que l'hostilité la plus prononcée " (1). Et 
il citait à l'appui do ses sujets de craintes les cfaifires 
peu rassurants de 77S enfants d'Sge à fréquenter la 
classe contre 400 seulement y assistant. 

Le rapport de l'inspecteur, en 18&I, mentionne 
comme personnel enseignant : un instituteur diplOmé, 
sept institutrices diplômées et cinq non-dipl&inées. 

L'inspecteur encore, en 187S, " regrette que les 
institutrices ne soient pas mieux rétribuées, surtont 
oelles dont les services sont appréciés depuis plusieurs 
années ". 

Depuis le commencement, les divers inspecteurs 
qui ont surveillé les écoles de Saint-Denis sont : 
M. Arclmmbault, C.-U. Leroux, Charles de Cazes, 

|i] — Kspiion général de (856, 104, 



SAINT-DENIS-SUR-RICHELIBU 433 



Jean-Baptiste Délâge, E. Picard-DestroîsTnaîsons et, 
depuis 1899, M. Joseph-Trefflé Molleur (1)- 

L'école des garçons, du village, n'a cessé de sub- 
sister de 1817 à 1878, ce qui veut dire depuis la chute 
du collège classique, à qui elle a succédé, jusqu'à la 
fondation du collège commercial, qui l'a remplacée. 
Elle a presque toujours été modèle et particulièrement 
choyée par les autorités, étant constamment dirigée 
par un bon chrétien suffisamment instruit et ordinaire- 
ment assisté par une institutrice. 

Notons parmi ses professeurs : Siméon Marches- 
sault (2), avant 1837, devenu violent patriote surtout 
au milieu des événements de 1838, alors qu'il était à la 
tête de l'école du village de Saint-Charles (3) ; Laurent 
Bédard, de 1849 à 1852, payé deux-cent-quatre-vingts 
piastres par année de douze mois, à cette époque pas 
de vacances, il est mort d'apoplexie au printemps de 
1 852, peu après sa retraite de l'école pour cause de 
maladie (4) ; Joseph Archambault, de 1852 à 1854, 
de Saint-Marc, gendre du député Biais, de Bagot ; 
Pierre Laflamme, de 1854 à 1857, qui ne reçoit que 

(1) — L'enseignement primaire^ de Québec, XXI, 79. 

(2) — Voici comment le Dr Choquette nous peint ce professeur 
guerrier : ** Intelligent, dit-il, actif, rusé, d'une énergie de fer, d'une 
musculature d'acier trempé, d'une vivacité de mercure, cet homme 
n'était pas fait de chair ; il était pétri de métal et blindé par dessus ". 
Les Miâaud, 151. 

(3) — Parmi les autres premiers professeurs de l'école modèle 
sont : Cloutier, vers 1828 ; Antoine Poirier, marié à S. -Denis pendant 
son terme d'enseignement le 8 fév. 1831 avec la fille du marchand Jean- 
Baptiste Mftsse, Louise-Luce, il était originaire de S. -Luc, son épouse est 
décélée à S.-Césaire, le 10 mars 1882, à 78 ans ; François* Xavier 
Laforce, vers 1832 ; Joseph Pratte, vers 1837 ; Lambert ; Durand, long- 
temps, vers 1840 ; Joseph Bonin, vers 1847. 

(4) — /Registres des délibérations de la municipalité scolaire de la 
campagne de S,-Denis, — Geo. Marchessault fut engagé, le 25 avril 
1852, pour terminer l'année à la place de Bédard. Ibid.. 




484 HISTOIBB BE 

deux-cents piastres d'honoraires, parce qu'il n'ensei- 
gne que le cours élémentaire (1); Roch Martineau, de 
18&7 k 1858 ; H.-£. Martineau, de 18A8 à 1863 ; 
Siméon Boutin, de 18C3 à 1866, ét^ve de l'étiolé noi^ 
maie de Montréal et engagé au salaire d'auparsrant, 
deux-cent-quatre-viugte piastres, sa fin de deaxt&me 
année, en dépit de tout sou zàle, n'apaâ été heureuse, 
les commissaires dans leur rapport écrivaieut : " L'exa- 
men .... a été loin d'être satisfaisant,. . . le dit insti- 
tuteur a manqué dans les moyens de faire paraître ses 
élèves sur les matières qu'ils avaient apprises. . . ., ta 
musique, les drames, les compositions, la distribution 
des prix et la lecture . . . prirent la plus grande partie, 
ne laissant à l'examen des matières qu'un moment ", 
malgré que ta séance eut duré près de quatre heures, 
le magister blâmé garda néanmoins sa position encore 
un an ; Antoine Mallette, de 1866 à 1868, encore uu 
malchanceux, quoique fortement recommandé et rétri- 
bué par deux-cent-quatre-viiigts piastres, puis trois- 
cents (2), l'inspecteur ne lui ménage pas les com- 
pliments à rebours dans son rapport général de 1867 : 
*' L'école modèle, dit-il,. . . . est loin de donner satis- 
faction Les trois cents piastres payées k l'insti- 
tuteur, qui en a la direction, sont une perte pour la 
municipalité. Parmi les soixante élèves qui fréquen- 
tent cotte école plusieurs sont très intelligents et. . . 
feraient certainement des progrès sous un maître 
capable " ; Alexandre Dupuis (3), de 1868 à 1871, 



(l) — Stgiilrta dtt dHibiralteni dt la municifialili leehiire it la 
l<i'ptt Je S.-Dittit. 
(i) — Kfgîilrei dit dilikeratiens it la munitifalilé icelairt Juvil- 
deS.-Dei.ù. 

l3t— Elève de l'école norninle de Montréal, il arrivait de l'école 

»ill»gc ài- S»int-Stanislas-Koslka, lorsqu'il vint It Saint-Denii. 

Ktfhtritdti d/liUratUiHt dt la muiiicifaliU scelairtdui-illagtdtS.-Dmii. 



SAINT-DBNIS-SUR-RIOHBLIEU 435 



né à Saint-Pbilippo-de-Lapraîrie, frëre de l'ancien curé 
de Saint- Yalentin, recevait le salaire de trois cents 
piastres à condition que sa femme fût du même coup 
engagée comme sous-maîtresse ; Louis-Nérée Lévê- 
que, de 1871 à 1872 ; Louis Lacroix, de 1872 à 1876, 
ancien instituteur de 8aint-8imon-de-Bagot, vit son 
salaire monter de trois cents à trois-cent-ciuquante 
piastres en 1875, Tinspecteur avait provoqué cette 
augmentation par des louanges à son adresse, en 1873 : 
" M. Louis Lacroix, dit-il, qui a l'avantage de joindre 
des connaissances au savoir-faire, tient f école-modële 
au grand contentement de tous. • . • Il a pu par ses 
manières habiles et affables réconcilier tous les esprits 
intéressés à son école. Quatre-vingts élèves suivent 
ses classes " ; Boucher, de 1876 à 1877, détint le plus 
haut record de salaire dans cette école, trois-cent- 
soixante piastres, il était ancien élève de l'école nor- 
male de Québec ; Frère Joseph Cosson, de 1877 à 
1878 (1), venait incognito préparer les voies à 
sa communauté des Frères de l'Instruction chré- 
tienne. 

Les deux plus anciennes écoles rurales de Saint- 
Denis, celles du haut Bord-de-l'eau et du haut qua- 
trième rang, après avoir fonctionné de 1831 à 1836, 
ont été fermées, la première jusqu'en 1842, la seconde 
jusqu'en 1839. Ensuite les cours n'y ont plus été 
interrompus. 

Louis Saint-Jacques, marié avec Rosalie Cherrier 
et père du député de Rouville, Guillaume Cheval-dit- 
Saint-Jacques, a été le premier instituteur du haut 
Bord-de-l'eau, en 1831, après s'être occupé de commerce 
à Saint-Antoine ; son épouse était la fille de Joseph- 



(l) — Registres des délibérations de la municipalité scolaire du vil- 
lage de S.-DeniSf 



486 HISTOIRE DB 



Marie Oherrier, marchand, frëre du curé de ce nom. 
C'est ]e seul homme qui ait dirigé cette école. Parmi 
les titulaires (1), qui vinrent après lui, se trouvent 
Exérile Bélanger (2), pendant vingt-trois ans, de 1865 à 
1888, et Cordélie Moquin (3), pendant dix ans, de 
1888 à 1898, deux institutrices de premier ordre. 
Aussi les intéressés ont- ils su reconnaître leurs servi- 



(1) — Voici la liste de ces titulaires, tle 1850 a 1865 ; EHseRicher, 
de 1850 k 1851, et de 1863 à 1865 ; Philomène Phaneuf, de 185 1 à 
1853 ; Célina Làjoie. de 1853 à 1Ç54 ; Céiina Laflamme, de 1854 à 
1355 ; Scholastique Michelon, de 1855 â i8|;7 ; Vitaline Rolland, de 
1857 à 1858 ; Virgiuie Phaneuf, de 1858" à 1859 ; Philomène Joubert, 
de 1859 à 1860 ; Exérine Rolland, de 1860 à 1861 ; Marie Richard, de 
1861 à 1862 ; Rosalie Ixîclair, de 1862 à 1863, 50 élèves. Registres 
des dilibérations de la municipalité scolaire de la campagne de S, -Denis, 
tt Registre de l'école elle même. 

(2) — Voici les éloges qu'on relève à son sujet dans le registre de 
l'école en question : 2 fév. 1866, ** progrès, grâce à la bonne méthode 
et au soin de l'institutrice " (de Cazes) ; 12 mai 1868, 35 élèves, 'Ma 
méthode d'enseignement suivie par Melle Bélanger mérite une mention 
favorable " (Délâge) ; 18 mai 1869, 26 élèves ; 27 juin 1870, 31 élè- 
ves ; 19 juin 1873, 34 inscrits, 30 présents ; 10 fév. 1882, •* progrès... 
soutenus " (Dél&ge) ; 2 juil. 1887, ** progrès marquant " (Délàge). 

(3) — A elle non plus les éloges n'ont pas été ménagés par les 
différents visiteurs de l'école. Voici quelques-uns des compliments 
qu'on lui a décernés dans le registre spécial de la classe : 21 mars 1889, 
<• le résultat de l'examen... m'a entièrement satisfait " (Délàge) ; 27 
juin 1889, elle ** enseigne avec zèle et intelligence ' (Délâge) ; 18 mars 
1890, ** l'école est parfaitement bien diiigée " (Picard) ; 20 mars 1891, 
'* école en excellente condition " (Picard) ; i fév. 1892, école ** sur un 
excellent pied " (Picard) ; 21 juin 1893, ^^^^ ** se distingue toujours 
par l'excellence de ses connaissances pédagogiques " (Picard) ; I9aviil 
1894, *' succès complet " (Picard) ; 5 juin 1895, " ^^ succès accompa- 
gne toujours le travail de Délie Moquin, et l'on a toujours du plaisir à 
faire subir un examen à ses élèves " (l'icard) ; 23 fév. 1897, •* entière 
satisfaction ". En 1897-1898, elle obtint du gouvernement la récom- 
pense de $20 pour l'excellence de son enseignement {La Presse, de 
Montréal, 4 fév. 1898). 



SAINT-DBNIS-SUR-RICHELIEU 437 



ces (1). La plus ancienne, native du village, s'est 
mariée plus tard avec un Ledoux, de Saint^Aimé. 

Le haut quatrième rang a débuté dans lés études 
en 1831 avec Lu ce Pitt (2), suivie peu aprës du pro- 
fesseur Cloutier ; celui-ci, un moment éloigné par la 
fermeture de l'école, y est retourné en 1889 pour trois 
nouvelles années. Marie-Louise Bousquet lui a suc- 
cédé immédiatement durant neuf ans, de 1842 à 1851. 
Etant mariée depuis 1835 avec Jean-Baptiste Arcbam- 
bault, cultivateur du voisinage, elle mena constam- 
ment de front dans sa demeure avec ses devoirs de 
maîtresse de classe les soins de son ménage. Elle 
enseignait pour quarante-huit piastres par an et louait 
sa maison huit piastres pour le même laps de temps. 
L'année scolaire de 1852-1853, elle exerça la même 
charge dans des conditions identiques. Celles qui 
l'ont remplacée (3) n'ont pas à leur crédit d'aussi longs 



(i) — L'inspecteur écrit au registre scolaire pour l'année 1876- 
1878 : L'institutrice, " depuis douze ans dans cet arrondissement, s'est 
attiré, par les bons services qu'elle a rendus, l'estime et la confiance des 
intéressés. En témoignage de reconnaissance, ceux-ci se cotisèrent 
volontairement pour un certain montant, afin de lui former un traitement 
convenable ". Les commissaires peu auparavant avaient décidé de 
payer uniformément cent piastres à chacune des institutrices laïques de la 
paroisse. 

(2) — Registres des baptêmes^ mariages et sépultures de S.- Denis ^ 14 
janv. 1832. 

(3) — Celles-là sont : Dortmène Lacroix, de 1851 à 1852 ; Marie 
Laflamme, de 1853 à 1855 ; Aglaë Lamoureux, de 1855 ^ ^^5^ \ 
Malvina Rolland, de 1856 à 1857; Célina Gaudette, de 1857 à 1858 ; 
Philomène Kicher, de 1858 à 1863 ; Victoire Chatel, de 1863 à 
1867 ; inconnues, de 1867 à 1874 ; Victoire Lajoie, de 1874 à 1876 ; 
Célanire Michon, de 1876 à 1878 ; Victoire Bélanger, de 1878 à 
1882, qui, dit l'inspecteur Délâge en 1880, n'épargne ni temps ni 
peine pour l'avancement des élèves, qui " enseigne consciencieuse- 
ment ", ajoute le même en 1882 ; Jessé Girouard, dont ** les leçons 
étudiées manquent d'explications ", déplore le même inspecteur ; 
Délie Couillard, qui «• enseigne avec intelligence, avec zèle et énergie ; 



438 HISTOIRE DE 



stages, mais plusieurs d'entre elles n'en ont pas moins 
remporté de brillants succès, particulièrement Délie 
Couillard, vers 1887. Joseph Bousquet, fils d'Hya- 
cinthe, a construit le logement scolaire de cet arrondis- 
sement, en 1859 (1). 

En ressuscitant la précédente école en 1889, M. 
Demers lui en adjoignit une autre en bas du même 
rang, h une lieue de dititance. Aussi heureuse que sa 
voisine, elle a connu dix-sept belles années sous la 
direction de Mathilde Trudeau (2), de 1878 à 1895 (3). 



il y a du travail de sa part et elle sait inspirer le goût de l'étude aux 
élèves ", dit l'inspecteur Délàge en déc. 1887 ; elle a déterminé des 
" progrès vraiment remarquables ", affirment les commissaires en juin 
1888 ; Délima Richard, dont la classe, assure ^inspecteur Picard en fév. 
1892, est *' en bonne voie de progrès " ; Dame Vincent, de 1892 à 
1^3* qui donne *' pleine satisfaction ", déclare l'inspecteur Picard ; Kmé- 
rilla Gaudette, de 1893 à..., qui fait faire à ses élèves des ** progrès 
tout-à-fait remarquables '*,' leconnalt le même inspectei'r. Ifegistres des 
déliàéraiiofis de la municipalité scolaire de la campagne de H^'Denis et 
Registre spécial de l'école. 

(1) — Registres des délibérations de la municipalité scolaire de a 
campagne de S, -Denis, 

(2) — Parmi les notes inscrites à sa louange par les visiteurs dans 
le registre de l'école on lit : le 3 fév. 1882, l'institutrice «• prend bi.n 
soin de ces jeunes enfants '* (Délàge) ; le il janv, 1883, " ces petits 
enfants ont fait preuve d'intelligence " (Délàge) ; le 6 juil. 1886, •• pro- 
grès notables " (commissaires) ; 2 juil. 1887, ** progrès très sensibles 
(commissaires) ; 18 mars 1891, école *' en excellente condition ", l'insti 
tutrice ♦* s'acquitte de sa tâche avec une zèle et un dévouement rares 
(Picard). 

(3) — Voici la liste complète des institutrices de cette école, 
depuis 1849 : Hermélinde Richer, de 1849 ^ 1^5^ '* Marie Laflam me, de 
1850 à 1853 ; Doriraène Lacroix, de 1853 à 1855 ; Agathe Malbœuf, de 
1855 à 1856 ; Eléonore Berthiaumc, de 1857 à 1860 ; Victoire Chatel, 
de 1S60 à 1862, et de 1867 à 1868 ; Philomène Joubert, de 1862 à 1863 ; 
Azilda Allard, de 1863 à 1S64 ; Marie Richard, de 1864 a 1865 ; Domi- 
tille Jette, de 1865 à 1866 ; Philomène Dragon, de 1866 à 1867 ; Adé- 
line Sauveur, de 1868 à 1870 ; Georgina Laferrière, de 1870 à 1874, 57 
élèves; Délie Bouique, de 1874a 1875 ; Malvina Richer, de 1875a 
1876 ; Dorimène Comtois, de 1876 à 1878 ; Mathilde Trudeau, de 1878 



»i 



tt 



SAINT-DBNIS-SUR-RICHELIBn 439 



Et quand, se releva Técole du haut Bord-de- 
l'eau avec les deniers de la fabrique, en 1842, avait 
surgit le même jour celle du bas de TAmyot, florissante 
au plus haut degré, de 1867 à 1876, grâce au dévoue- 
ment et au tact d'Aurélie Bélanger, sœur d'Exérile. 
Possédant le don de l'enseignement, cette personne 
savait façonner et le cœur et Tintelligence de l'enfant. 
Aussi, pendant ses neuf ans, a-t-elle donné entière 
satisfaction aux parents. comme à ses élèves (1). La 
maison d'école de cet arrondissement a été construite, 
en 1861, par Louis Valin (2). 

Parmi les écoles nées sous la loi actuelle, en 1846, 
on remarque celle du centre du quatrième rang, qui, 
après avoir continuellement végété, s'est éteinte pour 

à 1895 > Mélina Bousquet, de 1895 ^ '^9^ > Eugénie Guertin, 1896 à .. . 
Registres des délibérations de la municipalité scolaire de la campagne de 
S, 'Denis et Registre de l'école elle-même. 

(1) — Voici la liste des innitutrices de cette école depuis 1849 : 
Marie La flamme, de 1849 à 1850, salaire $65 ; Dorimène Lacroix, de 
1850 à 1851 ; Angèle Charron, de 1851 à 1852 ; Scholastique Mîche- 
lon, de 1852 À 1855 ; Edwige Archambault, de 1855 à 1856 ; 2 Délies 
Chatel, de 1956 à 1857 ; Adéline Leblanc, de 1857 à 1858 ; Christine 
Archambault, de 1858 à 1860, 50 élèves ; Philomène Archambault, de 
1860 à 1864, 40 élèves en janvier 1863 ; Domitille Bousquet, de 1864 à 
1865 ; Lucie Guertin, de 1865 à 1867 ; Aurélie Bélanger, de 1867 à 
1876 ; Mélina Bousquet, de 1876 à 1877 ; M. Laflamme, de 1877 ^ 
1879 ; Mélina Gadbois, de 1879 à 1882, ** prend bien soin de ses élèves 
et il y a progrès *', dit l'inspecteur Délâge ; Marie Brunelle, de 1882 à 
1887, '* école de première classe ", disent les commissaires, en juillet 
1887 ; Dame Bonin, de 1887 à 1889, ** enseigne avec intelligence ", dit 
l'inspecteur Délàge ; Albina Archambault, de 1889 ^ 1^2, aussi *' ensei- 
gne avec intelligence ", déclare le même inspecteur, en janvier 1892 ; 
Evéline Charron, de 1892 à 1894, ** bon examen ", dit l'inspecteur 
Picard, en octobre 1893 ; Malvina Rolland, de 1894 à ..., l'inspecteur 
Picard, en février 1897, ^^^ ^"^ ** ^'^^ école continue à progresser ". 
Registres des délibérations de la municipalité scolaire de la campagne de 
S.-Denis et Registres àt l'école même. 

(2) — Registres des délibérations de la municipalité scolaire de la 
campagne de S ,' Denis* 



440 HISTOIRE DB 



la seconde et derniëre fois en 1857 (1). Ses jumelles 
du centre et du haut du troisième rang subsistent 
encore. 

Celle-là n'a pas eu le bonheur de jouir de dévoue- 
ments prolongés (2). Sa maison, la première que pos- 
séda la commission scolaire hors du village, fut pri- 
mitivement une résidence privée achetée ailleurs et 
transportée sur place par Jean-Baptiste Proulx (3). 

Dans la seconde école du troisième rang comme 
dans l'autre, les élèves se remirent à l'œuvre sous une 
nouvelle institutrice presque chaque année. Il faut 
cependant excepter les quinze années, où brilla l'âge 
d'or de cette petite institution des campagnes dyoni- 
siennes. Méiina Bousquet, de 1860 à 1864, ainsi que 

(1) — /Registres des délibérations de la municipalité scolaire de la 
campagne de S,- Denis. 

(2) — Voici la liste des institatrices de cette école, depuis 1849 • 
Scholastique Michelon, de 1849 ^1^51, salaire $65 ; Elizabeth Lacroix, 
de 1851 à 1852, et de 1855 à 1857 ; Edwige Archambault, de 1852 à 
1855 ; Philoniène Joubert, de 1857 à 1859, et de 1864 à 1865 ; Virginie 
Fhaneuf, de 1859 à 1861 ; Célioa Bienvenu, de 1861 à 1862 ; Philo- 
niène Dragon, de 1862 à 1863, et de 1867 à 1868, ** la méthode d*ensei> 
gnement de Délie Dragon, dit l'inspecteur Délâge en mai 1868, est 
recommandable, aussi les progrès sont en raison " ; Ëulalie Marches- 
sault, de 1863 à 1864 ; Aurélie Bélanger, de 1865 à 1867 ; Rose-de- 
Lima Leblanc, de 1868 à 1870, ses *' soins assidus, dit l'inspecteur 
Délâge en juin 1869, méritent une mention particulière " ; Azama 
Bélanger, de 1870 à 187 1, 32 élèves ; Victoire Lajoie, de 187 1 à 1874 ; 
Marie Lajoie, de 1874 à 1876 ; Méiina Bousquet, de 1876 à 1877, donne 
'* sage direction **, dit Tinspecleur Délâge, en mars 1877 ; C. Richard, 
1877 à 1878 ; Malvina Rolland, de 1878 à 1881, et de 1884 â 1886 ; 
Arzélie Durocher, de 1881 à 1884 ; Méiina Gadbois, de 1886 à 1890, 
*< enseigne avec zèle et énergie ", dit l'inspecteur Délâge ; Alphonsine 
Leblanc, de 1890 à 1895, ** progrès signalés ", reconnaissent les commis- 
saires ; Evéline Charron, de 1895 à 1896 et de 1897 â 1898 ; Elphégina 
Plante, de 1896 à 1897. Registres des délibérations de la municipaliii sco- 
laire de la campagne de S,- Denis t\. Registre de l'école même. 

(3) — Registres des délibérations de la municipalité scolaire de la 
campagne de S. -Denis, — Achetée de Jean Richard. Ibid*. 



III. — MAIRES DE S.-DENIS (Pase 464). 




6AINT-DENIS-SUR-RICHBLIBU 44 1 

de 1867 à 1872, et Dame Arzélie Paradis, de 1884 à 
1890, prësidërent cette belle époque. Les éloges à 
leur adresse pleuvcnt de tous côtés de la part de l'ins- 
pecteur, du curé et des commissaires. Ils y décou- 
vrent, au bénéfice de la première, des " progrès sensi- 
bles ", ils proclament que '^ la bonne tenue des élèves 
et la méthode d'enseignement suivie par Délie Bous- 
quet méritent dos éloges ". Sous la direction de la 
seconde, ils reconnaissent un ^' progrès notable ", que 
les élèves ont fait " des progrès marquants " et ** que 
les matières leur sont enseignées méthodiquement et 
avec un grand soin et beaucoup de zèle". L'arron- 
dissement a connu plusieurs autres bonnes institutri- 
ces, mais aucune de celles-ci n'a eu le temps de s'y 
créer un nom (1). 

En 1856, prenait place à côté de ses aînées la neu- 
vième des écoles de Saint-Denis, en bas du Bord-dc- 
l'eau. Mais, le nombre de ses élèves diminuant, elle 
dut temporairement s'effacer, de 1868 à 1879 ; en cette 



(I) — Voici la liste des institutrices du haut III rang depuis 1849 • 
Athalie Gosselin, en 1849, salaire $80 ; Adèle Laforce, de 1849 a 1850; 
Justine Têtu, de 1850 a 1851 ; Malvina Besse, de 1851 à 1853 ; Elmire 
Joubert, de 1853 à 1854 ; Aglaë Lamoureux, de 1854 à 1855 » ^'hilo- 
mène Joubert, de 1855 à 1857 ; Pli^lonise Lorange, de 1857 à 1858 ; 
Malvina Rolland, de 1858 à 1860, et de 1872 à 1874 ; Mélina Bousquet, 
de 1860 à 1864, et de 1867 à 1872, 60 élèves ; Philomène Archambault, 
de 1864 à 1867 ; C. Bourque, de 1874 à 1876 ; Valérie Comtois, de 1876 
à 1878 ; Délie Richard, de 1878 à 1880 ; Marie-Louise Fontaine, de 
1880 à 1881 ; Sara Faubert, de 1881 à 1882, " enseigne avec zèle et 
succès *\ dit rins^^ecteur Délâge ; Albina Durocher, de 1882 à 1884 ; 
Dame Arzélie Paradis, de 1884 à 1890 ; Alphonsine Leblanc, en 1890 ; 
Régina Michon, de 1890 à 1891 ; Méléthime Charron, de 1891 à 1893, 
et de 1894 à 1896, *' bon examen ", dit l'inspecteur Picard en juin 1893, 
le même ajoute en juin 1895 : ** Bien des progrès ont été faits" ; 
Mélina Gadbois, de 1S93 ^ '^94 » ^^^ Gaudette, de 1896 à..., " fort 
bon examen ", dit Tinspecteur Picard, en fév. 1897. R^si^^res des délibé- 
rations de la municipalité scolaire de la campagne de S. -Denis et Registre 
de l'école même. 



442 HISTOIRE DR 



aiinée-ei ncanmoiiis, elle rouvrait ses portes pour ne 
plus les fermer. Les deux institutrices, qui y ont 
laissas le plus durable souvenir, sont Victoire Laveu* 
ture et Rosilda Laflamme. La première a dirige cette 
classe, de 1880 à 1886, et l'autre, de 1886 à 1893 (1). 
Dans les rapports de Tépoque, on leur relevé de nom- 
breux éloges. L'iii8f>ecteur Délâge reconnaît la plu» 
ancienne " bien compétente ", et l'inspecteur Picard 
se déclare " pleinement ", " parfaitement satisfait " 
de la suivante ; il la proclame ^^ digne de la confiance 
des contribuables " (2). 

Enfin récole du centre de TAmyot est la dernière- 
née à Saint-Denis, en 1868 (3). Créée sur recomman- 
dation de l'inspecteur Délâge, elle a été fermée de 
1872 à 1879, faute du nombre sufiisant d'élèves dans 
l'arrondissement. La même Mélina Bousquet, du 
troisième rang, en a fait la prospérité, de 1880 à 1886, 



(ï) — Voict la liste complète des insiitutrice» de cette école jus- 
qu'en iS6S : Praxède Gaudreau, de 1856 a 1857 ; Exérine KoUand, de 
1857 à 1860 , Aglaë Lamoureux, de 1860 à 1863 ; Philoinène Dragon, 
de 1S63 à 1864 ; MaKina Rolland, de 1S64 à 1868, salaire $76 ; Aglaë 
Gucrlin, de 1879 h 1880 ; Victoire Laveniurc, de 18S0 à 1886, salaire 
$100; Rosilda Laflamme, de 1886 à 1893, salaire $xcx>, ••plusieurs 
élèves, dit l'inspecteur Déiâge en mars 18S9, se sont distingués pendant 
mon examen " j Anna Desrosiers, de 1893 ^ '^94 • Alphonsine Desro- 
siers, de 1894. à i8>7, '• projjrès marqués " en juin 1895. ** progrès sou- 
tenus " eu fév. i8.>;, dit l'inspecteur Picard ; Eugénie Besse, de 1897 
à . . . . Rfgisties des déhhériilions des 2 municipalités scolaires de S. -Denis 
et Registn de Técole elle-même. 

(2) — Rf;^istre de 1 école clle-m}me. 

(3) — Voici la liste de ses institutrices : Malvina Rolland, de 
1868 à 1871, salaire $So; Azama liélanger, de 1871 à 187 2, salaire 
$84 ; Mélina Cia'lhois, de 1879 à 1880 ; Mélina Bousquet, de 1880 à 
1886, salaire $100 ; Délie Bourquc, de 18S6 à 18S8, 18 élèves, salaire 
$100; Délie Michon, de 18S8 à 1S90 ; Evéline Charron, de 1890 à 
1S9I ; Deli)hinc Latlamme, de 1891 à 1892 ; Régina Charron, de 1892 
à...., " l'école, (lit l'inspecteur Picard en juin 1893, a fait des progrès 
marqués ". Rifgiitres dtfs df/ihénitions de la rmmkipaliti scolaire du vil- 
loge de S,' Denis et Registre de l'école elle-même. 



SAINT-DENIS-SUR-RICHELIBU 443 



enseignant " toujours arec zële et talent, avec iut^îU 
lîgeiice et succès " (!)• 

Grâce au couvent, véritable pépinière d'institu- 
trices, il a été depuis l'origine relativennent facile dans 
la localité de pourvoir I«s écoles de titulaires qualifiés, 
quoique les positions fussent accordées au rabais. En 
effet bien mininhes souvent ont été les honoraires. C'est 
la raison des si fréquents changements. Des qu'une 
institutrice s'apercevait, après une année ou deux, 
qu'elle n'était pas suffisaranaent rétri'buée pour le tra- 
vail exigé, elle se retirait, et une autre plus jeune, 
«ans expérience, la remplaçait pour exécuter la même 
manceuvre i:>eu après. Aujourd'hui on traite mieux les 
^coteset ce qui les concerne, mais ce n'est pas encore 
la perfection. Surtout on ne tient pas assez à garder 
une institutrice qui donne satisfaction ; au lieu de lui 
accorder un accroissement de salaire avec les années, 
on lui substitue trop aisément une rivale pour le 
même prix. 

Malgré leurs divers sujets de reproches, les écoles 
.dyonisieunes ont été bonnes, en général^ parce que 
toujours, sous l'aile de la religion, elles ont été mora- 
lisatrices. On n'y a jamais oublié que l'enfant pos- 
sède un cœur tout autant qu'une mémoire et une 
intelligence. 

L'école, c'est une excellente chose, a proclamé 
un grand évêque, mais seulement quand on la suspend. 
comme un nid dans les branches du chêne vigoureux 
de l'Eglise, " au milieu des ombrages et des parfums 
du ciel " (2), 



(1) — Rfgistre de l'école elle-même, 

(2) — Dans le y,furnaî dis campagius^ de Québec, Ç Juin i8o7. 



CHAPITRE XLII 



L'ancienne administration judiciaire à Saint*Denis. 

L'établissement du système municipal* 

Les maires. 1793-1905. 



A peu près au temps, où s'établissait notre sys- 
tème scolaire actuel, se réorganisait sur de tout autres 
bases notre mode d'administration do la justice. Pour 
Saint-Denis, les juges n'ont pas toujours été à Berlin, 
pas même à Saint-Hyacinthe. Depuis les débuts de 
de la paroisse jusqu'à la cession du pays aux Anglais, 
on s'y est contenté de l'autorité des capitaines de 
milice. Leurs successeurs ou assistants ont été ensuite 
les curés jusqu'en 1793. Alors s'instituèrent les cours 
de tournée ou de circuit. Apparemment le bon peu- 
ple d'autrefois devenait moins facile à maintenir dans 
la charité fraternelle. Ces cours étaient ambulantes. 
Elles passaient une partie de l'été à parcourir les cam- 
pagnes et y tranchaient tous les litiges non criminels 
ne comportant pas au-delà de quatre-vingts piastres 
d'amende. Elles se composaient d'un juge, de quel- 
ques officiers adjoints et de deux ou trois avocats. 
Les lieux des séances étaient déterminés d'avance, et 
il en exista ordinairement de vingt à trente (1). Saint- 
Denis fut constamment l'un d'entre eux ; les assises 
devaient s'y tenir les jeudi et vendredi de la troisième 
semaine pleine après le 29 juin. En 1834, elles s'ou- 



(X) r- Béchard, Biographie de V Ho n, Morin, 124. 



446 HISTOIRE DB 



vrîrent le 17 juillet (1). Toujours elles ne se clôtu- 
raient que quand toutes les causes présentées avaient 
été entendues et décidées. Il pouvait arriver qu'elles 
durassent plus que deux jours. 

Il ne faut pas croire que dans ces circonstances 
tout se déroulât dans la majesté du calme. La tenue 
de la cour était l'occasion d'une forte affluence. Les 
intéressés de plusieurs paroisses à la ronde y accou- 
raient. Les maquignons en foule suivaient égalen^ent 
dans l'espoir de quelque fameux marché. Beau- 
coup, ne pouvant se loger aux hôtelleries, s'abritaient 
un peu partout, souvent même sous leurs voitures 
stationnées sur la place publique. Dans ce ramassis, 
il y avait ivrognes, jureurs, querelleurs et voleurs. Si 
le juge venait distribuer les bienfaits de la paix, ce 
n'était pas pour le moment de son passage. Les liabi- 
tants demeuraient tous sur le qui-vive pendant ce 
temps-là. 

La procession était signalée du côté de Verchërca 
et elle s'éloignait par le chemin allant à Chambly. 

Chaque année, le juge était l'hôte du curé, et 
la salle des habitants lui servait de tribunal. 

C'est en 1847 qu'une nouvelle loi a mis fin à ces 
cours de circuit (2). 

Depuis lors les es[»rits turbulents de Saint-Denis 
vont régler leurs cas trop ardus au palais de justice de 
Saint-Hyacinthe, quand ils ne sont pas obligés de se 
rendre à Montréal. 

Le vent soufflait évidemment à Torganisation 



(1) — Cetle année 1834, la cour de circuit se tint comme suit dans 
le district de Montréal : Vaudreuil, 30 juin : Terrebonne, 3 juil.; L'As- 
somption, 7 juil. ; Berthier, 10 juil. ; Verchèrcs, 14 juil. ; Saint-Denis» 
17 juil. ; Chambly, 21 juil. ; Saint-Jean, 24 juil. , Châteaugaay, 29 
juil. . Echo du piiySy de S.-Charles-sur-Kichelieu, 12 juin 1834. 

(2) — Ignotus, dans La Presse^ de Montréal, 31 juil. 1897. 



SAINT-DENIS-SUR-RICHBLIBU 447 



générale vers le milieu du dernier siëcle. En même 
temps que des questions scolaires et judiciaires, le gou- 
vernement s'occupait activement de l'établissement de 
nos municipalités civiles. Ici, comme dans le rema- 
niement administratif de la justice, il obtint sou meil- 
leur succès. C'est qu'alors il évoluait sur son propre 
terrain. En statuant sur les écoles, il avait rangé 
TEglise pour agir à sa place, tandis que maintenant il 
usait avec droit de la liberté de tout garder pour le 
gérer à sa guise. Là repose en entier la théorie des 
grâces d'état. Chacun dans son rôle réussit bien. Il 
suffit d'en sortir, d'usurper celui des autres, pour 
échouer infailliblement. 

Après quinze années de tâtonnements, on arriva 
de 1855 à la loi qui continue de régir à la satisfaction 
de tous nos divers centres de la province (1). C'était 
vite obtenir le plus magnifique couronnement des 
eÉForls accomplis jusque-là. 

De ce moment, chaque paroisse devenait en quel- 
que sorte une petite république, avec un maire pour 
président et des conseillers pour sénateurs. Entre les 
mains de ceux-ci étaient déposés de très amples pou- 
voirs pour la prospérité locale. Aussi, a-t-il été créé 
de cette façon autant de foyers de progrès que de 
municipalités. 

Dès le mois de juillet 1855, la paroisse de Saint- 
Denis procédait à l'élection de ses premiers édiles 
et entrait de plain-pied dans le rouage nouveau. Los 
avantages en étaient trop patents pour qu'il lui fut 
permis d'hésiter. Ses limites territoriales restèrent les 
mêmes. Seule son administration changea. 

Les élections portèrent à la tête des affaires David 



(I) — Saint- Amant, V Avenir, 248 ; Turcotte, /^ Canada sous 
r Union, II, 256. 



448 HISTOIRE DE 



Bourdages, Louis Page, Romaaid Saint- Jacques, 
Ambroise Leblanc, Edouard Guertin, Amable Loiseau 
et Olivier Bousquet. Le 30 du même mois de juillet, 
ces përes conscrits se n^unissaient et choisissaient le 
premier d'entre eux pour maire (1). Depuis lors, la 
machine municipale a fonctionné comme dans le plus 
heureux des mondes, si l'on excepte seulement de 
rares froissements. Comment ces derniers peuvent-ils 
manquer de se produire en dehors du royaume des 
anges ? 

Les maires, qui, à l'instar du roi d'Angleterre, 
régnent plutôt qu'ils ne gouvernent, se sont succédés 
jusqu'ici au nombre de dix-huit. Ce sont David Bour- 
dages, Romuald Saint- Jacques, Pierre Paradis, Marcel 
Cordeau, Jean-Baptiete-EIphège Maillet, Hercule Fré- 
dette, Dr lî.-A. Mîguault, Ambroise Qaudette, Wil- 
frld Richer, Paul Bonîn, Victor Qareau, Jean-Baptiste 
Phaneuf, François-Xavier Paradis, Joseph Archam- 
bault, Dr Jean-Baptiste Richard et Victor Jalbert. 

David Bourdages, homme de valeur par lui-même, 
jouissait en plus du prestige que lui avait légué son 
père. Il avait cinquante-cinq ans, lorsqu'on le tira de 
la foule de ses concitoyens pour lui faire présider les 
premières assises du nouveau conseil dyonisien. Ses 
épaulettes dans l'opinion publique étaient alors 
gagnées. Cependant il ne faut pas croire qu'il avait 
constamment joué le beau rôle, quand il avait quitté 
les mancherons de la charrue pour s'occuper des ques- 
tions d'intérêt général. Son instruction ne l'a certes 
pas toujours utilement servi. Néanmoins, l'âge mûr 
venu, il se montra ce qu'on avait le droit d'attendre 



(1) — Registres des délibérations de la municifHilUé civUt de la cam' 
pagne de S,- Denis. 



SAINT-DBNIS-SUR-RICHBLIBU 449 



de 863 talents. Au timon des affaires municipales de 
1855 à 1856, il a avantageusement figuré. 

Son successeur fut M. Bomuald Saint-Jacques, 
de 1856 à 1858. Né à Saint-Denis même le 29 sep- 
tembre 1827, il a fait son cours d'études classiques à 
Saint-Uyacintho et était marchand dans la localité 
depuis 1846. Quoique de beaucoup plus jeune que 
son prédécesseur, il se montra bien qualifié pour la 
position, mais il était écrit que les premiers maires 
dyonisîens ne connaîtraient pas do longs règnes. Des 
Tannée qui suivit son installation, il se transporta avec 
son commerce à Saint-Hyacinthe, et son départ néces- 
sita une autre élection au commencement de 1858. La 
suite à prouvé que Ton avait justement apprécié cet 
homme dans sa paroisse natale. A Saint-Hyacinthe, 
il a été échevin plusieurs années et président des com- 
missaires pour l'érection des paroisses. Il fut l'un des 
fondateurs de la banque dite de Saint-Hyacinthe et son 
caissier pendant quinze ans. Désigné pour l'organisa- 
tion du bataillon des volontaires de la même ville,il a été 
chargé de le conduire aux frontières contre les Féniens 
en 1870. Plus tard Tan 1885, en qualité de major de 
brigade du sixième district militaire, il prenait part à 
la campagne du Nord-Ouest. Depuis 1869, il est 
lieutenant-colonel de la division régimentaîre du 
comté de Saint-Hyacinthe. Enfin admis dans le ser- 
vice civil à Québec en 1889, il y a été longtemps 
archiviste dans le département du procureur-géné- 
ral. Aujourd'hui âgé de près de quatre-vingts ans, 
il jouit à Saint-Hyacinthe d'un repos bien mérité. 
A Saint-Denis, en même temps que maire, il a été 
aussi juge de paix et commissaire des petites causes. 




4b0 HISTOIRE DB 

Ses épouses ont été d'abord Joseph te-Chrlstiue Cha- 
mard, puis Joséphine Buckley (1). 

Voici qu'eDBUîte les règnes à la mairie s'al- 
longent seneiblemeiit. Pierre Paradis verra le sien 
s'étendre de 1858 à 1864. Homme d'initiative, de 
jugement en même temps que d'entreprise, il s'était 
en quelque sorte imposé par ses œuvres et son talent. 
Né le 6 novembre 1820, il débuta dans la lutte pour 
la vie comme horloger. Mais le métier vint k ne guère 
payer. Lui trarailluit à la main les monumentales 
pendules d'autrefois. Quand loâ machineries entrèrent 
en lice pour les confectionner, il ne put résister à leur 
compétition et se fît marchand eu I8t>0. Il était marié 
avec Léocadie Lord. 

L'événement important de son passage à la direc- 
tion des affaires, c'est l'organisation des contribua- 
bles contre les incendies. Lors de la destruction de la 
maison Guérout par le feu, en 1859, tout le village fut 
du coup menacé d'une terrible conflagration k cause 
des étincelles projetées au loin }iar la violence du 
vent. Ce que chacun trembla pour soi-même ! Aucun 
moyen humain pour lutter contre l'élément dévasta- 
teur. Il fallait se contenter de le laisser dévorer à sa 
guise. Heureusement que Dieu permit à temps une 
volte-face dans la poussée atmosphérique ; on fut 
sauvé. Mais on refusa de rester désarmé pour l'éven- 

(I) — M. Komuald Saint -Jacques est le pelit-filS'de Piene Cheval- 
di[-Saint-Jacqaes, traversé de Saint- Antoine k Saint-Denis vers le eom- 
meticement du dernier siècle ; c'est le père de celui-ci qui est venu de 
la Fïaiïiï *M Cavadn, Pierre eut pour enfjuli : I — Pierre, de Sainl- 
Dcni* ; ; - |.iic|>h, de S.-Anloiiie ; 3— Louis, pire du député Cheval, 
de bajai llilnre; 4 — Jean-iinplîsle, père de Clfophas, aujourd'hui à 
Saint-Hyûcintlie ; S — Antoine, de S.-Denis, père d'Antoine, de 
'l):<raBluild, d'Ami.Ue, du Dr Eugène, msire de Saint- Hyacinthe, el d'ane - 
■'"_■ 3e la Congrégation de Notre-Dame ; 6 — Julie, mère de 

1*Bl)bé OlUidi Giy. curé de Sainte- Rosalie. 



SAINT-DENIS-SUR-RICHBLIEU 451 



tualité d'une seconde attaque. Des gens de bonne 
volonté se cotisèrent, et une pompe à incendie fut 
immédiatement commandée chez Page, à Montréal. 
Quand elle arriva par le bateau, on l'essaya, et, comme 
elle lançait aisément l'eau à la dernière lanterne des 
tours de l'église, elle fut acceptée au prix de deux- 
cent-cinquante piastres. On la remisa d'abord dans 
le jardin du curé, puis sur la place publique, sa station 
actuelle. 

Le premier corps des pompiers eut pour chef 
Lévî Larue ; Victor Gareau lui succéda. ÎTéanmoius 
l'institutiou tomba bientôt, faute d'aliments à son 
zèle ; la pompe, acquise à grands frais, ne fonctionna 
même jamais que pour vider les caves au printemps. 
Il est douteux qu'elle puisse aujourd'hui rendre des 
services effectifs. 

Kerre Paradis est mort à l'âge peu avancé de cin- 
quante ans, le 17 novembre 1870. 

Après les deux villageois Saint-Jacques et Para- 
dis, on alla chercher le maire sur une ferme du troi- 
sième rang. Il arrivera rarement que l'on quitte 
ainsi le centre de la municipalité pour lui trouver son 
premier magistrat. Cette fois Marcel Cordeau, époux 
de Josephte Loiseau, fut choisi pour être en charge, 
de 1864 à 1866. Cultivateur intelligent, le nouvel 
élu était né le 15 novembre 1817 et réussissait bien 
dans son exploitation. • Il est décédé, le 26 juin 1891, 
à l'âge de soixante-treize ans. 

Son successeur fut le marchand Jean^Baptiste- 
Elphège Maillet, de 1866 à 1867. Peu favorisé dans 
son commerce à Saint-Denis, il est dans la suite parti 
pour les provinces maritimes. 

Hercule Frédette, né le 28 mars 1831, a connu le 
rude labeur avant de recevoir les honneurs de ses 
co-paroissiens. A douze ans, il avait à peine fini son 



452 HISTOIRE DB 



instruction élémentaire, sous la direction du profes- 
seur Durand, que déjà il était mousse sur le Richelieu. 
A quatorze ans, il quittait la navigation pour devenir 
apprenti-tanneur, métier qu'il a ensuite exercé à son 
compte jusqu'en 1884 au village dyonisien. Il s'adon- 
nait à cette industrie, lorsqu'on lui offrit la présidence 
du conseil municipal, qu'il garda trois ans, de 1867 à 
1870. Plus tard, il fut boucher pendant une dizaine 
d'années. Actuellement il est passeur depuis 1895. 

C'est de sou temps que sont disparus les derniers 
vestiges des anciennes modes pour les hommes. Fran- 
çois Ménard, qui mourut en ces années-là, s'était fait 
un devoir de porter le tablier des dimanches jusqu'à 
la fin de sa vie. Peu auparavant avaient été aban- 
donnés la couette, le haut col, les tuques de laine et 
les gilets ou vestreaux en étoffe du pays. 

Le Dr Henri-Adolphe Mignault, qui devait rece- 
voir presque toutes les marques de confiance de ses 
concitoyens, fut maire de 1870 à 1874. 

Le premier, il vit s'introduire dans la municipa- 
lité les améliorations modernes proprement dites. 
Depuis déjà cinq ou six ans, les fils télégraphiques 
traversaient la paroisse en longeant la rivière de Sain^ 
Hilaire à Sorel, mais sans y posséder de bureau. Ce 
ne fut accordé qu'en 1873. L'épouse du notaire Duro- 
cher se chargeait alors de l'oflice d'"opérateur". 

Le téléphone, ce compagnon aujourd'hui presque 
inséparable du télégraphe, ne le suivit néanmoins qu'à 
vingt-deux ans de distance. Encore ne fut-il posé par 
la compagnie Bell qu'en 1895, aprës toute une année 
de sollicitations. Le notaire Dauray est son agent 
dans la localité depuis le commencement. 

La succession du Dr Mignault échut à Ambroise 
Gaudette, cultivateur du troisième rang, devenu alors 
boucher au village. A son élection en 1874, il était 



8AINT-DBNIS-SUR-RI0HBLIBU 453 



figé de cinquante-huit ans. Il est mort en fonction, 
au mois de mars 1876. 

.Wilfrid Bichor, quoique appartenant à une vieille 
famille de la paroisse, est le premier maire né à l'étran- 
ger ; il a vu le jour à Chambly, le 4 juillet 1830. 
Chrétien profondément religieux, il était d'une pro- 
bité exemplaire et parfaitement digne de l'estime 
générale, acquise surtout au milieu des nombreuses 
transactions de son commerce de grain. Heureux 
dans son négoce, il était riche à son décès, le 5 mai 
1897. .11 a été maire, de 1877 à 1880. 

Toutes les professions vont y passer. Apres les 
cultivateurs, les marchands ou commerçants, les hor- 
logers, les tanneurs et les médecins, c'est le tour des 
notaires de s'asseoir dai|s le fauteuil de la mairie de 
Saint-Denis. Le dernier élu fut le tabellion Paul 
Bonin. Ses études terminées au collège de Saint- 
Hyacinthe, il avait fait sa cléricature tant chez M. 
Lafontaine, de Saint-Hugues, que chez M. Saint- 
Aubin, de son village natal. Esprit conciliant, il ne 
se connaissait pas d'adversaire. Son administration 
dura de 1880 à 1883. 

Victor Gareau, onzième maire dyonîsien, a été 
une des attachantes figures de sa paroisse. Doué d'une 
haute intelligence, il s'est en quelque sorte instruit 
lui-même. Laforce, Durand et Laflamme, profes- 
seurs de l'école modèle de son village, ne lui 
inculquèrent que sommairement les premiers rudi- 
ments des sciences ; il a ensuite travaillé seul. A la 
fin de sa carrière, on lui savait des connaissances peu 
communes sur une foule de sujets. En matières muni- 
cipales notamment, il était excellent aviseur. Au 
sortir de l'école, il fut d'abord menuisier. Mais à 
Saint-Denis il y avait peu à gagner comme tel. Par 
contre, on vantait beaucoup certain s centres des Etats- 



1 



454 HISTOIRE DE 



XJnÎB, surgissant de terre comme par enchantement ; 
il partit pour Saint-Louîs-Missouri. Cet eldorado 
n'était pas en réalité ce qu'on l'avait montré à ses 
yeux. H revint six ans plus tardti Saint-Denis, où il 
se transforma en boulanger et épicier, de 1855 à 1866. 
De l'épicerie au magasin général, il n'y a qu'un pas, il 
lefrancliit ; et, de 1866 à 1869, il lia société dans ce but 
avec le marchand et précédent maire, J.-B.-E. Maillet. 
En 1876, il fonda à Saint-Denis la première fromagerie 
du comté. Comme tous les personnages qui précèdent 
leur siècle, il no fut pas compris. On regarda son 
entreprise comme tellement dépourvue de sens, qu'on 
faillit la couler au port. Mais tenace et persuadé que 
le succès ne tarderait pas à poindre, il tint bon, et la 
suite ne manqua pas de lui deviner raison. Il ne s'est 
départi de sa fabrique qu'en 1894, après l'avoir fait 
fonctionner dix-neuf ans. Il était donc fromager, 
quand on l'a honoré de la confiance publique ; c'est 
qu'alors la gratitude avait partout remplacé dans les 
cœurs la critique acerbe. On le bénissait maintenant 
comme un bienfaiteur. Sous cette douce influence, il 
fut maire de 1883 à 1886. Auparavant, il avait été 
secrétaire-trésorier du même conseil, de 1858 à 1866. 
Outre ces charges, il a aussi occupé celles de commis- 
saire de la petite cour, déjuge de paix et de directeur 
du bureau de poste. Quand, de 1881 à* 1883, le gou- 
vernement essaya de placer la production du tabac 
sous une loi de surveillance, il en fut l'inspecteur atti- 
tré pour les trois comtés de Saint- Hyacinthe, de Rou- 
ville et de Bagot. Il est décédé plein de mérite l'an 
1899, à l'âge de soixante-onze ans (1). 

Jean-Baptîste Phaneuf, issu du mariage de Louis 
Phaneuf et d'Emélie Laporte du quatrième rang, n'a 



(I) — Le Journaîy de Montréal, à l'occasion de son décès. 



SAINT-DBNIS-SUR-RIOHBLIBU 455 



été maire qu'un an, de 1886 à 1887. Laborieux autant 
que perspicace, il dirige simultanément au village une 
ferme considérable, un moulin à scie et la fromagerie 
du précédent maire, Victor Qareau, de qui il Ta ache- 
tée. Epoux de Malvîna Charron, il est le père de dix 
enfanta, formés comme lui à bonne école. 

François-Xavier Paradis, né en 1852, fils du troi- 
sième maire Pierre Paradis, n'avait qu'à suivre les 
exemples paternels pour réussir. Ses succës actuels 
proclament qu'il a été fidèle à cette sage ligne de con- 
duite. Lancé dans le commerce par traditions de 
famille, il a d'abord été commis à Sorel, de 1876 à 
1880, et depuis cette dernière année il est à la tète 
d'un magasin général dans son village natal. C'est là 
qu'on l'a pris pour l'élever à la charge de maire, qu'il 
a exercée de 1887 à 1892. 

Son administration a été marquée par l'installa- 
tion d'un aqueduc au village. En 1886, les frères 
Chenette, d'Iberville, avaient reçu du conseil, à leur 
demande, une autorisation à cet effet, mais ils n'avaient 
pas ensuite jugé à propos de s'en prévaloir. Deux 
ans plus tard, en 1888, Ferdinand Fecteau, de Saint- 
Antoine, saisissant mieux les avantages du privilège 
accordé l'acceptait à leur place, et construisit aussitôt. 
Il avait obtenu de plus exemption de taxes pour les 
travaux en question (1). 

En 1890, l'Union Saint-Joseph, société de bien- 
faisance de Saint-Hyacinthe implantait dans la paroisse 
une de ses succursales. L'association, peu encoura- 
gée, eut ici un début lent et, n'eût été le zèle du Dr 
Bichard, elle continuerait probablement de végéter. 
Devenu président en 1894, il se dévoua si entièrement 
à lui recruter des membres qu'il la plaça aussitôt sur 



(I) ^- Registres des délibérations de la municipalité civile de la cam- 
pagne de S,' Denis, 



456 HISTOIRE DB 



un excellent pied. Ailn de lui procurer une bannière 
pour ses jours de démonstrations publiques, il alla 
jusqu'à s'imposer l'organisation d'une soirée musicale 
et dramatique des mieux remplies. Elle eut lieu le 4 
février 1894 et fut répétée le lendemain. La recette 
s'éleva k cent-neuf piastres. Aujourd'hui, grâce à cet 
élan, les membres de la succursale dépassent la cen- 
taine. 

Le plus long règne à la mairie dyonisienne est 
celui de Joseph Archarabault ; il couvre dix années, 
de 1892 à 1902. Et s'il ne fût pas mort en charge, 
peut-être l'occuperait-il encore. Il est décédé le 8 
août 1902. 

Le commencement de l'administration d'Archam- 
bault fut marqué par les dévastations d'un terrible 
cyclone. Celui-ci traversa la partie méridionale de la 
paroisse de l'ouest à l'est en balayant tout sans pitié 
sur une largeur d'environ dix arpents. Jamais l'on 
n'avait vu pareil désastre. Presque rien ne résista. 
Les arbres étaient tordus, les moissons détruites et les 
bâtisses souvent écrasées avec fracas. Néanmoins les 
vies humaines furent généralement respectées ; une 
seule mort a été enregistrée dans la personne de l'un 
des frères du maire Cordeau. Mais énormes furent 
les autres pertes. Se montrant compatissant pour les 
malheureux éprouvés, le gouvernement leur distribua 
généreusement une indemnité totale de six mille pias- 
tres. 

'Trois ans plus tard, à signaler un événement aussi 
joyeux que celui-là était triste. Le 30 décembre 1895, 
le conseil note dans le compte-rendu de sa séance du 
mois la fondation d'une " société musicale ". Plu- 
sieurs y ont mis la main, la fabrique de l'église lui a 
même voté vingt piastres, mais il n'y a pas de doute 
que la' plus forte partie du mérite de cette œuvre 




J/iibbé O'Donnell, tJ curé de S.-PciiU (1'. 471). 




TresbyliTO attucl «le S.-DciiiiS {\>. 47H). 



8AINT-DKNI&-SUH-RICHBLIEU 457 



revient au notaire Daiiray. II en a été constamment 
le directeur après en avoir été le promoteur, et tou- 
joure sur la brèche, c'est lui qui a mené la jeune fan- 
fare à tous ses triomphes. Bien des fois déjà elle a 
rehaussé la beauté des fêtes tant religieuses que civiles 
de la localité aussi bien que celles des centres environ- 
nants. 

Le Dr Jean-Baptiste Richard a été le dernier 
maire de toute la paroisse. Quand il quitta la posi- 
tion, cette vaste et ancienne municipalité était divisée 
en deux différentes, dont Tune pour le village et l'autre 
pour la campagne. 

Sous son règne, hélas trop court, il s'est accompli 
des progrès sérieux. Portement secondé par l'activité 
intelligente du secrétaire- trésorier Ephrem Chaput, il 
a éteint une assez notable partie de la dette et baissé 
le taux des taxes de deux pour cent. Quoi de plus 
tangible ! 

Puis avec ce désir eflScace de diminuer les charges 
du peuple, il avait celui de l'embellissement de son 
village. Qui, en cela encore, affirmera qu'il avait 
tort ? La main de l'homme, on effet, fournit-elle 
sa quote-part pour l'ornementation de ce charmant 
coin de terre, quand Dieu le choie avec tant de muni- 
ficence ? On n'a accordé à cet amant passionné de la 
beauté de son pays que le loisir d'apposer avec luxe à 
chaque encoignure de rues les noms que les anciens 
leur avaient donnés avec tant d'à-propos. L'amélio- 
ration fut exécutée à son instigation, en vertu d'une 
résolution du conseil, au mois d'octobre 1903 (1). 

Elu en septembre 1902, le Dr Richard avait déjà 
fini son règne en janvier 1904. 



(I) — Registres des délibérations de la municipalité civile de la cam- 
pagne Je S,- Denis, 



458 HISTOIRE DE SAINT-DENIS 

Quand fut opéré le démembrement, en janvier 
1904, Victor Jalbert, cultivateur de Oaacarînette et 
frère de l'abbé Philéas, fut élu maire pour la cam- 
pagne. En même temps, le village commençait de 
son côté la lignée de ses maires. 

M. Jalbert, gratifié d'une bonne instruction élé- 
mentaire, est un agriculteur sachant bien utiliser les 
conseils. Il est du nombre de ceux qui croient que 
pour réussir il faut sortir de l'orniëre de la routine. 
Aussi sa ferme lui rapporte-t-elle de plus en plus d'en- 
viables bénéfices. Il est marié depuis le premier 
octobre 1888 avec Albina Bonin, fille de Bruno Bonin 
et de Philomëne Gravel. 

Les plus puissants auxiliaires du maire et de ses 
conseillers ont été sans contredit les secrétaires- tréso- 
riers de la municipalité. Peu rémunérés, ils n'en 
ont pas moins été tous de dévoués serviteurs ; le tra- 
vail ne leur a jamais coûté. Ils ont été : François- 
Xavier liaforce, fils, de 1855 à 1857 ; Lévi Larùe, de 
1857 à 1358 ; Victor Gareau, de 1858 à 1864 ; David 
Bourdages, de 1864 à 1868 ; le notaire Marin, de 1868 
à 1874 ; le notaire Durocber, de 1874 à 1886 ; le 
notaire Crevier, de 1886 à 1899 ; le notaire Saint- 
Martin, de 1899 à 1901 ; le notaire Laflamme, de 

1901 à 1902 ; et M. Ephrem Chaput, depuis le 12 mai 

1902 (1). 



0x.©sx© 



(l) — AV^'/jf/*r.f tiVj Jf'r ei\i!i us ./V ,\i wuuhîpAiitf c^niU de la ta M" 



;", .'^'w/ i/f i". • D^i />. 



CHAPITRE XLIII 



Les vicaires de M. Demers. Sa régularité et sa 
charité. Sa mort. 1834-1862. 



Pendant les vingt-huit ans du rëgne curial de M. 
Demers, se maintint k Saint-Denis une moyenne de dix- 
huit cents communiants. Il est vrai que, daus ces 
jours plus ou moins reculés, les dévotions ne surchar<- 
geaient pas autant qu'aujourd'hui^ le ministère du 
prêtre ; mais tout de même il y avait beaucoup à faire 
et, malgré la forte besogne à remplir, le courageux 
pasteur est constamment resté seul, moins sept années. 

Si, au cours de cette période, il a reçu de l'aide, 
ce n'était qu'à cause de dépressions dans sa chétive 
santé. Aussitôt rétabli, il remettait à l'évêque ses 
auxiliaires. C'est ainsi qu'il a eu plusieurs vicaires, à 
quatre reprises diverses. 

Ses quarante-huit premiers mois à Saint-Denis, 
mois de perturbations dans les esprits et de débilité 
chez le curé, il eut continuellement besoin de secours. 

Alors ses vicaires ont été les abbés Marchessault, 
Ménard, Lecours, Archambault et Lagorce. Circons- 
tance à noter, trois do ces cinq prêtres, le premier, le 
troisième et le quatrième, étaient originaires de Saint- 
Antoine. C'était évidemment exécuté avec intention. 

L'abbé Godfroi Marchessault débutait. Arrivé 
dans la paroisse avec M. Demers, il y demeura jusqu'à 
la fin du temps de Pâques, en mai 1836. 

Son successeur, l'abbé Pierre Ménard, était natif 
de Belœil. Grand voyageur, il n'a pris racine nulle 



460 HISTOIRE DE 



part, pas plus dans ses cures que dans ses vicariats. 
A Saint-Denis, il n'a séjourné que de mai 1836 à sep- 
tembre suivant. Il a été tué accidentellement à 
Montréal, en descendant d'un char urbain, le 22 sep- 
tembre 1870 (1). 

L'abbé Edouard Lecours servit ensuite sous la 
direction de M. Demers, de septembre 1836 à juin 
1837. Son stage fut court, mais il suffit pour permet- 
tre au jeune lévite d'emprunter à son maître beaucoup 
de ses belles vertus sacerdotales. Plus tard, on se 
plaira à remarquer souvent, dans sa conduite, des 
habitudes de l'ancien curé dyonisien. 

L'abbé Joseph-Olivier Arcbambault passa encore 
plus vite ; il ne séjourna que le mois de juillet 1837 à 
Saint-Denis. Bientôt il devait aller prendre posses- 
sion de la cure de Saint-Timothée, pour la garder pen- 
dant près de quarante ans. Il y est décédé, le 9 
février 1877 (2). 

Puis arriva le vicaire de 1887, l'abbé Charles- 
Irénée Lagorce ; il exerça ses fonctions dans la 
paroisse de la fin de juillet 1837 à octobre 1838, juste 
la période troublée. L'histoire ne dit pas qu'il fut 
partout un brave, mais quand les défaillances iie se 
comptaient pas autour de lui, pourquoi n'aurait-il pas 
eu le droit d'avoir les siennes ? II n'en a pas moins 
été un auxiliaire précieux pour le pauvre curé en ces 
jours de si dures épreuves. 

A son départ, M. Demers se sentit assez fort pour 
assumer seul tout le fardeau pastoral, ce qu'il exécuta 
pendant près de dix ans. Il s'est ainsi rendu jusqu'à 
1848. Mais, cette année, il la passa presque toute 
malade. Les vicaires Marie- Joseph-Melchior Baltha- 



(1) — Moreau, Histoire de Saint-Luc t 54 et 55. 

(2) — Tanguay, Répertoire général du clergé canadien^ 212. 



8AINT-DBNIS-SUR-RlCUELlBa 46 1 

zard et Hugaea Leuoir Vassistëreat alors successive- 
ment, le premier de la mi-février 1848 à la fin d'avril, 
et l'autre, les trois mois suivants. 

Le curé de Saint-Denis, qui s'imposait tous les 
sacrifices pour ne pas réduire son évêque à la gêne 
dans sa pénurie de prêtres, ne put ensuite tenir sous 
le faix plus que sept ans. Les rhumatismes, dont il 
avait tant soufibrt à Saint-Grégoire (1), se réveillant 
avec violence à l'automne de 1855, il se vit dans l'obli- 
gation d'écrire à son Ordinaire, à la date du 3 décem- 
bre : " Je débire bien dans ce moment-ci l'assistance 
d'un prêtre" (2). 

L'abbé Jean-Charles-Alfred Desnoyers, ordonné 
la veille, lui fut aussitôt accordé. Vu son tempéra- 
ment, ce n'était pas le poste que le jeune lévite eût 
convoité pour son plaisir. Aussi s*accommoda-t-îl 
mal de la tranquillité monastique du presbytère. Sa 
chambre était petite et mal éclairée. Tout le monde 
ne naît pas pour les douceurs de la solitude. Puis 
Dlle Jeannette, Tune des ménagères, ne lui plaisait 
pas. Dans une lettre qu'il adressait peu après à l'un 
de ses confrères, il ne laissait pas cependant de peindre 
gaiement son état. Il céda volontiers sa place à son 
condisciple de collège, l'abbé Louîs-Eloi Poulîn, en 

» 

septembre 1866. 

L'abbé Poulin eut encore moins le temps de s'ac- 
climater. Deux mois après son arrivée, il partait déjà. 

Ce qui avait si tôt motivé son départ, c'est l'ac- 
ceptation par M. Pierre- Jérémîe Crevier, curé en 
retraite, de venir comme assistant tenter le recouvre- 
ment de 806 forces perdues auprès de son ancien voi- 
sin. L'invalide a ensuite prolongé son séjour à Saint- 



(1) — M. Demers, à la suite de ses rhumatismes de S. -Grégoire, 
demeura boiteux le reste de ses jours. 

(2) — Archives de révichi de S,- Hyacinthe, 



462 HISTOIRE DS 



Denis jusqu'à la fin de 1857. Ayant, quelques années 
après, tout-à-faît abandonné Texercice du saint minîs- 
tëre, il est allé terminer sa carrière à Saint- Charles, où 
il est décédé, le 11 mai 1875. 

Puis, malgré ses soixante-cinq ans d'âge, M. 
Demers a continué à desservir sa paroisse sans secours 
pendant encore quatre ans. 

A la fin de ce dernier effort, il se sentit complète- 
ment épuisé. C'étaient bien cette fois les indices pré- 
curseurs de la mort. Nul mieux que lui ne le comprit. 
A sa demande d'aide, on s'empressa de lui envoyer M. 
François Pratte. C'est ce prâtre, récemment ordonné, 
qui se chargera pendant quelque temps de tout le soin 
de la paroisse et qui fermera les yeux an vénérable et 
regretté M. Demers. 

A voir le curé de Saint-Denis suffire si longtenips 
aux besoins de ses nombreuses ouailles, on serait porté 
à le croire vif, passant vite d'une œuvre à une autre ; 
toutefois il n'en est rien. Il est même difficile d'en 
trouver de plus lent que lui. A chaque action 
il accordait une attention telle qu'on n'eût pas soup- 
çonné qu'il en avait d'autres à accomplir après elle. 
C'était la plus entière application du conseil ; '* Fais 
bien ce que tu fais ". II était particulièren^ent long 
au confessionnal. Si saint François de Sales estimait 
^^ qu'une seule âme est un diocèse assez vaste pour 
un évêque", lui à plus forte raison y découvrait-il 
matière à ses plus vives sollicitudes. 

Comment alors arrivait-il à ne rien laisser en souf- 
france ? Le secret, c'est qu'il était d'une régularité de 
séminariste. Chaque occupation avait sa place indi- 
quée d'avance. Jamais il ne déviait ou ne remettait 
quoi que ce fût sans empêchement grave. Et, de 
plus, il n'y avait pas dans son règlement de moments 
pour le délassement proprement dit. Les exercices 



BAINT-DENI8-SUR-RICHBLIBU 463 

devaient se succéder de façoa que le suivant devînt 
un repos pour le précédent C'est ainsi qu'il parve- 
nait à accomplir ce qu'un autre aurait terminé en 
moins de temps. Grâce à sa ponctualité, les gens 
avaient la certitude que les offices de l'église commen- 
çaient toujours à heures précises. 

Venait-on le rencontrer au presbytëre pour affai- 
res, il pe pressait rien tant que celles-ci duraient, mais 
étaient-elles finies, il n'aimait pas à prolonger la cau- 
serie. Poliment ils disaient à ses interlocuteurs : 
" Vous devez avoir votre ouvrage, ûioi j'ai le mien ", 
et, sur ce, on se séparait sans plus de perte de temps. 

Rarement il s'absentait. On affirme même qu'il 
ne découchait que pour les exercices annuels de la 
retraite pastorale. A tort ou à raison, il ne croyait 
jamais avoir ce loisir. Aussi en cas pressés manquait- 
il un prêtre dans une des paroisses environnantes, on 
s'adressait do préférence à Saint-Denis, étant toujours 
sûr d'y trouver le curé sans avoir à courir plus loin. 
M. Demers, fût-il fatigué ou indisposé, no refusait pas 
ce surcroît de travail. 

La charité de ce pasteur était inépuisable. Bile 
montait ardente vers Dieu et en descendait sanctifiée 
pour se porter sur ses semblables, spécialement sur ses 
paroissiens. 

Quelle ferveur ne mettait-il pas dans la récitation 
de son bréviaire ! Une fois la semaine même, il s'enfer- 
mait et psalmodiait tout l'office du jour. A l'église (1), 



(I) — Il appert, d'après un inventaire rédigé par l'abbé Demers en 
juillet 1847, que Téglise était alors très bien pourvue de tous les objets 
nécessaires au culte. Sous certains rapports, il y avait même luxe. 
C'est ainsi que l'on note la présence de 76 purificatoires, de 77 surplis 
ou allumelles, de 50 lavabos et d'autant d'amicts, de 4 dalmatiques 
blanches, de 2 rouges et de plusieurs tapis de Turquie. 



464 HISTOIRE DE 



il aimait la solennité du culte (1). On se rappelle 
surtout la peine qu'il s'imposait pour préparer la pro- 
cession de la Fâte-Dieu. II ne craignait pas alors de se 
constituer professeur do cérémonies pendant un mois 
pour que les enfants de chœur (2) fussent capables 
d'exécuter avec aisance des figures, telles quç certai- 
nes lettres, dos étoiles, des croix et des cœurs par leurs 
différentes positions, durant le cours de la marche 
triomphale de Jésus-Hostie. S'il chantait en défiant 
l'art, il réparait amplement ce défaut par la majesté, 
qu'il savait distribuer dans tout son être, quand il 
était h l'autel. 

A ses sermons il donnait beaucoup d'attention. 
TIs étaient toujours bien préparé?, pou vent même 
appris mot à mot. On y remarquait une doctrine 
aussi abondante que sûre, et ils étaient débités avec 
onction (3). Ainsi, quoiqu'il n'eût pas le feu des pré- 
dicateurs populaires, il ne laissait pas de plaire et de 
produire un bien considérable dans les âmes (4). 

(I) — M. Demers a appelé les Oblats à prêcher plusieurs giandes 
retraites à S. -Denis. La plus importante a été sans contredit la pre- 
mière, du 20 février 1842 au 13 mars suivant. C'était dans les débuts 
de la nouvelle communauté au pays. Une croix dite de Mission qui 
suboiste encore sur le place de l'église, a conservé le souvenir de ces 
anciens jours de salut. Les prédicateurs étaient alors les quatre fonda- 
teurs de la congrégation au Canada. De leurs confrères sont revenus, 
le 28 février 1844, les Pères Guigues et Brunet, le 21 juin 1847, ^^ P^*^* 
sieurs autres des leurs encore du temps du même curé. La tempérance 
fut solennellement établie dans Ta paroisse par Chintquy, les 13 et 14 
sept. 1848, et ravivée parle Grand -vicaire Mailluux, les i et 2 fév. 1855. 
Archives de P église de S,- Denis, 

(2) — Ces enfants de chœur agitaient ordinairement une dizaine d'en- 
censoirs (la plupart de ferblanc), et les autres, munis de corbeilles, par- 
semaient de fleurs (souvent des champs) le parcours de la procession. 
Aux premiers communiants de Tannée incombait la besogne de réunir la 
quantité suffisante de fleurs. Alors aussi on se mettait fréquemment au 
chœur jusqu'au jour du mariage ; c'étaient de grands enfants. 

(3) — Les Ursulines des Trois- Rivières^ III, 277. 

(4) — II parlait souvent des faits et gestes des martyrs. 



SAINT-DBNIS-SUR-RICHBLIEU 465 



S'il n*avait pas lo temps de s'amuser, par contre 
il disposait de celui de lire et d'étudier. A des heures 
fixes, il était tout entier à ses livres, y puisant pour 
son propre bénéfice et pour celui dos autres. C'est 
ainsi que son évêquo pouvait lo qualifier de prâtre 
" très instruit, studieux et s'instruisant tous les jours ". 

Malgré les grosses dîmes qu'il percevait, il menait 
le régime patriarcal le plus pauvre. Rien pour ainsi 
dire ne se dépensait au presbytère (1). Ses deux 
sœurs, qu'il avait pour ménagères (2), méritaient leur 
nom dans son sens le plus rigoureux, et ce ne sont pas 
elles qui auraient cherché à tirer leur frère de sa vie 
simple. Jamais sa résidence n'a été terminée à l'inté- 
rieur, l'ameublement était à l'avenant ; et à sa table 
on ne voyait pas de ces plats, qui jurent avec la plus 
stricte frugalité. Tout s'en allait à l'économie. 

Mais pour qui amnssait-il ? Il ne thésaurisait 
cependant pas autant qu'on pourrait le supposer. Ce 
qu'il ne dépensait pas, il le distribuait pour une grande 
partie en aumônes et autres bonnes œuvres ; le reste, 
il le réservait à des fondations pieuses, pour lesquelles 
il ne jugeait pas le moment arrivé. 

A la prise de possession du nouveau siège épisco- 
pal de Saint-Hyacinthe par Mgr Prince en 1852, il lui 
déposa dans sa cassette un des plus tangibles témoi- 
gnages de sou affection. L'évêque en lui écrivant 
pour le remercier ne lui parle que de " don extrême- 
ment généreux " (3). 



(1) -r- A ia Hn de Fa vie, il portait encore son vieux paletot de 
S. -Grégoire. 

(2) — Il a eu également sa mère avec lui jusqu'à son décès, en 
1852. Elle est morte à Tàge de 90 ans et a été inhumée dans le caveau 
de l'église de S. -Denis, le 5 août de la susdite année. Registres des 
baptêmes f marmges et sépuHures de S, -Denis, 

(3) — Mgr lui écrit : '«Je vous offre.. .. mes bien vifs remercie- 
ments pour le don extrêmement généreux dont vous m'avez gratifié dès 
le premier jour de mon arrivée à S.*Hyacinthe ". Archives de Pévéch/ 
Je S, -Hyacinthe, 



466 HISTOIRE DE 



Trois ans plas tard, dans le but de veuîr en aide 
au jeune diocëse, qui se bâtissait un évêché, il lui 
souscrivit doux-mille-cinq-cents piastres payables en 
dix anSy sans compter les quatre cents piastres qu'il 
avait déjà versëes pour le mènie objet, le 4 avril 
1858 (1). 

Et que de générosités ignorées ! Ce n'est pas lui 
qui les publiait. Si on en connaît quelques-unes, la 
faute en est à des indiscrets. Il ne cherchait qu'à en 
dérober mèoie le soupçon aux hommes pour eu garder 
plus enti&remont le mérite aux yeux de Dieu. 

Parmi ses charités quotidiennes, voici une de 
celles que les paroissiens de Saint-Denis aiment le plus 
à rappeler. Un jour, un vieux pauvre du village se 
présenta au presbytère pour obtenir un peu do pois à 
soupe. Dlle Demers, à qui il adressa sa supplique et 
qui n'était pas aussi compatissante que son frère, 
refusait avec force arguments ; elle trouvait que l'on 
venait souvent. Le curé, entendant la bruyante répli- 
que, se montre et d'un mot tranche la difficulté. 
" Përo Beaunoyer, je vous donne un demi-minot de 
pois ; dites à Baptiste de vous les mesurer ". Et il 
retourne à son ouvrage. Un instant après, le vieillard 
s'en allait avec sa charge. ^' Mais, père, lui cria le 
curé, vous n'avez pas tout pris ce que je vous ai 
donné ''. — Dlle Jeannette s'est opposée à plus, 
répond-il. — " Retournez au hangar et c'est un 
minot que je vous donne maintenant ". Cette fois il 
fut obéi et, au grand amusement dos spectateurs, le 
mandiant s'éloigna en chancelant sous son trop lourd 
fardeau. Ceci montre combien peu ce prêtre comptait 
avec les (Télaissés de la fortune. En toutes circons- 
tances, il se conduisait ainsi à leur égard. 



(I) — Bernard, Mandements desévêques de SM'ffyacinthe^ I, 50. 



8AINT-DBNI8-SUR-BI0HELIEU 467 



Apres cela, il n'est pas étonnant qu'on ait attri- 
bué des miracles à ce saint homme. On cite notam- 
ment celai où, lors de l'incendie de la maison Guérout, 
il fit par une courte prière tourner le vent pour sauver 
le village de sa destruction. C'était un dimanche 
d'été, entre la messe et les vâpres. 

Mgr Bourget, qui comme son prédécesseur tenait 
M. Demers eu haute estime, l'avait nommé chanoine 
honoraire de Montréal à l'installation du chapitre, en 
1841 (1). 

Onze ans plus tard (2), le premier titulaire du 
siëge épiscopal de Saint-Hyacinthe, peu aprës sa nomi- 
nation, lui obtint de Rome la faveur insigne do mis- 
sionnaire apostolique. Voici comment l'évoque lui 
communique le privilège du Saint-Siège, à la date du 
premier décembre 1852 : " Je vous transmets le 
diplôme de missionnaire apostolique, dont le Souve- 
rain-Pontife a bien voulu vous honorer sur la mention 
que je lui faisais de vos travaux. . . Ce titre est un 
témoignage consolant des services que vous rendez à 
l'Eglise du Canada, et il porte avec soi les grÂces de 
la bénédiction apostolique " (3). 

Le vieil ouvrier de la vigne du Seigneur se réjouit 
à la réception du précieux parchemin, non parce qu'il 
voyait ses mérites reconnus, car il ne croyait pas eu 
posséder autant qu'on se plaisait à le lui répéter ; 
mais parce qu'il eu émanait une nouvelle aide pour 
atteindre le ciel, bat de tous ses pas et démarches. 
Avec sa santé constamment débile, il ne pensait pas 
avoir une aussi longue journée à remplir. 



(1) — Dionne, Mgr de Forbin-yanion^ 84 et 85. — Mémoires pour 
servir à V histoire du chapitre de la cathédrale de S, -Jacques de Montréal^ 
196. 

(2) — Le 13 juin 1852. — Archives de Pivéché de S, -Hyacinthe, 

(3) — Archives de Vévéchi de S,-Ifyacmthe. 



468 HISTOIRE DE 



Souvent il avait été gravement malade, particu- 
lièrement à Saint-Grégoire et en 1855 à Saint-Denis. 
Mais chaque fois il était réservé à de nouveaux tra- 
vaux. Ce n'est qu'en décembre 1861 qu'il fut mor- 
tellement frappé. Il était alors dans sa soixante- 
onzième année. Tout l'hiver il dépérit rapidement, et 
au printemps l'œuvre de la mort s'achevait. 

M. Jean-Baptiste Dupuy, senior, curé de Saint- 
Antoine et son directeur de conscience, visitait pres- 
que tous les jours à la fin son cher pénitent. C'est lui 
qui tint l'autorité diocésaine au courant des progrès 
du mal. A. la date du 8 mai, il lui écrivit : '* Hier,. . . 
il y a eu une consulte entre les docteurs Duvert et 
Archambault. La maladie a été jugée très grave, avec 
point ou très peu d'espoir de guorison. Le malade 
n'est pourtant point dans un danger immédiat. Il 
traînera probablement encore quelque temps. La mala- 
die n'est point spéciale ; c'est une désorganisation 
générale. La machine est usée. L'estomac surtout 
ne fait pas ses fonctions. J'apprends pourtant, ce 
matin, que certains remèdes ont fait effet, et qu'il 
n'est pas plus mal qu'il ne l'était hier. Ce qui est un 
assez bon signe. Le malade ne souffre point ou très 
peu. Il crache beaucoup, comme s'il avait les pou- 
mons attaqués. Il est très faible. Je lui ai doimé le 
saint Viatique hier matin, et il n'a pas voulu le rece- 
voir autrement qu'à genoux. Si le corps est détra- 
qué, l'esprit garde encore toutes ses facultés. Il pense 
h tout comme avant. Il est dans une parfaite résigna- 
tion. Il s'attendait que j'allais lui donner Textrême- 
onction, hier matin ; mais j'ai cru devoir différer, vu 
que le danger n'est pas encore imminent " (1). 



(1) — Archhes de Pn'échéde S»- Hyacinthe, 



SAINT-DENIS-SUR-RICHBLIBU 469 

Quelques jours plus tard, on lui administrait en 
eflfet le sacrement des mourants et, le 14 suivant, il 
rendait à Dieu sa belle S'rae de serviteur dévoué. Huit 
jours encore et il aurait terminé sa soixante-onziërae 
année d'âge. Il comptait quarante-sept ans de sacer- 
doce et il y en avait prës de vingt-huit qu'il était à 
Saint-Denis. 

Ses funérailles ont rappelé en tous points celles de 
M. Cherrier en 1809. Mgr Moreau, alors vicaire-géné- 
ral et administrateur du dîocëse, chanta le service, et 
un concours considérable de peuple y asssistait (1). 
De trente à quarante prêtres occupaient les stalles du 
chœur, et dans la nef on remarquait presque autant 
d'étrangers que de paroissiens. C'est que M. Demers 
était non seulement un curé dont le ministère est cir- 
conscrit à une paroisse, mais aussi un grand-vicaire 
dont l'autorité s'étendait sur un district entier. Et 
tous ceux qui l'avaient connu ne pouvaient se défen- 
dre de le vénérer comme un saint. Voilà pourquoi 
on était même accouru de loin afin de mêler sa voix 
au concert des prières pour le cher défunt. 

C?est le 17 mai 1862, trois jours après le décès, 
qu'eurent lieu les cérémonies de sa sépulture. Elles se 
terminèrent par son inhumation sous le chœur de 
l'église, à côté de ses prédécesseurs, MM. Cherrier et 
Bédard (2). 

En dépit de sa générosité, M. Demers disposait 
encore à sa mort d'une somme assez ronde. La plus 
forte partie en fut laissée à ses deux sœurs, Veuve 



(1) — Parmi les 28 signatures de prêtres à l'acte mortuaire, on 
relève celles des abl)és : Edouard Crevier, grand-vicaire ; Paul Leblanc, 
chanoine de Montréal ; J.-Bte Giband, Sulpicien ; L.-M. Arcbambault, 
archiprêtre ; J.-E. Lévêque ; J. Harper ; I. Désaulniers ; Jos. Beau- 
regard ; Edmond Langevin ; et A. Langlois. 

(2) — Registres des baptêmes^ mariages et sépultures de S,- Denis, 



470 HISTOIRE DE SAINT-DENIS 



Alexis Patenaude, n&e Marie, et Genevîëve — fami- 
liërement nommée Bile Jeannette — à condition 
qu'elles en jouiraient leur vie durant et qu'ensuite le 
tout serait passé à la fabrique pour la construction du 
collège commercial (1). 

Ce qu'il leur a légué en propre a été appliqué de 
son côté à la fondation de l'hôpital. 

Le souvenir de M. Demers sera longtemps vîvace 
au milieu de la population de Saint-Denis, car il était 
un sainty et un saint laisse après lui une empreinte» 
que le temps a de la peine à détruire complètement. 




(I) — Son testament était olographe et daté du i6 octobre 1855. 
— Sa bibliothèque fut léguée aux ecclésiastiques du séminaire de 
S -Hyacinthe, Raymond, Histoire anecdotique du collège de Saint- 
Hyacinthe, II, 48. 



CHAPITRE XLIV 



Débuts de M. O'Donnell et son arrivée à Saint- Denis 
comme curé. Œuvres .diverses et établisse- 
ment d'une bibliothèque paroissiale. L'hôpital ; 
sa fondation, son histoire. Le presbytère 
actuel. 1862-1880. 



M. Deniers étant mort le 14 mai 1862, le vicaire 
M. Pratte continua à desservir la paroisse jusqu'à 
l'arrivée d'un successeur. L'attente dura quatre mois ; 
ce n'est qu'à la fin de septembre que la vacance fut 
remplie par M. Antoine O'DonnelU 

Ce prêtre, né d'une famille irlandaise à Isling- 
ton (1), en Angleterre, le 31 juillet 1831, était encore 
jeune lorsqu'il suivit ses parente au Canada (2). 
Grâce à une protection efficace, il put recevoir sa for- 
mation taut classique que cléricale au séminaire de 
Saint-Hyacinthe et fut ordonné en cette ville par Mgr 
Prince, le 5 août 1855. A partir de cette date, il a été 
trois ans vicaire à Sorel, également trois ans curé de 
Notre-Dame de Saint-Hj^acinthe, puis un an d'Iber- 
ville. 

C'est de ce dernier poste qu'il vint prendre la 
direction de Saint-Denis, le 28 septembre 1862. Il 
n'avait alors que 31 ans^ 



(1) — Près Liverpooly dans le comté de Lancastre. 

(2) — Son père se nommait Jean O'Donnell et sa mère, Brigitte 
Dempsey. C'est en 1837 qu'ils éraigrèrent au Canada. Un autre de 
leurs fils, Jacques, fut curé de Stanstead. Le CourrUr de S.-HyacintAe^ 
14 juin 1905. 



472 HISTOIRE DK 

Après le règne de l'hurobte et économe M. 
Demcre, plusieurs améliorations s'imposaient dans 
l'établissement religieux do la localité. Le vieillard, 
sur le bord de la tombe, s'était dit : " Laissons au 
Bucceeseur les soins qui ne preseent pas, celui de fîuir 
le presbytère, d'agrandir la sacristie et de riyentiîr 
l'intérieur de l'église ; un moins dgé que moi aura 
davantage \oe goûta d'aujourd'hui ". Ce sont ces tra- 
vaux qui, en partie, ont d'abord occupé le nouveau 
titulaire. 

La résidence du prêtre, la première, a été termi- 
née conveuitblcment. It lui a été beaucoup fait et il 
n'y avait pas encore de luxe. La sacristie a ensuite 
attiré l'attention. Toute petite, elle était loin de 
répondre aux exigences d'une population nombreuse 
et dévote. Elle fut donc allongée, rehaussée et pro- 
prement achevée. .Son chemin couvert de communi- 
cation avec l'église fut renouvelé. Puis, pour com- 
pléter la restauration entreprise, le temple eut sou 
tour un certain nombre d'années plus tard. Les murs 
intérieui-8 en furent crépis Jl neuf et toutes les peintu- 
res rafraîchies. Par un etfet de la libéralité de quel- 
ques paroissiens, des autels en marbre mirent dans la 
suite le couronnement à tout ce travail. 

De plus, entre temps, on iualalla à la sacristie une 
excellente bibliothèque paroissiale. Aujourd'hui elle 
contient environ onze cents volumes soigneusement 
choisis et entretenus. C'est k une pieuse inspiration 
de l'ancien et fidèle domestique de M. Demers, Jean- 
Baptiste raquette, qu'est due cette fondation. En 
1868, il passa cinq cents piastres à la fabrique dans ce 
l> it (1) et sa volonté a été ausaitOt exécutée. C'est 

(I) — Seulement b Aibrique fiait lenue de lui pftyet iatirtli tur 
Lciie somme, au tsui île 7'^ pendanl 8 ans, et de lui faire acquitlet 10 
misses tasses il son dicts. 




Hôpital de S.-Deiiis (I'. 47S). 




Oollèi^e foniiiieivial do S.-iDeiiis (R 484). 



r 



\ 



6AINT-DENIB-SUR-RICHBLIBU 473 



ainsi qu'il y en a qui savent avec leur argent aceom- 
plir des œuvres aussi durables que méritoires. 

Les sœurs de M. Demers, possédant davantage, 
ont fait mieux encore. Par testaments identiques en 
date du 15 mars 1866, il était arrêté entre elles que la 
survivante jouirait du bien de l'autre jusqu'à sa mort 
et qu'après cela la fortune des deux serait employée 
*' à la création et érection d'un hospice dans la paroisse 
de Saint-Denis pour le soutien des pauvres infirmes de 
la dite paroisse, partieulièrement des pauvres femmes ". 
'^ Cet hospice, est-il ajouté dans le même document, 
devra être tenu et dirigé par des Sœurs de Charité ou 
Sœurs Grises de Saint-Hvacînthe, ou des Sœurs de la 
Providence de Montréal " (!)• 

Or, la dernière des deux testatrices est décédée, 
le 17 octobre 1875; (2). Cejour-là, l'église de Saint- 
Denis devenait dépositaire de la somme laissée, 
8oit d'environ douze mille piastres (3). Les négocia- 



(1) — Greffe E. Mcgnaulu ArcAhes Ju palais de justice de S^-Hyet- 
<itttke^ 

(2) — Celle-ci ^tait Dame Patenaude. Sa sœur, quoique plus jeane, 
^tatt morte, le 25 avril 186S, à 68 ans, /Registres des baptêmes^ mariages 
W sépultures de S, -Denis^ 

(3) — Ls Huard était alors marguilHer en charge. Voici d*ailleurs 
la liste de tous les marguilliersde la paroisse, depuis le commencement, 
avec l'année où ils ont été comptables : J.-Bte Bousquet, 1740 ; Etienne 
Ledoux, 1741 ; Ffs Dragon, 1742 ; Philippe Dudevoir, 1743 ; Etienne 
Lame, 1744 ; Pierre Véronneau, 1745 ; Paul Jette, 1746 ; J.-Bte Mar- 
tin, 1747 ; Pierre Bousquet, 1748 ; Chs Bousquet* 1749 ; Pierre Jou- 
*>crt, 1750 ; Jean Roy, 1751 ; J.-Bte Choquette, 1752 ; Jacques Goyette, 
*753 ; Pierre Allaire, 1754; J.-Bte Laperle, 1755 ; Jacques Coderre, 
1756 ; Chs Maheux, 1757 ; Frs Saint-Germain, 1758 ; Ls Dragon, 
1759 ; Florentin Vigeant, 1760 ; Pierre Maheux, 1761 ; Ls Saint-Ger- 
main, 1762 ; Jean Choquette, 1763 ; Jos. Brodeur, 1764 ; Antoine 
Girard, 1765 ; Jacques Goulet, 1766 ; Jos. Goddu, 1767 ; Frs Royer, 
1768 ; Ls Courtemanche, 1769 ; Pierre Choquette, 1770 ; Ignace Bro- 
deur, 1771 ; Christophe Lussier, 1772 ; Jacques Laplante, 1773 ; Chs 
Bousquet, 1774 ; Jean-Marie Courtemanche, 1775 ; J.-Bte Joubert, 



474 HISTOIRE DS 



tiohs, auxquelles ce transport donna lieu^ ne furetit^ 

1776 ; Claude Dudevoir, 1777 ; Frs Ledoux, 1778 ; Martin Delmasse; 
1779 ; Ls Gauthier, 1780 ; Prerre Fortin, 'i 781 ; Jos. Bousquet, 1782 j 
Ls Martin, 1783 ; Pierre Goulet, 1784,; Julien Choquette, 1785 ; J.-Btc 
Bousquet, 1786; FrsGaudette, 1787 ; Ls Goulet» 1788 ; Alexis Charest, 
^789 ; Jos, Benoit, 1790 ; Ls Ledoux, 1791 ; , Pierre ,La perle. 1792 ; 
Claude Minette, 1793 ; J.-Bte- Vital Bousquet, 1794 ; Claude Phancuf, 
1795 ; Frs Jalbert, 1796 ; Jos. Leblanc, 1797 ; Antoine Bonin, 1798 ; 
J.-Bte-Pierre Bousquet, 1799 ; Jos.Minette, 1800 ; Antoine Minette^ 
iSoi ; Chs Vincent, 1802; Âihanase Kicher et Jean*Bte Maheux, 1803; 
Jean-Marie Richard, 1804 ; Chs Gaiiépy, 1805 ; Pierre Bourque, 1806; 
Ignace Bousquet, 1807 ; J.-Bte Girouard, 1808 ; J.-Bte Lussier, 1809 ; 
Paul Morisseau, 1810 ; Jean Archambault, k8ii ; Jos. Angers, iSit\ 
Basile Cloutier^ 1813 ; Jos. Bousquet, 1814 ; Hypolite Dragon, 1815^ 
Frs Gariépy, 1816 ; Ls Lefebvre, 1817 ; Jos- Çhatel, 1818 ; Eiicnnç 
Mignault, 1819 ; J. Bte BVault, 1820; Ls Guertin, 1821 ; Frs Goulet) 
1822 ; Jean Chenette, 1823 ; FrS Jalbert, 1824 ; « Frs Phaneuf,- 1825 '; 
Jos. Benoit, 1826 ; Marcel Cordeau, 1827.; Augustin Lapré, .1828; 
Christophe Lussier, 1829 ; André Dupré, 1830 ; Chs Goulet, 1831 Ls 
Dragon, 1832 ; Claude Phaneuf, 1833 ; Enstache Charron, 1834 : J.-Bte 
Bousquet, 1835 ; Jos. Bousquet, 1836 ; Jos. Chenette, 1837 ; Chs 
Lebeau, 1838 ; J.-Bte Michon, 1839 ;,Ths Larue, 1840; Frs Girouard, 
1841 ; Eustache Gaudette, 1842 ; j.-Bte Laflamme, 1843 ; J.-Bte Dra- 
gon, 1844 ; Amable I^iseau, 1845 î Basile Richard, 1846 ; André Dra- 
gon, 1847 ; J^s. Bousquet, 1848 ; Antoine Leblanc, 1849 5 Olivier 
Bousquet, 1850 ; FrsGaudette, 1851 ; Toussaint Archambault, 1852 ; 
J.-Bte Angers, 1853 ; Frs Dragon, 1854 ; Ls Leblanc, 1855 ; Amable 
Bousquet, 1856 ; Ls Gariépy, 1857 ; J.-Bte Lussier et Jos. Bousquet, 
1858 ; Jean Archambault, 1859 ; Augustin Girard, 1860 ; Jos. Gravel, 
1861 ; Frs Hamelin, 1862 ; Ls Goulet, 1S63 ; Frs Lussier, 1864 ; Jean- 
Bte Mussier, 1865 ; Séraphin Benoit, 1866 ; Eustache Archambault, 
1867 ; F.-X. Archambault, 186S ; Edouard Guertin, i86d ; Cyrille 
Laganière, 1870 ; J.-Bte Huard, 1871 ; Antoine Leblanc, 1872 ; Ls- 
Eustache Charron, 1873 ; Marcel Cordeau, 1874 ; Ls Huard, 1875 î J*^^' 
Angers, 1876 ; Antoine Laperle, 1877 ; Paul Morisseau, 1878; Magloire 
Desrosiers, 1879 ; Ambroise Charron. 1880 ; Ignace Charron, i88ï ; 
Ambroise Huard, 1882 ; Jean Michon, 1883 ,* Toussaint Gatidette, 
1884 ; Frs Dragon, 1885 ; Edouard Bousquet, 1886 ; Frs Bousquet, 
1887 ; Victor Bourgeois, 1888 ; Narcisse Lussier, 1889; Ls Michon, 
1890 ; Toussaint Angers, 1891 ; J.-Bte Lamothe, 1892 ; Pierre Leblanc, 
1893 ; Zéphirin Girouard, 1S94 ; J,-Bte Archambault, 1895 * ^**s Gau- 
dette, 1896 ; Adolphe Larue, 1897 * ^'oël Angers, 1898 ; Cléophas 
Larue, 1899 ; Jos. Chapdelnine, 1900. Kfgis/rfs des détibéiatious de la 
fabrique de S.- Denis. 



6AINT-DBNIS-SUR-RIGH ELIEU 475 



pas longues. Aussitôt ori offrit aux Sœurs de 
l'Hôtcl-Dieu de Saint-Hyacinthe le legs avec ses obli- 
gations, et, des le 13 janvier suivant, elles acceptaient. 
Quatre jours plus tard, elles acquéraient près de 
l'église leur terrain actuel avec une petite maison en 
bois sise dans ses limites (1). C'est cette habitation 
qui sera le berceau de la mission. Par une rigoureuse 
température d'hiver, le 3 février 1876, quatre Sœurs 
de Saint-Hyacinthe y descendaient ; c'étaient la supé- 
rieure générale et une compagne, amenant les deux 
Courageuses fondatrices : Sœur Sainte-Marthe, nom- 
mée supérieure locale, et Sœur Gatien. Celles-ci pré- 
sideront à la construction de leur hospice et attendront 
quatorze longs mois avant de s'y installer. 

Eiie Giard, do Saint-Simon, ayant obtenu, le con- 
trat pour bâtir, se mit à l'œuvre dès le printemps et, 
k la fin -de l'automi^ie, l'édifice était clo^. Xjes travaux 
avançaient rapidement, mais les religieuses souffraient 
tant du froid dans leur refuge temporaire qu'elles 
n'attendirent pas l'évacuntion du logis par les ouvriers 
pour y entrer elles-mêmes ; elles en prenaient posses- 
sion, le 28 mars 1877. 

L'hôpital est une jolie construction en brique 
solide, de soixante par quarante pieds. Il a deux 
étages pleins avec un rez-de-chaussée élevé et de bon- 
nes mansardes pour dortoir. Sur le premier plancher 
il a été aménagé un oratoire pfis bien grand, mais en 
relation avec les besoins de la maison. Mgr Moreau 
daignait le bénir ainsi que toute la demeure, au second 
anniversaire même du déc&s de la survivante des dona- 
trices, le 17 octobre 1877, et à l'occasion de cette céré- 
monie on choisissait saint Louis, roi de France, pour 

(l) — Le terrain, acheté des héritiers Charron pour $400, compre- 
nait la valeur de 6 emplacements de 60 pieds carrés chacun. Greffe A, 
Durocher. Archhrs du palais Je justice de S, - Hyacinthe, 



476 HISTOIRE D8 



patron de la récente institution, en l'honneur du pou* 
tife officiant alors au délNit de son rëgne épiscopal. 

A l'automne, deux autres religieuses furent 
adjointes aux premiëres, les pauvres arrivèrent et le 
dévouement des filles de Mëre Youville compta un 
nouveau champ à exploiter. 

Cinq prêtres, entre antres pensionnaires malades, 
ont vécu sous ce toit des Sœurs ; ce sont les abbés : 
Pierre-Olivier Allaire, du 22 février 1880 an 15 juin 
1882 ; Edouard Springer, du 9 février 1881 au 10 
février 1898 ; Joseph-Alphonse Gatien, quelques mois 
en 1898 ; Ferdinand Coderre, du commencement de 
1898 à 1899 ; puis les abbés Achille-Alfred Cormier 
et Joseph-Alphonse Séguin. 

Sœur Sainte-Marthe a été remplacée par Sœur 
Desnoyers comme supérieure, en 1880 ; celle-là a été 
ensuite quelques années à la tète de toute sa commu* 
nauté. 

Quant à l'autre, née Marîe-Cédulio Desnoyers, 
sœur de l'ancien vicaire Jean-Charles-Alfred, c'était 
un des sujets les plus précieux de sa famille religieuse. 
" Profondément humble, dit une notice nécrologique, 
douce, affable, toujours gaie, elle avait un tact exquis 
pour s'insinuer dans les esprits et concilier les choses 
les plus difficiles ". Après avoir dirigé la mission de 
Saint-Denis pendant huit ans en fournissant conti^ 
nuellement des preuves de toutes ses qualités, elle fut 
soudain frappée de paralysie à la fin de septembre 
1888, et le 27 novembre suivant elle quittait déjà la terre 
sur laquelle d'ailleurs elle n'avait guère connu d'autre 
plaisir que celui de servir Dieu dans la souffrance. 
En effet, elle était, ajoute la même notice, " éprouvée 
presque depuis le début de sa carrière religieuse par 
une affection organique du cœur ", et il y avait vingt- 



SAINT-DBNIfrSUa-RICHELIBU 477 



trois ans qu'elle s'était consacrée à Dieu ; elle comp- 
tait quarante*cinq ans d'âge à sa mort. 

Sa succession est échue à Sœur MacDuff, restée 
en charge jusqu'au 24 mars 1897. Sœur Bousquet est 
venue ensuit^ ,puis Sœur Leblancja supérieure actuelle. 

Au recensement paroissial de 1897, compulsé en 
octobre, il y avait à l'hôpital de Saint-Denis six reli- 
gieuses, sept hommes reçus en qualité de pauvres, dix- 
huit femmes gardées au même titre, dont dix de la 
paroisse et huit étrangères, en plus cinq pension- 
naires. 

Pendant que s'érigeait l'hôpital, le second pres- 
bytère, malgré ses réparations, tombait de vétusté. 
Non seulement il conservait mal la chaleur ; mais, de 
plus, le pan nord-ouest menaçait fortement de s'écrou- 
ler. En présence de cet état de choses, il devenait 
nécessaire de songer à la recontruction ou au moins à 
une dispendieuse restauration ; on se prononça pour 
la première alternative. Une répartition de trois mille 
piastres fut prélevée, la fabrique s'engagea à en four- 
nir deux mille, et les travaux commencèrent, le 8 sep- 
tembre 1879. Ce même jour, le maçon Calixte 
Paquin,de la paroisse, se mettait en frais de démoli- 
tion. Chargé des ouvrages de sa compétence, il devait 
réédiiier sur les anciennes bases, moins sur le côté 
avarié, où le nouveau mur serait en deçà. La bâtisse, 
en effet, n'ayant plus à comprendre de salle publique, 
ne mesurerait à l'avenir qu'un carré de quarante par 
cinquante-cinq pieds. En outre, on remplacerait le 
caillou par une jolie pierre bosselée. Ces travaux 
furent terminés, le 15 juin 1880. 

La couverture du toit français, partie en ardoise 
ot partie en tôle galvanisée, fut livrée un mois et demi 
plus tard par le ferblantier Joseph Lépîne, de Saint- 
Antoine. 



478 HISTOIRE DB SAINT-DENIS 

Le 15 août suivant, les enduits étaient posés, et, 
quand la menuiserie confiée à Louis Landry et à Elié 
Dragon fut acLevée, la maison entière le fut aussi 
bientôt après. C'est à la Toussaint de 1880 qu'elle put 
recevoir ses hôtes. i 

M. O'Donnell et son vicaire, qui s'étaient retirés 
à l'hôpital pendant le temps de la reconstruction, 
habiteraient maintenant une résidence magnifique. 
Haute de vingt-cinq pieds, sans compter le toit, elle 
possède un rez-de-chaussée de neuf pieds pour cuisine^ 
dépense et réfectoire ; un étage plein pour office, salle 
de lecture, salon et trois chambres ; enfin de vastes 
mansardes pour sept chambres à coucher. 

Sur toute la façade s'étend une galerie couverte, 
surmontée d'un élégant balcon. 

C'est sans contredit le plus beiiu presbytère do 
diocèse de Saint-Hyacinthe. Aussi a-t-il coûté beau* 
coup plus que le prix convenu, grâce à la générosité 
du curé, qui y a ajouté le surplus (1). 

Les plans sont l'œuvre de l'architecte L.-K Gau« 
thier, alorp de Sorel. 



ê>v^\*\YA<s 



(I) — En reconnaissance, la fabrique, lors de son d^art de là 
paroisse en 1897, lui a voté la rente viagère de $250 par année» ce qal 
représente à peu près les intérêts, à 5%, de la somme qu'il a personnel' 
leraent engagée dans l'entreprise. Registres des délibérations de lafaM' 
que de S,- Denis, 17 juin 1897. 



CHAPITRE XLV 



Le collège commercial, sa fondation et son histoire, 
Les directeurs, professeurs et élèves. Descrip- 
tion de l'édifice et de ses environs. Avan- 
tages de l'institution. 1875-1905. 



En même temps quo la fondation de l'hôpi- 
tal, incombait au curé de Saipt-Denis rétablissement 
d^m collège commercial. Le décës, qui provoquait 
Tun, déterminait également l'époque de l'érection de 
l'autre, quoique les legs, pourvoyant à la naissance de 
ces institutions, provinssent de sources différentes. 
Pour la première, les deux sœurs Geneviève et Marie 
Demers procuraient elles-mêmes les fonds, tandis que 
pour la seconde, c'est leur frère qui les fournissait 
après leur en avoir cependant laissé l'usufruit, lear 
vie durant. M. Demers avait, en effet, écrit dans son 
testament olographe : '' Je donne et lègue, après 1^ 
mort de mes deux sœurs, à la fabrique de Saint-Denis 
tous mes biens, meubles et injimeubles, argents comp- 
tants, dettes actives, dont mes sœurs auront eu la 
jouissance. . ; ordonnant que les meubles et immeubles 
soient vendus pour que le prix, joint ^ux autres 
argents, soit employé à aider l'établissen^ent et sou- 
tien d'une maison de prêtres ou de religieux dans ce 
yillage pour procurer aux garçons le bienfait de l'ins- 
truction. Que si cet utile dessein n'est pas réalisé, 
quatre ans après la mort de mes deux sœurs, j'ordonne 
que le prix des dits meubles et immeubles, joint aux 
autres argents^ soit distribué comnie suit : un quart 



480 HISTOIRE DB 



aux pauvres. . . de Saînt-Denîs ; un quart à la fabri- 
que de Saint-Denîs. . ." (1). 

Mais autrement que rhftpîtal, le collège a demandé 
de travail et de soucis au curé. Comme l'évêque vou- 
lait profiter de l'occasion pour introduire au pays une 
nouvelle cummunauté enseignante, qui fût propre au 
diocèse, il fallut que l'abbé O'Donnell commençât par 
s'imposer le voyage d'Europe pour y trouver des reli- 
gieux (2). Là-bas, existaient un grand nombre de 
maisons diverses cherchant h répandre le règne de 
Dieu, mais le manque de sujets ne permettait pas à 
leur zèle de pousser des rameaux aussi loin qu'elles 
l'auraient souhaité. Une mission au Canada leur 
aurait bien souri. Plusieurs en ont établies dans la 
suite. Pour l'heure néanmoins, il n'était guère 
possible d'y songer. C'est ainsi que le délégué de l'évê- 
que frappa vainement à maintes portes, d'abord eu 
Belgique. Ce n'est que quand il fut rendu en France, 
à Ploërmel, qu'il entrevit une chance de succès auprès 
des Frères de l'Instruction chrétienne. Quelques jours 
après les avoir quittés, en effet, le rejoignait à Rome 
une lettre de leur supérieur général, qui lui disait : 
"Mon conseil..., à l'unanimité des membres pré- 
sents,... consent à vous donner trois Frères, dans 
deux ou trois ans " (3). Ce point gagné, le curé revint 
au Canada en repassant par la maison-mère de ses 
futurs religieux de Saint-Denîs. 

Dans cette seconde entrevue, il fut entendu que 
ceux-ci traverseraient en Amérique dans le cours de 
l'été 1878 et qu'ils y ouvriraient aussitôt, en même 



(i) — Archivas du palais de justice de Saint- Hyacinthe, 

(2) — L'abbé O'Donnell, parti le 6 fév. 1876, revint dès le prin- 
temps suivant. 

(3) — Lettre du Frère Cyprien, supérieur général, à l'abbé O'Don- 
nell, en date du 19 mars 1876. Archives de tiviché de S,- Hyacinthe, 



SAINT-DENIS-SUR-RICHBLIBU 48 1 



temps qu'un noviciat, un cours comprenant " un ensei- 
gnement complet, moins les classiques latins et 
grecs " (1). L'avenir maintenant se montrait assez 
rassurant. 

Sous l'impulsion de cette encourageante perspec- 
tive, le 8 octobre 1876, la fabrique accepta officielle- 
ment le legs de M. Demers, soit la somme de dix-neuf 
mille piastres (2); et, sans plus de retard, on avisa 
aux moyens d'élever l'édifice nécessaire à la fondation. 

Le terrain, auquel on a fait plus tard de nom- 
breuses additions (3), a été acquis le 21 octobre sui- 
vant et, le 24 janvier 1877, se signait le marché de 
construction avec Elie Giard, de Saint-Simon-de- 
Bagot, pour le montant de treize mille piastres (4). 
La bâtisse a été achevée dans le cours de l'été 1 878. 
Rien ne pressait, puisque le premier essaim ne l'habi- 
terait qu'à cette époque. 

C'est effectivement en juillet de cette année que 
débarquèrent à Saint-Denis les deux religieux fonda- 
teurs : Frëre Alpert, comme directeur, et Frère Rodri- 
guez. M. Cosson, qui enseignait au village depuis 
l'automne précédent, était un des leurs ; temporaire- 
ment sorti de la communauté à cause de l'indigence 
de sa mëre, il devait s'adjoindre à eux, sous le nom 



(1) — Lettre de l'abbé O'Donnell à Mgr Moreau, en date du 30 
mai 1876. Archii es de Véviché de S,- Hyacinthe. 

(2) — Letire de Tabbé O'Donnell à Mgr Moreau, en date du 21 oct. 
1876, Archives de Cévichi de S. -Hyacinthe, 

(3) — Le terrain, tel qu'il est aujourd'hui, comprend environ 3 
arpents de front par 4 de profondeur. 

(4) — La bâtisse bien achevée, avec le terrain, le système de chauf- 
fage à l'air et l'ameublement, a coûté $17,000. Le surplus des argents 
fut placé à intérêt au bénélice de l'institution. — Le 19 mars 1905, la 
fabrique paroissiale, en assemblée régulière, vota généreusement $2,000 
au collège pour l'aider à substituer au vieil appareil calorifique qui avait 
fait son temps le système plus commode à l'eau chaude. Ce qui ne tarda 
pas à être exécuté. 



482 HISTOIRE DB 



de Frëre Hyacinthe, poar compléter le nombre 4e 
sujets promis. Ces trois fils de l'abbé Jean-Marie 
Lameqnais étaient destinés à composer le noyau d'une 
nouvelle province de leur institut. Malheureusement 
le choix des pionniers avait été une bévue regrettable. 
A peine descendus sur la plage canadien ne,cenz»ci 
furent atteints de nostalgie. Saint-Denis surtout ne 
leur apparut pas ce qu'ils l'avaient rêvé. " TSfofiB ne 
resterons pas ", ont-ils déclaré peu aprës dans l'inti*» 
linité. Ils entrèrent aussitôt en correspondance dans 
ce but avec la maison-mëre, peignant au plus sombre 
la position qui leur était offerte de ce c^té-ci des mers ; 
et sur leurs informations non vérifiées le rappel de la 
peu courageuse colonie ne tarda guère à venir. Un 
mois s'était à peine écoulé depuis sou arrivée que, déjà, 
elle rebouclait ses malles pour réintégrer ses anciens 
foyers, à la fin d'août. 

Le projet de fonder en Amérique n'a plus été 
repris par cette communauté qu'en 188Q. Elle l'exé- 
quta alors, mais dans des conditions moins favorables. 
Si le succës en a été assuré cette fuis, ce n'est que parce 
qu'il fut confié à des sujets plus éi^ergiques que les 
premiers. 

Le départ des trois Frëres s'était effectué le 
dimanche, 25 août, à la veille de l'ouverture des classes 
et sans avertissement préalable. Le désappointement 
du curé à cette nouvelle ! C'était l'évanouissement de 
ses meilleures.espérances au moment où, aprës tant de 
démarches, il les croyait réalisées. Dans ces pénibles 
conjonctures, il fut résolu qu'on renoncerait au novi- 
ciat et qu'on s'adresserait à une communauté déjà 
établie au Canada pour n'en obtenir que le cours com- 
mercial. 

Lequel des quatre instituts, voués à l'enseigne- 
ment sur les bords du Saint-Laurent, voudrait de cette 



SAIKT-DBNIS-SUR-RICHBLIBD 483 



entreprise à la dernière heure ? Apres quelques hési- 
tations, ou se tourna du côté des Clercs de Saint- 
Vîateur. 

Sachant ces religieux sur la fin de leur retraite 
jAnnuelle à JoUette, M. O'Donnell se hâta de les aller 
rencontrer avant leur dispersion. Mgr Fabre l'avait 
juste précédé sur les lieux pour la clôture des pieux 
exercices ; il s'en constitua aisément un avocat en lui 
racontant son embarras. Avec son puissant appui et 
celui du prédicateur, Tabbé Godfroi Laraarche, la 
cause du curé de Saint-Denis fut bientôt gagnée. Le 
provincial, Përe Lajoie, rendit en effet réponse, le len- 
demain, que sa communauté acceptait la mission. 

Le marché fut définitivement conclu à Saint- 
JDenis entre la congrégation et la fabrique, le 27 sep- 
tembre 1878, Frëre Jean-Baptiste Manseau, procureur 
de la maison-mëre, agissant au nom de celle-ci. Sans 
devenir possesseurs, les dévoués précepteurs ne s'enga- 
geaient pas moins à entretenir la propriété, théâtre de 
leur zfele; 

Toutes conditions étant minUtiôùsenient arrêtées, 
les Frères fondateurs arrivèrent lé 3 octobre/ et, quel- 
ques jours plus tard, dans la première semaine du 
même mois, s'ouvraient les classes (l). 

Les Vîâteurs, vieux de cinquante ans dont trente- 
un au pays, avaient à leur crédit un passé avantageu- 
sement connu. C'était la meilleure garantie de la 
haute Valeur des professeurs, qu'ils procureraient à la 
patoisse. Fils du Père Querbes, un éducateur doublé 
d'Uh saint, ils ont toujours prouvé qu'ils avalent plei- 
nement hérité de son esprit pour la formation tant 
intellectueire que morale de la jeunesse. 



(I) — La bâtisse fut bénite par Mgr Moreau, le 8 suivant. Oh 
donna alors au collège saint François-Xavier pour patron en souvenir 
du pieux fondateur, M. Demers; 



484 HISTOIRB DB 



La maison, mise à lour disposition au village de 
Saint-rDenis, fut longtemps le plus riche établissement 
de la congrégation en Amérique. Depuis, elle a été 
considérablement embellie surtout dans ses alentours. 

Le corps de construction, formant un carré de 
quatre-vingt-cinq pieds par quarante-sept, offre deux 
étages pleins, avec un bon rez-de-chaussée hors de 
terre et des mansardes pour un excellent dortoir. En 
briques solides rouges et blanches; l'extérieur jouit 
d'une apparence élégante avec son toit français et son 
clocheton au frontispice. 

Au rez-de-chaussée, on remarque la salle de 
récréation, le réfectoire et la cuisine ; au premier plan- 
cher, la salle d'étude, le parloir, la chambre du direc- 
teur, rinfirmerie et une classe ; et au second, la cha- 
pelle, la salle de communauté, des classes et enfin des 
chîimbres pour les professeurs (1). 

La répartition des appartements laisse aujour- 
d'hui un peu à désirer, mais il ne faut pas oublier que 
l'objet primitif de la maison était d'être un noviciat 
en même temps qu'un pensionnat. Pour cette dernière 
fin elle était bien aménagée. 

Doucement, mais avec goût,on a entouré le collège 
d'un véritable bosquet. Avec quel charme la retraite 
des studieux écoliers se détache au fond de ce cadre 
de verdures ! Quelle délicatesse de lignes dans le dessin 
du parterre et par quelles mains soigneuses il est entre- 
tenu ! Des jets d'eau, des statues et des plates-bandes 
s'y entremêlent à l'ombre des petits et grands arbres 



(I) — A cause du grand nombre des externes, les commissaires 
d'écoles furent obligés en 1880 d'ajouter au collège une maison pour cette 
catégorie d'élèves. Elle fut bâtie sur le terrain de la fabrique par Didace 
Bonin, au piix de $900. La même nécessité ne se faisant pas sentir 
quelques années plus tard, la construction fut abandonnée aax Sœurs de 
l'hôpital pour leur usage exclusif. 



SAINT-DBNIS-SUR-RICHKLIBU 486 



de diverses essenses. Il faut ajouter aussi qu'il y a 
toute une serre cultivée à son bénéfice. 

La cour des élèves, qui est dans le voisinage, a 
reçu de même sa large part de travail. Un jeu de 
paume, construit en 1886, en compose le principal 
ornement. Il y a également une colonne surmontée 
d'une statue. 

Le Père Louis-George Langlaîs a été le premier 
directeur du collège commercial de Saint-Denis. Né 
à Xamouraska, le 16 octobre 1823, il appartient à la 
famille des Sérien-Langlais. Voici comment il racon- 
tait l'origine de sa lignée en Canada. C'était au 
temps des guerres contre les Anglais. Un jour, parmi 
les captifs des Sauvages se trouve un petit enfant, que 
l'on s'empresse de porter à l'église pour le baptême 
sous condition. " Le nom des parents ", demande le 
prêtre ? " J'en sais rien ", répond le parrain. Et le 
missionnaire inscrivit aux registres : " Jean Sérien- 
dit-Langlais *\ Ce nom est ensuite resté à l'ancêtre. 

Etant entré dans la congrégation des Clercs de 
Saint-Viateur après ses études à Sainte-Anne-de-Lapo- 
catière (1), Louis-George a été ordonné en 1860. 
Puis il a été dix-sept ans procureur de la maison-mère 
à Joliette (2) et, un an, vicaire à l'église de la même 
ville ; c'est de ce dernier poste qu'il est venu à Saint- 
Denis. 

A son arrivée, il était accompagné des trois 
Frères Fabien Lauzon, David Coutu et François Paré. 
Huit jours plus tard. Frère Fabien Laforest leur fut 
ajouté. En mars, Frère Joseph Lessard remplaçait 
Frère Coutu et, durant le mois suivant. Frère Rodri- 



(1) — Dionne, yie dg Cé-K PaincAaud, 334. 

(2) — Tanguay, Répertoire général du clergé canadien^ 336. 



486 HISTOIRB DE 



gue Panneton complétait le personnel de la première 
année scolaire (1). 

Le Père Langlais a occupé le directorat deux ans. 
Au bout de ce temps, il a été appelé à la cure de Bea- 
verville dans l'Illinois, où il est mort récemment. 

Frëre Désiré Turcotte lui a succédé à Saint-Denis. 
C'est sous son administration que la maison a compté 
son plus grand nombre d'élèves. Cependant la géné- 
rosité des parents ne marchant pas de pair avec les 
services qu'on leur rendait, les finances de la procure 
en souffrirent, malgré la prospérité apparente. C'est 
presque toujours ce qui advient, quand on n'exige pas 
un strict paiement. Le règne de Frère Turcotte a 
duré six ans. 

A son expiration, il y avait déjà deux ans que le 
Père Charles-Camille Forest était chapelain de la 
maison, comme successeur du Père Joseph-Eucher 
Laporte (2). C'est lui qni remplaça Frère Turcotte. 

Le nouveau directeur, issu d'Acadiens, est né à 
Saint-Paul, près Joliette, le 9 juillet 1854. Après ses 
études à la ville voisine, il a été ordonné,, le 15 sep- 
tembre 1878. Il a ensuite exercé le ministère parois- 
sial dans les rangs du clergé séculier comme vicaire, 
pendant cinq ans. Mais, k l'automne de 1883, se sen* 
tant plutôt de l'inclination pour la vie religieuse, il 
retournait à ses anciens maîtres, en qualité de novice. 
C'est le 22 novembre qu'il fut admis dans la copamu- 
nauté. 

Aussitôt qu'il eut prononcé ses vœux, il reçut son 

(1) — Le personnel des trois années suivantes fut composé, outre 
du directeur, des Frères Lauzon, Paré, Lessard, Panneton, N. Guay, 
(r. Pelletier, A. Archambault et de l'ecclésiastique Aug. Laçasse, en 
1S79-18S0 ; des Frères Lau/on, Lessard, Panneton, Ls Pielte, Pierre 
Roy, A. Desjardins et du laî([ue Jos. Archambault, en i88o-i88l ; des 
Frères Lauzon, Lessard, Roy, Desjardins, Paré et Goyette, en 1881-18S2. 

(2) — Tan guay, Répertoire général du clergé canadien^ 363. 



SAINT-DENIS-SUR-RICHBLIBU 487 



obédience pour Saint-Denis. Depuis lors, il ne s'est 
plus éloigné de cette maison avec laquelle il a parfai* 
tement identifié sa vie. Aussi en connaît-il tous les 
besoins, les causes de gêne et les chances de succès. 

Sa propre existence semble en quelque sorte 
dépendre de la prospérité de cette mission, tant il s'in- 
téresse à celle-ci. Il eût fallu le voir à l'œuvre, quand 
une bourrasque d'indifférence a failli entraîner la ruine 
de l'institution. 

Tous les jours il est sur la brëche, tantôt profes^ 
seur, tantôt surveillant à la place des malades ou des 
absents, et cela tout en conservant la direction géné- 
rale et son cours quotidien d'horticulture pratique» 

Il y a maintenant vingt ans qu'il est à la tête de 
la maison de Saint-Denis. 

Lui et ses deux prédécesseurs ont eu constam- 
ment un personnel de religieux choisis pour les secon- 
der. Mais, de tous ces assistants, les plus stables ont 
été Frères Tessier et Racine. Après de nombreuses 
années de labeur dans la localité, ils y sont encore à 
l'œuvre pour la satisfaction des enfants et de leurs 
parents. 

Sous la direction de ces maîtres habiles, la petite 
famille écolière du collège a été constamment heu- 
reuse. A ce titre, elle partage le sort des grands peu- 
ples, elle n'a pas d'histoire ou en possède très peu, 
tant les années se ressemblent par la répétition des 
mêmes travaux et des mêmes jouissances. Si l'on 
excepte les solennelles fêtes du vingt-cinquième anni- 
versaire de la fondation les 28 et 29 juin 1904, les 
seuls événements à noter dans la marche journalière 
sont les mutations de professeurs, quelques séances 
dramatiques et le départ des aînés pour le monde ou 
le noviciat. 



48â HISTOIRE DB 



Le nombre des élèves internes varie chaque année 
de quarante à cinquante, et celui des externes le 
dépasse ordinairement d'un tiers. Deux statues du 
parterre rappellent toutefois qu'en 1882-1883 il y a 
eu jusqu'à soixante-quinze internes dans la maison.. 
C'était le commencement d'un âge d'or de courte 
durée. Les deux années suivantes en ont compté 
chacune soixante-deux (1). 

Quinze écoliers du collège de Saint Denis sont 
partis à différentes époques pour le noviciat de la 
même communauté. Ce sont les Frères Adolphe 
Saint-Jacques, en 1880 ; Donat Richard (2), Adélard 
Jalbert et EIzéar Laperle, en 1882 ; Arthur Gladu, 
en 1884 ; Octave et Jean-Baptiste Lussier, en 1885 ; 
Clément Bacon, en 1886 ; Victor Duhamel, Pierre 
Martel, Avila Huard et Louis Gravel, en 1890 ; 
Osias Jalbert, en 1893 ; Ulric Martin, en 1894 ; et 
Isidore Gravel, en 1897. 

L'architecte Casimir Saint-Jean a été aussi un 
élève de la maison de Saint-Denis. 

Après ce qui vient d'être dit, il est facile de com- 
prendre les avantages que les Dyonisiens peuvent 
retirer d'une pareille institution au milieu d'eux. 
Combien, en d'autres endroits, sont obligés d'envoyer 
leurs fils au loin pour les gratifier d'une solide ins- 
truction commerciale ! Ici, à sa porte, on jouit de la 
maison désirée. 

Dans l'intention du fondateur l'abbé Demers, 
presque chaque élève sortant de l'école élémentaire 



(i) — Voici le nombre des élèves de chacune des 15 premières 
années : I, 41 internes, 78 externes ; H, 46 int., 76 ext. ; III, 49 int., 
65 ext. ; IV, 45 int., 58 ext. ; V, 49 int. ; VI, 75 ; VII, 62 ; VIII, 
62 ; IX, 54; X, 53 ; XI, 47 ; XII, S» î ^IH, 46 ; XIV. 39 ; XV, 
46. Archives du collège de S» -Denis, 

(2) — Le seul d'entre eux qui soit devenu prêtre. 



LES DIRECTEURS DU COLLÈGE COMMERCIAL 
DE S.-DENIS (Pagre 485). 




8AINT-DENIS-SUR-RIGHELIBU 489 



devait perfectionner ses études au collëge ou au cou* 
vent, à moins qu'il ne fût appelé à un cours classique. 
Comme la réalisation de cet idéal opérerait de bien ! 
Peut-être la conteraplera-t-ou un jour ! En attendant, 
espérons que Ton reconnaîtra de mieux en mieux les 
eacrifices, que Ton ne cesse de s'imposer si généreuse- 
ment pour la population de ce fortuné coin des bords 
du Richelieu. 

Le cours commercial des Frères est complet. 
Quand on en a parcouru tout le cycle, on est outillé 
pour n'importe quelle position dans le commerça. 
Mais sachons de plus que c'est exactement de cette 
instruction, dont ont besoin les cultivateurs pour être 
k la hauteur de leur vocation. Que de calculs, par 
exemple, l'agriculteur n'est-il pas tenu d'exécuter ! 
Combien de renseignements ne doit-il pas puiser dans 
les livres ! Pour lui comme pour tout autre le temps 
de la routine est passé ; il lui faut de la culture intel- 
lectuelle et plus que celle qui s'acquiert à l'école de 
6on rang. Sans compter que l'homme des champs a 
le droit de vivre de l'esprit tout autant que le profes- 
fiionneL 



e>V^\t\^W^ 



CHAPITRE XLVI 



Lres vicaires de M. O'Donnell. Sa retraite. M. 

Michon, son successeur, septième et dernier 

curé de Saint-Denis. Etat actuel de la 

paroisse. iBGa-igos* 



M. O'Donnell, durant son règne à Saint-Denis,- a 
été constamment assisté par un vicaire. L'importance 
de la paroisse et la faiblesse de santé du curé exi- 
geaient le concours de ce second prêtre. M. Pratte, 
déjà à l'œuvre dans la localité^ prêta le premier ses ser- 
vices ; puis vinrent successivement dix-neuf de ses 
confrères avec des stages inégaux. L^ ancien assistant 
de M. Demers demeura jusqu'en février 1864 et revint 
pour être desservant encore, d'octobre 1866 à octobre 
1867. Après lui, il y a eu auprès de M. O'Donnell : 
MM. Joseph Jodoin, de février 1864 à septembre 
1866 ; Charles Qabourj, de septembre à octobre 1866 ; 
François-Paul Côté, d'octobre 1867 à septembre 1868 ; 
François-Xavier Bouvier, de septembre à décembre 
1868 ; Alfred-Stanislas Dupuis, de mars 1870 à octo- 
bre 1871 ; Alexis-Xiste Bernard, d'octobre 1871 à sep- 
tembre 1872 ; Maxime Decelles, de décembre 1872 à 
mars 1874 ; Léonard-Lagorce Boivin, de mars 1874 à 
janvier 1876 ; Edmond Lessard, de janvier à septem- 
bre 1876 ; Pierre Boulay, de septembre 1876 à sep- 
tembre 1878 ; Marcel Gill, de septembre 1878 à juillet 

1879 ; Olivier Leduc, de juillet à septembre 1879 ; 
Louis-H. Duhamel, de septembre 1879 à septembre 

1880 ; Abraham-Télesphore Guertin, de septembre 
1880 à juin 1881 ; Charles Bicard, de juillet 1881 à 



492 HISTOIRE DE 



mars 1885; Josoph- Anselme Fauteax, de mars 1885 
à octobre 1886 ; George-K Dion, d'octobre 1886 
à avril 1894 et enfin Jean-Baptiste-Arthar Allaire, 
d'avril 1894 à septembre 1897 (1). 

Outre ces vingt vicaires, M. G.-Cbarles Richard 
a été desservant, de mai 1887 à mars 1888 ; M. Pierre- 
Ludger Paré, aide, d'avril à décembre 1892 ; et M. 
Alfred Saint-Amour, second vicaire, de septembre 
1894 à février 1895, ainsi que M. Joseph Loiselle, de 
février à mai 1895 (2). 

Il y avait trente-cinq ans que M. O'Donnell était 
caré de Saint-Denis, lorsqu'il quitta cette paroisse à 
l'automne do 1897. Son administration avait dépassé 
de sept ans celle do M. Demers et il ne lui en man- 
quait plus que cinq pour égaler les quarante années 
de M, Cherrier. Ses années avaient été bien remplies, 
et l'actif pasteur était fatigué. Il aurait pu désirer 
une décharge complète de tout ministère, mais ce n'est 
pas ce qu'il voulait ; ce qu'il souhaitait, c'est plutôt 



(1) — Parmi ces vicaires, l'un, Mgr Beniard, est évêque de Saint- 
Hyacinthe ; un autre, Mgr Decelles, a précédé celui-ci sur le même 
siège épiscopal. Dix sont curés : M. Gaboury, dans le diocèse de Pro- 
vidence, E.-U.-A.; M. Côté, de Saint- V aie rien- de- Slieflord ; M. Les- 
sard, d'Upton ; M. Boulay, de Sabrevois ; H, Gill, de Granby ; M. 
Leduc, de Sarnt-Aimé ; M. Duhamel, de Saint- Pie-de-B»got ; M. Faa- 
teux, dans le diocèse de Providence ; M. Dion, de Saint-Simon-de-Bagot ; 
et l'auteur de la présente monographie, d'Adamsville. Quatre sont retirés 
du ministère : M. Jodoin, ancien curé de Saint-Alexandre-d'IbervilIe, 
M. Dupuis, ancien curé de Saint- Paul-de-Rou ville, M. Guertîn, ancien 
curé de Notre-Dame-de-Stanbridge, M. Sicard, ancien curé de Frelighs- 
liurg. Les 4 autres : MM. Pratte, Bouvier, Dignan, ce dernier victime 
d'un acci-lenl de chemin de fer à Craig's Road, et Boivin sont décédés 
après avoir été curés de Saint-Simon, aux Etats-Unis, de Windsor-Mills 
et d'Acton. 

(2) — Aujourd'hui M. Richard est chapelain des Sœurs de la Pré- 
sentation de Marie à S. -Hyacinthe, M. Paré, curé de La Présentation, 
M. Saint- Amour, curé de Sweetsburg, et M. Loiselle, vicaire à Saint- 
Robert, 



SAl NT^DENIS-SUR-RICHBLIBU 493 

un changement d'occupation. Ses habitudes de tra- 
vail, autant que sa soif de dévouement, semblaient lui 
interdire un repos entier. Aussi, avant de se retirer 
de sa cure, s'était-il assuré un emploi comme chapelain 
des Sœurs de Saint- Joseph à Saint-Hyacinthe. C'est 
là que, depuis son départ de Saint-Denis, il exerce 
son zële. Il n'est pas strictement tenu de desservir 
cette communauté ; il le fait cependant et lui 4onne 
régulièrement d'assez longues journées. Son ouvrage 
est donc fort peu diminué depuis 1897 ; seulement 
celui-ci est moins absorbant. La responsabilité n'existe 
plus au même degré, et le genre de ministère, quoique 
guère moins continu, n'entraîne pas une aussi forte 
dépense de vigueur (1). 

Sous le rapport spirituel autant que matériel, la 
paroisse de Saint- Denis a prospéré durant le règne de 
M, O'Donnell. L'esprit religieux s'est conservé ce 
qu'il était, mais la dévotion a augmenté. Grâce à l'érec- 
tion d'une confrérie du Très-Saint-Sacrement, qui 
oblige chacun de ses membres à une heure d'adora- 
tion chaque mois ou, à son défaut, à la communion, le 
nombre de ceux qui s'approchent de la Sainte-Table 
s'est considérablement accru. A la fin, près de la 
moitié de la population participait mensuellement au 
banquet eucharistique. 

Fidèle serviteur dans le sens de l'Ecriture Sainte, 
il a fait abondamment fructifier le talent que le divin 
Maître lui avait confié (2). Il avait reçu de son pré- 



Ci) — Le cinq août iQO.ç était le 50e anniversaire de l'élévation de 
l'abbé O'Donnell au sacerdoce Par anticipation, on célébra ce julilé 
les 12 et 13 juin précédents, d*abord chez les Sœurs de Saint-Joseph à 
Saint-Hyacinthe, puis dans la paroisse de S. -Denis. Les fêtes furent 
pieuses et joyeuses, dignes du jubilaire. Le Courrier de S,- Hyacinthe ^ 
14 juin 1905. 

(2) — L'évéque de S. -Hyacinthe appela M. O'Donnell à faire par- 
tie du chapitre de sa cathédrale en qualité de chanoine titulaire, le 26 
juillet 1877. 



1 



494 HISTOIRE DE 



décesseur une bonne paroisse, il la remettait bonne à 
son successeur. 

Quand M. O'Donnell s'éloigna, ce fut M. Jean- 
Baptiste Michon qui le remplaça, à la fin de septem- 
bre 1897. Ce dernier est né à La Présentation, le 5 
janvier 1844, d'une ancienne famille de Saint-Denis (1). 
Son père, cultivateur comme ses ancêtres djonisiens, 
se nommait aussi Jean-Baptiste et sa mëre, Adélaïde 
Pbaneuf. A ce foyer s'étaient transmises et conser- 
vées avec soin les vieilles traditions de vertu des pre- 
miers temps de la colonie. Aussi les vocations à 
la vie ecclésiastique et religieuse s'y sont-elles épa- 
nouies sans peine ? Jean-Baptiste est devenu prêtre et 
l'un de ses frères est mort le 11 janvier 1900 dans la 
congrégation de saint Jean-Baptiste de la Salle avec 
la réputation d'un saint, après avoir été l'objet d'un 
des deux miracles qui ont le plus contribué à la cano- 
nisation de son bienheureux père en religion (2). 



(1) — L'aïeul du curé, Chs-Abel Michon, venu de S.-Michel-de- 
Bellechasse, s'est d'abord établi au IVe rang de S. -Denis vers 17751 
puis au Bordde-I'eau, vers 1805. Au irecensement de 1801, il avait 64 
ans, son épouse Dorothée Lespérance, 43 ; ses enfants étaient Abel ayant 
23 ans, Frs 20, Dorothée 18, Marthe 17, ^uise 15, Mathias 14, André 
II, Louis 9, Jos. 7 et Germain i. En 1802, il était élu syndic pour le 
parachèvement de l'église. Son fils Abel est le père de l'abbé Jacques* 
Denis. Jean -Baptiste, père du curé, est né plus tard et est allé se fixer 
à La Présentation. 

(2) — Ce frère portait en religion le nom de Frère Néthelme. 
Voici le récit succinct de ses longues souffrances physiques et de sa mira- 
culeuse guérison. Après avoir commencé par vomir du sang durant 
près d'un mois en 1887, il sentit la paralysie envahir ses jambes au 
point qu'il ne lui fut plus permis de marcher sans béquilles. Dans le 
même temps les jambes se couvrirent de plaies purulentes et devinrent 
d'une insensibilité telle que le médecin pouvait, sans provoquer la plus 
légère douleur, y enfoncer des épingles. Cet état du patient rempiraît 
depuis six mois, lorsque, ayant épuisé toutes les ressources de l'art, on 
résolut de s'adresser au Bienheureux Jean-Baptiste de la Salle. Les 
prières et les applications de reliques furient multipliées. Le jour même 



BAINT-DBNIS-SUR-RICHELIEU 495 



C'est au collège de Saînt-Hyacînthe que le futur 
curé de Saint-Denis a fuit ses études classiques. Puis 
son temps de cléricature a été partagé' entre le collège 
embryonnaire de Saint-Jean-d'IbervîUe et son aima- 
mater ; à chacun il a passé deux ans. C'est le 30 août 
1868 qu'il fut ordonné à Saint-Hyacinthe par Mgr 
Charles Larocqne, à la même messe que les abbés 
Edouard Blanchard, Léon-Lévi Dupré et Amédée 
Dufresne. 

Les années de son initiation dans le saint minis- 
tère s'écoulèrent à Belœil et à Sorel, surtout en la 
petite ville des bords du fleuve. Voici dans quel ordre 
il a voyagé entre ces deux paroisses. Aussitôt après 
son élévation au sacerdoce, il fut envoyé vicaire à 
Sorel et y resta jusqu'au 7 février suivant. Alors 
Mgr Charles Larocque l'appelait auprès de lui à 
Belœil, en qualité de secrétaire privé. Puis il retourna 
au vicariat de Sorel, en octobre de la même année, 
pour y travailler cette fois près de six ans ; il ne le 
quitta qu'en septembre 1875. A cette époque, il était 
nommé à la cure de Saint-Joachim-de-Shefford. Avant 
de se rendre à ce poste en décembre 1875, il passa de 
nouveau une dizaine de semaines à Belœil comme 
vicaire. 

Il n'y avait pas tout à fait un an qu'il se dévouait 
pour ses paroissiens des Cantons de l'Est, lorsqu'on 
lui demanda de revenir à Sorel comme directeur du 
collège classique, en essai de fondation. Dans cette 
dernière localité, il avait en effet laissé une trop grosse 

de la fête du futur saint, le 4 mai 1888, Tiofirme fut instantanément 
guéri à la Sainte -Table, au moment de la communion. Les jambes parfaite- 
ment saines, vermeilles et sensibles, avaient même perdu toutes traces des 
anciennes plaies. Le miraculé retourna seul à son banc, fit sa demi- 
heure d'actions de grâces à genoux sans effort : contre tout espoir 
humain, il était bien guéri. 




496 HISTOIRE DE 

partie de son cœur pour ne pas acciSder h ce désir 
d'amis sincères ; il était au milieu d'eux, le 28 novem- 
bre 1876. Aprfea e'etre généreusement dépensé pen- 
dant près de trois ans pour cette jeune institution, il 
la quittait pour redevenir défînitivoment curé. Il le 
fut alors de Richelieu un an, de septembre 1879 à sep- 
tembre 1880, puis de Notre-Dame-do-Stanbridge pen- 
dant dix-3upt ans (1). C'est de cette dernière paroisse 
qu'il est venu à Saiut-Denis, 

M, Achille-Alfred Cormier, qui était déjà son 
vicaire, l'a suivi es-qualités sur les rives du Richelieu. 
Malbeureusemont ce secours ue put tenir longtemps. 
Dès le 10 avril, au bout de sis mois, la maladie l'éloi- 
gnait. Dans l'espoir d'un retour prochain, le Père 
Forest, directeur du collège, le suppléajusqu'en juil- 
let. Mais alors il fallut songer à un remplaçant per- 
manent ; M. Henri Bétisle fut nommé h la positiou et 
l'occupa jusqu'à l'automne 1903. Pendant quelque 
temps, celui-ci a eu l'aide d'un second vicaire dans la 
personne de l'abbé Joseph- Wi If rid Guillet, de 1899 A 
1900. M. Cormier, à demi rétabli, revint, de l'au- 
tomne 1903 à l'automne 1904 ; durant ce laps de 
temps, il eut pour sa part l'assistance du second vicaire 
Pierre-Napoléon Desmarais, du 26 juillet au 29 sep- 
tembre 1904. Et, depuis la Saint-Michel 1904, les 
abbés Joseph-Antoine Monfet et J. -T.- Alphonse Tou- 
rigny sont les actifs auxiliaires du curé. 

Saint-Denis est aujourd'hui une des plus impor- 
tantes paroisses du diocèse de Saint-Hyacinthe. Non 
scuV'tiiont elle est populeuse, mais elle comprend dans 

mites un terroir, qui y entretiendra toujours une 



I — C'est peniianl son séjour à Molre.Dnme-de-SUnbridge qu'il 
3tpl, 1895, nommé chanuine honoraire du chn pitre de la calb£- 
dnlc de S.-Hj'acinthe. 




J/iil)bû Midi un 

7« tiirô de S.-l^unii 

(Page 494). 



SAINT-DENIS-6UR-RICHBLIEU 497. 

belle aisance (1). Les établissements religieux sont 
dans an parfait état, et il n'en manque pas pour le 
besoin du petit peuple, puisqu'à l'église et au presby- 
tère sont adjoints un collège, un couvent et un 
hôpital. 

Tout le monde est canadien-français et catholi- 
que en cet endroit (2). 

Patriote dans le bon sens maintenant, on ne s'y 
contente pas uniquement d'appartenir à la véritable 
Eglise, mais l'on s'efforce d'eu retirer le plus d'avanta- 
ges possible. Il existe dans les âmes de cette foi ardente 
qui ne s'est pas refroidie au contact du protestan- 
tisme ; et elle se manifeste en toute occasion, surtout 
par l'assistance aux offices du culte et par la fréquen- 
tation* des sacrements. 

Heureux peuple ! peut-on dire, quand ses plus 
brillantes fêtes se chôment au pied des autels et qu'il 
y trouve généralement son plaisir. 



m/^V\Ya^ 



(1) — Le 27 septembre 1904, la Banque Provinciale, de Montréal, 
élabli^sait à Saint-Denis une succursale, que continuent d'administrer ses 
premiers officiers, le gérant Edouard Archambault, N. P., le caissier 
Gilbert Gilbert et l'assistant Josaphat Dragon. 

(2) — Eu sept. 1905, le recensement fait par le curé accusait dans 
la paroisse une population totale de 1963 personnes, dont 763 dans le 
village ; sur ce nombre, 1,441 étaient communiantes, 29 octogénaires et 
106 septuagénaires. Le Courrier de S, -Hyacinthe , 30 septembre 
1905. 



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" Messier ". 



TABLE DES MATIÈRES 



; PAGE 

Introduction % V 

CHAPITRE PREMIER 

Découverte et conquête de la vallée du Riche- 
lieu. Concession de la seigneurie de Saint- 
Denis. Sa description. 1603-1694 .... 1 

CHAPITRE II 

Premiers seigneurs de Saint-Denis. M. de Gannes. 
M. de Noray, M. de Contrecœur. 1694- 
1775 7 

CHAPITRE III 

Vue générale de Saint-Denis en 1740. Ses pion- 
niers : Saint-Germain, Dudevoirj Larue, 
Bousquet, Joubert, Maheux, Lacroix, 
Chaussé, Dragon, Messier, Pcxulin, Charpen- 
tier, Laporte, Jette, Ledoux, Laperle, 
Duhreuil. 1740 17 

CHAPITRE IV 

a 

La desserte religieuse de Contrecœur. Les abbés 
Miniac, Jorian, Chardon. Fondation de la 
mission de Saint-Denis. 1730-1740 29 



TABLE DES MATIERES 



CHAPITRE V 



Lea mi&âîoiHiaircB de Saint-Denis. Travaux et 
ennuis do leurs deosertes. Lee abliés Gos- 
seliii, Gervaiee, Yonville. 1740-1754 37 

CHAPITRE VI ' 

Arrivée du premier curé, M. Fncliet. La guerre 
de Cession. Ses tristesses à Saint-Deni^ 
1754-1760 47 

CHAPITRE VII 

État général de la paroisse religieuse en 1754. 
Les bedeaux : Joubert, Jette, Bienville, 
Maillet, Pommier, Aveline, Quertier, 2 Lus- 
sier, Gadbois, Laflamme, Besse. 1740-1905.' 55 

CHAPITRE VTII 

LcH chantres de l'églîac de Saint-Denis. Leur 
dévouement. Leur Sge d'Oh 1740-1905.. «3 

CHAPITRE TX 

Les médecins de Saint-Denis : Lafond, Delorme, 
Dormiconr, Cherrier, Nelson, Mount, Cha- 
mard, Morin, Hébert, Steiger, O'Leary, 
Saint-Jean, Delïsle, 2 Mignault, Duvert, For- 
tier, Maroheseault, Guertin, Desrosiers, 
Richard, Auclair, Picard, DésiJets, Mar- 
cotte, Tétrean. 1752-1905 67 

CHAPITRE X 

l.r:- iiuiaires de Saint-Denis : Deguire, Courville, 
FiiiOiet, Jehanne, Cherrier, Michau, Bour- 



TABLE DES MATIKBES 501 



l'ACK 

(lages, Duta]n)é, Mignault, Luparre, Saint- 
Oermain, Gauthier, Marin, Leblanc, Saint- 
Aubin, -Durocher, Bonin, Crevier, Dauray, 
Saint-Martin, Laflarame, Archambault. 1758- 
1905 77 

CHAPITRE XI 

L'érection du village de Saint-Denis. Sa descrip- 
tion. Sa prospérité. 1758-1905 87 

(311 A PITRE XII 

La colonie acadieniie de Saint-Denis. Malheurs 
et pérégrinations de ses fondateurs : Leblanc, 
Bourgeois, Mignault, Bourque, Brun, Brault, 
Robichaud, Roy, Gaudette, Girouard et 
Richard. Histoire de leurs familles. 1767- 
1905 97 



« 



CIIAPITRE XTII 

Construction de la deuxième église. Son para- * 
chèvement et sa description. Sa fin. 1764- 
1796 111 

CHAPITRE XIV 

Dernières années du curé Frichet. Les progrès 
accomplis sous son règne. Sa retraite et sa 
mort. 1764-1774 121 

CHAPITRE XV 

Retour de l'abbé Gervaise comme niissionnaire. 
Ses derniers travaux à Saint-Denis. Son 
éloge et sa fin. 1767-1769 127 



TABLE DES MATIERES 



CHAPITRE XVI 



I 

r 



Le deuxième curé de Saint-Denis : l'abbé Clier- 
rier. Su naissance, sa jounu36C et son arri- 
vée dans la localité. Le prêtre et le tempo- 
rel dans une paroisse. Esprit d'ordre du 
nouveau titulaire. 1769 133 

CHAPITRE XVII 

Nouvelles taniilleadyonisiennes : Gadboi8,(Jroiilet, 
(iiiertiu. Brodeur, Archambault, Vigeaiit, 
Martin, .Maillet, Girard, Riclier, Lussier. 
Plante, Garïépy, CunrtemanidiG, Bélanger, 
et Allard. Leur origine et leur deaeen- 
diinw. 1770-1905 143 

CHAPITRE XVIII 

La guerre do l'Indépendiince américaine. La 
part qu'y prit Saint-Denis. Les seigneurs : 
de Montariille et de LaperriJre. 1775-1810. 1*>1 

CHAPITRKXIX 

Fondation du couvent. Les ditférentes' pliases de 
son histoire. Ses supérieures. Ses états 
dcserviccs. 1773 1905 , 173 

CHAPITRE XX 

li'oHfiiim virginal de Saint-Denis à l'Hûpital-Géné- 
ral de MoTitréal, à laCongrégation-de-Notre- 
Danie, à la Providence, à rH5tcl-Dieu de 
Saint-Hyacinthe, dans la communauté des 
Saints-Noms-de-Jésns-et-de-Marie, h la Pré- 
sentât ion-de-Marie, au lion-Pasteur, chez les 



TABLK DES MATIERES 503 



pa<;e 

Sœurs Saint- Joseph et Sainte-Marthe de 
Saint-llyacînthe, an Carmel et au Précieux- 
Sang. Son dénombrement. Notes biogra- 
phiques. 1814-1905 189 

CHAPITRE XXI 

Saint-Denis et le monde politique. Les députés 
Cherrier, Guérout et Bourdages. Le lieute- 
nant-gouverneur de Tlllinois, Ménard. 1791- 
1905 207 

CHAPITRE XXII 

Respectable vieillesse de l'église actuelle de 
Saint-Denis. Originalité de son plan de 
construction. Parachèvement et restaura- 
tions. Ses préservations contre le feu. 1788- 
1905 223 

CHAPITRE XXIII 

Les poêles dans l'église de Saint-Denis. Ses 

tableaux. La poste. 1796-1905 235 

CHAPITRE XXIV 

Les débuts d'un collège classique à Saint-Denis. 

Ses épreuves. Sa fin. 1804-1905 243 

CHAPITRE XXV 

Les prêtres originaires de Saint-Denis. Les abbés 
Mignault, Quertier, Paré, Leblanc, Michon, 
Larue, Dérome, (^uy, Phaneuf, Durocher, 
Laflamme, Desrosiers, Guertin, Gravel, 
Vézina, Richard, Archambault et Lussier. 
1812-1905 253 



504 TABLE DES MATIERES 



CHAPITRE XXVI 

Vertus de M. Chorrier : son humilité, son amour 
(le Dieu et du prpcliain. Son influence sur 
la paroisse. Confiance de ses évêques en sa 
sagesse. 1 769-1809 275 

CHAPITRE XXVII 

Les vicaires de M. (5herrier : les abbés Thavenet, 
Lctang, Germain et BrouiUet. Maladie, 
mort et obsèques du curé. 1897-1809 283 

CHAPITRE XXVIII 

Coup-d'œil sur la paroisse à la mort de l'abbé 
Cherrier. Les nouvelles familles : Phaneuf, 
Jjoiseau, Hamelin-Laganiëre, Benoit, Jal- 
bert, Valin, Bergeron, Iluard, Bessé, Jean- 
son, Bonin, Morisseau, Lafiamme, Angers, 
Du rocher et Charron. 1809 291 

CHAPITRE XXIX 

r 

M. Martin, desservant. Les embarras dans la 
succession de la cure. M. Kelly, troisième 
curé de Saint-Denis ; ses antécédants, son 
court passage dans la paroisse. Ses vicaires. 
Son départ et la suite de sai vie ; sa mort. 
1809-181 7 303 

CHAPITRE XXX 

Les derniers seigneurs dyonisiens : Taschereau, 

les Deschambault, et MignauH. Fin de la 
tenure seigneuriale. 1810-1905 311 



TABLE DES MATIÈRES 505 



PAGE 

CHAPITRE XXXI 

La guerre de 1812. Sa conscription à Saint-Denis. 
Le village, poste de stationnement. 1812- 
1815 319 

CHAPITRE XXXII 

M. Bédard, quatrième curé de Saint-Denis ; sa 
naissance et sa famille. Sa carrière sacerdo- 
tale. Ses talents comme musicien. Ses 
aides. Sa mort. 1817-1834 329 

CHAPITRE XXXIII 

Les jours de prospérité matérielle de Saint-Denis. 
Son. commerce. Ses diverses industries. Sa 
première banque. La navigation. 1792- 
1837 339 

CHAPITRE XXXIV 

Antécédents et arrivée du cinquième curé, M. 
Deniers. Son refus de Tépiscopat. Le 
deuxième presbytère. 1834-1886 349 

CHAPITRE XXXV 

Prélude des troubles de 1837 à Saint-Denis. Le 
malaise dans les esprits. Les perturbateurs 
de l'ordre. Xelson. Le monument Marcoux. 
1834-1 837 361 

CHAPITRE XXXVI 

Les derniers préparatifs de la bataille de 1837 à 
Saint-Denis. Condamnation du mouvement. 
" Les fils de la liberté ". L'attitude du 



506 TABLE DES iMATIERES 



1'Ai;e 

clergé. Refonte des cadrefl dé la milice. 
Projet d'achat d'armes avec l'argent de la 
fabrique religieuse. 1837 369 

CHAPITRE XXXVII 

Envahissement de la vallée du Richelieu par les 
troupes anglaises. Le camp patriote de 
Saint-Denis. Meurtre de Weir. La déser- 
tion du village. Les premiers coups de feu. 
1837 379 

CHAPITRE XXXVIII 

» 

Le combat. Sa durée et ses langueurs. 
Tentatives d'assaut par les Anglais. Leur 
retraite. Morts et blessés. 1837 391 

CHAPITRE XXXIX 

Les patriotes après leur victoire. Leurs craintes 
du retour des ennemis. Divers travaux de 
fortification contre eux. Sépulture des vic- 
times dyonisiennes. La bataille de Saint- 
Charles. La débandade générale. 1837. . . 405 

CHAPITRE XL 

La revanche anglaise. Sa cruauté barbare. Les 
incendiaires. Les prisonniers.- Le contre- 
coup des troubles, en 1838. Appréciation 
générale de la rébellion ; ses conséquences. 
1837-1838 413 

CHAl'ITRE XLI 

Les écoles de Saint-Denis, Difficultés de leurs 
débuts. Les commissions scolaires ; leurs 



TABLE DES MATIERES ^ 507 



PAGE 

présidents et secrétaires-trésoriers. Les insti- 
tuteurs et institutrices. 1817-1905. 425 

CHAPITRE XLII 

L'ancienne administration judiciaire à Saint- 
Denis. L'établissement du système munici- 
pal. Les maires. 1793-1905 445 

CHAPITRE XLIII 

Les vicaires de M. Deniers, Sa régularité et sa 

charité. Sa mort. 1834-1862 459 

CHAPITRE XLIV 

Débuts de M. O'Donnell et son arrivée à Saint- 
Denis comme curé. Œuvres diverses et éta- 
blissements d'une bibliothèque paroissiale. 
L'hôpital ; sa fondation, son histoire. Le 
presbytère actuel. 1862-1880 471 

CHAPITRE XLV 

• 
Le collège commercial, sa fondation et son his- 
toire. Les directeurs, professeurs et élèves. 
Description de l'édifice et de ses environs. 
Avantages de l'institution. 1875-1905 479 

CHAPITRE XLVI 

Les vicaires de M. O'Donnell. Sa retraite. M. 
Michon, son successeur, septième et dernier 
curé de Saint-Denis. Etat actuel de la 
paroisse. 1862-1905 491 



TABLE ALPHABÉTIQUE 



Abéiiaquis, 1 à 3. 

Abraham (Plaines d'), 12. 

Acadîe, 8. 

Acadiens, 13, 48, 81, 97 à 109. 

Acton, 268. 

Adamsville, III. 

Adhémar, 8. 

Ailleboust (M. d'), 36. 

Albani (cantatrice), 103. 

Albany (ville), 254. 

Algonquins, 2. 

Alinotte, 73, 308, 337. 

AUaire (auteur), III à VIII, 154, 268, 269, 492 ; 

(famille), 43, 113, 157, 167, 345, 388, 395, 408, 

473,476. 
Allard, 83, 143, 148, 158, 159, 252, 430, 438. 
Allemagne, 70. 
Arayot (rivière), I, 63 ; (rang), 5, 14, 292, 428, 429, 

432, 442 ; (famille), 78. 
Angers, 76, 154, 293, 300, 301, 409, 430, 474. 
Anglais, 3. 

Anne (sainte), 118, 230. ' 
Antilles, 68. 
Aqueduc, 455. 
Archambault, 21, 78, 85, 89, 143, 147 à 149, 153, 167, 

183, 184, 197, 198, 200, 252, 271, 430, 432, 433, 

437, 439 à 441, 448, 456, 459, 460, 469, 474, 486, 

497. 



510 TABLE ALPHABETIQUE 



Arsenault, 290, 308. 

Asselin, 57. 

Auclair, 67, 74. 

Aumassoii, voir Courville. 

Autels, 116 à 118, 226. } 

Aveline, 57, 58. 

Ayotte, 203. 



Bacon, 488. 
Badeaux, 167. 
Bailly, (Mgr), 124. 
Balthazard, 53, 54, 460, 461. 
Balustrades, 116, 117. 
Bancs, 34, 116, 226, 231, 317. 
Banques, 85, 497. 
Barbier (famille), 53, 54.] 
Bardy, 290, 303, 308. 
Baron, 407. 
Battu, 341. 
Baunier, voir Plante. 
Bazile, 78." 
Beaubassin, 101. 
Beaubien, 308. 
Beaudin, 185. 
Beaudry, 80, 262. 
Beaulieu, voir Martin. 
Beaunover, 466. 
Beauport, 18, 36. 
Beaupré, 18. 

Beauregard, 399, 400, 469. 
Beaurivage, 34. 
Beauséjour, 106. 
Béeancour, 102, 103, 108. 



TABLE ALPHABÉTIQUE 611 



Bédard. (curé), 64, 65, 76, 199, 329 à 337 ; (famille), 

214, 216, 217, 433. 
Bedeaux, 55 à 61. 
Bedford, 268. 
Belair, 152. 
Bélanger, 143, 158, 199, 203, 337, 388, 436, 437, 439, 

440, 442. 
Bélisle, 496. 
Belmont (de), 293. 
Belœil, 73, 84, 249, 263. 

Benoit, 40, 100, 194, 209, 313, 293, 295, 296, 474. 
Bérard, 65. 
Béreuger, 406. 
Bergeron, 293, 299. 
Bernard (Mgr), 203, 491, 492. 
Berthiaume^ 226, 438.. 
Berthier, 446. 
Bertrand, 184, 185. 

Besse, 59, 61, 216, 227, 293, 298, 417, 441, 442. 
Bessette, 249. 
Bettez, 82. 
Bibaud, 214. 
Bienvenu, 440. 
Bienville (famille), ô6, 
Binet, 124. 
Birs, 335 à 337. 
Blairfindie, 324. 
Blanchard, 109, 395, 495. 
Blanchet, 216, 337. 
Blanzy, voir Dan ré. 
Bleury (de), 209. 
Bluteau, 252. 
Boisseau, 340. 
Boissonnault, 290. 
Boisvert, 152. 



512 TABLB ALPHABÉTIQUE 

Boivin, 491, 492. 

Bolton, 261, 266, 269. 

lionaventure (de), 8. 

Bonin, 78, 84, 252, 293, 299, 433, 439, 448, 453, 474, 

484. 
Bonnier, voir Plante. 
Bon-Pasteur ( œurs du), 201 à 203. 
Borbel, 8. 
Bord-de-l'eau, 5, 6, 11, 17, 94, 292, 407, 427 à 429, 

432, 485. 
Boret, 64. 
Borgia, 216. 
Boston, 254. 
Boucher, 445 ; voir Laperrière, Niverville, Montar- 

villo, Bruère. 
Boucherville (paroisse), 12, 18, .136, 352 à 855. 
Bougret, 133. 
Boulay, 491, 492. 
Bourassa, 241, 345. 
Bourdages, 70, 77, 80 à 82, 94, 109, 158, 192, 194, 

208, 209, 212 à 217, 227, 255, 320, 821, 362 à 

364, 377, 388, 395, 402, 430, 448, 449, 458. 
Bourgault, voir Lacroix. 
Bourgeault, 226. 

Bourgeois, 66, 100, 101, 393, 402, 417, 474. 
Bourget (Mgr), 41, 195, 308, 359. 
Bourqne, 104, 107, 227, 249, 255, 409, 438, 441, 442, 

474. 
liourret, 157. 
Bousquet, VIII, 17, 19 à 21, 24, 26, 43, 61, 64, 73, 76, 

84, 100, 148, 154, 198, 204, 252, 322, 430, 437 à 

442, 448, 473, 474, 477. 
Boutliillot, 392. 
Bouthillier, 212. 
Houtin, 434. 



TABLE ALPHABETIQUE 513 



Bouvier, 157, 491, 492. 

Braddock, 12. 

Brault, 104, 105, 224, 474. 

Brotoimière, voir Xeveu. 

Briand (Mgr), 41, 136, 164, 174. 

Brien, 266, voir Durocher. 

Briiulaniour, voir Ménard. 

Brodeur, 66, 72, 143, 146, 147, 209, 323, 417, 473. 

Brompton, 268. 

Brou il I et, 286. 

BrouBseau, 251. 

Brown, 409. 

Bruero (de la). 320 ; voir Montarville. 

Brun, 104. 

Brunault (Mgr), 42. 

Bruueau, 199, 200, 330, 341, 352. 

Brunelle, 252» 439. 

Brunet, 19, 341. 

Burlington, 254. 







Cacouna, 256. 

Cadieux, 64, 320. 

Cajétan, voir Leblanc. 

Californie. 144. 

(\amail, 235. 

Canadien (Le) (journal), 69, 158, 217. 

Caouette, voir Gaouette. 

(Capitaines de milice, 22 à 24, 48, 49. 

Cap-Santé, 47. 

(^arignan, 395, 408. 

Cvarillon (bataille), 54* 

Carleton, 163 à 169. 

Carmel, 204. 



bli TABLE ALPHABKTIQUE 

OsroBserie, 347. 

Cartier, 73, 94, 165, 166, 169, 240, 241, 320, 322, 840, 

341, 372, 374,406,417. 
Cazea (de), 432. 
CentenaircB, 40. 

CcsBÎon (guerre de), 48 à 54, 57, 88, 97, 178. 
Cliaboillez, 290. 
Chairee, 117, 230. 
Ohalifoux, 388. 

Chambly, 4, 167, 254, 255. 331, 421, 446. 
Chamard, 67, 69, 70, 158, 213. 241, 252, 841. 
Chamimgne, voir Lalaiine. 

Clianiplaiii (fondateur), 1 à 4 ; (lac), 12 ; (iiaroisao), 9,10. 
Chant, 833, 334. 
Chantres, 63 k 66, 69. 
Chapdelainc, 474. 
Chapeaux, 19. 
,Chapollerie8, 345, 346. 
Chapic-rs, 65. 

Chaput, 27, 88, 252, 431, 458. 
Chardon (abbé), 29 à 36. 
Charest, 185, 474. 
Cliarland, 83. 
Charlebois, 186. 
C'harleshonrg, 18. 

Charpentier (famille), 17, 19, 25, 26, 89. 
Charpentiers, 87. 
Charron, 95, 100, 190, 197, 198, 208, 293, 801, 302, 

439 à 442, 474, 495. 
Cbiîtcauguay, 423, 446. 
Cliâtcau-Richcr, 138. 
CbAtortiix-forta, 27. 
rimlrl, 204, 224, 323, 437 A 439, 474. 
Cliâlilloii. 103. 
CIuiii^m'., 17,19,23,24. 



TABLE ALPHABÉTIQUE 515 



Chefdeville, 44, 

Chciiette, 40, 108, 197, 377, 474. 

Chênière (La), 6. 

CherclicMira d« trésors, 150, 

Cherrier (curé), 58, 95, 118, 125, 130, 131, 183 à 141,' 
158, 173 à 178, 180, 216, 228 à 230, 287, 243 à 
253, 275 k 292 ; (famille), . 63, 67 à 69, 77, 79 à 
81, 143, 165, 166, 189 à 191, 208, 209, 216, 252, 
341, 347, 862, 368, 435, 436. 

t 

Cheval (fannlle), 435 ; voir Saint-Jacques, 

Chevalier, 95. 

Chiniqny, 70, 464. 

Chipody, 109. 

Choqiiette, 473, 474. 

Choléra, 76, 336, 337. 

Chorel, 9, 10. 

Church, 103. 

Cimetière, 41. 

Cimou, 250. 

Cinquième rang, 5, 292. 

Cireé, 165, 218. 

Citière, 4, 5. 

Clergé, 139, 164, 169, 

Cliché (Récollet), 122, 

ClochoH, 35, 56 à 60, 172. 

Cloutier, 103, 323, 427, 433, 437, 474. 

Coaticook, 73, 266, 272. 

Coderre, 473, 475. 

Collège (classique), 243 à 250 ; (coramercîftl), 66, 95, 

479 à 489. 
Colonisation, 10 1\ 27, 123, 143 à 159, 291 à 293, 317,318. 
Comeau, 100, 102. 

Commerce, 64, 68 k 70, 78, 79, 90, 211. 
Compain, 182, 290. 
Compton, 262, 265. 



• 



51t> TABLE ALPHABETIQUE 



Comtois, 224, 225, 438, 441. 

Cordonniers, 345. 

Conefroy, 290. 

Congrégation (Sœure de la), 58, 64, 117, 173 à 187, 
191 à 195. 

Conquête, 2, 3. 

Contrecœur (paroisse), 5, 7, 18, 19, 29 à 36, 75, 83, 
130, 170, 241, 400 ; (famille), 7, 8, 11 à 15, 30, 32, 
33, 35, 67, 87, 94, 106, 113, 169, 170. 

Cordeau, 194, 417, 448, 451, 474. 

Cormier, 101, 476, 496. 

Corps de musique, 466, 457. 

Cosson, 436, 481, 482. 
CôttS 491, 492. 
Couettes, 452. 

Couillard, 437, 438 ; voir Després. 
Cours de circuit, 445, 446. 

Courtemanchc, 23, 143, 156 h 158, 199, 216, 224, 225. 
320, 395, 473. 

Courville, 77, 78, 341. 

Coutu, 485. 

Couvent, 173 à 187, 189. 

Coypel, 239. 

Craig, 214, 215, 217. 

Craig's Road, 269. 

Crevier, 78, 84, 430, 431, 458, 461, 469. 

Crimée, 71. 

Cugnet, 39. 

Curés, 137 à 139. 

Cusson, 252, 337. 

Cuvillier, 340. 

Cyclones, 456. 



TABLE ALPHABETIQUE 517 



D 

Daigle, 72. 

Dalhousîe, 215, 216. 

Darcy, 40. 

Dauray, 78, 84, 85, 95, 242, 430, 452, 457. 

Daiiré de Blanzy, 30, 33. 

Davignon, 251. 

Deceïles (Mgr), 42, 491, 492. 

Découverte, 1. 

Déganard, 82. 

Degnire, 20, 77, 78, 87, 290. 

Déguise, 290. 

Delâge, 433. 

Delisle, 67, 71. 

Del masse, 474. 

Delorme, 67, 68, 209. 

Demers, 186, 337, 349 à 360, 365 à 368, 370, 371, 397, 
409 à 411, 415, 416, 425 à 428, 459 à 470, 479, 
480, 488, 489. 

Denaut (Mgr), 41. 

Denis (famille), 7, 8, 11, 145 ; (saint), 35, 36, 237, 238. 

Dérome, 264. 

Désaulniers, 469. 

Désautels, 209. 

Deschanibault (famille), 95, 171, 252, 311 à 317, 
346, 347. 

Description, 5. 
Desforges, 351. 
Désilets, 67, 75. 
Desjardins, 238, 278, 486. 
Desmarais, 496. 
Desnoyers, 461, 476, 477. 
Desplantes, 238. 
Després, 212. 



^ 



aiQ TABLE ALPHABBIIQCK 

Dosrivières, 374, 

Deerochers, 266 ; voir Durocher. 

Desrosiera, 64, 66, 67, 73, 252, 268, 269, 430, 431, 

4-12, 474. 
DcBtroiamaîsoiiB, 433. 
I>i(laee(Ki*ro), 122. 
Didier, 71. 
Dilinire, 416, 461. 
Dion, 492. 
Disette, ÔO, 51. 
Distillerie, 346. 
Doiroii, 105. 
Dorion, 209. 

Dormifour, 67, 68, 388, 403. 
Dorvilliera, voir Chorel. 
Doaquet (Mgr|, 37. 
Dragon, 17 à 19, 48, 75, 76, 89. 9.i, 194, 195, 204, 430, 

438, 440, 442, 473, 474, 478. 497. 
Drolet, 255, 345. 
Druiiiniontlville, 310. 
Dubé, voir Delornie. 
Dubois (abl)«), 331. 
Diibruuil, 17 19,20,27. 
DubiK-, 79, 133. 
Dnchnrme, 75, 377. 

Du.icvoir, 17, 19, 20, 27, 60, 89, 392, 473, 474. 
Dufaiilt, 396. 
Dufrc'siio. 495. 

Dubamel, 15J, 488, 491, 492. 
Dujaiiimy (Jésuite), 124. 
Ili.inur,84 

Diiii.i'siiil, voir Xoray. 
Dmiiniitel, Ï49. 
Ihijiliuniet, voir Liinibert. 
Dn|.r.;. 183, 252. 263, 408, 474, 495. 



\ 



k 



TABLE ALPHABÉTIQUE 519 



Dupiiie, 242, 434, 435. 

Dupuy, 468, 491, 492. 

Duquesne (fort), 12. 

Durand, 152, 433. 

Durocher, 78,84, 157, 191, 199, 201, 227, 231, 242, 

266, 293, 301, 430, 4:n, 440, 441, 452, 458. 
Dnrouvray (abbé), 81. 
Dutalmé, 77, 82. 
Duvert, 67, 72. 
Dj'onisîen, 5. 

E 

Ecluse, 342. 

Ecoles, 70, 173, 425 h 443. 

Ecureuils (paroisse), 47. 

Eglises, 30 à 36, 111 à 119, 223 k 233. 

Eleuthëre (saînt), 35, 36. 

Ely, 213, 261,264, 265. 

Entrepôts de grains, 340, 341. 

Epidémies, 68, 76, 305, 336, 337. 

Essences forestières, 3, 4. 



Fabre (Mgr) 483. 

Falaize, voir Gannes. 

Fall-River, 266, 267. 

Fanfare, 85. 

Farnham, 61, 268. 

Faubert, 441. 

Faune, 1. 

Fauteux, 492. 

Fecteau, 344. 

Fils de la liberté, 373 à 375. 

Floride, 98. 



520 TABLE ALPUABÊTIQUB 



Florimont, 95, 315. 

Fontaines 409, 417, 441, 474. 

Forest, 486, 487. 

Forgerons, 87, 345. 

Forget, 149. 

Fortier, 67, 72, 73. 

Fonrnier, v^oir Préfontaine. 

Français, voir Gévry. 

Frëehette, 416. 

Frédette, 194, 448,451. 

Frîehet (curé), 47 à 55, 79, 11 1 à 114, 121 à 125, 127, 

132, 137, 283 ; (tamille), 77, 78, 226. 
Fromageries, 454, 455. 
Frontenac, 5. 



G 



Gabon ry 491,492. 

Gadbois, 59, 60, 89, 143 h 145, 347, 430, 439 à 442. 

Gagnon, 308. 

Galissonnière (de la), 39. 

Gannes, 7 à 9. 

Gaouette, 202, 203, 252, 375, 395. 

Garand, 227. 

Gareau, 242, 430, 431, 448, 451, 453, 454, 458. 

Gariépy, 63, 143, 155, 156, 195, 224, 227, 320,430,474. 

Gatien, 475, 476. 

Gaudette, 105, 106, 154, 195, 252, 418, 430, 437, 438, 

441,448,452, 453, 474. 
Gaudreau, 442. 
Gaulin, 43, 352. 

Gauthier, 77, 83, 167, 345, 474, 478. 
Gauvreau, 81. 

Gazaille, voir Saint-Germain. 
Gendron, 154. 



TABLE ALPHABÉTIQUE 521 



Généreux, 83, 

Géorgie, 101, 102. 

Germain, 285, 290, 345. 

Gervais, 169. 

Gervaise (abbé), 39 à 45, 114, 121, 127 à 132, 138 ;i 

140. 
Gévry, 53. 

Giard, 24, 178, 231, 475, 481. 
Giband, 469. 
Gilbert, 497. 
Gill, 491, 492, 
Gingras (abbé), 138, 139. 
Girard, 143, 151, 152, 198, 430, 473, 474, 
Girardin, voir Girard- 
Girouard, 65, 106, 107, 195, 251, 252, 290, 430, 437,' 

474. 
Gladu, 488. 

Goddu, 5, 32, 153, 473. 
Godin, 220. 

Gore, 37S à 406, 414 à 417. 
Gosseliu (abbé), 8, 37 à 39 ; (famille), 157, 216, 224, 

263, 441. 
Gouîu, 152. 

Goulet, 143, 145, 146, 224, 227, 252, 473, 474. 
Goyette, 473, 486. 
Graudmesnil, 313. 
Grand-Oriental, 339. 
Grand-Tronc, 240, 269. 
Gravel, 195, 196, 252, 270, 474, 488. 
Grenet (abbé), 125. 
Grenier, 227. 
Grenville, 259, 260. 
Grues (Ile-aux-), 256. 
Guay, 486. 
Guérout, 208 k 212, 216. 340, 341, 450, 466. 



522 TABLE ALPHABÊTIQUB 



Guerres (de Cession), voir Cession ; (do 1812), 250, 
318, 327 ; (de Sécession), 259 ; (d'Indépendance 
américaine), 161 à 169. 

«uertin, 40, 67, 73, 143, 146, 198, 252, 269, 270, 384, 
888, 395, 430, 439, 442, 448, 474, 491, 492. 

Guëvremont, 23. 

Gugy, 414. 

Guignes (Mgr), 464. 

Guillet, 496. 

Gnilbault, 104. 

Guy, 264, 265. 

Guyenne (régiment), 50, 52 à 54, 217. 

H 

Haldinmnd, 141, 142. 

Halifax, 254. 

llamel, 153. 

Hamelin, 474 ; voir Laganiere. 

Harper, 469. 

Hébert, 67, 70, 81, 104, 105, 290, 308. 

Henryville, 264. 

Hogue, 148. 

Hollandais, 3. 

Hôpital, 473 à 477. 

Huard, 68, 197, 252, 293, 297, 298, 473, 474, 488. 

Hubert (Mgr), 41, 224, 280 ; (famille), 94, 124, 153, 

209, 252, 321, 322, 325 à 327, 341. 
Hudon (abbé), 59, 308, 309, 354. 
Huntingdon. 423. 
Huot, 182. 
Huron», 2. 



TABLB ALPHABBTIQUB 523 



Iberville (M. d'), 24 ; (paroisse), 265, 273. 351, 406. 

Ile-aux-Coudres, 272. 

Iles, 92, 93. 

Industries, 94, 345 à 347, 

lustitu triées, 427 k 443. 

Iroquois, 1 à 4, 27. 

Isambart (abbé), 79, 133. 



Jacob, voir Poiute-à- Jacob ; 208, 341. 

Jalbert, 194, 226, 227, 252, 273, 293, 296, 297, 375, 

386, 417, 448, 458, 474, 488. 
Jarret, voir Vincent. 
Jarry, 22. 

Jean-Baptiste de la Salle (Saint), 494, 495, 
Jeanson. 293, 299. 

Jehanne, 77 à 79, 81, 87 à 89, 128, 341. 
Jésuitefl, 253, 262. 

Jette, 17, 19, 25, 26, 56, 89, 438, 473. 
Jodoin, 491, 492. 
Joliet, 313. 
Jolibois, 53, 54. 
Jorian (abbé), 29, 30. 
Joubert, 17 à 19, 22, 25, 32, 38, 56, 88, 89, 94, 193, 

436, 438, 440, 441, 473. 
Joyer, 290. 
Jubés, 117, 226, 227. 
Juchereau, voir Duchesnay. 

K 

Keller, 290. 

Kelly, 250, 251, 255, 286, 306 à 310, 366. 



524 TABLK ALPIIABÊTIQUB 



Kemler, voir Laflammc. 
Keniber, 290, 346. 



Labelle, 66, 262. 

Labouté, 25. 

Labrador, 39, 256. 

LaBruère, voir Montarville. 

UAcadie (paroisse), 324. 

Laçasse, 486. 

Lacombe, 22, 84, 89, 148, 201, 252. 

La Conception, 262. 

Lacoste, 315. 

Lacroix, 17, 19, 23, 59, 74, 435, 437 à 440. 

Laferrière, 438. 

Laflamme, 40, 59 à 61, 78, 85, 108, 191, 193, 201 ;\ 

203, 252, 266 à 268, 293, 300, 430, 431, 433, 430 

i\ 439, 442, 458, 474. 
Laflëclie, 395 ; voir Richer. 
Lafond, 63, 67, 68, 221. 
Lafontaine, 224. 

Laforce, 63, 64, 200, 241, 252, 430, 433, 441, 458. 
Laganière, 63, 199, 204, 205, 224, 293 à 295, 474. 
Lagarde, 249. 

Lagorce, 397, 398, 410, 459, 460. 
Lajeunesse, 104. 

Lajoie, 190, 191, 322, 436, 437, 440. 
Lajus, 290, 335. 
Lalanne, 53. 

Lalibcrté, voir Pommier. 
Lamarcbe, 483. 
Lambert, 200, 416, 433. 
Lamennais, 406. 
Lamennaisiens, 480 il J82. 



TABLE ALPHABÉTIQUE 525 



Laraotlie, 241, 388, 389, 474. 

Lamoureiix, 252, 402, 437, 441, 442. 

Lamy, voir Brodeur. 

Landry, 89, 99, 431, 478. 

L'Ange-Gardien-de-Rouville, 261, 264. 

Langeviu, 148, 197, 469. 

Laiiglais, 485, 486. 

Laiïglois, 84, 345, 469 ; voir Germain. 

Lanoraie, 38, 45, 48, 353. 

Lapalisse, 178, 231. 

Lapalme, voir Jeanaon. 

Laparre, 77, 82, 340, 341. 

La Patrie (paroisse), 268. 

La Pérade, 18, 19, 63. 

Laperle, 17, 19, 20, 26, 322, 473, 474, 488. 

Laperrière, 12, 57, 169 à 172. 

Lapierre, 29. 

Laplante, 208, 473 ; voir Plante. 

Lapointe, 255. 

Laporte, 17, 19, 23, 25, 26, 430, 486. 

Laprairie, 324. 

Lapro, 474. 

La Présentation, 83, 272, 283, 303, 333, 382, 429. 

Laprise, 241. 

Larivée, 166. 

Larocque (Mgr Jos.), 42 ; (Mgr Clis), 42. 

Larose, voir Vigcant. 

Lartigiie (Mgr), 41, 79, 228, 261. 

Larue, 17, 19, 20, 64 à 66, 70, 78, 201, 252, 263, 388, 

395, 408, 430, 451, 458, 473, 474. 
L'Assomption, 446. 
Lataille, 121. 
Latour, 226. 
Lau52on, 4, 8, 485, 486. 
Laval trie, 45. 



526 TABLB ALPUABKTIQUB 



L'Aveinr, 270. 

Laventure, 442. 

Laverdure, 147. 

Laviolette, 105. 

Lebeau, 377, 418, 474. 

Leblanc, 75, 77, 83, 95, 99, 100, 107, 158, 193, 194, 
197 à 199, 202, 227, 242, 252, 260 î\ 262, 320, 
360, 430, 439 à 441, 448. 469, 474, 477. 

Lebrodeur, voir Brodeur. 

Leeavalier, 80, 304. 

Leclair, 308, 436. 

Lecours, 459, 460. 

Ledoux, 17, 19, 26, 395, 437; 473, 474. 

Leduc, 491, 492. 

Lefebvre, 255, 271, 301, 474. 

Lefrançois, 217. 

Le Qardeur de Tîlly, 8. 

Leguay, 53. 

Lenoir, 461. 

Le Picart, voir Xorav. 

Lépine, 477. 

Leroux, 432. 

Lespérance, 216, 341, 430. 

Lessard, 485, 486, 491, 492. 

Létang, 284, 285. 

Létourneau, 241. 

Lévêque, 435, 469. 

Levître, 193, 252. 

Lion (rue du), 95. 

Livemois, voir Benoit. 

Loiseau, 293 k 295, 448, 474. 

Loiselle, 492. 

Longue-Pointe, 354. 

Longueuil, 68, 71, 72, 79, 133, 167, 374. 

Lorange, 441. 



TABLE ALPHABETIQUE 527 



Lorîniier (de), 370. 

Loubet, 69. 

Lupieu, 152. 

Lussier, 59, 60, 143, 153, 154, 194, 266, 271, 374, 375, 

385, 387, 389, 417, 430, 473, 474, 488. 
Lusignan, 398. 
Lustres, 118. 
Lutrins, 64, 65. 

M 

MaeDuff, 477. 

MacLean, 166, 167. 

Madawaska, 306. 

Madëre, 92, 93. 

Maheux, 17, 19, 22, 23, 26, 48, 63, 64, 112, 114, 116, 

224, 473, 474. 
Maillet, 56, 57, 64, 65, 143, 151, 190, 341, 375, 384,* 

385, 430, 448, 451. 
Mailloux, 40, 125, 464. 
Maisonueuve, 174. 
Maizerets (abbé de), 35. 
Malbœuf, 193, 438. 
Malhiot, 171, 209. 
Malle, 85, 239 à 242. 
Mallette, 434. 
Mandeville, 384. 
Manseau, 337, 483. 
Marchand (famille), 136, 148. 
Marché, 347, 348. 

Marchessault, 67, 73, 433, 440, 459. 
Marcotte, 67, 75. 
Marcoux, 307, 308, 365 à 368. 
Marguilliers, 473, 474. 
Marievîlle, 24, 264 k 266, 421. 



528 TABLE ALPHABÉTIQUE 



xMariu, 77, 83, 430, 431, 458. 

Martel, 81, 488. 

Martin, 23, 68, 113, 143, 150, 151, 226, 286, 287, 303 

à 306, 473, 474, 488. 
Martineau, 434. 

Masse, 201, 252, 341, 345, 416, 443. 
Musselcau, voir Lajoie. 
Mathers, 113. 

Médecins, 67 à 76, 288, 289. 
Mélanges religieux, 260. 
Memrancook, 265. 

Ménard, 84, 165, 200, 217 à 221, 337, 452, 459, 460. 
Ménéclier, 341. 
Menuisieri*, 345. 
Messier, 17, 19, 24, 25, 474. 
Micliau, 77, 79, 81, 93, 94. 
Micliauvillc, 81. 
Michelet, 406. 
Michelon, 436, 439, 440. 
Michon, 195, 197, 198, 227, 252, 262, 263, 265, 294, 

430, 437, 441, 442, 474, 494 à 497. 
Migcon, 157. 
Mignault, 63, 64, 65, 67, 71 à 74, 77, 82, 101 à 104, 

191, 201, 216, 241, 246 à 248, 252, 254, 255, 258 

à 260, 308, 316, 317, 352, 375, 384, 4:17, 430, 448, 

452, 474. 
Migneron, 155. 
Mil-huit-cent-trente-sci.t, 19, 60, 65, 69, 81 à 83, 90, 

148, 154, 361 }\ 424. 
Milices, 48 à 54, 82, 153, 155 h 157, 464, 165, 212, 

213, 215, 216, 218. 
Milletto, 209. 
Mines (Les), 107. 
Minette, 398. 474. 




TABLB ALPHABÉTIQUE 529 



Mîniac (abbé), 29, 30. 

Miracles, 150. 

Molleur, 438. 

Monder, 377, 417. 

Monfet, 496. 

Monmerqué, 32. 

Montarville (de), 95, 170, 171, 311, 323. 

Moutebello, 259. 

Montgomery, 164 à 168. 

Montigny, voir Minette. 

Montpellier, 255. 

Montréal, 6, 10, 12, 15, 18, 19, 27, 70, 71, 83, 87, 147, 

254, 260, 261. 
Moquin, 436. 

Morandiëre (Rocbert de la), 14. 
Moreau (Mgr), 42, 203, 469, 475, 483. 
Morin, 67, 70, 78, 95, 216, 225. 
Morisseau, 60, 293, 299, 300, 474. 
Morisset, 308. 
Mount, 67, 69. 
Municipalités, 447 à 458. 
Musique, 333 à 335. 

N 

Navigation, 211, 342 à 344. 

îfelson, 67, 69, 70, 95, 158, 209, 252, 346, 347, 361 à 

424. 
Neveu (famille), 48, 49, 94. 
Nicolet, 85, 248, 249, 255, 290. 
Niverville, 49. 
Noiseux, 124, 278. 
Nolin, 65. 

Noray (Le Picart de), 8, 11, 18. 
Normand, 145. 



530 TABLfi ALPHABÉTIQUE 

Nor niant (abbé), 29 à 33. 
Notaires, 77 à 86. 
Notre-Dame-de-Stanbridge, 496. 
Noyades, 297. 
Noyelle, 315 ; voir Florimont. 



Oblats, 60, 253, 270, 464. , 

O'Donnell (abbé), 430, 470 à 478, 480 à 483,401, 492. 

Ohio, 11, 12. 

O'Leary, 67, 70. 

Olivier, 149, 213, 341, 375. 

Orfèvreries, 65, 450. 

Orgne, 64 à 66, 84. 

Orignal (paroisse), 259. 

Ottawa, 258, 269. 

Ouimet, 396.- 



Pads (île du), 310. 

Page, 241, 252, 388, 395, 416, 421, 448. 

Panet, 41, 216, 303.. 

Panneton, 486. 

Papineau, 80, 214, 290, 362, 364, 372, 374, 417. 

Papineau ville, 259. . 

Paquette, 472, 473. 

Paqain, 477. 

Paradis, 64, 65, 83, 252, 341, 430, 441, 448, 450, 451, 

455, 456. 
Paré, 94, 193, 194, 202, 226, 252, 256 à 258,260, 27J, 

340, 430, 431, 485, 486, 492. 
Parent (famille), 372. 
Passeur, 348. 



TABLE ALPHABÉTIQUE 531 

Patenaude, 186, 408, 470. 
Payan, 84, 267. 
Payet (abbé), 81. 
Pécaudy, voir Contrecœur. 
Pelletier, 260, 251, 486. 
Pérodeau, 395. 

Perrault, 125, 179, 374, 396, 397. 
Perriu, 418. 
Petit, 129, 130, 149. 
Pétrin, 66. 

Phaneut; 89, 95, 108, 197, 198, 252, 265, 293, 294, 
392, 393, 399, 416, 417, 436, 440, 448, 454, 474- 
Picard, 67, 76, 433. 
Pierre (saint), 118. 
Piette, 486. 
Pilote, 152. 
Pionniers, 17 à 27. 
Pitre, voir Leblanc*. 
Pitt, 427, 437. 
Pittsburg, 12. 
Plaisance, 6, 23. 
Plante, 143, 155, 198, 199, 440. 
Planté, 216. 
Plcssis (Mgr), 41, 282.. 
Plouf, 155. 
Poêles, 235 à 237. 
Pointe-à-Jacob, 208. 
Pointe-du-Lac, 25. 
Poirier, 249, 433. 

Politique, 69, 71, 80 k 82, 207 à 221. 
Pommier (famille), 56, 57. 
Pompe à incendies, 450, 451. 
Pontbriand (Mgr), 41 à 43, 111, 112, 114. 
Port-Royal, 99 k 101, 104, 109. 
Poterie, 345. 



532 TABLE ALPHABÉTIQUE 



Pouget, 290. 

Poulin, 17, 19, 25, 87, 212, 461. 

Pratte, 212, 252, 330, 385, 387, 433, 462, 471,491, 

492. 
Précieux-Sang (Sœurs du), 204, 205. 
Préfontaine, 72, 73, 133. 
Presbytères, 359, 360, 477, 478. 
Prescott, 167. 

Présentation de Marie (Sœurs de la), 200, 201. 
Prévost, 215, 290. 
Prince, 41, 108, 337, 465. 
Procession, 464. 
Prompt, voir Jolîbois. 
Prosper (Saint), 231. 
Prospérité, 339 à 848. 
Proulx, 440. 

Providence (Sœurs de la), 195, 196. 
Puigibault, 14. 

Q 

Quarante-heures, 333. 

Quatrième rang, 5, 14, 99, 101, 103 a 106, 292, 427, 

424, 435. 
Quay, voir Dragon. 
Québec, 7, 8, 10, 12, 38, 124, 254. 
Quemineur, voir Laiiamme. 
Quertier, 58, 59, 255, 256. 
Quevillon, 230, 255. 



R 



Racine, 185, 487. 
Eaimbault (abbé), 331. 
Eamezay, 11. 



TABLE ALPHABÉTIQUE 533 

Raymond, 95, 341, 347. 

Recensements, 17, 55, 89 à 91, 123, 140, 459, 497. 

Récollets, 114, 122. 

Registres, 140, 141. 

Reine (régiment de la), 52. 

Religieuses, 189 à 205. 

Renaud (abbé), 124. 

Rentiers, 91. 

Répartitions, 32, 43, 112, 113. 

Repentigny, 18, 129. 

Richard, 61, 67, 74, 95, 107 à 109, 194 à 196, 198, 

212, 252, 271, 416, 430, 436, 438. 441, 448, 455 à 

457, 474, 488, 492. 
Richelieu (rivière), 1 à 4, 24, 496 ; (comté), 207 à 217. 
Richelois, 3. 
Richer, 74, 143, 152, 153, 182, 192, 210, 212, 227, 

436 h 438, 448, 453, 474. 
Rigaud, 271, 313. 
Rigauville (chanoine), 124. 
Rivière-des-Prairies, 18. 
Rivière-Ouelle, 352, 355. 
Roberge, 401. 
Robichaud, 105. 

Robîtaille, 290, 303, 307, 308, 324, 350. 
Rocbert, voir Morandiferc. 
Rocque, 290. 

Rolland, 66, 377, 416, 436, 437, 439 à 442. 
Ronde (de la), 8. 
Rousseau, 68, 229, 231, 322. 
Ronssford, 396. 
Roux, 278. 
Roxton, 263, 265. 

Roy, 82, 95, 105, 341, 349, 417, 473, 486. 
Royal-Roussillon, 49. 
Rover, 48, 473. 



534 TABLE ALPHABETIQUE 

Kozaud, 75. 

Rues, 88, 89, 92 à 95, 457. 

Rustique (saint), 35, 36. : . 

s 

Sacristie, 281. 

Saint- Albert, 270. 

Saint-Aimé, 84, 261, 266. 

Saint- Amour, 492. 

Sainte-Angèle-de-Monnoir, 74. 

Sainte-Anne (de Bellcvue), 854 ; (des Plaines), 237. 

Saint-Antoine-sur-Richelicu, 13, 32, 34, 42, 43, 70, 73 

à 75, 81, 82, 85, 92, 111, 121, 122, 128, 130, 131, 

240,320,382,409,323,459. 
Saint-Aubin, 77, 83, 194. 
Saint-Barnabe, 73, 74, 356, 882. 

Saint-Bernard (More), 64, 108, 104, 179, 185,191,192. 
Saint-Bonifacc, 270. 
Sainte-Catherine (rue), 94, 95. 
Saint-Césaire, 70, 78, 249, 263, 264, 406. 
Saint-Charles-sur-Richelieu, 1, 5, 30, 37, 88, 42, 47, 

69, 72, 81, 82, 121, 212, 263, 805, 307, 333, 820, 

380, 417, 422, 483 ; (rue), 94. - 
Saint-Christophe (rue), 94. 
Saint-Damase, 74, 264. 
Saint-Denis, voir Lcguay. 
Saint-Dcnis-de-Karaouraska, 256. 
Saint-Dominique-de-Bagot, 225. 
Sainte-Edwige, 262, 272. 
Saînte-Elizabeth (rue), 95. 
Saint- Fabien-de-Rimouski, 85. 
Sainte-Foye, 52. 

Saint-François, voir Messier ; (rue), 94. 
Sainte-Geneviève, 272. 
Saint-Georges, voir Laporte. 



TABLE ALPHABÉTIQUE 535 

Saint-Germain, 17, 19, 77, 82, 88, 89, 112, 252, 346, 

382, 392, 393, 431, 473. 
Saînt-CTervaia, 256. 
Saint-Grégoire-de-Nicolet, 351, 352. 
Saint-Herménégilde, 262. 
Saint-IIilaire, 268, 305, 331. 
Saint-Hubert (rue), 94. 
Saint-lIugueB, 74, 264, 271. 
Saint-IIyaeînthe, 5, 6, 64, 66, 71, 72, 81, 90, 207, 208, 

217, 118, 240 à 242, 252, 264, 267, 283, 305, 382, 

406, 417, 421. 
Saint-Jacques (famille), 80, 252, 264, 322, 427, 430, 

435, 448 à 450, 488. 
Saint-Jean (famille), 67, 70, 71, 73, 488 ; (ville), 165, 

187, 451, 446. 
Saint-Jean-Baptiste-de-Rouville, 331. 
Saint-Jérôme, 85, 249. 
Saint-Joachim-de-Shefford, 495, 496. 
Saint-Joseph (rue), 95 ; (Sœurs), 203, 493 ; (union), 

455. 
Saint-Jude (famille), voir Aveline ; (paroisse), 68, 264, 

266, 356. 
Saint-Laurent (paroisse), 78, 84, 272 ; (rue), 95. 
Saint-Liboire, 270. 
Saint-Louis-de-Bonsecours, 266. 
Saint-Luc, 306, 350, 351, 353. 
Sainte-Madeleine, 270. 
Saint-Marc, 82, 90, 280. 305, 320, 354, 355. 
Saint-Marcel, 73. 

Sainte-Marthe (Sœurs de), 203, 204. 
Saint-Martin (famille), 26, 53, 78, 85, 458 ; (paroisse), 

84. 
Saint-Michel, voir Messier. 
Saint8-Xoms-de-Ji59U8-et-de-Marie (Saurs des), 199, 

200. 



536 TABLE ALPHABÉT